Bruce Wayne voit d'un très mauvais oeil Superman après les événements survenus à Metropolis. L'affrontement entre le cape crusader de Gotham City et le kryptonien est inévitable...

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Zack Snyder aurait très bien pu réaliser une suite à Man of Steel (2013), permettant au héros kryptonien de s'imposer d'autant plus dans le milieu super-héroïque actuel. Il n'a pas choisi la facilité en enchaînant avec Batman V Superman: Dawn of justice (2016), pierre majeure du DCVerse confrontant son Superman (Henry Cavill), une nouvelle vision de Batman (Ben Affleck) et Wonder Woman (Gal Gadot). BVS est un film qui a de lourdes pressions sur ses épaules (notamment commerciales) et une volonté d'initier un univers ouvert envisagé depuis longtemps par DC Comics. Au point de s'être trompé de montage lors de sa sortie en salle. L'ultimate cut que l'on peut voir depuis quelques semaines est le montage qui doit être vu en priorité. Vient alors la question évidente: pourquoi ne pas l'avoir sorti ainsi? Deux raisons apparaissent: le film aurait perdu des séances à cause de sa durée finale de trois heures et il y a toujours le problème du classement Restricted. Qu'il soit PG-13 ou Restricted, l'adolescent américain de moins de 17 ans devra tout de même être accompagné pour le voir. Ceci tient plus de l'hypocrisie des studios qui ne veulent pas perdre d'argent avec un film qui pourrait être trop violent. Le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) est pourtant la preuve qu'il y a un public pour ce type de film super-héroïque plus percutant, mais à la différence de BVS, il n'a coûté QUE 50 millions de dollars. C'est vraisemblablement le prix à payer pour que le réalisateur ait la liberté qu'il veut.

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Un problème que Snyder avait déjà connu avec son Sucker Punch (2011), lui aussi réduit à montrer son vrai montage en vidéo. BVS ne déroge pas à la règle, se trouvant bien plus crédible et logique dans son déroulement que dans la version salle (qui était déjà de qualité). (attention spoilers) Ainsi, tout ce qui concerne le plan de Lex Luthor (Jesse Eisenberg excellent en nerd psychopathe) prend davantage de sens dans cet ultimate cut, autrefois cantonné à une simple sous-intrigue de plus et ce malgré l'omniprésence du personnage de Callan Mulvey. On voit que tout part véritablement de la séquence en Afrique, avec l'implication d'une CIA prête à casser des oeufs pour obtenir des informations (on sait désormais que le photographe-espion se nommait Jimmy Olsen) et les hommes de Luthor faisant maquiller le tout pour une attaque de Superman (Henry Cavill toujours grandiose dans le rôle). Dès lors, des petits détails jamais exploités dans le montage initial vont faire leur apparition, permettant au film d'exploiter une belle théorie du complot visant à détruire Superman en place publique. Pour cela, le plan de Luthor est simple: se mettre certaines personnes dans sa poche pour accuser le super-héros de tous les maux. Prenez une comédienne pour témoigner devant la cour suprême en la faisant passer pour une rescapée de l'attaque africaine et quand ce sera fini, liquidez-la dans l'anonymat le plus complet.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo

Là où la version salle nous montrait que Wallace Keefe (Scott McNairy) était un dommage collatéral de Luthor sans aller jusqu'au bout, ici on nous dévoile qu'il n'était pas prêt à mourir, encore moins de savoir qu'il avait une bombe indétectable pour Superman dans son fauteuil. Un élément zappé de la version salle heureusement rajouté dans ce nouveau montage. Idem pour ces membres du congrès que Luthor essaye d'amadouer et qu'il fait exploser à la cour. L'ajout de Janet Klyburn (Jena Malone) dans cette théorie du complot n'est pas anodine, permettant plus de précision au sujet de la balle retrouvée dans le carnet de Lois Lane (Amy Adams). Certes, Klyburn n'apporte finalement pas grand chose au film, d'autant plus que l'on avait longtemps cru que le personnage de Jena Malone était Barbara Gordon. Mais elle permet de voir que la CIA était au courant des différentes manigances de Luthor et qu'elle n'avait jamais osé s'y attaquer. Tant que cela reste secret, autant ne pas se mouiller les mains. Lois Lane gagne en épaisseur tout comme Clark Kent en tant que journaliste. Si autrefois cela apparaissait comme un rôle banal uniquement là pour masquer son activité super-héroïque, dans cet ultimate cut ses talents d'enquêteur apparaissent, le montrant aller à Gotham pour mieux connaître les activités de Batman et ses conséquences (il interroge la femme d'un trafiquant d'hommes tué suite à son arrestation par Batman). 

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Henry Cavill

Mais surtout, Snyder interroge ses personnages sur leurs statuts de héros. C'est ainsi que la haine entre Superman et Batman naît: le premier voit en Batman un criminel semant la terreur à Gotham City, le second un extraterrestre qui peut détruire le monde avec ses pouvoirs. La première scène post-générique de début le dévoile assez violemment en reprenant l'attaque de Metropolis, mais du point de vue de Bruce Wayne. Un dieu vu par un oeil humain et voyant le massacre qu'il a malheureusement engendré. Pour Wayne, Superman représente l'ennemi car il peut tuer tout le monde. Il est un danger pour ceux qu'il est censé protéger. Ses craintes augmentent à la fois par l'explosion du congrès et par un cauchemar. Snyder exploite plusieurs fois la notion de rêve au cours du film, mais le cauchemar post-apocalyptique de Wayne va peut être plus loin encore. Il montre que Superman peut devenir un élément de peur (notamment pour Wayne) et que Wayne est prêt à se battre contre Superman et ce qu'il représente pour d'autres. On peut même voir un point à venir dans Justice League (Zack Snyder, 2017) avec le logo Omega représentant Darkseid et son armée de créatures. D'autant plus que comme il s'agit d'un rêve, Snyder peut aller dans des univers qui n'ont rien de réaliste (ou s'y prêtent à peine), comme ici avec un monde désertique n'étant pas sans rappeler celui de Mad Max 2 (George Miller, 1981).

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Amy Adams, Jesse Eisenberg

Il faudra bien un moment délirant (les auteurs de DC Comics avaient quand même une sacrée imagination pour donner le même prénom aux mères de ses héros fondateurs !) pour que la folie de Wayne s'arrête. Le combat attendu n'est donc pas seulement physique, mais aussi idéologique. Ceux qui n'attendaient qu'une débauche bourrine à la Marvel ont évidemment été déçu, devant attendre au moins 1h30 avant de voir du bourre-pif furieusement excitant. Or, pour qu'un combat de titans de ce type voit le jour, il faut des raisons. Ce que fait Snyder avec le plan de Luthor visant à les faire s'affronter, engendrant une paranoïa de Bruce Wayne atteignant des sommets et un Superman voyant un être violent face à lui et déterminé à l'éradiquer. Sans un contexte, l'affrontement n'aurait été que bête et stupide et même s'il ne sert pas de climax, il est l'élément central du film que ce soit dans ses causes et ses conséquences. Le portrait de Batman n'a d'ailleurs strictement rien à voir avec ceux de ses aînés, ce qui est une bonne chose. Preuve que l'on peut montrer un personnage sous différentes facettes au cinéma sans que cela soit redondant. Tim Burton en avait fait un freak, sorte de créature de Frankenstein engendrée par la mort de ses parents et comprenant mieux ses ennemis du fait de sa ressemblance avec eux. Une vision qui avait perduré grâce à Bruce Timm et sa merveilleuse série animée (1992-1999).

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Joel Schumacher avait malheureusement été contraint de faire du tout public, quitte à faire de Batman un rigolo en moule-bite que n'aurait pas renié la série des 60's. Christopher Nolan avait ancré Batou dans un univers post-11/09 fort réaliste, le confrontant à des terroristes mettant sa ville à feu et à sang. Snyder n'est pas loin de la vision de Nolan dans son contexte, mais le fait de vieillir le personnage permet un changement. Batman est devenu un monument de peur, celui qui marque au fer rouge les criminels qu'il condamne. Un juge et un bourreau pas loin de ressembler au juge Dredd. Sans compter une filiation plus qu'évidente à The Dark Knight returns (Frank Miller, 1986), dont Snyder reprend durant quelques plans certaines cases (Batman transperçant un mur avant de prendre la mitraillette d'un assaillant pour tirer sur un autre; Batman accroché au mur sous un éclair ou ce rêve avec la chauve-souris). Ne parlons même pas de l'affrontement entre Superman et lui renvoyant au dernier acte du run de Miller, que ce soit par les flèches remplies de kryptonite ou le costume robotique de Batman. Il s'agit également d'un Batman vieillissant (plus de quarante ans, des mèches blanches apparaissent), plus massif encore que celui de Christian Bale, plus violent (que ce soit dans le montage original ou l'ultimate cut, Batman ne retient pas ses coups) et paranoïaque (le fait qu'il se méfie de Superman renvoie également à différents runs comme La tour de Babel ou le jeu-vidéo Injustice).

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D'autant plus que Gotham est tout le temps filmée la nuit, Wayne sortant le jour uniquement pour aller voir le tombeau de ses parents, renforçant cette appartenance aux ténèbres. Un personnage plein de colère (même la course-poursuite utilise le tempérament de Batman pour la rendre plus sauvage) et qui l'utilise sur la mauvaise personne. Pour évoquer son trauma familial, Snyder fait sobre, balançant le drame dès les premières minutes par un ralenti, renvoyant à son Watchmen (2009). D'autant plus que Ben Affleck se révèle parfait pour le rôle, impressionnant physiquement et reprenant le flambeau avec justesse. Il n'y a plus aucun doute, il est Batman. Superman s'interroge également sur son statut de héros, pas aidé par des événements de plus en plus tragiques. La version salle nous montrait seulement Superman dans le congrès en flamme, ici on nous le montre en train de sauver les survivants. On voit que le personnage est touché par l'événement, qu'il aurait pu empêcher cela. L'air de rien, Snyder et David S Goyer ont montré un Superman plus pensif, se demandant si ses actes sont bons pour ceux qu'ils sauvent, ce qu'il représente pour eux. Un aspect autrefois balayé pour plus de divertissement, mais qui prennent sens désormais avec un héros plus humain, voire christique. 

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Alors quand le final arrive en mettant en scène l'un des moments les plus iconiques des comics des 90's, l'émotion est bel et bien là dans ce qu'elle a de plus triste (This is my world, probablement un des plus beaux morceaux de l'ost). Snyder aurait pu terminer son film de manière classique, il a pourtant décidé de mettre le coup de grâce. Après avoir fait dans la pyrotechnie et le déluge cgi (parfois pas tous jolis ou lisibles, même si cela passe mieux en le revoyant), Snyder se pose, rend tragique la mort de Superman en la traîtant de la manière la plus humaine possible. Batman et Wonder Woman restent immobiles et impuissants devant le malheur de Lois Lane. Le plan est iconique et fait mal au coeur. Certes l'Amazing Grace sonnera lors de deux enterrements en montage alterné (celui de Superman et celui de Kent), mais la séquence n'a aucune réplique avant celle du prêtre. Superman s'est sacrifié pour sauver des innocents, les USA lui rendent l'hommage qui lui est dû. On pourra dire que Snyder joue sur le patriotisme (et une remarque de Jon Stewart durant le film est assez jouissive à ce propos), mais le traitement n'est pas caricatural et est en soi logique. On attendait aussi beaucoup de Diana Prince, apparaissant pour la première fois au cinéma après le cafouillage de son film durant les 2000's.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill

Il s'agit certainement d'une des bonnes surprises du film, même si elle apparaît finalement peu. Ses apparitions n'en restent pas moins intéressantes, notamment dans son jeu de chat et de la souris avec Bruce Wayne. D'autant plus que ce sont eux qui devront rassembler les justiciers dans Justice League. Elle ne dévoile son costume d'amazone que dans le climax, mais le personnage est particulièrement épique, bien aidé par le thème très inspiré de 300 (2007), Is she with you? Gal Gadot réussit à donner un charme fou à Wonder Woman, donnant envie de la revoir en juin prochain dans ses propres aventures. BVS ne réussit pourtant pas tout. On pourra être déçu de l'affrontement avec Doomsday, moins fort et alléchant que le combat entre les deux héros. Pire encore, il y a le fameux moment "Justice League" avec des vidéos toutes plus improbables et gadgets les unes que les autres. Cette scène sort même du film en étant intégrée dans le récit. Il aurait mieux valu ne reposer que sur la scène entre Flash (Ezra Miller) et Wayne, d'autant plus que la scène peut être vu comme un élément à venir (sauver Lois Lane) et raccord au personnage de Barry Allen qui navigue entre différentes temporalités. Une scène plus intéressante que les vidéos inutiles vues par Diana Prince. (fin des spoilers) La musique d'Hans Zimmer et Junkie XL est finalement de qualité, pouvant être écoutée aussi bien sans le film. Ce qui n'est pas un mal pour le compositeur allemand si l'on se fit à l'ost d'Interstellar (2015), qui se révélait répétitive en écoute seule. 

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Zack Snyder signe un film de super-héros puissant, largement réhaussé par un ultimate cut bien plus pertinent.