A l'heure où le public français est dans l'attente de la finale de l'Euro 2016 (ou pas tout le monde n'est pas footeux), l'Antichambre de Borat fait son grand retour. Pour les deux du fond qui ne sont toujours pas au courant du pourquoi du comment, voici le topo de cette rubrique: trois films sont chroniqués de manière plus rapide, moins longue, parfois sur un même thème comme c'est le cas aujourd'hui. Cette semaine, nous allons nous intéressés au cinéma d'animation avec au programme: un voyage en Californie, une préquelle rotoscopique et une chevauchée avec le diable. Ready? Go! (Attention spoilers)


 

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Malgré une critique récurrente de la presse et du public, les suites ou films dérivés de films Pixar ont toujours valu le coup d'oeil. Certains critiquent le manque d'originalité, pourtant ce sont les premiers à vanter les mérites des suites de Toy Story (Lasseter, Unkrich, 1995-2010) et justement leur tendance à renouveller des thèmes déjà exploités. Comme ce sont les mêmes qui autrefois demandaient des suites à Monstres et cie (devenue une préquelle en 2013), aux Indestructibles (en préparation) et au Monde de Némo qui nous intéresse ici même. Une forme d'hypocrisie qui n'empêche ni la qualité, ni l'originalité.

L'introduction du Monde de Dory (Andrew Stanton, 2016) est d'ailleurs assez identique à celle du Monde de Némo (idem, 2003). Dans le premier, on voyait le trauma de Marin (sa femme et la plupart de ses bébés tués par un espadon), ici celui de Dory (elle a perdu ses parents, s'enfonçant toujours plus loin dans l'océan). Comme pour montrer qui est le personnage principal du film. Marin et Némo ne sont ici que des second-rôles, limite des faire-valoirs en fin de compte. L'accent est mis en priorité sur Dory, son point de vue, les rencontres qu'elle effectue et sa quête (retrouver ses parents). 

De même, Andrew Stanton ne raconte pas deux fois la même chose, proposant un périple californien, reposant quasi-essentiellement sur le leitmotiv de la mémoire. Dory se souvient par flashs ou de ce qu'elle se rappelle. De là, Stanton évoque le thème de la famille, Dory pouvant s'aider d'une communauté pour avancer dans son périple. Il permet aussi de voir comment ce type de trouble est vu par les autres, y compris par ses amis. Si Némo se révèle plus conciliant, Marin semble avoir plus de mal, pareil pour le poulpe Hank. A cela se rajoute l'intolérance d'un grand nombre de personnages croisés par Dory, insensibleS ou ne comprenant pas son handicap. Dès lors Le monde de Dory devient un film sur le droit à la différence et à la tolérance.

Le réalisateur se permet également de taper sur les centres pour animaux, très propre à l'intérieur (avec même voix de Sigourney Weaver ou Claire Chazal en VO ou en VF), bien crade à l'extérieur. Preuve en est le fond de l'eau plein de containers (et donc de pollution) et des algues qui remontent à la surface en pagaille. Le centre a beau parler de remettre les poissons dans la nature, pourtant cette dernière est toujours salie par l'Homme. Et encore dites vous que cela aurait pu être pire: avant de voir le terrible Blackfish (Gabriela Cowperthwaite, 2013), l'équipe prévoyait de mettre en avant Marineland.

Si Le monde de Dory est moins fort que Le monde de Némo (tout du moins scénaristiquement, le film étant bluffant visuellement), il n'en reste pas moins une séquelle qui en a à revendre. Le tout agrémenté de nouveaux personnages sympathiques, à l'image de Gérald, ce lion des mers ressemblant comme deux gouttes d'eau à Groucho Marx. Si la VF est de qualité, rien que d'entendre la voix de Kev Adams est insupportable. Même pour un second-rôle. Comme quoi après les crises d'urticaires, il y a aussi les crises auditives.  

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Après l'Amérique, allons de l'autre côté de l'Océan Pacifique. Japon, terre d'Hayao Miyazaki, Satoshi Kon et de bien d'autres cinéastes amateurs d'animation traditionelle ou pas. Le pari de Shunji Iwai est plutôt osé puisque pour faire une préquelle à son film live Hana and Alice (2004, jamais sorti dans nos contrées), le réalisateur est passé à l'animation. Mais pas n'importe comment: en filmant les actrices Anne Suzuki (Returner) et Yu Aoi (Kenshin le vagabond, Shokuzai) pour ensuite passer à la rotoscopie. Pour rappel, il s'agit de dessiner sur des images filmées afin de donner plus de réalisme à l'animation. Une technique utilisée notamment par Ralph Bakshi pour son adaptation du Seigneur des anneaux (1978) et Richard Linklater pour A scanner darkly (2006).

Dans ce cas précis, cela permet à Iwai de mettre en scène ses actrices, tout en les rajeunissant. Dans le film original, elles incarnaient des lycéennes alors que dans Hana et Alice mènent l'enquête (2015), elles sont encore au collège. La rotoscopie permet alors au réalisateur de garder la jeunesse de ses actrices et de leur permettre de reprendre leurs rôles comme si de rien n'était. Dans tous les cas, cela permet de voir les deux actrices particulièrement pétillante dans une rotoscopie se confondant parfois avec la réalité. Preuve en est des décors très ressemblants ou des actions précises (preuve en est les scènes de danse). 

Le public français n'est pas aidé par le manque de connaissance du premier film (notamment sur les clins d'oeil, comme la danse entre les deux héroïnes). Toutefois, étant donné qu'il s'agit d'une préquelle, il découvre les héroïnes sans avoir un air de déjà vu, ni de savoir ce qu'il va se passer. Preuve en est, Hana n'apparaît que lorsqu'Alice viendra chez elle, soit au moins plus d'une demi-heure.

Avant cela, le spectateur assiste à une sorte d'enquête un peu bizarre, mêlant fantastique de comptoir (tout est volontaire) et teen movie (Alice essaye de se trouver des amis, malheureusement sans grand succès). Est-ce que Judah est vivant? Votre cher Borat vous laisse la réponse en suspens, mais finalement ce dilemme n'est que secondaire. Il ne sert qu'à ressembler deux héroïnes qui ne demandaient qu'à se rencontrer. Alice permet à Hana de sortir du silence et de chez elle, Hana apparaît comme la première personne en qui elle peut se confier. Les deux font la paire et elles sont terriblement attachantes. Un film qui l'est tout autant et donne terriblement envie de voir le film original.


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Enfin, terminons cette séance avec une ressortie remarquée du mois de juin. Si vous lisez un peu la presse cinématographique, vous difficilement pu passer à côté de l'affiche de Belladonna d'Eiichi Yamamoto (1973), film longtemps invisible en France restauré en 4k. Un film réalisé au sein de Mushi Production, studio d'animation fondé par Osamu Tezuka (pour les deux du fond, l'auteur d'Astroboy, Le roi Léo et Blackjack) et plus particulièrement dans la branche Animerama. Le but était de produire des films d'animation pour adultes, avec notamment la sexualité en point d'orgue. Seulement trois films naîtront de cette branche, faute de succès commercial: Les mille et une nuits (Yamamoto, 1969), Cléopatre (Yamamoto, Tezuka, 1970) et donc Belladonna.

Ceux pensant voir un film d'animation à la Hayao Miyazaki peuvent aller voir ailleurs. Que ce soit dans le ton ou l'animation, cela n'est pas du tout le même univers. Le ton est donné lors des premières séquences avec des dessins majoritairement fixes dévoilés à l'aide de travellings latéraux allant de droite à gauche et vice versa, à l'image de Yellow submarine (George Dunning, 1968). Peu de séquences animées en fin de compte, puisque ce sont parfois seulement des personnages qui le sont et pas forcément le décor, ou alors seulement une partie des personnages.

Belladonna devient alors une expérience monumentale, surtout pour un public peu habitué à une animation aussi minimaliste. D'autant plus que le film fait la part belle à une musique psychédélique, rappelant soudain que le film a bel et bien été réalisé dans les 70's. Peu de dialogues à l'horizon, la plupart des chansons résumant ce qu'il se passe à l'écran.

Une histoire médiévale où d'entrée de jeu le spectateur assiste au viol d'une jeune femme. De là à voir un parallèle avec Caligula, il n'y a qu'un pas... L'animation est aussi radicale que l'acte: plutôt que de montrer la scène de manière réaliste, le réalisateur montre une trace rouge venant et repartant entre les jambes de l'héroïne. Ce qui renvoie en soi au fait que l'héroïne était surement vierge et que ce viol apparaît malheureusement comme sa première fois.

Le film continuera à explorer la sexualité sinistre de son héroïne, à travers Satan se matérialisant plus ou moins par un phallus devenant de plus en plus gros. L'héroïne ne cessera de souffrir dans son malheur, peu aidé par un mari ne pouvant la protéger. Un hymne féministe radical aussi bien dans son animation que dans son fond, n'hésitant pas à aller au fond des choses. Quitte à désarçonner le spectateur dans des séquences trip qu'un amateur de marie-jeanne ne renierait pas.

Peut être que les spectateurs de l'époque n'étaient pas prêt à ce type de films. Aujourd'hui, dans un cinéma d'animation japonais souvent violent, voire pornographique, Belladonna apparaît tout de suite comme un film magnifiquement poétique et revendicateur.

A la prochaine!