Alors que votre cher Borat a pris des vacances bien méritées, revoilà la Cave de Borat toujours plus garnie pour votre plus grand plaisir! En cause, quelque chose d'étrange dans le voisinage. Et qui c'est qu'on appelle? Borat évidemment! Vous l'aurez bien compris nous allons parler de Ghostbusters. A l'heure où le reboot / remake / sequel de Paul Feig s'apprête à sortir sur les écrans français, il était temps de revenir sur cette saga dépassant le simple cadre des deux films. Ghostbusters est revenu sur le devant de la scène depuis 1989 et cette cuvée sera aussi l'occasion d'en parler. Alors êtes-vous prêts à croiser les effluves? Go! (attention spoilers) Dans un premier temps, posons le contexte. Dans les années 70, Ivan Reitman est un réalisateur canadien essayant de percer aux USA. Il fait rapidement la connaissance de Dan Aykroyd et Bill Murray, deux comiques incontournables du Saturday Night Live, ce show déjà fort influent crée par Lorne Michaels. Si Aykroyd se lance rapidement dans le cinéma avec son comparse John Belushi, c'est moins le cas de Murray. Si l'acteur commence à tourner des films dès 1976, il faudra attendre Meatballs aka Arrête de ramer t'es sur le sable que réalise Reitman en 1979. Si leurs rapports n'ont pas été au beau fixe au départ (Murray a envoyé sur les roses le réalisateur lui faisant une remarque sur une vanne), une confiance s'est installée par ce film.

tournage ghostbusters

L'équipe de choc au repos.

A ce duo se rajoute Harold Ramis, scénariste du film que Reitman avait rencontré sur Animal House (John Landis, 1978) en tant que producteur. Le trio se reformera à l'occasion de Stripes (1981) où Murray et Ramis se retrouvaient en bidasses. Au même moment, Aykroyd est en train d'écrire un script sur des chasseurs de fantômes voyageant dans le temps. Il contacte Reitman qui passe un marché avec Columbia Pictures assez rapidement avec une enveloppe de 30 millions de dollars de budget. Toutefois, le scénario devra être remanier, se déroulant dorénavant de nos jours à New York. Désormais associé au projet, Ramis s'occupe des réécritures avec Aykroyd. A cette époque, l'acteur devait jouer aux côté de Belushi avec qui il faisait un duo monumental (notamment dans Les Blues Brothers). Malheureusement, l'acteur succombe à une overdose le 5 mars 1982, manquant de faire entrer Ghostbusters dans les bas-fonds du development hell. Il n'en sera rien, le projet renaissant de ses cendres tel le phénix. Tout s'accélère: John Candy laisse sa place à Rick Moranis dans le rôle de Louis Tully; Bill Murray remplace Belushi; idem pour Eddie Murphy (parti sur Le flic de Beverly Hills) et Ramis se rajoute à la distribution. Sans compter Sigourney Weaver popularisée grâce à Alien (Ridley Scott, 1979) en premier rôle féminin et l'indispensable Annie Potts dans le rôle de Janine, la précieuse secrétaire de notre équipe de choc. Le tournage est d'autant plus délirant que Reitman et son équipe n'ont aucune autorisation pour tourner, parfois tard le soir et les acteurs (Murray en tête) accumulent les improvisations.

bibliothècaire

Soit le propre de toute comédie en fin de compte. Au même titre que le film s'est monté rapidement, il est un succès fracassant à l'été 1984. Au total ce seront près de 300 millions de dollars qu'amassera le film. A cela se rajoute une campagne marketing du tonnerre, allant du SOS Fantômes téléphonique (y compris en France) au tube de Ray Parker Jr déferlant sur les ondes des radios. L'air de rien Ghostbusters, plus connu dans nos contrées sous le titre de SOS Fantômes, n'a pas tant vieilli que ça. Certes, certains effets-spéciaux ont évidemment pris un bon coup dans la figure (mais moins que certains du second film bizarrement) mais c'est le jeu des années qui veut ça. Rappelons tout de même que le film a trente-deux ans au compteur. D'autant qu'il n'a pas de réel contexte historique et a ainsi moins de problème de recontextualisation que certains films de son époque (la différence avec un Rocky IV par exemple). C'est peut être aussi pour cela qu'un reboot ou un remake n'est finalement pas si étonnant, tant les films originaux sont intemporels et finalement de qualité. Mais surtout ce qui marche tout de suite dans Ghostbusters est son casting et notamment ses quatre pilotes (oui quatre comme l'affiche originale l'avait oublié). Tous dans des rôles différents, à la limite du cliché mais automatiquement attachants: le sarcastique et beau parleur Peter Venkman (Murray), l'enthousiaste Ray Stantz (Aykroyd), le scientifique convaincu Egon Spengler (Ramis) et le mec qui se demande ce qu'il fout là Winston Zeddemore (Hudson). 

coquin 

Ray a encore rêvé d'elle, si fort que les draps s'en souviennent...

Dès lors, leurs aventures n'en deviennent que plus plaisantes, fortes de l'éclectisme des personnages. Évidemment, Venkman ressort du lot à cause de Bill Murray, à lui tout seul un festival alignant les punchlines ("on est venu, on l'a eu, il l'a eu dans le cul!") et les gags (on retient son introduction et le passage merveilleux où Slimer lui passe dessus si on peut le dire ainsi). Ray permet par contre deux des meilleures scènes du film. La première étant son rêve gourmand et croquant, valant un bon fou-rire. Puis il y a l'inimitable scène du bibendum chamalow, valant un climax improbable avant le grand final. Un effet visuel remarquable entre cascadeur dans le costume, stop motion, maquettes explosées et foule incrustée grâce à un habile mélange de slow motion. Encore aujourd'hui un véritable tour de force. Là où Reitman, Aykroyd et Ramis réussissent leur coup aussi c'est par le mélange parfait de comédie et fantastique. Reitman sépare les deux genres suffisamment bien pour que la comédie n'empiéte pas sur le fantastique et vice versa, formant un ensemble cohérent et fun. Quand le film est comique, il est jouissif, quand il passe au fantastique il respecte les codes du genre sans jouer de la parodie. L'introduction joue d'abord du côté malicieux du fantôme jusqu'à ce que cela devienne inquiétant. Idem pour le passage où Dana (Weaver) est aspirée par Gozer dans le placard ou l'attaque de Louis du point de vue indifférent de petits bourgeois dans un restaurant!

bibendum

Le script s'attache aussi à dézinguer la bureaucratie avec le personnage savoureux de William Atherton, déjà habitué aux rôles de casse-pieds (il jouera le journaliste cogné par Bonnie Bedelia dans Die Hard). Un responsable écologiste s'en prenant à l'agence, car tout cela n'est pas très bon pour la nature de conserver des fantômes dans un espace surchauffé, au point de balancer des ectoplasmes dans toute la ville. Le type de personnage que l'on adore détester. On s'amusera également de la représentation du maire (David Margulies), parfait profiteur dès qu'il s'agit d'aller chercher des voix pour les futures élections! Au vue du succès du film, on aurait pu penser qu'une suite serait produite rapidement. Columbia insistant, Ghostbusters 2 finira par devenir une réalité en 1989. Si possible avec toute l'équipe pour rempiler, y compris le célèbre Slimer dit Bouffe-tout dans nos contrées, masquotte improbable et involontaire de la franchise. Le film marche moins bien que le premier opus sur le cumul (215 millions de dollars pour un budget estimé à 37 millions) et marque moins les esprits par la même occasion. En cause, peut être la trop grande attente, là où les suites sortent en général deux-trois ans après l'original histoire de rester dans la mémoire des spectateurs. C'est d'ailleurs le point de départ du film. Peter, Ray, Egon et Winston auraient pu être des chasseurs de fantômes actifs et accumulant les affaires. Il n'en est rien, SOS Fantômes n'est plus ou si peu.

slim

Des has been réduits à faire les cons devant des gosses désintéressés. Au point que certains ont quitté le navire, Egon découvrant les joies de la vie en laboratoire, Venkman celui des plateaux de télévision. Reitman, Aykroyd et Ramis ont finalement bien joué leur coup, s'amusant de l'attente trop longue pour se payer le monde du show business. Les héros n'ont pas tenu face au triomphe de leurs exploits, retombant dans l'anonymat ou perdant ce qui faisait leur charme. C'est certainement la partie la plus intéressante du film, car finalement la plus critique: les Ghostbusters ne sont pas faits pour exister longtemps, juste un peu pour marquer leur temps. C'est ce qui s'est passé en 1984, un peu moins en 1989. Par ce commentaire, Ghostbusters 2 évoque que la franchise n'est pas vouée à perdurer, tout du moins pas sous sa forme initiale (ce qui se confirmera par la suite). Evidemment, nos héros vont se réunir sous l'impulsion évidente de Dana et son petit menacé par Vigo, un démon coincé dans une peinture et cherchant à se réincarner (Wilhelm von Homburg). Le méchant paraît moins important que Gozer dans le premier film, pas aidé par un sidekick avec un accent à coucher dehors (Peter MacNicol). Moins impressionnant aussi. A vrai dire, Ghostbusters 2 joue davantage la carte de l'humour que son prédecesseur pour amener au fantastique. L'ensemble est moins distinct. L'occasion de séquences spectaculaires, nécessitant des cgi peut être plus perfectionnées que sur le premier. 

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Preuve en est le passage où le juge finit par libérer malencontreusement des prisonniers condamnés par ses propres soins à la chaise électrique, valant tout un lot d'effets-spéciaux numériques. Sans compter le pauvre Winston s'offrant une superbe frayeur en prenant un train fantôme en pleine figure. Néanmoins le climax avec la Statue de la liberté a pris sérieusement dans la tronche, surtout que l'utilité de la Statue est finalement minime. Reste un moment loufoque dans l'esprit de la franchise. On s'amusera tout de même un peu plus de l'arrivée tant attendue d'un célèbre paquebot parti en 1912 ! Pendant des années, les fans espéraient un nouvel SOS Fantômes. A l'époque, on ne parle pas encore de reboot (ni même du mot lui-même), mais de séquelle tardive. En attendant, l'équipe se disperse. Reitman devient le ressort comique de Schwarzy par trois fois. Ramis offre à Bill Murray un de ses meilleurs rôles dans Un jour sans fin (1993), avant que ce dernier ne devienne une icône du cinéma indépendant aussi bien chez Sofia Coppola que Wes Anderson. Aykroyd reprend son rôle pour une apparition mémorable dans Casper (Brad Silberling, 1995) avant d'accumuler les second-rôles. Ernie Hudson est de la malheureuse aventure The Crow (Alex Proyas, 1994), avant de devenir le directeur de la prison dans la série Oz (1997-2003). Sigourney Weaver continue la saga Alien par deux fois, avant de partir vers les étoiles avec James Cameron (Avatar, 2009). Rick Moranis devient une star Disney dans Chérie j'ai rétrécie les gosses et ses suites (Johnston, Kleiser, Cundey, 1989-1997), avant de se retirer progressivement suite à la mort de sa femme et d'une certaine lassitude. 

Un logo d'un possible Ghostbusters 3 revient même assez souvent au début de la toile, Dan Aykroyd évoque qu'il y travaille durant les 2000's. Bill Murray en reparle aussi régulièrement, mais à la négative, se payant à chaque fois les différentes moutures du scénario. Si bien qu'on évoque parfois qu'il reviendrait sous forme de fantôme. Une rumeur évoque également l'idée de jeunes recrues formées par Ray et sa bande. Eliza Dushku est ainsi souvent évoquée au casting. Mais tout cela prend subitement fin quand Harold Ramis nous quitte le 24 février 2014. Les fans pleurent et le bouton "reboot" est définitivement actionné par Sony, avec une équipe féminine attirant le courroux des misogynes. Pendant ce temps de gestation spectaculaire, Ghostbusters survit que ce soit en comics (certains sont disponibles en France depuis quelques temps), en séries télévisées ou jeux-vidéo. La première série animée est celle qui revient le plus en tête chez les fans. Diffusée entre 1986 et 1991 sur ABC, The Real Ghostbusters fut lancée par Ramis et JM Straczynski, futur créateur de la série Babylon 5 (1993-98). 140 épisodes mettant en scène nos héros respectifs. Si votre cher Borat n'a pas vu cette série, il a en revanche bien connu la suivante. Si elle ne survit pas longtemps (quarante épisodes diffusés entre septembre et décembre 1997), elle sera très régulièrement rediffusée dans nos contrées, à une époque où les chaînes hertziennes diffusaient encore des séries animées.

La série mettait en scène un New York ayant perdu toute activité paranormale et les Ghostbusters un vestige du passé. On suivait alors Egon reprenant du service suite aux retours des ectoplasmes, avec une nouvelle bande de chasseurs issus de l'université où il enseigne. La bande était assez éclectique allant de l'handicapé en chaise roulante à la jeune femme, en passant par le grand dadet et l'afro-américain. Même au niveau des looks, la série allait avec la mouvance de l'époque (comme une envie de grunge). Sans compter un générique rock'n rollesque reprenant le titre de Ray Parker Jr. En fin de compte, on retient davantage les personnages que les fantômes et c'est ce qui fait aussi le charme de ces Extreme Ghostbusters. Si le projet d'une séquelle a pâtiné durant plus de dix ans, le jeu-vidéo réalisé par Atari en 2009 a eu son petit succès. Scénarisé par Aykroyd et Ramis, il se dévoile finalement comme le troisième opus que nous ne verrons jamais. On y incarne un cinquième Ghostbusters auprès de ceux que nous connaissons (qui n'a pas de nom pour que le joueur se familiarise avec le personnage qu'il incarne) et l'action se déroule en 1991, faisant donc bien suite au précédent film. Pour le coup, les acteurs originaux ont tous repris leurs rôles (oui même Bill Murray), au contraire de la VF où Bernard Murrat n'a pas repris la voix de Venkman, laissant les dialogues sous-titrés. Le personnage de Dana comme de Louis ne sont néanmoins pas présent, permettant ainsi d'installer un nouveau personnage féminin doublé par Alyssa Milano.  

Inutile de dire que l'ami Venkman est fidèle à lui-même en bon tombeur de ces dames qu'il est. L'aventure fait moult clins d'oeil à la franchise, puisque plusieurs passages utilisent des fantômes connus, tels la dame de la bibliothèque, le bibendum ou même Gozer au centre du scénario. En effet suite à une exposition lui étant consacrée, des fantômes et notamment les anciens dirigeants du museum d'histoires naturelles font rage dans différents lieux. L'histoire est plutôt sympathique, parfaitement ancrée dans l'univers que l'on connaît. Pas plus mal quand on sait que les adaptations de franchises en mode vidéoludique sont souvent catastrophiques. D'autant que le jeu a une longue durée de vie et les phases d'action sont de qualité. Le climax permet même à Aykroyd d'exorciser certaines idées de son scénario original. En effet, les derniers instants prennent place sur une île isolée, avant de laisser place à une dimension parallèle! Une idée géniale plutôt bien exploitée où le rookie devra se dépatouiller entre plateformes et fantômes. Comme quoi, si la saga Ghostbusters n'a pas duré longtemps au cinéma, ses créateurs l'ont suffisamment bien pérénnisé sur d'autres supports pour qu'elle survive. Pour finir, quittons nous sur un air bien connu. Allez à la semaine prochaine!