Au départ il était question de parler de Gotlib, disparu le 4 décembre dernier. Puis George Michael nous a quitté dimanche, suivit deux jours après par Carrie Fisher et Claude Gensac. Plutôt que de faire quatre articles différents qui auraient été affreux et tristes à écrire, un hommage groupé n'est peut être pas un mal (même si l'aspect douloureux est bel et bien présent). Commençons comme il se doit par évoquer Marcel Gottlieb. Votre cher Borat l'a découvert assez tard alors même qu'il venait de quitter l'école à l'aide d'un numéro spécial de Fluide Glacial lui étant consacré. Un magazine qu'il avait créé en 1975, au même titre que L'écho des savanes trois ans auparavant. Deux joyeux bordels existants encore de nos jours et amusant encore de fétiches lecteurs à l'aide de demoiselles et d'hommes dans des situations souvent gourmandes et croquantes. Mais Gotlib s'était également fait connaître des années auparavant dans les magazines Vaillant (1945-69) et Pilote (1959-89). La bande-dessinée Nanar, Jujube et Piette (1962-65) donne même lieu aux débuts du chien Gai Luron qui finira par devenir le héros principal. Un chien inspiré de Droopy et à la joie de vivre à faire pâlir le premier mort-vivant venu. Une fois à Pilote, l'auteur-dessinateur collabore avec René Goscinny sur Les Dingodossiers (1963-67), dont découlera la Rubrique-à-brac encore bien connue de nos jours.

Gotlib

 

gai luron

Et pour cause, certains des personnages célèbres créés par Gotlib viennent de là. Que ce soit le pauvre Isaac Newton se prenant
inlassablement une pomme sur la tête; la coccinelle ou encore les mythiques Bougret et Charolles. Deux policiers forts reconnaissables, le premier armé de sa pipe et d'une moustache grise inspiré de Gébé, le second étant le portrait crâché de son auteur (d'ailleurs, Gotlib s'est très souvent dessiné au cours de ses diverses publications). Ils n'étaient pas les seules caricatures présentes dans leurs aventures, puisque Fred et Goscinny étaient également présents en tant que méchants récurrents. Une parodie de la série Les cinq dernières minutes  (1958-96) qui aura droit à une adaptation quelque peu oubliée, Les vécés étaient fermés de l'intérieur (Patrice Leconte, 1976) où nos deux héros étaient incarnés par Jean Rochefort et Coluche! Co-créé avec Jacques Lob, Gotlib dessine un des super-héros français les plus connus, le mythique Super Dupont. Un bérêt, une moustache, un marcel, un patriotisme à toute épreuve, des super-pouvoirs dignes de Superman et combattant l'Anti France avec ferveur. Des personnages qui restent en tête, un artiste à l'irrévérence forte et cet hommage sert aussi à exhumer quelques dessins. Suite au Sony Hack en 2014, votre cher Borat avait été inspiré.

Isaac Newton

Isaac Newton encore une fois touché par la pomme face à une coccinelle un peu hagarde.

Super Dupont

Il était question de mettre en scène nos deux inspecteurs favoris en pleine investigation dans le bureaux de Sony, avant de passer à l'assaut chez les Nord-coréens avec certainement la même ferveur délirante que la Team America. L'occasion d'aborder les projets les plus délirants à l'aide de deux personnages âgés et encore un peu représentatif de l'époque de leur création. En résultera au moins deux sketchs que je vous présente ci-dessous. Le premier est introductif, quand le second évoque ce mail improbable évoquant un possible crossover entre Zorro et le Django de Django Unchained (Quentin Tarantino, 2013). Chose qui
se fera finalement sur papier avec Dynamite Comics aux commandes comme très souvent dans ce genre de coups foireux. Passons désormais à George Michael, bête de scène s'il en était. Un chanteur qui nous quitte le jour de Noël alors que l'un de ses faits d'armes est une chanson de noël, il y a de quoi y perdre son latin. Tout le monde n'est pas fan de cet artiste, votre cher Borat n'est pas non plus un fan irréductible. Pourtant certaines chansons restent en mémoire et notamment le fameux Last christmas (1984), single réalisé à l'époque où il était l'une des figures de Wham! aux côtés d'Andrew Ridgeley. Un clip kitsch à souer, une chanson qui n'est pas loin de l'être aussi et pourtant elle est facile à retenir, pas forcément désagréable et que l'on écoute au moins une fois tous les ans.

Bougret et Charolles à la rescousse de Sony

Bougret et Charolles au temps de Zorro et du western

L'année prochaine, cela risque d'être un poil macabre de chanter Last christmas. La même année, les Wham! avaient déjà été remarqué par deux autres gros tubes. Le premier est Wake me up before you go go, grand moment chorégraphique s'il en était et évidemment Careless Whisper. Un grand moment de génie, slow parfait et avec un saxophone inaugural inoubliable. Même Deadpool embrasse dessus (bon il aime aussi les licornes). Une fois en solo, l'ami George changera de style, moins pop, plus expérimental parfois (notamment dans sa seconde période) et même un poil plus sexué. Le célèbre I want your sex (1987) en est bien la preuve, faisant tomber en émoi les femmes mais aussi les hommes. Un clip coquin par la même occasion où de belles femmes apparaissent en lingerie et l'ami George face caméra avec des cheveux plus courts, barbe de trois jours et boucles d'oreilles. A la même époque, on retiendra également Faith, commençant sur un morceau d'orgue avant que Michael ne se déhanche en faisant de la guitare pour notre plus grand plaisir. Puis il y a eu certainement ma chanson préférée de cet artiste, dont votre cher Borat avait déjà évoqué le clip autrefois (voir Cuvée Fincher). Freedom 90, chanson énergique au possible ryhtmée par un piano endiablé, un clip sexy en diable avec les plus belles mannequins de l'époque et un tube immortel sur les ondes au même titre que son interprète. Voici donc une playlist faisant honneur au roi Michael.

D'aussi loin que votre interlocuteur se souvienne, il connaît Claude Gensac depuis assez jeune. Elle symbolisait une image qui a duré plusieurs décennies et encore largement alimentée par la télévision: celle de la femme cinématographique de Louis de Funès, sa fameuse "biche". Un faire-valoir en apparence et pourtant un personnage à part entière, devenant un véritable repère pour les spectateurs. La femme du Gendarme de Saint Tropez, la belle-mère d'Oscar, la décendante d'un homme hiberné, la complice d'un meurtre... Plus rare depuis la mort de l'acteur (notamment à cause de producteurs  elle avait depuis quelques années refait son apparition au théâtre et dans quelques films. Pour les enfants post-50's, elle fut aussi la voix de la belle-mère diabolique de Blanche Neige dans le film produit par Walt Disney (1937). Finissons cet article hommage en évoquant la mythique Princesse Leia. On évoque souvent une malédiction des sagas cultes, certains acteurs finissant parfois enfermés dans un rôle si iconique qu'il bousille leur carrière. Si Carrie Fisher a vécu constamment avec cette image de princesse intergalactique et générale de la rébellion, fille d'un seigneur de la mort et soeur d'un des plus grands jedis de tous les temps, elle était bien plus que ça. On l'oublie souvent, mais en dehors des six Star Wars qu'elle a tourné (oui, Holiday Special compte aussi), l'actrice avait su montrer qu'elle pouvait s'entourer de grands cinéastes.

claude gensac

 

Dès 1980, John Landis l'engage pour devenir un des meilleurs running-gags de la comédie américaine. Imaginez une jeune femme prête à se marier et qui se fait poser un lapin par son futur époux. Imaginez ensuite la colère envenimant tout son être au point de commettre une vengeance aussi incendiaire et explosive. Vous aurez alors l'ex de Jake Blues (John Belushi)! Un personnage qui revient au cours du film toujours dans l'idée de tuer son ancien amant de manières diverses. L'actrice se retrouvera par deux fois aux côtés de Tom Hanks, tout d'abord dans le remake du Grand blond avec une chaussure noire (L'homme à la chaussure rouge de Stan Dragoti, 1985), mais surtout dans The Burbs (Joe Dante, 1989). Un film récemment remis en lumière grâce à Carlotta et qui fut longtemps bien peu considéré. Une véritable satire au vitriol des banlieues pavillonnaires si chères aux américains, avec des gens paranoïaques au moindre changement, devenant même progressivement un show délirant contemplé par Corey Feldman et ses amis. Fisher incarne en quelques sortes la voie de la raison de ce pauvre Tom Hanks, tiraillé entre des voisins douteux et le fait de vouloir être tranquille avec sa femme et son fils. La même année, Rob Reiner fait d'elle la meilleure amie de Meg Ryan dans l'impayable Quand Harry rencontre Sally

Slave Jedi Leia

Un personnage servant de conseiller au même titre que Bruno Kirby pour Billy Crystal. L'actrice s'essaye à l'écriture par la suite (devenant même script-doctor, notamment sur Hook de Steven Spielberg) et fait un beau lot de caméo. Que ce soit dans Scream 3 (Wes Craven, 2000) où elle est archiviste ou dans Jay et Bob contre-attaquent (Kevin Smith, 2002) le temps de se dévoiler en bonne-soeur. Lorsqu'il sera question de revenir à Star Wars, elle dira oui et actuellement son destin dans la guerre des étoiles au cours d'un Episode VIII encore sans titre laisse entrevoir un beau casse-tête. Le mois de décembre 2017 risque d'être larmoyant.