En cette semaine anniversaire, l'Antichambre de Borat pointe le bout de son nez. Comme d'habitude, trois films seront chroniqués de manière tout aussi équitables que les critiques seules. Au programme: un jeu-vidéo pour amateurs voyeuristes; du trafic d'armes; et l'équipage de l'USS Enterprise part vers l'infini et l'au delà. Ready? Go! (Attention spoilers)


 

Nerve

Pas besoin de donner dix exemples pour dire que le cinéma et le jeu-vidéo font 646, il suffit d'évoquer le sinistre Warcraft (Duncan Jones, 2016) pour s'en rendre compte. Il est donc plutôt amusant de voir que quand le cinéma n'adapte pas directement un jeu, il est parfois plus pertinent.

Si Nerve (Joost, Schulman, 2016) n'est pas une réussite du niveau d'un Tron (Steven Lisberger, 1982) ou d'un Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010), il en a tout de même assez sous le capot pour s'imposer comme une bonne surprise.

Nerve gagne des points dans sa description simple mais habile de son jeu, sorte d'Action sans vérité en ligne. Deux sortes de personnes peuvent y avoir accès: les Joueurs qui ont des défis instaurés par les Voyeurs. Plus ils relèvent de défis, plus ils gagnent d'argent jusqu'à atteindre le dernier niveau.

Le film reste toutefois très abstrait au sujet des magouilles du jeu et d'ailleurs, on n'aura jamais idée des intentions des créateurs, tout comme leurs visages nous sont inconnus. Les réalisateurs ont certainement voulu aller à l'essentiel, ce qui n'empêche pas quelques zones d'ombres comme ici. Idem pour un final quelque peu what the fuck, partant un peu dans toutes les directions. On s'amusera également à remarquer les différents placements de produire durant sa première demi-heure.

En revanche, Nerve peut compter sur un discours intéressant. Que les Joueurs fassent les défis est une chose, que des gens les regardent faire en est une autre. Le voyeurisme anonyme (la plupart sont des pseudos et se cachent même derrière des masques) est bien montré, y compris quand il prend le point de vue du meilleur ami de l'héroïne.

Ce dernier ne veut pas participer au jeu, mais se sent obligé de voir comme tant d'autres. Comme le spectateur, le film interroge jusqu'où le voyeur est prêt à regarder, y compris lorsqu'il s'agit d'une mort en direct ou d'un acte totalement dangereux.

Le film peut aussi s'aider d'acteurs de qualité, à commencer par Emma Roberts. L'héroïne de Nerve est terriblement attachante. Ce n'est ni la girl next door, ni la bombe sexuelle du lycée (réservé à sa meilleure amie incarnée par Emily Meade), c'est une fille banale qui se découvre lors d'une soirée exceptionnelle. Un type de rôle masculin les trois quarts du temps, ce qui n'est pas plus mal.


 

War dogs

Il était temps que Todd Phillips retrouve la flamme, après des années passées à Las Vegas ou sur les routes avec Zack Galifianakis. La flamme d'oeuvres pour le moins délirantes, voire franchement drôles comme Road Trip (2000) et Old School (2003). C'est finalement en partant sur la case biopic que le réalisateur retrouve son grain de folie avec War Dogs

Soit l'histoire vraie de deux trafiquants d'armes basés à Miami, ayant réussi à avoir une offre de l'administration Bush Jr à un prix quatre fois moins cher que leur principal concurrent. Avec un pitch pareil, Phillips fait une sorte de mélange improbable entre The social network (David Fincher, 2010) et les sagas mafieuses (ou pas) de Martin Scorsese. 

Pour le premier, Phillips développe une amitié pas si solide entre deux personnages pour le moins différents. L'un est un mec rangé essayant par tous les moyens de subvenir aux besoins de son couple (Miles Teller) et ce, même si ce qu'il fait n'est pas très catholique. L'autre est déjà un requin qui n'attend que le gros poisson pour partir en chasse (Jonah Hill). Pas étonnant que son modèle est Tony Montana. Plus grosse est l'ascension, plus douloureuse est la chute. 

De même, les deux ont des conflits internes et ne sont jamais avares de couteaux dans le dos. C'est d'ailleurs ce qui conclut à leur chute aussi vertigineuse qu'une descente d'ascenseur. Un constat un peu similaire pour Marty, où les magouilles finissent souvent par sauter à la figure de leurs instigateurs.

De plus, le tempérament mafieux de Jonah Hill (lui-même coutumier du style scorsesien) convient parfaitement à ce style. On retrouve également un jukebox plutôt qu'une réelle composition, naviguant entre Pink Floyd et Leonard Cohen, en passant par les Who.

Si Phillips ne fait pas forcément un film personnel avec ce cru, il s'avère néanmoins loin du ton parfois cru d'un Marty et s'amuse des aventures de nos deux pieds nickelés de l'armement. Puis il y a les prestations solides de Miles Teller et Jonah Hill (purée quel rire) pour faire passer un bon moment. Toutefois sur le même sujet, on préféra le bien plus violent Lord of War (Andrew Niccol, 2004). Une fiction certes, mais dont War Dogs doit beaucoup dans son traitement (voir l'ouverture).


 

star trek

JJ Abrams étant parti vers d'autres étoiles, il a bien fallu lui trouver un remplaçant. JJ encadre toujours, mais c'est bien Justin Lin aux commandes de ce Star Trek Beyond, revenant aux opus stand alone d'autrefois. La saga Star Trek au cinéma a essentiellement reposé sur des aventures sans suite, en dehors du cycle Spock (de La colère de Khan à Retour sur Terre) et des films d'Abrams. 

L'idée de revenir à une certaine routine fait du bien, car permet aux non-habitués de s'y intéresser doucement, sans avoir besoin d'avoir vu les autres films. Beyond reste dans une certaine continuité, mais nous sommes dans la mission des cinq ans. Il n'est plus question de genèse des personnages et de la fondation de leur groupe. Les personnages sont installés, ils n'ont plus qu'à voler de leurs propres ailes.

Les scénaristes Simon Pegg et Doug Jung jouent sans cesse sur les doutes des personnages afin de mieux les rassembler. Seul l'équipage de l'Enterprise ne mène à rien, soudé il ne devient que plus fort. Lin peut donc s'aider pleinement de l'alchimie déjà instaurée par Abrams afin de continuer dans son sillon. 

Si l'aventure de Beyond est moins ambitieuse que le reboot (une mission de routine qui tourne mal), il fait toutefois oublié à quel point Into darkness (2013) était un remake inversé de La colère de Khan (Nicholas Meyer, 1982). Le film proposé est peut être plus simple, mais pas moins génial, Lin se faisant un plaisir pour rendre son film spectaculaire et merveilleusement divertissant.

Justin Lin n'est pas un grand réalisateur, il n'en reste pas moins que sur les Fast and furious (de 2007 à 2013), il a pu expérimenter les scènes d'action. Un formaliste peut être, mais tout ce qu'il y a de plus correct et compétent. On le voit ici dans des scènes catastrophes qui fonctionnent et une poursuite ingénieuse dans un village commençant par un travelling délirant. Sans compter ce qui deviendra désormais la scène Sabotage, où le son des Beastie Boys casse littéralement la baraque dans un mélange parfait entre ce qui se passe à l'écran et ce qu'on entend. 

L'IMAX donne par ailleurs une impression encore plus immersive qu'une simple conversion 3D. Comme si le spectateur était embarqué dans un voyage spatial, au plus près de l'action. Sans compter l'impressionnante profondeur de champ dans des conditions exemplaires (votre cher Borat l'a vu à Marne la Valley). De quoi être un peu plus près des étoiles.

A la prochaine!