Après une absence de quelques semaines, la Cave de Borat revient en cette nouvelle année. Reprenons le voyage chez Mickey là où nous l'avons laissé. Après les super-héros, le passage aux CGI ou encore les courts-métrages, continuons à explorer l'héritage gigantesque d'un studio qui regorge encore de secrets. Ready? Go! (Attention spoilers)

  • Productions en vrac !

Mars

Reprenons ce petit tour d'horizon des productions Disney en commençant par Mars needs Moms (Simon Wells, 2011). Un film dont peu de personnes connaissent encore l'existence malgré sa sortie récente. Il y a quelques temps, la Cave de Borat était revenue sur le cinéma de Robert Zemeckis, y compris sur son attirance pour la performance capture. Un procédé qui n'a pas réussi à convaincre sous sa direction, mais chez d'autres oui (Avatar n'est qu'un exemple). Disney met le grappin sur sa société Imagemovers Digital à la fin des 2000's. Le premier projet sera Le drôle de noël de Scrooge (2009), le second le film de Wells que produit Zemeckis. Scrooge n'a pas été un grand succès, mais il a rempli suffisamment les caisses pour parler de petit succès (plus de 325 millions de dollars de recettes). C'est une autre histoire pour l'autre. Même si The Lone ranger (Gore Verbinski, 2013), Tomorrowland (Brad Bird, 2015) ou John Carter (Andrew Stanton, 2012) n'ont pas été des succès, leurs recettes ont tous dépassé leurs budgets. On parlera donc plutôt de semi-échec plutôt que flop total, même si tous les trois ont eu de mauvaises recettes domestiques (entre 73 et 93 millions de dollars). On ne peut pas en dire autant de Mars needs Moms qui a coûté 150 millions de dollars et s'est ramassé avec un peu plus de 38 millions de dollars de recettes.

Milo sur Mars : photo Simon Wells

Pour tout dire, le film est sorti directement en DVD par chez nous et pour en rajouter une couche était diffusé en 3D dans les salles. Il est même à l'origine de l'arrêt des productions Imagemovers en route, dont le fameux remake de Yellow Submarine (George Dunning, 1968) par Zemeckis, Disney ayant laissé tomber le studio dès janvier 2011. Il n'y a qu'un pas pour dire que Zemeckis est revenu au cinéma live-action à cause de ce flop retentissant. La question qui vous brûle les lèvres est surement "est-ce que c'est aussi mauvais que ça en a l'air?". La réponse est non même si on parlera d'un film moyen, voire un minimum attachant malgré ses défauts. Bien que son nom ne dit peut être rien au grand public, Simon Wells n'est pas un inconnu et pas mal de ses films (pour Amblin comme Dreamworks) ont tourné dans les magnétoscopes des enfants des 90's-début 2000's. Quelques exemples au hasard: Les quatre dinosaures et le cirque magique (coréalisé avec Phil Nibbelink, Dick et Ralph Zondag, 1993), Balto (1995) ou Le Prince d'Egypte (coréalisé avec Brenda Chapman et Steve Hickner, 1998). Pour Zemeckis, le choix est d'autant plus évident que Wells a été storyboarder sur plusieurs de ses films. Pour le réalisateur, c'est une première à la fois dans le tout CGI (ses films étaient globalement réalisés en animation traditionnelle) et bien évidemment la performance capture.

Milo sur Mars : photo

Comme sur les précédents films de Zemeckis, le procédé est à nouveau peu concluant, avec toujours le même problème principal: les expressions faciales avec les émotions qui vont avec. Pour preuve Joan Cusack a le visage tellement lissé que ses expressions se réduisent au minimum syndical. Idem pour le jeune héros incarné par Seth Green qui a régulièrement un visage ahuri comme seule expression et Dan Fogler a presque toujours un air jovial. Si on reconnaît les acteurs, ils ne dégagent finalement rien. La technique est également peu convaincante plus d'une fois, le film ressemblant assez souvent à une série de cinématiques pour jeux-vidéo qu'à un réel long-métrage, pas aidé par un rythme particulièrement molasson. Certains décors peinent également à être crédibles, Imagemovers n'ayant jamais fait dans le futurisme. Les textures de Mars s'avèrent rapidement rigides une fois que les personnages ont le nez dehors et ne parlons même pas du design assez laid des martiens, réservant encore moins d'émotions qu'aux humains (il faut voir la reine qui a l'air systèmatiquement énervé quand les mâles sont hilares). Pour ce qui est du récit, il y a un fond assez intéressant mais traîté trop souvent en surface. Par exemple, le film nous dévoile une civilisation constituée en grande partie de femelles.

Milo sur Mars : photo

Voilà une expression faciale de Joan Cusack. Cela vend du rêve non ?

Ces dernières n'ont tellement plus l'habitude de materner qu'elles en viennent à kidnapper des mères terriennes pour qu'elles éduquent les filles. Des mères qui ne seront pas renvoyées sur Terre mais vaporiser. Quant aux hommes, ils sont laissés dans une case poubelle ou emprisonnés, laissés à leur propre sort. Inutile de dire que les bébés garçons finissent eux aussi à Poubelle Land. Wells ne fait pas dans la dentelle, portant un regard peu reluisant de l'humanité à travers le regard de ces martiens amateurs d'eugénisme. Par la même occasion, il dévoile un personnage devenu adulte beaucoup trop tôt, essayant de sortir ce souvenir en optant pour une attitude rigolarde. Toutefois, le film ne dévoile réellement ces cartes que dans son dernier quart d'heure. Avant cela, il faudra se taper une aventure peu convaincante, consistant à visiter des pièces quasiment identiques. On peut également repprocher un personnage féminin principal douteux au langage djeuns merveilleusement douteux. Certes, votre cher Borat a vu ce film dans un doublage français, mais au vue des détails cela doit être un beau charabia aussi en VO. Au final, Mars needs moms est un film qui a beaucoup de potentiel, mais se perd souvent et joue trop sur le terrain comique. Toutefois, le film ne mérite pas le désastre financier qu'il a engendré.

Milo sur Mars : photo Simon Wells

Le sidekick féminin chébran t'as jamais vu ça.

Partons maintenant dans les 70's, une époque où les studios se cherchaient encore dans l'héritage du grand chef. Si les films d'animation se tiennent (bien aidés par l'expérience de Wolfgang Reitherman aux commandes des trois quarts), les productions ont bien du mal à emballer. Si certaines marquent leurs époques comme Freaky Friday (Gary Nelson, 1976), on a du mal à en retenir un grand nombre de nos jours. Alors quand Christopher Nolan cite Le trou noir (Nelson, 1979) comme une de ses inspirations pour Interstellar (2014), le film revient dans les mémoires et intéresse à nouveau. Le trou noir (je vous vois venir petit copain) fait partie des rares tentatives du studio pré-Star Wars dans la science-fiction, au même titre que John Carter ou La montagne ensorcelée (John Hough, 1975). Produit en grande partie à cause du succès du film de George Lucas, avec casting colossal qui va avec (Robert Forster, Maximilian Schell, Anthony Perkins, Ernest Borgnine et Yvette Mimieux), le film s'est soldé par un flop commercial certain. S'il n'a peut être pas l'aura de Tron (Steven Lisberger, 1982), il fait en revanche partie de ces oeuvres marginales du studio revalorisées par le public. Si le film n'est pas le plus facile à trouver (toujours pas de BR et le remake un tant envisagé est aujourd'hui abandonné), la VHS avait permis de lui faire gagner une petite réputation à partir des 80's.

the black hole

Ne passons pas par quatre chemins, Le trou noir a pris un sacré coup de vieux, peut être plus que Tron. Il n'y a qu'à voir ce pauvre robot plus ridicule qu'autre chose. Idem pour les autres robots aux looks pas si éloignés de ceux des Daft Punk ou des cylons de la série Battlestar galactica. Beaucoup d'aspects sont hérités de la série Star Trek (1966-69) comme les commandes, le jargon plutôt scientifique ou l'équipage lui-même avec un pilote, un scientifique ou des techniciens. Le passage dans le trou noir servant de climax vaut son lot d'excentricités, valables principalement au côté très manichéen de la chose. D'un côté, Shell finit par fusionner avec le robot Maximilian avant de devenir un être seul coincé dans un Enfer particulièrement réaliste. De l'autre l'équipage vit un drôle de trip: les plans montrent nos héros hurlant tout en démultipliant leurs visages, avant de terminer leur voyage dans un couloir de cristal. Ils ont vécu le trou noir comme une sorte de jugement divin. Un aspect assez kitsch dans le second cas, mais qui a le mérite de donner une alternative intéressante et visionnaire aux passages phares d'Interstellar et Contact (Zemeckis, 1997). Si l'aspect science-fictionel est plutôt bien géré, on peut toutefois trouvé le film particulièrement lent, consistant à explorer dans ses grandes largeurs les rouages d'un vaisseau stabilisé non loin du trou noir et aux moeurs douteuses.

Le Trou noir : Photo

Info principale du film: les Daft Punk viennent donc de l'Espace.

De plus, si vous cherchez un space opera actif passez votre tour, l'action ne commence que dans les dernières minutes. Le trou noir n'est pas un film fantastique, mais dans sa tentative de film black science il est un curieux exemple, qui plus est venant d'un studio dont ce n'est pas le genre de prédilection.

  • Treasure of the golden sun: une épopée télévisée

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Parlons un peu de séries télévisées à présent. La Cave de Borat s'est déjà penchée sur le sujet à ses débuts, les séries animées Disney ont largement contribué à l'enfance de votre interlocuteur. Principalement datées des 90's, les séries Disney ont su fédéré un certain public même chez les moins nostalgiques à travers des titres phares. Soyons exhaustifs avec quelques exemples parmi les plus originaux: La bande à Dingo (1992-93), Tic et Tac rangers du risque (1989-90), La cour de récré (1997-2001), Timon et Pumbaa (1995-99), Super Baloo (1990-91) ou encore Couacs en vrac (1996). Dans ces séries, La bande à Picsou (1987-90) a une place primordiale. Elle a plus ou moins été le fer de lance de cette vague Disney Television Animation qui a encore de beaux jours devant elle, comme le confirme La garde du Roi Lion (2016-). Ce fut aussi un jeu mythique de la NES (1989) remis au goût du jour il y a quelques temps pour le bonheur des joueurs nostalgiques ou découvrant le jeu. La bande à Picsou connue aussi sous le nom DuckTales s'apprête à faire son grand retour cette année sur le petit écran avec un casting renouvellé et prestigieux: David 'Doctor Who' Tennant en Picsou, Danny Pudi (Community) en Riri, Ben 'Jean Ralphio' Schwartz en Fifi, Bobby Moynihan (membre actuel du Saturday Night Live) en Loulou ou encore Beck Bennett (autre membre du SNL) en Flagada Jones. 

La Bande à Picsou (2017) : Affiche

Affiche du reboot de la série.

Un événement plutôt attendu en raison de la qualité de la série et du potentiel d'un retour, La bande à Picsou étant globalement constitué d'épisodes individuels, quand bien même certains sont en plusieurs parties. Si votre cher Borat vous parle de cette série aujourd'hui, c'est surtout pour évoquer plus longuement le pilote. Pour rappel, le pilote est le premier épisode d'une série et celui de La bande à Picsou est particulier car il compte cinq parties. Soit 1h40 tout de même, à raison d'épisodes de vingt minutes. Au final, c'est un épisode aussi long que Le trésor de la lampe perdue (1990) qui sert de conclusion à la série d'origine. Comme ce fut le cas de la plupart des épisodes (même si des efforts seront faits à partir de la seconde saison), la diffusion française de la série fut pour le moins chaotique, l'ordre des épisodes étant totalement modifié. Ainsi, les trois premiers épisodes ont été diffusé après vingt-trois autres et les deux derniers en 29ème et 30ème places (!). Impossible à suivre en temps réel, il arrivait que les épisodes en plusieurs parties étaient rassemblés le temps d'une diffusion ou de sorties vidéos. Ce fut le cas de Treasure of the golden suns (1987) que votre cher Borat avait pu découvrir enfant, avant de revoir l'ensemble il y a quelques années (les joies d'internet).

La Bande à Picsou : Photo

Ces épisodes permettent de bien poser les bases de la série en présentant les personnages déjà connus comme les nouveaux. Parmi ces derniers, la petite cane Zaza et sa grand-mère Mamie Baba; et l'aviateur barjo Flagada Jones. Avec Picsou et ses neveux, ils font partie du corpus de personnages principaux de la série et les trois premiers épisodes serviront à introduire tout ce petit monde. Les neveux sont emmenés chez Picsou par un Donald parti sur un porte-avion. Mamie Baba et sa petite-fille arrivent suite à une demande de nounou pour s'occuper des neveux, histoire de seconder le majordome Arsène. Flagada est employé par Picsou comme aviateur privé. Quant aux premiers ennemis sur la route de Picsou, ils nous sont bien connus puisqu'il s'agit des Rapetou et de Gripsou. Toutefois, le méchant de cette épopée n'est pas vraiment ces cinq filous, mais un homme nommé El Capitan à la recherche de la Vallée des soleils d'or. Ravivé par les événements du premier épisode (les Rapetou essayent de lui voler une partie de la carte présente dans un de ses bateaux), le plus riche des canards se met alors en chasse, naviguant d'un endroit à l'autre (destinations sud-américaines comme glacées). 

Treasure of the golden sun

Jaquette d'un laserdisc japonais.

Les scénaristes se sont amusés dans le traitement des personnages, puisque l'ami Picsou devient de plus en plus fanatique de l'or jusqu'à atteindre son paroxysme dans le dernier épisode. D'ailleurs les petits ne sont pas loin de le rejoindre dans sa folie furieuse. L'or rend fou et perd ceux qui essayent de le garder pour eux. Quasiment tous les personnages ayant un bout de la carte ou en possession de trésor sont fous d'or jusqu'à provoquer leur propre perte. Il n'y a qu'à voir les villageois qui se rebellent d'un pseudo conquistador se prenant pour un dieu à cause de sa pièce d'or; ou encore El Capitan dont la soif finit par être ridicule. Il n'y a qu'un pas pour que Picsou le rejoigne dans sa bêtise. Ce que réussit à faire Treasure of the golden suns est de donner envie de regarder la série, mais surtout raviver le sens de l'aventure des récits de Picsou. Ce qui rappelle à votre interlocuteur le temps où il lisait Picsou Magazine ou Mickey Parade où se cotoyaient récits italiens et Don Rosa. Le bon vieux temps...