Les premières séances de l'Antichambre de Borat ont pu vous faire peur chers lecteurs et cela se comprend. Entre un tigre pour l'une et un grizzly pour l'autre, il y avait de quoi vouloir prendre ses jambes à son cou! Cette fois, les animaux sont couchés et attendent avec impatience de rugir à nouveau (pas trop non plus!). Au programme cette semaine: une adaptation que tout le monde a déjà oublié, un conte de noël et un réglement à l'amiable. Ready? Go! (attention spoilers)


Jem et les Hologrammes : AfficheHollywood et sa tendance à adapter tout et n'importe quoi a encore frappé. Voici Jem et les hologrammes, adaptation d'une série animée sponsorisée Hasbro, immortalisée il y a quelques années par le célèbre Joueur du grenier. Soit les aventures d'un groupe de soeurs musiciennes avec des looks so 80's. L'occasion pour Scooter Braun (manager de Justin Bieber) et Jason Blum (producteur à la tête des Paranormal activity) d'exploiter le filon, ce qui n'est en rien rassurant au vue des CV des deux producteurs. Manque de bol, "l'homme aux cinq millions de dollars de budget" (+ 20 millions dans la promotion, ne l'oublions pas Mr Blum) s'est planté en beauté, signant un des flops les plus retentissants de l'an dernier.

Universal a beau avoir maintenu la sortie française, la distribution du film fut à la sauvette, sans réelle promotion et... avec sept mois de retard. Ce qui a engendré des copies HD sur internet, bien aidé par la sortie du film en BR aux USA depuis. Qui plus est dans plusieurs langues dont le français et le québécois. C'est dire si Universal a laissé tomber le film (qu'elle ne fait que distribuer rappelons-le), désastre en pleine année commercialement bonne pour le studio. 

Un désastre qui fait vite mal à la tête à force de changer systématiquement de format. Jon Chu s'amuse avec les réseaux sociaux, les smartphones et autres appareils photo pour jouer sur l'air du temps. Jusqu'à entrecouper certaines scènes de vidéos de Youtube (un sponsor parmi tant d'autres), à l'image de cette "scène de suspense" qui est rythmée par une vidéo de Youtube montrant un duel de batteurs! Le rapport avec le film? Aucun. Peut être la musique... Le changement de format finit par donner mal à tête, à force d'insister sur des plans ou des vidéos finalement inutiles, qui ne sont là que pour du remplissage.

Le film accumule également les poncifs du film musical montrant un groupe, jusqu'à la scène où le personnage principal se voit offrir une carrière solo et pas ses camarades. Une scène déjà vue dans Across the universe (Julie Taymor, 2007), Presque célèbre (Cameron Crowe, 2000) ou Josie et les pussycats (Harry Elfont, Deborah Kaplan, 2001) pour ne citer qu'eux. Y compris la scène où le héros est seul avant d'être rejoint par ses amis. Jem et les hologrammes n'innove pas, il régresse en faisant pareil que les autres en pire. Il n'y a aucune nouveauté, le film accumulant les scènes déjà vues sans jamais convaincre.

Les chansons sont plutôt insupportables, à l'exception peut être de la correcte Youngblood, qui a au moins le mérite d'être rythmée. Il est d'autant plus triste que cela sent le playback mal foutu (on voit que les actrices ne chantent pas ou si peu) et les shows sont d'une pauvreté certaine (un petit laser là, un autre ici, si possible de toutes les couleurs fluorescentes possibles) et terriblement ancrés dans les 80's. On se croirait parfois dans le clip des Modern Talking You're my heart, you're my soul (1985).

A cela rajoutons le passage romcom gros comme un pâté de maisons, une séquence post-générique servant de teaser délirant pour une possible suite qui ne verra jamais le jour (on a évité le pire) et une sous-intrigue inutile avec un robot. Qui balance des hologrammes du père de Jem. D'où le nom du groupe. Même The Rock et Chris Pratt ont l'air de se demander ce qu'ils
font là dans des caméos vidéos improbables. Le spectateur aussi qui trouvera ces 1h58 bien longues et ennuyeuses.


 

Krampus

Krampus de Michael Dougherty fut lui aussi victime d'une distribution lamentable de la part d'Universal, à la différence qu'il a marché au box-office. A l'heure où le téléchargement illégal fait rage, le studio décide de déplacer ce film de noël (sortit en décembre aux USA) en mai sur le sol français. Là aussi pas de promo, peu de salles et déjà beaucoup de copies qui circulent sur le net, y compris en version française. N'ayant pas eu le droit de le voir en salle, votre cher Borat ne s'est pas fait prier et le studio pourra toujours pleurer "ouin ouin ouin c'est la faute du téléchargement", son report d'au moins quatre mois dans nos contrées est de leur faute et personne d'autres.

Il est même triste en voyant une production si réussie ne pas pouvoir être vue sur grand écran. A l'heure des remakes (L'exorciste s'apprête à subir un lifting télévisé on ne peut plus bourratif) et des productions bas de gamme, Krampus apparaît comme une parfaite contre-programmation, quand bien même il n'a coûté que 15 millions de $. D'autant plus que le film est un PG-13, donc pas prompt à montrer des effets gores. Il s'en accomode pourtant, fort d'un humour grinçant qui fait plaisir à voir.

Il n'y a qu'à voir l'introduction, nous montrant des gens se déchirant lors de leurs courses de noël. Une véritable bataille de chiffoniers qui anticipe celle ayant lieu dans la famille, entre la partie plutôt calme et celle plutôt bourrine. La scène du dîner se confond avec l'ouverture, la tradition de noël (symbolisée par la grand-mère incarnée par Krista Stadler et son petit fils joué par Emjay Anthony) s'étant perdue dans des convictions commerciales et des dîners que l'on préfère éviter. Au point que même le plus croyant finit par commettre l'irréparable devant le regard moqueur de ses aînés. Ce qui n'est pas sans rappeler le début de Maman, j'ai raté l'avion (Chris Columbus, 1990), dont Dougherty semble s'être inspiré pour ce début cynique et jubilatoire à souer.

Laissons place au Krampus, sorte de Père Fouettard décimant les familles de ceux qui l'ont appelé (inconsciemment ou non). A cela rajoutez ses petits lutins allant
du clown allongé (les amateurs de It vont encore perdre la tête) à une peluche gourmande, en passant par un robot tueur et des elfes démoniables! Une direction artistique superbe, comblé par une séquence de flashback animé de toute beauté.

Le film peut également compter sur un casting de qualité soutenu par Toni Collette, Adam Scott et David Koechner, avec une galerie de personnages hauts en couleur. A l'image de l'oncle républicain amateur de gibier (Koechner) ou de la tante fortement alcoolisée (Conchata Ferrell). Un film qui tient merveilleusement de Gremlins (Joe Dante, 1984) et de l'esprit Amblin (pas étonnant que le film se situe dans un cadre familial). De quoi gagner en réputation d'ici là.


 

Le Pont des Espions : AfficheAprès avoir parler de téléchargement illégal, terminons cette nouvelle séance sur un peu de politique. On avait laissé Steven Spielberg sur le biopic quelque peu ennuyeux sur Abraham Lincoln en 2012. Depuis, il a carburé au super avec au moins quatre projets en route: Bridge of spies, Le bon gros géant (qui sortira le 20 juillet), Ready Player One (prévu pour début 2018) et le fatidique quatrième opus d'Indiana Jones (oui, vous avez bien lu quatrième). Le premier du lot, sorti en décembre dernier dans nos contrées, reste dans la continuité des biopics réalisés par Spielby.

Il prend pour cadre la Guerre Froide avec un avocat (Tom Hanks) contraint d'organiser une rencontre entre l'URSS et les USA en pleine Allemagne divisée. Le but? Echanger un présumé espion soviétique (Mark Rylance) contre deux américains un soldat, l'autre étudiant. 

Au départ, Spielby fait dans le pur procedural avec une affaire douteuse, un avocat plaidant "l'inacceptable" (défendre un soviétique en pleine Guerre Froide, hérésie!). Par là, Spielby fait une critique forte des USA en ces temps, faisant exploser une xénophobie surréaliste envers cet espion soviétique présumé. On a beau nous dire que toutes les preuves l'accable, il semble qu'il y a des trous béants dans la procédure. Mais ce n'est pas grave. Comme il est soviétique, on fera comme si de rien n'était. Le réalisateur montre un regard particulier sur les USA, n'hésitant pas à montrer leurs travers. De même, les agents de la CIA ne seront jamais montrés sous un beau jour, souvent synonyme de cynisme. 

L'affaire qui nous intéresse est évoquée en parallèle avant de prendre définitivement la place une fois le procès terminé. On remarque que les deux côtés de Berlin sont court-circuités par des affaires d'égos, de problèmes géopolitiques et idéologiques. Dès lors, le véritable regard humain provient de James Donovan. Un héros de l'ombre subissant toute la pression du monde et le seul à prendre en compte le facteur humain. Il ne voit pas Rudolf Abel comme le méchant soviétique, mais comme un être-humain, un client comme un autre qu'il doit défendre coûte que coûte. De la pure objectivité qui peut être vue comme de la traîtrise. Une amitié client-avocat pour le moins magnifique, typique du cinéma particulièrement humaniste de Spielberg et renforcé également par la sincérité de ses acteurs.

Il fallait bien un acteur comme Tom Hanks pour incarner ce rôle à la Cary Grant. Le Monsieur-Tout-Le-Monde du cinéma américain est parfait pour le rôle, jouant tout en sobriété dans un film où il donne parfois quelques touches d'humour salutaire dans un film à suspense. Idem pour Mark Rylance, aussi sobre que magnifique dans un rôle complexe, tout en retenue. L'Oscar n'a pas été volé. On a beau savoir comment se termine le film, Spielby opte pour un suspense de tous les instants, avec une mise sous tension constante jusqu'au final pour le moins stressant. En découle un superbe film, drame humain avec un homme seul contre tous dans un milieu sans pitié. De quoi faire oublier l'ennui de Lincoln.

Allez à bientôt!