Cette semaine, l'Antichambre de Borat va faire trembler les murs, faire peur dans les chaumières, . Rappelons le topo de cette rubrique: trois films, trois critiques rapides mais tout aussi complètes et cette fois, ce sera au tour de films d'horreur. Au programme: une histoire vraie pas très catholique, un film d'époque diabolique et une virée sanglante dans le monde de la mode. Ready? Go! (attention spoilers)


 

The conjuring 2

Nous avions laissé l'ami James Wan avec le merveilleusement nanardesque Furious 7 (2015), film ayant accumulé des problèmes aussi bien tragiques que techniques. Le revoilà sur un budget beaucoup plus petit (on passe tout de même de 190 millions de dollars à 40 !) avec la suite de son Conjuring (2013). Après avoir lancer un spin-off que beaucoup veulent oublier (Annabelle, John R Leonetti, 2014), Wan revient sur la franchise qu'il a lancé comme il l'avait fait avec Insidious

Toutefois, à ceux qui craignent la suite directe, n'ayez pas peur. Bien que l'affaire Enfield a eu lieu après l'affaire Perron (1971 et 1977), les films Conjuring sont des stand-alone movies. Deux histoires n'ayant rien à voir ensemble et pouvant se voir indépendamment, même s'il vaut mieux voir le premier pour connaître les Warren. Ce qui n'est pas plus mal à l'heure des shared-universes et des suites se suivant sans cesse. Un peu de liberté ne fait pas de mal, d'autant plus que le réalisateur a pu avoir la liberté qu'il voulait au vue du succès du premier opus. Preuve en est un budget augmenté de 20 millions et toujours le classement Restricted à la clé. Wan peut faire ce qu'il veut et c'est bien pour cela qu'on aime son cinéma.

Comme le premier opus, The Conjuring 2 n'invente rien et c'est aussi en cela que le film s'avère angoissant. Le film a beau être une fiction, il s'inspire d'une autre véritable affaire traîtée par les Warren peu de temps après Amytiville. Pour preuve, un générique de fin qui glace le sang avec photos et enregistrements à la clé. Le côté "histoire vraie" est traîté avec autant de réussite que sur le premier opus, d'autant qu'ici des suspicions de tromperies apparaissent. D'où le personnage de Franka Potente, bien plus suspicieuse et malgré son statut de docteur en paranormal, croit moins à certaines choses que ses collègues plus convaincus. 

Wan lie de manière habile les affaires d'Amytiville et Enfield à travers un démon récurrent. Le cas Amytiville n'est donc pas choisi pour rien, d'autant que le film souligne la similarité entre les deux affaires. L'occasion de belles idées visuelles avec ce démon, à l'image également de ce plan large montrant le chien se transformant en Homme Tordu. Wan multiplie les idées visuelles superbes (on citera également les scènes dans l'au delà superbement shootées par Don Burgess), banalisant les jump scares encore bien présents. On remarquera également que la musique est bien moins entendue, ce qui évite tout sur-effet casse-pied.

Le jeu d'acteur est également à souligner, que ce soit le duo parfait Vera Farmiga / Patrick Wilson et l'impressionnante Madison Wolfe. En résultes, une suite de qualité changeant radicalement de ce que l'on peut voir d'habitude dans le genre horrifique.


 

THE WITCH

Prix du jury Syfy au Festival de Gérardmer, The Witch avait été raté par votre cher Borat, faute de pouvoir tout voir. Il s'est rattrapé au cinéma, d'autant plus qu'avec Evolution (Lucile Hadzihalilovic, 2016), ce sont les deux seuls films du festival à avoir eu une exploitation en salle en France. Une rareté de plus en plus sinistre et triste, d'autant que certains films venant de Gérardmer sont parfois plus excitant que ce qui sort en salle (cf Bone tomahawk, le grand prix de cette édition 2016 signé S Craig Zahler ayant fini en direct to dvd).

L'air de rien, ce premier film de Robert Eggers revient de loin, puisque sa première diffusion datait de 2015 à Sundance, où il récolta le prix de la mise en scène. Le temps de trouver un distributeur (A24 aux USA, Universal dans le reste du monde), le film a pu se faire une nouvelle réputation avec le festival vosgien, preuve que par chez votre cher Borat on a plutôt bon goût.

Un premier film qui se révèle particulièrement radical, puisqu'il s'agit d'un film d'horreur en costume. Ce qui change des purges actuelles, très contemporaines au spectateur. Une prise de risque qui s'avère payante, évitant les jump scares suscités malgré une surabondance de musique dans le premier tiers. Cette dernière est heureusement bien moins présente, à mesure que le scénario met à mal ses personnages. 

En soi, on peut voir The Witch comme un anti-Exorciste. Le film partage avec celui de William Friedkin cette tendance à aborder la foi des personnages. Sauf que le réalisateur évoque plutôt le contraire. Là où le père Karras (Jason Miller) la regagne lors de l'exorcisme, les personnages de The Witch ont tendance à la perdre petit à petit. Plus les drames s'accumulent, moins ils croient en Dieu et à ce qu'il représente jusqu'à un final glaçant au possible. Et plus ils deviennent fous, à l'image de la mère (Kate Dickie) voyant en sa fille une sorcière jusqu'à essayer de la tuer, alors qu'elle-même se familiarise avec un fantôme.

De même, le film accumule les faux-semblants, faisant petit à petit resserrer l'étau sur la fille la plus âgée (excellente Anya Taylor-Joy) pendant que le père (Ralph Ineson) perd de sa superbe jusqu'à une mort tragique. Le film ne cache jamais son appartenance au fantastique ou à l'horreur, montrant très rapidement l'existence de la sorcière dans une séquence particulièrement glaçante et pour le moins gore. Moins de choses sont dites, plus le spectateur s'imagine et a peur. A l'heure où le gore extasie les adolescents de la plus basique des manières, ce type de production subjugue par sa sobriété. Robert Eggers, un artiste à suivre de prêt.


The neon demon (2)

On aurait pu penser que Nicolas Winding Refn resterait dans un registre commercial après Drive (2011). Il avait clairement fait comprendre que non avec Only god forgives (2013), toujours avec Ryan Gosling mais dans un registre beaucoup plus expérimental, citant ouvertement Alejandro Jodorowsky. Au point d'avoir un peu peur de ce Neon Demon, dont beaucoup vantaient les images à Cannes mais peu du reste.

Au final, The Neon Demon s'avère bien moins compliqué que son aîné, bien plus lisible aussi. Le film ne repose heureusement pas que sur les images (superbement réalisée il faut bien le dire), ces dernières nous faisant entrer dans un monde de dégoût et de lumières sous la musique hypnotique de Cliff Martinez. Nous suivons une jeune mannequin (Elle Fanning), fille parfaite selon tout ceux qui la voit. De quoi attiser des convoitises aussi bien masculines que féminines.

Winding Refn brouille les pistes régulièrement, éludant la menace constante de certaines femmes jusqu'à un retournement de situation tardif frappant. Dès lors, on comprend où veut en venir le réalisateur quand il citait la comtesse Bathory, cette femme qui tuait des vierges en espérant devenir immortelle. Un cas déjà traîté dans le plutôt bon La comtesse (Julie Delpy, 2009) et qui trouve une variation plus gourmande et croquante ici. 

Le réalisateur évoque aussi l'ambiance crasse que génère le monde de la mode. Un monde où le temps se résume à deux-trois ans avant de passer par la case poubelle. Il faut toujours plus jeune, toujours plus mince, toujours plus parfait. Le personnage d'Elle Fanning en est la preuve, bouffée petit à petit par l'engrenage autour d'elle, devenant aussi cruelle que ses concurrentes. Los Angeles aime toujours autant tuer ses anges.

Le casting est plutôt de qualité, même si on ne retiendra pas forcément Alessandro Nivola (certains le rapprocheront du personnage de Peter Stormare dans Bad Boys 2 !) ou Karl Glusman. On retiendra tout d'abord le casting féminin, allant de l'adorable Elle Fanning à Jena Malone, reprenant petit à petit sa place dans le paysage cinématographique. L'heure d'un come-back pour le moins mérité pour cette actrice pendant un temps sortie des radars. On retiendra également la prestation éclair mais jubilatoire de Keanu Reeves, parfait salopard à tendance pédophile.

A la prochaine!