Avouez chers lecteurs, l'Antichambre de Borat vous avait un peu manqué depuis quelques semaines. L'occasion pour elle de revenir revigorée et éclatante comme elle sait le faire si bien. Pour les deux du fond qui auraient déjà oublier son principe, il s'agit de trois critiques de films plus courtes que celles proposées dans des articles individuels, mais tout aussi constructives. Au programme: Tom Cruise s'égare; Nancy Allen doit faire face à des pulsions; et le couple Fassbender / Vikander se retrouve entre deux océans. Let's go! (attention spoilers)


 

jack reacher

Que l'on aime ou pas la personnalité (et elle a des sacrées failles) de Tom Cruise, l'acteur est souvent un argument de poids sur un film. Jack Reacher (Christopher McQuarrie, 2012) avait étonné par une structure classique compensée par un sens de la mise en scène subtil et énergique. Tom Cruise ne jouait pas Ethan Hunt comme beaucoup le disaient, mais Reacher cet ancien militaire over the top, ne faisant que passer dansun coin trop brûlant.

La suite de ses aventures était donc attendue, d'autant que la série de romans de Lee Child (1997-) ne comporte que des aventures individuelles (le premier film était adapté du neuvième tome, celui-ci du dix-huitième). McQuarrie délaisse le poste pour Edward Zwick et la différence se voit très rapidement.

En soi, l'histoire même peine à tenir la route, faute de rebondissements dignes de ce nom et avec un méchant sentiment de déjà vu. Le premier avait compensé ça par des scènes d'action nerveuses, celui-ci n'en a quasiment aucune qui ressort. On notera tout de même la traque en plein Mardi Gras et la baston qui s'en suit, mais au final c'est bien peu. Même la course-poursuite n'est finalement qu'utilitaire.

La réalisation quant à elle se révèle très quelconque, voire à la limite du tâcheron, le réalisateur de Blood Diamond ne faisant pas grand chose pour rendre le film plus énergique.

Si Tom Cruise fait le show que l'on attend de lui, il n'en reste pas moins qu'on l'a connu plus inspiré. A cela se rajoute un bon pot de colle qui ne servira pas à grand chose. Un sidekick dont on se serait bien passé. De même, le plan des ennemis est franchement inintéressant et mérite à peine qu'on s'y attarde.

Never go back s'impose davantage comme une série b de luxe que l'on aura vite oublier. Le genre à passer régulièrement sur la TNT en deuxième, voire troisième partie de soirée.


 

pULSIONS

Dans les 80's, Brian de Palma essaye de se défaire de l'influence d'Alfred Hitchcock. Non pas que le réalisateur n'y fera plus des clins d'oeil dans la suite de sa filmographie, mais avec Scarface (1983) il s'apprête à construire son style définitif notamment dans le polar.

N'ayons pas peur des mots, Pulsions (Dressed to kill en vo) se base sur Vertigo (1958) et Psycho (1960). Mais comme on avait pu le voir avec Obsession (1976), De Palma ne fait pas les choses à moitié en tournant une variation et non un remake.

Il réutilise des thématiques utilisées par le réalisateur britannique pour souvent les pervertir un peu plus. Dans Pulsions, le personnage de Michael Caine est ambigu et la réalité autour de ce personnage ne sera abordé frontalement que dans les dernières minutes, au même titre que pour Norman Bates dans Psycho. Sans compter le rêve dans la douche où De Palma peut jouer avec une censure plus souple qu'à l'époque
d'Hitch. De même, le réalisateur fait directement référence à Vertigo dès ses premières minutes, en mettant en scène Angie Dickinson dans un musée au même titre que Kim Novak dans Sueurs froides.

Comme évoqué, De Palma pervertit un peu plus les thématiques. Dickinson rêve d'un adultère (ce qu'elle fera); Nancy Allen (plus sexy que jamais) incarne une prostituée au grand coeur; Keith Gordon en est amoureux mais n'en dira mot; et Michael Caine a un double visage (sa seconde personnalité attaque quand il a des pulsions sexuelles). Comme il le fera sur Body Double avec plus de tact (1984), le réalisateur installe une tension torride autour de ses personnages et charge à base de scènes à suspense saisissantes (la poursuite dans le train anticipe celle de Carlito's way).

Pulsions est encore un film un peu méconnu et la récente sortie en BR devrait l'aider à trouver un nouveau public. D'autant qu'il est amusant que les films un peu désavoués du réalisateur à leurs sorties soient désormais considérés comme des classiques. 


Une vie

On avait laissé Derek Cianfrance sur une tragédie en trois temps (The place beyond the pines, 2012), il revient avec un pur mélodrame. Un pari casse-gueule à l'heure du blockbuster actif et de la science-fiction omniprésente, ce qui n'a pas manqué de se confirmer lors de sa réception en salles ou en festival pas loin du catastrophique.

Le réalisateur du tout aussi génialement tragique Blue Valentine (2010) se serait-il planté dans les bons sentiments? Ou le public ne recherche plus de films pouvant véhiculer énormément d'émotions? On ne serait pas loin de répondre oui à la seconde.

Comme Douglas Sirk à son époque, Cianfrance joue sur une émotion constante avec son couple survivant contre vents et marées, contre des tempêtes physiques et humaines, entre la moralité et la tristesse. Ce qui arrive aux personnages est d'une infinie tristesse et le mouchoir ne sera pas forcément de refus par moments.

Leur acte de garder l'enfant et d'en faire le leur est immoral, mais dans un autre sens ils s'en sont occupés comme de leur propre fille dans un contexte de douleur insoutenable. Leur acte est condamnable, mais leur histoire aide à comprendre pourquoi ils en sont arrivés à cette situation. 

Ainsi, Cianfrance met durablement à l'épreuve son couple, au point d'y aller parfois avec une brutalité foudroyante dans sa dernière partie. Il faudra bien un peu de lumière dans ses dernières minutes pour soutenir un spectateur tout aussi éprouvé depuis deux heures. De même, il ne fait pas de cadeau avec la mère (Rachel Weisz), subissant la douleur d'un mari lynché et celle de n'avoir pu éduquer son enfant.

Le spectre de la Ière Guerre Mondiale est présent chez les deux maris, chacun issu du camp opposé. Un lieu qui les a brisé et dont la rencontre de leur femme respective leur a permis de retrouver le bonheur.

Deux heures de douleurs et tristesse passeraient probablement plus difficilement sans acteurs à la hauteur. Le couple Fassbender / Vikander est d'autant plus fort qu'il l'est aussi dans la vraie vie. La complicité entre eux se ressent dans le film et aide grandement l'interprétation de leurs personnages. Quant à Rachel Weisz, cela faisait très longtemps qu'on ne l'avait pas vu autant en forme. En résultes, un film magnifique et pas larmoyant pour rien et une nouvelle réussite pour son réalisateur.

A la prochaine!