En cette seconde semaine de janvier, il était temps pour l'Antichambre de Borat de trouver le chemin de 2017 pour une nouvelle séance. Pour les retardataires de 2016, rappel des titres: il s'agit d'une chronique irrégulière où trois films sont abordés dans des critiques plus courtes, mais pas moins de qualité pour donner des avis plus rapides. Au programme: le retour de la célibataire à la culotte culte; Sam Peckinpah rencontre le prix nobel de littérature; et un requin amateur de belle blonde. Ready? Go! (attention spoilers)


 

Bridget Jones Baby : AfficheIl est casse-gueule de parler d'une suite quand on n'a jamais évoqué les précédents opus, alors revenons-y rapidement. Le journal de Bridget Jones (Sharon Maguire, 2001) a permis à Renée Zellweger d'exploser après des années de seconds-rôles notables (dans Jerry Maguire notamment).

L'occasion de découvrir la fameuse Bridget, célibataire pleurant sur All by myself le jour de son anniversaire, tout en essayant de choisir entre le goujat sexy et le dandy coincé. Une romcom amusante sur le célibat et pas tant réservée aux femmes qu'on le dit. L'âge de raison (Beeban Kidron, 2004) sentait fort le bis repetita, au point que le spectateur restait devant uniquement pour ses acteurs.

On pouvait penser que Bridget Jones's Baby (Maguire, 2016) serait une suite trop tardive (douze ans quand même), faites avant tout pour faire revenir Miss Zellweger sur le devant de la scène. Il n'en est finalement rien.

Si on préféra le premier pour sa fraîcheur et un côté moins prévisible, on s'amuse toujours autant des aventures de l'amie Bridget. Ses conflits sentimentaux (son Darcy d'amour jamais là ou le nouveau venu trop présent ?), ses aventures journalistiques souvent spectaculaires, l'interprétation de Renée Zellweger... Bridget est de retour et on peut même dire qu'elle nous avait manqué.

Au même titre que l'impayable Darcy (Colin Firth toujours à même de se montrer ridicule), Bridget est un personnage terriblement attachant que l'on aime accompagner avec le temps. Ce troisième volet ne la met pas dans ses derniers retranchements, mais avec une vraie nouvelle direction (l'arrivée d'un enfant), il réussit à continuer le voyage avec plaisir. Au point de faire oublier le second opus de l'équation.

Le fait que Hugh Grant ne soit pas de la partie aide aussi, évitant une répétition douteuse. Si Bridget Jones's Baby n'est pas une conclusion, on espère que cette saga reste sur cette bonne note.


 

592714Jaume Collet Serra a une filmographie pour le moins singulière, au point que l'on s'y perd parfois. Entre actioners et horreur, le réalisateur espagnol a surtout démontré un penchant pour la série B efficace ou profondément nanarde. Ainsi après avoir montrer un Liam Neeson à la recherche d'une chaudière (le délirant Run all night), voici The shallows (2016).

On ne demande pas forcément à un survival d'avoir un scénario monumental, ce sous-genre étant voué à aller à l'essentiel en un laps de temps court (1h30 en général). Toutefois, un film y gagne souvent avec une excellente réalisation et une ambiance de qualité. C'est le cas par exemple d'Alien (Ridley Scott, 1979) ou Gravity (Alfonso Cuaron, 2013). 

The shallows n'a clairement pas le même impact, ni le même intérêt. Il s'agit avant tout d'un film estival qui devrait se trouver un public sur les chaînes de la TNT. Dit comme cela, on pourrait penser que c'est insultant et pourtant le film fonctionne pour ce qu'il est. 

Le scénario se résume à une jeune femme (Blake Lively) cherchant à se sauver d'un requin alors qu'elle est éloignée de la plage. Collet Serra ne ménage pas son héroïne puisqu'il l'affaiblit histoire d'accentuer sa fatigue et donner plus de suspense. On regrettera par contre la surpsychologie de son héroïne, finalement inutile et peu convaincante.

A ce titre, comme beaucoup de réalisateur voulant en faire trop, Collet Serra balance une séquence servant par la suite en ouverture. Une approche que l'on retrouve de plus en plus souvent (Don't Breathe de Fede Alvarez par exemple) et qui ne sert finalement à rien.

Dans son approche, The shallows se présente comme une série B, pourtant son réalisateur ne prend pas son sujet à la légère. Il en fait quelque chose de sérieux, pas vraiment fun, ni spectaculaire. Il se veut même très expéditif avec les victimes, à base de cgi ne cherchant pas le gore. 

Au final c'est peut être ça qui fait le charme de The shallows et un candidat sérieux dans le film de requin. En s'éloignant de la surenchère, Collet Serra réussit à divertir. Pas inoubliable, mais pas un mauvais film.


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Terminons cette séance par une dernière séquence plus classique. En 1973, Sam Peckinpah a déjà une réputation d'ours mal léché faisant peur aux studios hollywoodiens. En cause? Un tempérament de feu sur les tournages dû à son alcoolisme et à la drogue; une tendance à la violence graphique au ralenti qui ne plaît pas à tout le monde et un cinéma fait de gueules. 

Parmi elles se retrouvent James Coburn et Kris Kristofferson, vedettes de Pat Garrett et Billy the kid. Les deux acteurs incarnent deux légendes fortes de l'Ouest. D'un côté, le vieux briscard Pat Garrett (Coburn) se découvrant une conscience en devenant shérif. De l'autre, le Kid resté truand et continuant sa croisade en échappant aux autorités (Kristofferson).

Deux amis devant s'affronter à cause de la loi qui les sépare désormais. Le vieil homme en vient à se demander s'il ne s'est pas trompé de voie en pourchassant son ancien ami, quand l'autre essaye de le fuir par tous les moyens. Le final, qui plus est en huis clos, sera fatal pour l'un d'entre eux, car le destin en a voulu ainsi. Un dernier acte violent qui contraste avec l'aspect global du film.

Ceux qui adorent la violence hard boiled de Peckinpah seront assez étonnés de retrouver un film purement mélancolique, loin du dézingage de Guet apens (1972). Un aspect novateur pour le réalisateur, car même si le film a son lot de morts, il n'est jamais aussi radical que la plupart des films du réalisateur. 

C'est ce qui le différencie de ses aînés, peut être aussi parce que c'est le dernier western de son auteur. Terminer cette partie de sa carrière sur un film plus beau, peut être même plus accessible.

Pour preuve, cette bande originale signée Bob Dylan (qui a d'ailleurs un petit rôle marquant) dont certains titres sont encore parmi ses chansons les plus connues. On pense directement à Knockin' on heaven's door utilisée pour le final avec une signification plus qu'évidente. En résultes, une oeuvre magnifique clôturant un cycle pour son réalisateur sur l'image d'un cowboy ayant mis fin à son fardeau. 

A la prochaine!