En ce jour fatidique où les masques tombent, la Cave de Borat se devait de faire une cuvée exceptionnelle pour être sur son 31. Après avoir évoqué ses expériences passées, sa vision du cinéma d'horreur ou encore être revenu sur l'institution Simpson Horror Show, votre cher Borat va s'attaquer à une saga particulière. Non seulement car on lui a permis de revoir les trois quarts au cinéma samedi soir (les joies des Nuits du bis), mais aussi car depuis l'an dernier, la franchise Evil Dead n'a jamais été aussi vivante. Vingt-deux ans après L'armée des ténèbres, Ash revenait pour de nouvelles aventures télévisuelles qui se poursuivent en ce moment pour une seconde saison que l'on dit déjà fantastique. Votre adorable Borat va donc revenir sans chichi sur la trilogie initiale, le remake et la première saison d'Ash vs Evil Dead. Etes-vous prêt pour le rollercoaster d'Halloween? Go! (Attention spoilers)

  • Evil Dead (1981): L'opéra de la terreur

Evil dead

Pour un premier film, rien de mieux que l'adoubement de Stephen King sur votre affiche.

On dit souvent que les films de potes sont des films choraux, avec un réalisateur qui réunit ses potes devant sa caméra. Donc des films type Mes meilleurs copains (Jean Marie Poiré, 1989) ou Les petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2009). Evil Dead n'a rien à voir avec ces films et pourtant il s'agit également d'un film de potes. Les potes ce sont Sam et Ted Raimi, Bruce Campbell et Robert Tapert. Les Raimi et Campbell se connaissent depuis l'enfance, Tapert fut le collocataire de Sam à l'université. Raimi commence à faire quelques films en Super 8 lui permettant de se faire la main et Tapert fonde sa société de production Renaissance Picture. Alors pour le premier film de la société de production, Tapert propose à Raimi de réaliser son premier long-métrage. On l'oublie très souvent à cause aujourd'hui de son culte démesuré, mais Evil Dead est un film fauché, financé aux alentours de 375 000 dollars en démarchant divers personnes (familles, proches, mécènes) et tourné sur près de trois ans. La faute à un budget qui a gonflé au fur et à mesure (ils ont commencé à tourner avec 90 000 dollars), à la disponibilité des acteurs et des techniciens et évidemment à des manques d'argent entretemps. A cela se rajoute des conditions de tournage kamikazes avec une cabane où il ne fait pas forcément bon vivre, la vision du démon en plan subjectif réalisée à l'aide d'une moto (oui Sam Raimi a bien percuté Bruce Campbell comme le suggère le plan), d'autres plans où le réalisateur a dû se suspendre au plafond... 

Evil dead 

Affiche réalisée par Francesco Francavilla.

Le système D par excellence mais qui fut finalement payant. Le destin d'Evil Dead ne se trouve finalement pas aux USA, mais en France. Présenté au marché du film à Cannes en 1982, le film est vite acheté par Samuel Hadida et Bernard Dauman qui organisent quelques projections et manifestations (dont un carnaval à Nice en 1983 !) avant de le diffuser en France. A peu près 500 000 spectateurs verront Evil Dead dans notre pays. Sa ressortie en 2003 permettra un nouveau doublage, le premier étant victime d'approximations, mais curieusement elle ne fut pas un succès selon Dauman. Aux USA, c'est New Line Cinema qui héritera de la patate chaude, intensifiant le culte progressif de ce film sorti de nulle part (plus de 2 millions de dollars de recettes). La VHS fera le reste du travail. Evil Dead vieillit finalement plutôt bien, s'imposant toujours comme un beau tour de force. Le film est peut être un peu lent, prenant son temps pour montrer ses personnages et à faire venir le mal. Rappelons qu'il s'agit d'un premier film, il est de bon ton d'être un peu plus indulgent. Alors pour combler ce rythme, Sam Raimi frappe sur la corde sensible, utilisant peu de musique pour créer une tension qui s'installe progressivement. Cinq personnes dont deux couples vont dans un chalet qui n'a déjà pas grand chose de rassurant: isolé, seul un pont sépare la route de la ville, la cave n'a rien de rassurante (elle le sera de moins en moins) et une balançoire qui cogne contre le mur avant de s'arrêter nette.

démon evil dead

Le spectateur ne sera déjà pas rassuré à l'idée de voir le plan subjectif du démon jonglant entre les branches à travers la forêt. Dès lors, il sait que quelque chose se trame dans les bois et n'attend plus que ce moment où tout va dégénérer. Il suffira juste d'un enregistrement donnant des incantations issues du Livre des morts baptisé également Necronomicon (merci HP Lovecraft). L'orateur est mort, sa femme possédée aussi, il n'y a plus qu'à commencer les hostilités! Raimi dérange de par la violence qu'il montre envers ses personnages, leur faisant subir les pires coups et contorsions possibles. Le paroxysme est atteint dans un final fou furieux où Scott (Richard DeManincor) et Cheryl (Ellen Sandweiss) s'attaquent à Ash (Campbell), l'un au sol, l'autre en lui assénant des coups au pied de biche! Comme si cela ne suffisait pas, un lot de transformation en stop-motion toutes plus dégueulasses les unes que les autres. Seul survivant, Ash entre dans la légende des héros de films d'horreur qui en prennent le plus dans la tronche, une gageure qui ne fera que s'intensifier au fil de la saga. Subissant la perte de sa copine, puis de ses amis, prenant des coups de ses mêmes amis possédés, balancé à droite et à gauche, se prenant des litres de sang en pleine tronche, fatigué par une nuit de folie... Ash est un survivant de la pire espèce, de la race de ceux dont on se demande quelle merde va lui tomber sur la tête.

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Parmi les grosses scènes du film, on peut également compter sur le viol subi par Cheryl et effectué par un arbre. Une séquence qui met mal à l'aise, même si le réalisateur joue peu de la nudité de son actrice (on verra un sein furtivement). Toutefois, on éprouve un plaisir jouissif derrière ce film d'horreur pur (contrairement à sa suite optant pour la comédie horrifique), une forme d'ironie qui fait plaisir jusqu'au choix de la chanson servant de générique. Raimi peut d'ailleurs compter sur ses acteurs, plutôt crédibles que ce soit maquillés ou non. Les maquillages paraissent un peu plus simplistes au regard de sa suite, mais cette dernière avait des moyens bien plus confortables et une équipe plus expérimentée. Le travail accompli est donc déjà assez impressionnant. La fin du film ne laissait pas forcément de destin à Ash, il en sera pourtant bien autrement.

  • Evil Dead 2 (1987): La main baladeuse

Evil dead 2

Qui se souvient de Mort sur le grill, le second film de Sam Raimi (1985) ? Pas grand monde, d'autant plus que le film est difficilement trouvable de nos jours. Après le hit surréaliste, Raimi découvre le flop redoutable. Une collaboration avec les nouveaux venus frères Coen (Joel était déjà au montage du premier film), faisant alors leurs débuts dans le cinéma. Plus tard, le réalisateur signera Le grand saut (1994) avec eux et les Coen participeront au développement de Darkman (1990), comme pour confirmer leur bonne entente. Le film subit divers revers que ce soit des changements de titres, le refus des producteurs de mettre Bruce Campbell en rôle principal et de prendre la monteuse Kaye Davis et le compositeur Joseph LoDuca, et à cela se rajoute un cuisant échec commercial. C'est donc un Sam Raimi revanchard qui se lance dans la séquelle d'Evil Dead. Le réalisateur a déjà l'idée de transporter Ash dans le Moyen Age, ce qu'il devra attendre de faire sur le troisième opus (et en soi le final de ce second film). Dino de Laurentiis arrive alors en jeu, proposant dans un premier temps au réalisateur d'adapter une nouvelle de Stephen King, Thinner (qui ne sera finalement réalisé qu'en 1996 sous la direction de Tom Holland). Si Raimi n'est pas intéressé, King entend des bruits de couloir disant que la suite du film qu'il avait parrainé en 1981 peinait à trouver des fonds. Il appelle alors le producteur italien pour financer son ami.

Evil dead 2

Si le réalisateur n'a pas la somme qu'il désire initialement, il s'en rapproche avec un budget de 3,5 millions de dollars. L'occasion pour lui d'opter pour plus d'excentricités en tous genres, mais aussi de faire d'Evil Dead 2 une sorte de mélange entre horreur
et comédie. Si le premier opus restait globalement sérieux, on pouvait toutefois y trouver une certaine forme d'ironie, voire une tendance à se moquer continuellement du personnage d'Ash Williams. Avec cette séquelle, Raimi assume pleinement cet aspect, faisant voir de toutes les couleurs à son personnage principal. Ash perdra à nouveau sa copine, deviendra un démon le temps de quelques instants (le concept du doppelgänger qui reviendra continuellement dans la saga), devra couper sa main droite devenue démoniaque, se fera tabasser par un bourrin le prenant pour un psychopathe, se prendra une giclée de sang redoutable avant de faire un trip hilarant (même le renne se marre), sera pourchassé par le démon à travers la maison (imaginez le dernier plan du premier film mais dans tout le chalet). En comptant son arrivée au Moyen Age, Ash subit pas mal de choses dans cet opus, peut être même plus que dans le premier et surtout dans des proportions défiant toutes concurrences. Mieux encore, c'est avec cet opus qu'Ash devient un véritable homme d'action, clipsant une tronçonneuse à son bras droit et arborant un fusil à canon scié dans la main gauche. Ash devient une icône pop, le héros d'un dyptique improbable, prenant les choses en main quand il n'y a définitivement plus d'espoir. 

ash démon

 

Plus cocasse encore, Raimi fait d'Evil Dead 2 une sorte de remake de l'original. La copine de Ash s'appelle Linda comme sa copine dans le premier film, même collier offert formant une tête de mort, même fin pour Linda (possédée, Ash lui tranche la tête à coup de pelle, puis l'enterre plusieurs fois), même chalet, même manière de faire revenir le démon (un enregistrement et le Necronomicon). Evil Dead 2 réinvente la mythologie instaurée dans le premier opus pour mieux s'en moquer. Ainsi, la romance tourne très court et la manière dont Ash "s'occupe" de Linda (Denise Bixler) est très rapide, comme si ce n'était pas la première fois que c'était arrivé. Un aspect qui trouble le spectateur, faisant presque passé Ash pour un tueur psychopathe. La série Ash vs Evil Dead rectifiera le tir (les problèmes de droits à l'origine de ce type de changements n'ont pas aidé ni pour ce film, ni pour le suivant), mais il y a de quoi être décontenancé en se basant sur la seule vision d'Evil Dead 2. La stop-motion est toujours au rendez-vous, ainsi que des créatures bien plus ambitieuses signées en grande partie par la naissante KNB , les moyens aidant. On se retrouve donc avec un Ash possédé, Linda découpée en deux (une tête qui cause, le reste du corps se découpant à la tronçonneuse) et effectuant une danse macabre parmi les plus délirantes du cinéma, des démons plus dégueulasses et effectuant des transformations pas loin de cotoyer la chose de Rob Bottin. A cela se rajoute des arbres déchaînés dégommant petit à petit le chalet.

démon evil dead 2

Sam Raimi continue à installer la mythologie de son récit. Ash se retrouve dans le Necronomicon à cause de son "futur" passage au Moyen Age et le château où il sera dans le volet suivant est le lieu où le professeur a découvert le livre. Cette fois-ci, le Necronomicon ne devra plus être brûlé pour que tout disparaisse. Il faut lire une incantation qui ouvre une porte vers une autre dimension. D'où le calvaire de l'ami Ash au Moyen Age. Evil Dead 2 est donc plutôt cohérent avec le volet suivant, en tous cas plus qu'avec le film dont il est la suite. La fin offre une ouverture vers un univers moins sombre, mais tout aussi pénible pour son héros.  

  • L'armée des ténèbres (1992): Ray Harryhausen approved

Army of darkness bannière 

Après Evil Dead 2, Sam Raimi attire davantage les studios et ce n'est donc pas étonnant qu'il se retrouve sur Darkman. Un film de
super-héros créé de toutes pièces et annonciateur de la trilogie Spider-man (2002-2007). Imaginez Liam Neeson quand il savait encore jouer les mecs pleins de hargne avec talent (donc pas comme dans Taken), capable de péter un câble dans une fête forraine et de jouer des masques pour ne pas montrer son visage défiguré. Un véritable tour de force qui encore aujourd'hui est un des films préférés des fans du réalisateur à juste raison. Vu qu'Evil Dead 2 a bien fonctionné, Dino de Laurentiis laisse carte blanche à son poulain, d'autant que le final du second opus aide grandement à justifier une suite. Scott Spiegel (déjà impliqué dans Evil Dead 2) était convié à écrire le scénario avec les Raimi, mais ce dernier devait s'occuper des réécritures de La relève (Clint Eastwood, 1990), laissant les Raimi seuls aux commandes. Initialement budgeté à 8 millions de dollars, Evil Dead 3 a encore besoin d'argent. Suite au succès de Darkman, Universal se rajoute à l'aventure. Un tournage particulièrement long de cent jours, où le réalisateur doit gérer une blessure au menton de Bruce Campbell (il serait allé à l'hôpital avec le costume d'Ash sur le dos) et plusieurs plans impliquant de la stop-motion et où Campbell doit taper dans le vide le mieux possible pour que l'interraction passe. La méthode Ray Harryhausen, pas de miracle.

Army of darkness affiche

C'est alors que Sam Raimi doit faire face aux scalpels du studio hollywoodien. Tout d'abord, le réalisateur doit changer sa fin jugée trop négative. Ainsi un mois après, une autre fin était tournée, celle que tout le monde connaît ("A Prix-Bas les prix sont bas" rappelons-le). Par la même occasion, les scènes de flashbacks au début du film, ainsi que quelques unes dans le moulin (on peut observer que la longueur de cheveux de Bruce Campbell dépend des plans) sont (re) tournées, l'occasion pour Bridget Fonda d'être la troisième incarnation de la copine d'Ash Williams! Des problèmes internes entre le producteur italien et Universal se jouent également autour du film, faisant repousser de plusieurs mois sa sortie américaine. La raison? La renégociation des droits des romans d'Hannibal Lecter, l'italien ayant laissé Le silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991) se faire sans lui. Des problèmes de censure se sont également rajoutés puisqu'Universal voulait un film PG-13. En résultes donc trois versions (la director's cut, la version internationale et l'américaine) quasiment similaires à peu de choses prêts (leurs fins, quelques plans gores par ci, par là, la bataille rallongée de quelques minutes) toutes disponibles en BR chez Filmedia et en sachant que sur le DVD de Studio Canal, la première fin était déjà incluse dans les bonus (cela n'a donc jamais été un mystère). 

evil ash

Si L'armée des ténèbres n'a pas peut être pas beaucoup de scènes sanguinolentes (honnêtement deux à tout casser et uniquement au début), il n'en reste pas moins un défi technique particulier. Non seulement par les maquillages (Ash ayant un nouveau dopplegänger, ce dernier a droit à un maquillage n'étant pas sans rappeler celui de Darkman), des cgi (il faut bien animer les petits Ash présents dans la scène du moulin), mais également les squelettes. Un véritable hommage à Ray Harryhausen et à Jason et les argonautes (Don Chaffey, 1963) en particulier, à la différence que cette fois-ci, les squelettes ne font pas que combattre le héros à l'épée. Ce sont de vrais personnages qui causent (un d'entre eux veut même emmené une villageoise dans sa chambre!) et se battent. Ce sont des morts qui revivent sans la peau sur les os. L'occasion d'un final délirant où ces derniers chargent à cheval (on voit parfois que certains sont immobiles sur les chevaux, mais après tout, cela rajoute un ton bis bienvenu), se battent avec Ash ou avec les villageois ou encore explosent dans un délire pyrotechnique. Sam Raimi sort de l'horreur pure et craspec pour se lancer dans un pur récit de fantasy. Les démons sont rares (juste ceux de la cave), mais il y a bien évidemment le double d'Ash engendré par ses conneries, tout comme sa donzelle délaissée devenant diabolique (Embeth Davidtz) et les fameux morts qu'il réveille.

D'ailleurs, Ash apparaît comme son véritable ennemi, la plupart de ses mésaventures étant dues aux conneries qu'il engendre. Il devra donc corriger ses bêtises pour pouvoir redevenir un héros et trouver grâce auprès du clan Arthur l'épaulant dans sa tâche. Ce qui passe par liquider son double maléfique. Comme évoqué plus haut, les différents montages de L'armée des ténèbres ont peu de différence, en dehors de leur fin. Celle que nous connaissons est l'internationale / américaine où Ash dégomme un démon à Prix Bas au fusil à pompe, avant d'embrasser sa collègue. La première fin n'a strictement rien à voir avec elle (voir ci-dessus). Celle-ci reste un peu plus longtemps au Moyen Age, montrant davantage du voyage dans le temps avec Ash dans sa voiture attendant patiemment que le temps passe. Il se réveille alors en plein Londres post-apocalyptique, conscient qu'il est resté endormi trop longtemps pour revenir à son époque. Une fin qui aurait pu permettre à Sam Raimi d'aborder la science-fiction à travers son personnage fétiche (genre qu'il n'a jamais touché encore aujourd'hui), tout en restant cohérent avec les intentions de la saga d'évoluer. Le premier était un film d'horreur ironique, le second une comédie horrifique, le troisième un film de fantasy, le quatrième aurait pu être avec cette fin un virage parodique (ou pas) à la Mad Max 2 (voire peut être Idiocracy avant l'heure). Universal en a décidé autrement. 

  • The Evil Dead (2013): Ça va gicler chérie

Evil dead 2013

Depuis 1992, la saga Evil Dead essaye de revenir par tous les moyens possibles. Même si Evil Dead n'est pas directement concerné, Ash Williams fait un petit tour par la case bande-dessinée chez Dynamite Comics où il voyage à travers des dimensions. Il y rencontre différentes personnalités (Freddy Krueger, Jason Voorhees, Xena la guerrière ou encore Darkman), mais on retient surtout son passage dans Marvel Zombie. Une série de comics mettant en scène les rares survivants de l'univers Marvel à n'avoir pas été contaminé par un virus zombiesque installé par Sentry. Dans ce crossover nommé Marvel Zombies vs Army of darkness (Layman, Neves, 2007), Ash (dans un attirail proche du troisième film) se retrouvait au début des hostilités. L'occasion pour vous de voir l'ami Ash dégommer de l'Avengers avec la cervelle ouverte ou un bras en moins! Quant au cinéma, on avait entendu dès 2003 un possible crossover entre Ash, Freddy Krueger et Jason Voorhees après le succès de Freddy vs Jason (Ronny Yu, 2003). Un projet vite laissé en suspens, dû notamment à un profond désintérêt de Bruce Campbell. Sam Raimi a eu régulièrement droit à la question "A quand Evil Dead 4 ?" au fil des années, tout en restant le plus évasif. Interrogé lors de la sortie de Drag me to hell (2009), le réalisateur avait évoqué à Première (numéro 387, mai 2009) qu'il avait quelques idées et que de temps en temps, il notait quelques trucs dans un carnet avec son frère Ted.

Marvel zombies 

Couverture parodiant celle de Days of future past.

Puis plus rien avant 2011 où un remake / reboot est annoncé avec Fede Alvarez (réalisateur du court-métrage Ataque de Panico). Campbell, Raimi et Robert Tapert produisent, s'impliquant même plus que beaucoup de réalisateurs ou principaux concernés lorsqu'un remake de leur film est annoncé. On pense à John Carpenter, râlant récemment que Rob Zombie l'a snobé sur celui d'Halloween (2007), alors que lui-même laisse faire des remakes sans rechigner depuis celui d'Assaut (Jean François Richet, 2005) et s'apprête à jouer les producteurs exécutifs très impliqués (on y croit...) sur l'énième relance de la franchise Halloween. La bonne chose du remake / reboot est de n'avoir pas repris l'intrigue initiale, d'avoir créer de nouveaux personnages et de ne jamais faire allusion à des événements issus de la franchise. Bruce Campbell viendra bien dire "Groovy" en pleine obscurité en séquence post-générique de fin, ce sera bien tout. Toutefois un grand nombre de clins d'oeil sont visibles à l'écran. A commencer par le médaillon qu'offre David (Shiloh Fernandez) à sa soeur (Jane Levy) qui est exactement le même que celui qu'offre Ash à Linda, y compris dans sa disposition en tête de mort. A cela se rajoute le bras coupé de Mia et Natalie (Elizabeth Blackmore), cette dernière se coupant le bras gauche aussi sauvagement qu'Ash sa main droite (le couteau électrique remplaçant la tronçonneuse). 

Evil Dead : Photo Jane Levy

Le démon apparaît sous sa forme finale comme sur l'affiche d'Evil Dead, la manière de le réveiller est identique (l'incantation dite à voix haute en prenant en compte les instructions du Necronomicon) et la tronçonneuse sert à l'assaut final. Sans compter le viol de l'arbre qui paraît encore plus dégueulasse que dans l'original (ils n'auraient pas pu trouver tronc plus gros). The Evil Dead se démarque également par une ambiance très sombre, où l'humour et l'ironie n'ont pas lieu d'être, dévoilant un aspect craspec jusqu'au boutisme. Ce qui se révèle un mal comme un bien. D'un côté, Fede Alvarez se permet une prise de risque en ne faisant absolument pas comme Raimi, mais d'un autre côté son film paraît trop gore, trop sérieux et s'il n'est pas insupportable, n'en reste pas moins un sale moment à passer. Evil Dead n'était peut être pas un film d'horreur ironique et fun dans son intention initiale, mais dévoilait un grain de folie particulièrement jouissif qui faisait plaisir à voir. Ce n'est jamais le cas ici. La réalisation n'en reste pas moins maîtrisée, en tous cas bien plus que beaucoup de remakes. Don't breathe ne fera que confirmer les talents de réalisateur de Fede Alvarez. On peut également noter des effets-spéciaux excellents, globalement faits sur le plateau. Une chose de plus en plus rare dans l'horreur, gangrenée depuis plusieurs années par le cgi. L'autre gros problème du film et il n'est pas des moindres est que tous les personnages sont terriblement antipathiques.

sectionage

 

On n'arrive jamais à les trouver attachants et le pire étant que leurs agissements sont d'un illogisme total. Pas que cela soit une question de codes du genre, juste que tous font les actions à ne pas faire en semblant le faire exprès. Elizabeth sait que Mia est possédée, mais va quand même la voir à la cave. Sachant les conséquences de la mort sur ses camarades, David aurait pu découper et enterré Eric (Lou Taylor Pucci). Il ne le fera pas, sa mort paraît comme une évidence. Mia a la porte droit devant elle. Où va t-elle? Dans l'endroit derrière elle, particulièrement étroit où la créature peut la taillader tranquillement à la machette. Mais la palme revient à Eric, connard suprême par excellence qui donne des envies de meurtre aux spectateurs. Il envoie ni plus, ni moins à la mort sa compagne (Jessica Lucas) et ses amis en lisant à haute voix les paroles du Necronomicon (ce n'est pas comme si il n'y avait pas écrit en gros rouge qu'il ne fallait pas le faire). Mais mieux encore, le personnage attend quand même trois morts pour se manifester. Il se sera passé une bonne heure avant ses déclarations. Ce n'est pas comme si tout ce qu'il avait vu dans le livre (à savoir le viol d'une femme par un arbre, une femme tailladée au visage et une femme ébouillantée) ne s'était pas manifesté. Comment voulez vous qu'on s'attache à un imbécile pareil? 

Evil Dead : Photo

Puis évidemment les personnages sont tous des clichés ambulants: le trouillard (David), sa copine assez inutile (Elizabeth), le binoclard qui sait tout quand ça l'arrange (Eric), sa compagne qui a toujours son mot à dire (Olivia) et la soeur junkie (Mia). Même les personnages du premier Evil Dead n'étaient pas aussi stéréotypés. Dès lors, pour toutes ces raisons, The Evil Dead se révèle assez pénible à suivre et peu convaincant. Bien fait peut être mais vite lassant.

  • Ash vs Evil Dead (2014-): Le patron est de retour

Ash_vs_Evil_Dead

Si Ash n'était pas apparu sur les écrans depuis 1992, Sam Raimi et Bruce Campbell ne se sont jamais quitté. Supprimé
au montage du western Mort ou vif (1995), Bruce se voit invité régulièrement dans les séries Hercule (1995-99) et Xena la guerrière (1995-2001) produites par Sam où il jouait le voleur Autolycus. Au fil de la trilogie Spider-man, l'acteur se retrouve en présentateur de match de catch foireux (le créateur de "Spider-man" ni plus, ni moins), en agent de théâtre à cheval sur les principes et en restaurateur français / italien (ça dépend des versions). On notera également son passage en garde grimé dans Oz the great and powerful (2013). Bien avant, Bruce Campbell s'était amusé de l'icône qu'il est devenu grâce à Evil Dead dans sa réalisation My name is Bruce (2008). Au cours de la promotion du remake, Fede Alvarez évoquait que Sam Raimi préparait L'armée des ténèbres 2, tout en évoquant la possibilité de donner suite à son film. Si l'un a vu le jour, l'autre non. Fede Alvarez ne s'est pas révélé amer, puisque sa collaboration avec Sam Raimi continue encore aujourd'hui avec Don't Breathe (2016). Au point toutefois de se demander si le succès du remake n'a pas permis de faire une OPA médiatique et financière pour donner suite aux aventures d'Ash Williams. En tous cas, ce fut suffisant pour qu'Evil Dead revienne... à la télévision.

ash et pablo

A l'heure du revival cinématographique d'un grand nombre de saga, voir Sam Raimi faire revenir Ash sur le petit écran est pour le moins cocasse. Qui plus est pour des épisodes d'une durée d'environ trente minutes, soit entre le drama (45 minutes et plus) et la sitcom (20-25 minutes). Revenant à l'aspect comique développé depuis Evil Dead 2, Ash vs Evil Dead est l'occasion pour les Raimi et Bruce Campbell de se faire plaisir et retrouver Ash Williams de la manière la plus fumeuse possible. Et pour cause, Ash a de nouveau déclenché les foudres des démons en lisant des pages du Necronomicon, cette fois-ci en fumant un joint! On ne pouvait probablement pas trouvé une raison plus débile pour faire revenir Ash. Le côté dragueur d'Ash prend même des dimensions gourmandes et croquantes dès les premières minutes de la première saison, Ash étant devenu un beauf dragueur dans toute sa splendeur et décadence. On n'avait pas vu Ash depuis vingt-quatre ans et pourtant il apparaît le même, juste vieillit. Bruce Campbell s'éclate comme une bête avec son personnage fétiche dans un registre peut être plus comique. Toutefois, la série n'oublie pas de mettre à l'épreuve ses personnages. Ash perdra sa nouvelle copine (Jill Marie Jones) à cause d'un nouveau double (hérité grâce à sa main droite). 

Photo Bruce Campbell, Dana DeLorenzo, Ray Santiago

 

Cette fois-ci, les deux se ressemblent comme deux gouttes d'eau, la seule différence étant la main originel d'Ash qui apparaît chez l'un. Leurs derniers instants ensemble seront savourés avec ironie sur Just the two of us de Grover Washington Jr (1980). Comme quoi, Raimi n'a rien perdu en notion de romantisme. Les acolytes d'Ash Kelly (Dana DeLorenzo) et Pablo (Ray Santiago) perdront des êtres chers dans d'atroces souffrances. Elle ses deux parents durant un dîner de famille des plus sanguinolents, lui son oncle lors d'un rituel qui tourne mal. Sans compter une arrivée tardive (Samara Weaving) perdant ses amis de manière délirante (imaginez deux zigotos essayant de viser un démon et dégommant à la place deux cadavres), avant de subir les pires tortures. De quoi faire passer Ash pour un enfant de choeur de la souffrance. Les scénaristes remettent même un peu de netteté dans la mythologie de la saga. Ainsi comme évoqué plus haut, le passé d'Ash paraît un peu plus clair, Raimi et les autres finissant par mixer les événements du premier film avec le début du second, faisant que les amis et sa compagne sont morts au même moment, sa copine ayant continuer les hostilités par la suite. Les scénaristes introduisent également un personnage particulièrement intéressant nommé Ruby Knowles.

Photo Bruce Campbell, Lucy Lawless

Mystérieuse durant les trois quarts de la saison, Ruby dévoile sa réelle identité dans le dernier épisode, se révélant non seulement comme la seconde fille du professeur (enfin c'est ce qu'elle dit), mais également comme la rédactrice du Necronomicon détenu par Ash. Un personnage de guerrière machiavélique qui va à merveille à l'iconique Xena, Lucy Lawless, retrouvant ici un rôle de femme d'action. Un personnage trop peu présent au regard de son intérêt, mais qui devrait gagner ses galons de rôle principal dans la seconde saison. D'autant plus qu'elle arrive en voiture sur Dies IraeAsh vs Evil Dead est également l'occasion de voir tout un lot de belles bêtes, allant de la poupée mordante (tout droit sortie d'Oz the great and powerfull) au monstre cousin du Pale man du Labyrinthe de Pan (Guillermo del Toro, 2006), en passant par un squelette entièrement fait en cgi peu convaincant.  Malgré quelques cgi, la série a une direction artistique plutôt bonne, jouant le plus possible sur les maquillages spéciaux. Le quatrième épisode donne lieu à un trip parmi les plus jouissifs vus sur écran, alignant différentes phases. La plus glauque, le zapping (quand s'entrechoquent en quelques minutes Felix le chat, Charlie's angels, Playboy, Here i go again de Whitesnake, un cours d'aerobic, du catch, de la bière et de la beuh!), la phase cool (un lézard qui cause, le soleil et Jacksonville à vue d'oeil) et la phase sombre (le monstre qui arrive dans le trip).

Ash-vs-Evil-Dead-monster

 

La série peut également compter sur une bande-originale rock'n rollesque alignant Deep Purple, AC/DC, Alice Cooper, Ted Nugent ou Styx. On regrettera toutefois que les épisodes 6 et 7 fassent un peu trop "monstre de la semaine", semblant un peu détachés du reste du corpus. Le final de la première saison est peut être un peu brutal, mais il a le mérite de donner envie d'y retourner. Plus qu'à attendre quelques semaines pour voir la prochaine saison en entier (cinq épisodes ont été diffusé à l'heure actuelle). 

Allez à la prochaine!