Le gouvernement décide de créer un escadron suicide composé de criminels pour des missions exceptionnelles...

Suicide Squad (real poster)

Charles Roven l'a évoqué plusieurs fois durant la promotion: Suicide Squad (David Ayer, 2016) est le film qu'il a le plus rapidement monté et produit. Une phrase qui reviendra souvent dans la bouche des détracteurs du film et ils n'auront pas tout à fait tord. Le projet est rapidement mis en place par la Warner Bros et DC, au contraire de super-héros plus fédérateurs comme Flash ou Wonder Woman. D'autant plus qu'ici les personnages principaux sont des méchants envoyés par le gouvernement américain pour des missions secrètes, pour ne pas dire faire le sale boulot. Un comic-book lancé en 1987 et qui a une nouvelle version depuis 2012 avec comme têtes d'affiche Deadshot, Harley Quinn ou El Diablo. Il n'est pas étonnant de retrouver ces trois personnages dans l'adaptation, tout comme Rick Flagg, Captain Boomerang et Amanda Waller, figures historiques de l'escadron suicide. Les costumes sont critiqués dès le premier photocall montré, certains criant aux "cosplays de luxe", mais cela semble se calmer avec la première bande-annonce. Une vidéo initialement dédiée à la Comic Con 2015, avant de finir sur la toile après une avalanche de vidéos leaked. Une bande-annonce assez sombre, augurant une ambiance au moins proche de ce qui avait été fait sur Man of steel (Zack Snyder, 2013) et Batman V Superman (Snyder, 2016) et avec une version triste de I started a joke par ConfidentialMX et Becky Hanson.

Suicide Squad : Photo Jared Leto, Margot Robbie

Une mise en bouche balayée par les trailers suivants bien plus colorés et fun, tout comme le reste de la promotion (il n'y a qu'à voir l'affiche ci-dessus pour s'en rendre compte). A cela se rajoute ce qui semble être une projection-test qui a mal tourné, au point d'en venir aux inévitables reshoots. Le public ne risque pas de voir ce premier montage un de ces jours, la Warner semblant totalement frustrée au point d'en venir à sortir une extended cut avec treize minutes supplémentaires. On peut aussi noter que David Ayer a depuis décroché une sorte de spin-off avec Harley Quinn nommé Gotham City Sirens et vous comprendrez pourquoi il a été si mignon durant la promotion de Suicide Squad. Comme si cela ne suffisait pas, les trailers regorgent de plans absents des deux montages disponibles. Pas forcément de quoi dire qu'ils sont essentiels, d'autant que le public comme votre interlocuteur ne savont rien du contenu du premier montage. Mais il y a de quoi s'inquiéter quand ces plans sont récurrents dans les trois trailers, notamment celui d'Harley Quinn tirant avec sa batte de baseball en pleine rue. Un plan qui sera même utilisé par la Warner sur les réseaux sociaux, histoire de bien confirmer la promotion douteuse du film. Suicide Squad est malheureusement le reflet typique d'un studio qui ne sait pas quoi faire de la franchise qu'il est en train de mettre en place et se casse la figure en paniquant.

Suicide Squad : Photo Adewale Akinnuoye-Agbaje, Margot Robbie

Vous pouvez chercher ce plan dans la version cinéma ou l'extended cut, il n'est ni dans l'un, ni dans l'autre.

La sortie en deux temps de BVS avait déjà semé le doute quant au manque de confiance de Warner envers les productions DC. Comme si Zack Snyder n'avait pas fait cinq films pour le studio auparavant ou que la trilogie de Christopher Nolan (2005-12) n'avait pas amassé assez d'argent. Avec Suicide Squad, il est surtout question d'un problème de ton, le film au vue de sa photographie et de ses personnages semble sombre, alors que le côté comique et flashy semble très forcé. Un film trop hybride pour convaincre pleinement, entraînant un sérieux malaise avec comme impression de voir un film qui n'est pas fini, avec un script qui n'est pas à la hauteur du potentiel. A noter que le sacro-saint premier montage devait logiquement avoir des défauts communs avec les autres, tant certains sont irréversibles n'en déplaisent à certains. (Attention spoilers) Le film se révèle assez fidèle à la série de 2012 que ce soit par les membres récurrents, la mise en avant de Deadshot (comme sa relation avec sa fille), le fait que Waller (Viola Davis) est une parfaite marionnettiste ou que Harley (Margot Robbie) finisse par se faire la malle. Sur ce point le film est difficilement attaquable, tout comme sur certains aspects des costumes (désolé de le dire, mais le costume d'Harley était déjà très sexy en bande-dessinée), à moins de dégommer le comic-book initial (idem pour 300).

Suicide_Squad__2_

En revanche, le script accumule de belles casseroles tenant aussi bien de l'histoire elle-même que du développement des personnages. On a ainsi bien du mal à comprendre comment Enchantress (Cara Delevingue) a autant de facilité pour échafauder son plan, tout comme l'histoire ne repose que sur le sauvetage d'une ville où l'on va d'un point A à un point B jusqu'à atteindre le boss final. On tique également beaucoup sur le côté un peu trop gentillet de ces criminels, passant presque pour des enfants de coeur au fur et à mesure que le film avance. Deadshot (Will Smith) tire pour subvenir aux besoins de sa fille; Harley est une psychopathe amoureuse; Captain Boomerang est surtout un braqueur beauf; El Diablo (Jay Hernandez) est le cliché du chicanos macho en quête de rédemption... Seul Killer croc (Adewale Akinnuoye Agbaje) n'a jamais d'excuse de son statut de carnassier prêt à bouffer tout ce qui lui passe sous la main. Un revirement qui peine sérieusement à convaincre, malgré que Harley a de grandes parts d'ombre masquées à travers des flashbacks. L'extended cut lui offre d'ailleurs des moments intéressants qui honnêtement auraient pu être mis dans le montage cinéma sans problème. Ses flashbacks sont ainsi renforcés, le Joker (Jared Leto) étant très loin d'en faire sa muse, se conduisant comme le psychopathe dégénéré qu'il est avec elle. Elle manque de se faire violer, subit un bon lot d'électrochocs et pourtant elle l'aime, quitte à tuer diverses personnes.

enchantress

Le Joker apparaît surtout comme un homme avec sa chose. On ne lui la pique pas mais il en fait ce qu'il en veut. Quitte à la laisser entre les griffes d'une certaine chauve-souris. Le second extrait en particulier permet de voir qu'Harley n'est pas une psychopathe idiote et simple sous-fifre de Mr J. Toute une séquence nous la montre en pleine psychanalyse sur le champ de bataille, faisant même augmenter le temps de présence de Katana (Karen Fukuhara). Ce personnage est d'ailleurs un formidable foutage de gueule, ne servant quasiment à rien au film et aux moments de visibilité tellement rares que cela en devient un événement quand elle apparaît. Son passé est à peine évoqué puisqu'elle n'apparaît qu'en cours de route. Le fait de la voir à visage découvert lui permet de trouver un peu de sens face à une Miss Quinn encore masqué sous le sourire du Joker. A ce titre, ne nous penchons pas plus sur Slipknot (Adam Beach), dont la présence durant la promotion n'aurait même pas dû exister. Il y a aussi le cas Enchantress. Le scénario tout comme le traitement du personnage sont totalement à la ramasse et le mot est faible. Déjà parce que Cara Delevingue joue terriblement mal, semblant encore trop inexpérimentée pour se voir promeut dans un blockbuster (ce qui n'augure pas forcément du bon pour le Valerian de Luc Besson). Ensuite parce que le personnage est mal écrit, devenant une sorte de prêtresse à la Gozer dans Ghostbusters (Ivan Reitman, 1984) avec un décor sur fond vert raté ou ridicule c'est selon.

Suicide Squad : Photo Jay Hernandez

Sans compter un plan dont on ne comprend pas bien le sens, si ce n'est conquérir le monde comme les trois quarts des méchants fantastiques de comic-book movies. Ce n'est pas non plus en la faisant dire à l'amour de son hôte (Joel Kinnaman) qu'il n'a pas de couilles que cela va en faire une méchante badass. Sans compter un retournement de situation aussi téléphoné que ridicule et qui aurait mieux fait de ne pas exister pour plus de dramaturgie. Comme si David Ayer se voyait incapable de pouvoir montrer quelque chose de pessimiste même dans son final. On remarquera également à quel point les bidasses n'ont aucune personnalité, servant juste de chair à canon anonyme. Finalement le personnage qui s'en sort le mieux est Amanda Waller, crapule en puissance prête à tout pour sauver sa pomme, quitte à engager des criminels et à jouer avec eux. Elle en vient même à provoquer Bruce Wayne (Ben Affleck), ce dernier lui renvoyant qu'il en sait finalement assez pour qu'on veuille acheter son silence. Au niveau du raccord avec l'univers le film s'en sort plutôt bien, permettant au DCVerse de se développer dans un ensemble crédible. Ainsi, Suicide Squad se déroule après BVS, Flash (Ezra Miller) attrape le boomerang en Australie et Batman continue à lutter contre le crime à Gotham. Des passages certes courts mais discrets et permettant une cohérence bien meilleure que la sinistre séquence "Justice League" de BVS.

Suicide Squad : Photo Margot Robbie

Au niveau de la réalisation, il est malheureusement bien triste de voir que le potentiel entrevu au moins dans le premier trailer est gâché par des fautes de goût. L'ouverture est ainsi une des pires présentations de personnages jamais vues dans un cbm. On a droit à des présentations éclairs avec plans bourrés d'écritos défilant tellement rapidement que l'on n'a pas le temps de lire et quand bien même c'est le cas, les informations sont tellement risibles qu'on se demande leur utilité. Puis il y a ces petits effets flashy qui bousillent les trois quarts des plans, au point qu'ils déforment parfois l'image. Logiquement ces effets ont été instauré après le premier montage, ce qui est d'autant plus triste que les plans sans ces effets sont beaux et intéressants. Ainsi les flashbacks avec le Joker et Harley sont souvent foutus en l'air par ces effets, y compris la scène des électrochocs qui auraient dû être un pur moment glauque. Sans ces effets, Ayer confirmait qu'il voulait faire un film sombre au moins dans sa photographie (merci Roman Vasyanov), ce qui est une quasi-constante sur le reste du film. Même la musique plus que correcte de Steven Price est évincée pour des raisons tout aussi putassières par des chansons qui n'ont clairement rien à faire là. Il n'y a pas besoin d'aller très loin pour comprendre que la Warner a voulu surfer sur le succès des Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) et Deadpool (Tim Miller, 2016), d'autant que Spirit in the sky (Norman Greenbaum, 1969) est également reprise. Sauf que Suicide Squad n'a rien à voir avec eux, que ce soit par l'univers ou les personnages. Une plantade de plus. (fin des spoilers)

Suicide Squad n'est pas une honte, c'est surtout un immense gâchis qui risque de faire bien du mal au DCVerse, bien aidé par une Warner qui ne sait absolument pas ce qu'elle fait avec.