La sortie d'Alliés concorde avec la décoration de son réalisateur en tant qu'officier des Arts et des lettres dans notre chère contrée. D'aucun diront que ce statut n'est pas mérité, mais on peut se demander si cela serait arrivé s'il n'avait pas fait tourner la star nationale Marion Cotillard. Robert Zemeckis est un réalisateur touche à tout, passant du conte de Noël au film d'aventure, du récit nostalgique à la fantasy... Mais aussi un expérimentateur acharné (l'évolution des cgi au fil du temps, la performance capture, le retour de la 3D dans les salles et l'expansion de l'IMAX), un réalisateur sortant encore du lot par des projets cocasses et avec un lot de films cultes restant bien en mémoire. Une bonne partie de ses films ont été abordé dans ses colonnes, parfois même dans la Cave de Borat. La trilogie Retour vers le futur (1985-90) longuement évoquée dans cette rubrique l'an dernier, sommet entre nostalgie, paradoxes temporels et romance à travers le temps. Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), film d'enfance de votre cher Borat au point d'en avoir usé sa VHS enregistrée, encore aujourd'hui le seul film qui réussit à mixer aussi bien prises de vue réelle et animation. Forrest Gump (1994), portrait d'une partie des USA du XXème siècle à travers les yeux d'un simplet. Ou encore Flight (2012), son retour au cinéma live-action aussi frappant qu'une gueule de bois. Cette cuvée sera l'occasion d'aborder des films non-chroniqués, voire parfois peu mis en valeur et quoi de mieux que dans le plus beau bordel que la blogosphère n'a jamais connu ?

Robert Zemeckis

Pour cela, votre cher Borat va revenir sur ces films selon leur ordre de vision. (attention spoilers) Commençons avec Contact (1997), film que j'avais découvert et peu apprécié très jeune sur France 2, sans connaître son réalisateur de nom (j'étais déjà féru du lapin amoureux de la plus belle des pin-ups). Un film longtemps détesté mais que j'apprécie depuis quelques années (d'autant qu'il est régulièrement diffusé sur la TNT). Quand Robert Zemeckis se lance dans le projet, il est en route depuis 1979. Carl Sagan et Ann Druyan se sont lancés dans l'aventure, s'inspirant notamment des travaux de Kip Thorne sur les trous de verre (le même qui inspira plus tard Interstellar). Peter Guber devient producteur du projet et contacte la Warner en 1982. Voyant que le projet peine à s'imposer, Sagan finit par en faire un roman tout en continuant à développer le film. Quant à Guber, il quitte Warner et prenant la tête de Sony Pictures, espère reprendre ses parts et relancer le film chez Sony. Warner refusera net. Roland Joffé s'intéresse au projet fin des 80's mais le quitte en pleine pré-production en 1993. George Miller s'impose alors et y travaille durant plus d'un an. Un projet selon lui plus expérimental et visuel, moins dialogué que le scénario finalement retenu (il disait en mai 2015 n'avoir pas vu le film de Zemeckis *). Les trous de verre devaient faire voyager la Terre à travers la galaxie et on dit que le pape devait avoir un rôle clé (la croyance restera un sujet phare du projet). Avec le recul, le réalisateur de Mad Max dira que sa version ne serait pas très éloignée du traitement d'Interstellar (Christopher Nolan, 2014).

Contact poster

Preuve que les relations entre la Warner et Miller n'ont pas toujours été au beau fixe (il est loin le temps de Fury Road), le réalisateur est viré par le studio. Certains évoquent un film trop cher, Miller un projet pas assez sûr pour le studio. Miller essayera de faire valoir ses droits, il sera débouté. Idem pour Francis Ford Coppola qui avait travaillé sur un script potentiellement similaire avec Sagan dans les 70's, dont la procédure a été rejeté car trop tardive. Zemeckis, un des premiers choix du studio, entre alors en scène. Le réalisateur a beaucoup expérimenté sur ce film et notamment sur trois scènes clés. La première est l'ouverture se basant plus ou moins sur les travaux d'Alejandro Jodorowski et Moebius sur le projet "Dune". Il s'agit également d'un plan-séquence où la caméra se déplace à travers l'univers en partant de la Terre, les ondes terrestres finissant par disparaître petit à petit (l'occasion pour Zemeckis de placer Power of love de Huey Lewis and the news). Des chansons d'abord (on reconnaît les Spice girls ou Funkytown), mais aussi des extraits audio (on ne mettra pas longtemps à repérer Hitler). Le tout jusqu'à se refléter dans l'oeil de l'héroïne (alors incarnée par Jena Malone). On ne voit que des CGI à l'écran et pourtant le plan passe encore très bien. Ce qui n'est pas forcément le cas de la troisième séquence clé montrant Ellie Arroway (Jodie Foster) dans un monde virtuel constitué par les habitants du système Vega, eux-mêmes représentés à travers un avatar du père d'Ellie (David Morse).

Une manière pour l'extraterrestre de communiquer avec elle à travers un visage connu, qui plus est dans un décor d'île paradisiaque entièrement en CGI particulièrement datées, voire ridicules. Si à l'époque cela pouvait être cool, aujourd'hui ce serait davantage une faute de goût. La deuxième scène clé est probablement la plus connue, celle qui fait que le public se souvient de Contact encore aujourd'hui. Le père est en train de mourir et Ellie part chercher son médicament. L'héroïne part pourtant par l'escalier à gauche alors que dans le plan où elle voit le pop-corn par terre, il était à droite. Il s'agit pourtant du même escalier mais inversé comme dans un miroir. Zemeckis opte ensuite pour un ralenti, histoire d'avoir une plus grande facilité de manoeuvre pour anticiper la porte de la pharmacie avec le miroir qu'ouvrira l'héroïne dans un léger travelling arrière. Un autre plan-séquence plus réaliste cette fois, mais plus faussé encore, Zemeckis optant pour un raccord informatique. Une technique qui sera réutilisée pour la fameuse scène de visite de la maison dans Panic Room (David Fincher, 2002). Deux tours de force sur trois de prévus, c'est toujours cela de pris, auxquels on peut rajouter tout le passage dans la cellule où l'image se déforme, le temps ralentit, les trous de ver apparaissent. Comme pour confirmer les lois spatiales selon lesquelles le temps passe différemment d'un espace à l'autre, ce qui a duré plus dix-huit heures sur Vega a duré quelques secondes sur Terre.

Contact Foster

Contact est aussi l'occasion pour Zemeckis de confronter la religion et la science, sujet souvent peu évoqué dans la science-fiction et pourtant un problème central aux USA (certains américains croient encore que l'Homme a rencontré les dinosaures...). Le réalisateur les fait même cohabiter par une romance quelque peu artificielle entre la scientifique et le philosophe (Matthew McConaughey). Le final reviendra à cette confrontation après avoir insisté sur l'expérience. Ainsi pour certaines personnes (dont les politiques et les médias), les croyances paraissent plus importantes que la science. Il y aurait presque un pas pour dire que la Bible est une science exacte. Le passage au congrès le confirme, prenant des airs de tribunal de l'Enfer, où James Woods part dans un one man show pénible. Discret durant la plupart du film, il atteint vite l'overdose chez le spectateur. A cela se rajoute également la théorie du complot bien placée, consistant à médiatiser l'affaire comme une supercherie alors que la réalité est bien plus complexe. On en vient même à faire croire qu'un milliardaire mort serait toujours vivant (John Hurt). Une fois la séance du congrès terminée, le spectateur pourra savoir la véracité des choses. Un conflit entre l'imaginaire et la véracité des faits, probablement la partie la plus intéressante du film. On peut aussi noter les fanatiques religieux mênés par Jake Busey n'hésitant pas à passer au terrorisme pour imposer leurs idées.

Contact Mcco

Matthew McConaughey se préparant pour un voyage interstellaire.

Toutefois, la scientifique reste l'élément central du film, Zemeckis faisant passer son obstination comme un élément personnel, ce qui rythme sa vie depuis qu'elle est petite. Si elle s'est intéressée à l'Espace c'est à cause de son père et trouver le signal consiste à lui faire honneur. Une relation père-fille primordiale (quand bien même il est décédé) qui n'est pas sans rappeler Interstellar. Si Contact est souvent passionnant, il est en revanche un peu trop long en s'étalant sur 2h30. Zemeckis fait peut être un peu trop duré le plaisir, y compris dans un final trop long pour ce qu'il dévoile. Passons assez rapidement sur Apparences (2000). Vu à la télévision, il s'agit d'un film produit assez rapidement, tourné entre deux sessions de tournage de Seul au monde (Tom Hanks devait perdre du poids et obtenir une belle barbe pour la partie sur l'île). Un petit film d'horreur qui le restera tant son script apparaît déjà vu et sans grand intérêt. L'intrigue prend une direction (Michelle Pfeiffer soupçonne son voisin d'avoir tuer sa femme), puis une autre (son mari l'aurait trompé et l'amante serait devenue le fantôme qui rôde dans la maison). Le problème étant que l'aspect fantômatique ne tient qu'à des apparitions rares, le script se rattachant beaucoup trop longtemps sur le possible meurtre de la voisine (Miranda Otto). De plus, les coups de frissons sont filmés sans réel panache, Zemeckis ne semblant pas beaucoup se passionner pour le sujet, signant un film que n'importe quel tâcheron aurait pu faire à sa place.

Apparences : affiche

Harrison Ford et Michelle Pfeiffer ont beau faire ce qu'ils peuvent, ils n'arriveront jamais à sauver le film de la noyade. Souvent considéré comme le premier succès de Robert Zemeckis, A la recherche du diamant vert (1984) a eu une production particulièrement rude. Ecrit par une serveuse nommée Diane Thomas cinq ans plus tôt, le scénario finit entre les mains de Michael Douglas, de passage dans le restaurant où travaille la jeune femme. La scénariste en herbe n'aura pas le temps de savourer le succès provoqué par le film, prise dans un accident de voiture avec la porsche que lui avait offert Douglas. Zemeckis n'entre que plus tard dans l'échiquier, voyant l'occasion de pouvoir financer un projet qui lui tient à coeur, Retour vers le futur, dont les studios ne veulent pas. La Fox ne croit pas vraiment en Romancing the stone, au point de dégager Zemeckis de la production de Cocoon (il sera finalement réaliser par Ron Howard). Un succès surprise qui permettra au réalisateur de s'imposer à Hollywood après une expérience triste avec Steven Spielberg (1941, 1979) et deux réalisations passées inaperçues (I wanna hold your hand en 1978 et La grosse magouille en 1980). Contrairement aux Aventuriers de l'arche perdue (Spielberg, 1981), le film de Zemeckis est plus terre à terre, n'utilisant aucun élément fantastique. En dehors d'un crocodile mangeant le bras du Boucher (Manuel Ojeda), pas de maquillage spéciaux et il s'agit simplement de rechercher un diamant en pleine jungle colombienne.

Le diamant vert poster

En revanche, le film n'est pas loin du film policier puisque l'héroïne (Kathleen Turner) part avant tout sauver sa soeur (Holland Taylor), dont le mari a été tué par le fameux Boucher, général militaire colombien véreux. Les militaires colombiens remplacent les nazis, un diamant vert l'arche d'alliance. Zemeckis peut également s'aider d'un postulat amusant puisque l'héroïne ne rêve pas d'en être une mais l'écrit. Un peu comme si le Belmondo du Magnifique (Philippe de Broca, 1973) partait soudain à l'aventure comme son personnage. L'héroïne ne voit l'évasion qu'à travers les romans qu'elle écrit et l'enlèvement de sa soeur va lui permettre de sortir d'un quotidien morne. D'ailleurs, le réalisateur anticipe ses envies de western dans son ouverture, prémice du troisième opus de Retour vers le futur. A la recherche du diamant vert est avant tout un film d'aventure sympathique et s'il est devenu culte, c'est certainement dû aux spectateurs l'ayant vu à l'époque ou dans les 80's. Toutefois, le film de Zemeckis est quand même plus amusant à regarder que les Allan Quatermain produits par la Cannon (Lee Thompson, Nelson, 1985-87), notamment par sa simplicité et ses acteurs un peu plus talentueux (même si on a connu Michael Douglas plus inspiré qu'en baroudeur du dimanche). Une suite sera donnée (Le diamant du nil, 1985), sans l'implication de Zemeckis trop pris par le continuum espace-temps (Lewis Teague s'occupera de cette séquelle). 

diamant vert

Après son retour fracassant avec l'addictif Flight, Zemeckis revenait à la 3D avec The Walk. Flop cuisant (le film ne s'est pas remboursé aux USA et a dû passer par l'international pour le faire sans grande allure) pour un biopic casse-gueule, l'avant-
dernier film du réalisateur était à voir absolument sur un grand écran. Beowulf (2007) avait le tare de plus ressembler à du HFR 3D avant l'heure (le procédé de 48 images par secondes utilisé par Peter Jackson pour la trilogie The Hobbit), ce qui comme souvent avec Zemeckis dans les 2000's n'était pas concluant. Le dernier noël de Scrooge (2009) était plus maîtrisé, jouant beaucoup sur la profondeur de champ et quelques effets gadgets. Celle de The Walk est en revanche plus concluante et la meilleure utilisée par le réalisateur. Pendant un temps, elle sert avant tout pour la profondeur de champ, puis arrive le fameux tour de force de Philippe Petit (joué par Joseph Gordon Levitt). Pour rappel, l'équilibriste (qui a entraîné Levitt avant le tournage) déjà au centre du documentaire Le funambule (James Marsh, 2008) avait traversé les tours du World Trade Center clandestinement. Un exploit que Zemeckis retranscrit avec malice et amusement. Certes la scène a été tourné en studio, avec deux étages de chacune des tours servant comme principal décor, devant des fonds verts qui serviront à moult CGI (on ne ressuscite pas les deux tours), mais à l'écran cela marche.

The walk 

Auparavant, Zemeckis alignait les scènes où Petit trouvait ses acolytes parfois avec une rapidité certaine, mais là le temps semble
s'arrêter. Le spectateur assiste enfin à ce pourquoi il est venu au cinéma et a le souffle coupé, pris par le suspense de l'acte de Petit. La 3D permet une immersion telle que la profondeur de champ en devient gigantesque. Un sentiment de vide émerge pouvant donner le vertige même aux moins sensibles. Alors oui, sans le format on y perd un petit peu, mais l'effet reste et c'est toujours très intéressant à regarder. The Walk est une véritable expérience 3D, une des plus concluantes et brillantes. La preuve que les expérimentations de Zemeckis durant les 2000's en terme de relief (3D comme IMAX) ont enfin porté leurs fruits et sur le bon projet. Il est juste triste qu'à l'heure où le format est tant décrié (alors que l'IMAX intéresse de plus en plus), le public ne s'est pas déplacé sur le bon film. Pour ce qui est du récit, il bascule plutôt bien de la comédie à la limite du film de potes (Petit forme son équipe au fil du film) à un vrai film de casse. Rien à voler mais comme évoqué plus haut, l'acte même de Petit est illégal. Au delà d'un numéro spectaculaire d'équilibriste, c'est une vraie prise de risque où le moindre garde peut vous repérer, où vous campez la nuit sous une couverture pour être prêt à l'heure fatidique, où la moindre erreur peut être fatale (Petit n'avait aucune sécurité et s'il tombait, il s'écrasait comme une mouche). Là où Zemeckis se rate un peu c'est dans sa narration.

The Walk – Rêver Plus Haut : Photo César Domboy, Charlotte Le Bon, Clément Sibony, James Badge Dale, Joseph Gordon-Levitt

Faisant conter l'histoire par Petit depuis la Statue de la liberté, ces petits apartés gâchent souvent la narration du film, coupant parfois le rythme à l'image de la scène de voltige. Ainsi alors que Petit traverse, le personnage continue sa narration face caméra, perdant le spectateur alors en plein moment de suspense. Une impression parfois désagréable sortant du film. Zemeckis signe également un hommage fort aux twin towers. D'abord dans leur immortalisation cinématographique, mais surtout par un dernier plan terriblement mélancolique. Le récit de Zemeckis s'arrêtera sur l'acte et ses conséquences, n'évoquant pas d'autres exploits de l'artiste qui ont succédé. Petit évoque alors qu'il pouvait venir sur le toit des tours toute sa vie. Une vision qu'il ne peut plus contempler depuis le 11 septembre 2001. Pour passer à une ambiance plus positive, passons à La mort vous va si bien (1992). Un film qui permet à Robert Zemeckis de passer à autre chose après des années à enchaîner plusieurs gros films. Toutefois, ce cru ne déroge pas à la règle, prouvant que comme d'autres avec lui (Spielberg, James Cameron...) Zemeckis valorise la technologie, cherchant toujours à renouveller son cinéma en fonction des moyens techniques qu'il peut utiliser. Ainsi, même un film moins ambitieux comme La mort vous va si bien en terme d'enjeux contient un bon nombre de plans truqués. Un aspect qui n'a pas vraiment plu à Meryl Streep, se jurant de ne plus aller dans une production avec autant d'effets spéciaux. Ce qui s'est confirmé jusqu'à au moins Into the woods (Rob Marshall, 2014), où elle était grimée de partout devant des fonds verts.

La mort

Pour les plans truqués, on pense au cou tordu de Meryl Streep, au trou béant de Goldie Hawn ou au final où elles sont complètement démembrées mais toujours vivantes. Des effets-spéciaux pas si éloignés des cartoons issus de Roger Rabbit, à la différence qu'ici ces effets sont réalisés sur des acteurs. Soit Zemeckis joue sur la suggestion, soit il montre tout. Pour le passage du cou, il opte pour les deux. Dans un premier temps, il veut susciter la surprise voire l'épouvante, avec Streep bel et bien vivante après sa descente d'escaliers en arrière-plan. Progressivement, l'oeil du spectateur n'est plus focalisé sur le premier plan (Bruce Willis téléphone à Goldie Hawn), mais sur Streep presque floue se contractant. Sa gestuelle inquiétante n'est pas sans rappeler celle du Juge DeMort écrasé (Christopher Lloyd). Zemeckis montre plus tard le résultat final, mais l'effet est moins marquant et a quelque peu vieillit. L'effet n'est jamais meilleur que quand Zemeckis joue sur une ombre. Pour montrer le changement de Goldie Hawn, Zemeckis opte pour l'effet inverse avec le plus intéressant au premier plan (Goldie Hawn se réveille subitement) et Streep et Willis en arrière-plan préparant leur plan morbide. Par des effets de maquillage délirants, Goldie Hawn passe de la femme obèse à la bombe sexuelle, idem pour Meryl Streep dont le corps change à l'oeil nu via des effets d'optiques made in ILM. On peut évoquer aussi un petit clin d'oeil à Soupçons (Alfred Hitchcock, 1941), la scène de la boisson amenée dans les escaliers étant reprise quasiment tel quel et divers accidents se dérouleront dans ces mêmes escaliers, renvoyant à Psychose (Hitchcock, 1960). 

Comme évoqué plus haut, le film a moins d'enjeux que les quatre derniers films du réalisateurs et se révèle être une satire sur l'immortalité. Pour cela, le réalisateur ne prend pas Streep et Hawn pour rien: la première est l'une des rares actrices à avoir survécu à Hollywood après quarante ans, la seconde était déjà un peu has been au début des 90's. Il n'est pas étonnant que la première joue l'actrice qui ne veut pas vieillir (presque un rôle à contre-emploi puisque Streep est devenue plus connue en vieillissant !) et l'autre son ombre, subissant à chaque fois les assauts de Streep sur ses amants. Au milieu se trouve Bruce Willis, amant impuissant des deux femmes, constatant au fur et à mesure qu'il n'a plus rien à voir avec elle au point d'envisager d'en tuer une. Les deux héroïnes ont des différends l'une contre l'autre, la première dans sa jeunesse était moins bien vue au point de prendre son envol de manière fulgurante, la seconde a perdu ceux qu'elle aimait et a voulu prendre sa revanche. Au point qu'au fur et à mesure, les deux personnages vont se mettre à se haïr et à en venir à découvrir la potion de la visuellement jeune Isabella Rossellini (qui a soixante-dix dans le film). Des effets revigorants à condition de prendre soin de son corps. Or, la moindre bêtise peut enlever de la peau ou causer des dégâts sur l'anatomie (comme des craquements ou une peau plus élastique sur certaines parties). C'est ce que montre le final: si nos héroïnes sont toujours vivantes, leur existence même est devenue ridicule, leurs corps ne tenant plus. 

Isabella

Les brumisateurs et autres techniques marchent un temps, mais pas sur la longueur et le corps ne peut survivre au temps longtemps sans vieillir. Zemeckis s'amuse de la cupidité de ses héroïnes. Leur raison de vivre est seulement de faire tenir leurs corps et ce jusqu'au claquage ultime. De quoi avoir envie de fuir avec Bruce Willis (bon, on n'ira pas jusqu'à naviguer dans les méandres du dtv). Passons maintenant à une rareté, un film probablement introuvable en DVD (au mieux vous tomberez sur un import) et jamais diffusé à la télévision au même titre que le premier film du réalisateur (inédit en DVD en France). Heureusement que le net existe parfois pour exhumer certaines pépites inconnues du grand public. Pourtant à y regarder de plus près, La grande magouille rassemble du beau monde : Kurt Russell star Disney sur le retour en passe de devenir l'acteur phare de Big John; Gerrit Graham le chanteur douteux de Phantom of the Paradise (Brian de Palma, 1974) et figure récurrente de Parker Lewis ne perd jamais (1990-93); ou Frank McRae le supérieur de Jack Slater et le célèbre Sharky (moins d'une demi-heure de présence mais un nom pareil, ça ne s'oublie pas) de Permis de tuer (John Glen, 1989). L'idée du film est venue lorsque Zemeckis et Bob Gale travaillaient sur 1941. John Milius guide le duo sur le sujet des voitures d'occasion et Steven Spielberg se rajoute en producteur executif comme sur I wanna hold your hand. L'équipe essuie un refus d'Universal avant d'atterir chez Columbia.

Used cars

En raison de son caractère parfois coquin (une fille se fait déshabiller lors du tournage d'une publicité) et du côté morbide du film (les héros magouillent la mort accidentelle de leur patron pour survivre sur le marché), Used Cars (titre original renvoyant davantage au lieu de l'action) est le seul film de Zemeckis avec Flight (au sujet bien plus dur) à avoir été classé Restricted. Zemeckis et Gale s'avèrent particulièrement satiriques, dézinguant le marché des voitures d'occasion avec une certaine tendresse. Le réalisateur présente dès les premières secondes Kurt Russell en train de rabibocher toutes les voitures possibles pour les vendre à un certain prix. Un pare-choc remis avec du chewing-gum, une pancarte pour ne pas montrer un pare-prise dégommé sur le côté, des pneus regonflés de peu, des taxis repeints à la peinture à l'eau... Sans compter les techniques de vente consistant à apater le client du garagiste d'en face avec des filles en tenue légère ou un petit billet lancé par une canne à pêche! A cela se rajoute des spots de publicité diffusés en direct grâce un piratage, s'alignant même avec le discours de Jimmy Carter diffusé normalement au même moment! Puis le méchant est assez complexe puisqu'il s'agit du frère du patron (Jack Warden joue les deux), qu'il fait tuer (il était cardiaque) et cherche encore des noises à sa nièce (Deborah Harmon).

kurt

Ce qui amène à une course poursuite surréaliste avec un méchant pourchassant une centaine de voitures et un Kurt Russell naviguant de voiture en voiture pour atteindre la principale. A cela on peut rajouter des personnages de loosers malins terriblement attachants, allant de Russell en futur candidat (la magouille et la politique, un vaste sujet) à Graham suspicieux dès qu'il voit du rouge jusqu'à ce que cela devienne une hantise. Au final, un des films les plus jouissifs de Robert Zemeckis est un de ses moins connus. A réhabiliter d'urgence! Votre cher Borat tenait à terminer cette cuvée spéciale par un petit mea culpa. Toujours curieux de se faire un nouvel avis sur un film détesté, il a décidé de revoir Beowulf pour la première fois depuis sa calamiteuse séance en 3D en novembre 2007. Le film a toujours des couacs d'un point de vue visuel. Comme souvent, ce qui est novateur lors de la production d'un film l'est peut être moins avec le temps (même si on pouvait déjà faire ce constat à sa sortie). Ainsi comme Le Pôle Express (2004) et Scrooge, la capture des expressions du visage est souvent mauvaise, reposant sur une seule expression faciale. Si sur Beowulf (Ray Winstone) les expressions finissent par apparaître une fois vieillissant (d'autant que Zemeckis multiplie les gros plans), on peut en revanche trouvé que cela laisse à désirer sur un grand nombre de figurants ou John Malkovich.

La Légende de Beowulf : Affiche Ray Winstone

 

Même si l'on reconnaît les acteurs globalement (en dehors de Winstone aminci et musclé grâce aux ordinateurs), on peut repprocher que la technique ne soit pas encore suffisamment au point. Si Angelina Jolie est plutôt bien modelée lors de sa première grosse apparition, elle a un visage beaucoup trop lissé lors de la seconde. Scrooge aura ce même problème pour un rendu moins bon encore. On a aussi souvent l'impression d'être face à des cinématiques de jeux-vidéo, d'autant plus que la performance capture s'utilisait déjà dans ce média lorsque le film est sorti et s'est encore renforcé depuis. Toutefois, la réalisation de Zemeckis aide très souvent à faire passer la pilule, notamment lorsqu'il donne un vrai souffle épique à ses scènes. Votre cher Borat avoue d'ailleurs être assez confus, pensant que la fameuse "director's cut" tant vantée sur la jaquette du BR fut en fait bel et bien la version vue en salle. Vraisemblablement pas de grand changement, si ce n'est un peu plus de sexe et surtout de l'hémoglobine en pagaille. On parlerait donc davantage de version non-censurée. A moins que Warner a diffusé cette version en salle à l'international, celle sorti serait donc PG-13. Ce qui serait ironique pour un film ayant écopé d'un avertissement en France. Il n'en reste pas moins que cette version uncut est beaucoup plus bestiale, renvoyant à la sauvagerie du Moyen Age.

Il n'y a qu'à voir les deux apparitions de Grendel (Crispin Glover méconnaissable et merveilleusement dégueulasse), déluge de morts (dont un avec la tête dévorée) et de sang qui gicle. Le récit est quand à lui plutôt bien amené, évoquant aussi bien les légendes autour de Beowulf (il racontera une séquence maritime spectaculaire et probablement inventée de toutes pièces) que sa propre perte. Un héros conscient du mal qu'il a engendré et de sa propre bêtise durant toute la dernière partie, son destin se confondant avec le roi incarné par Anthony Hopkins. Les deux se tueront d'un pont, l'un par suicide, l'autre pour sauver celles qu'il aime. Beowulf mourra en sauvant son peuple de sa propre maladresse. Finalement, le personnage attendait la Mort depuis tout ce temps et il a fallu qu'elle vienne de son propre fils, d'autant plus que le dragon présent sur sa couronne est au combien prémonitoire. Si la fin est ouverte, Zemeckis ne laisse quasiment pas d'échappatoire à Brendan Gleeson, nouveau roi voyant au loin la jolie sorcière ne demandant qu'à pervertir un nouveau mâle. Si Beowulf n'est pas un grand film (le score de son acolyte de toujours Alan Silvestri est surement meilleur que le film lui-même), il n'en reste pas moins un film pas mal malgré ses défauts techniques. A la prochaine!


* Voir http://collider.com/contact-george-miller-reveals-his-version-of-movie-was-like-interstellar/