Non votre cher Borat n'était pas en stand by ces derniers jours, au point d'être absent de la blogosphère depuis le début de la semaine dernière. On peut même dire qu'il s'est fait plaisir entretemps, naviguant de salle en salle, à pied ou en voiture, dans le froid ou sous la pluie, dans la gadoue ou la neige solide. Comme l'an dernier, votre cher Borat est parti dans les Vosges pour la nouvelle édition du Festival de Gérardmer. A deux différences prêtes: accrédité en tant que blogueur pour le blog que vous lisez actuellement (on ne fait pas dans la fraude ici -NDB) et présent les quatre jours de la manifestation (bon cinq avec l'arrivée). J'en remercie bien évidemment le Festival et son service de communication pour l'accréditation qui m'a été donné. Mettons les choses au clair: je n'ai interviewé personne, n'ai pas vu les trois quarts des personnalités présentes (même si ce fut le cas de certaines), je ne pourrais donc pas vous dire si Audrey Fleurot est aussi belle en vrai que sur grand écran (ce qui est vrai à 99%), ni si Jean Paul Rouve portait bien la barbe. J'ai vu des films et uniquement des films (je suis même tombé sur Bouge! sur W9, ce qui devrait ravir les fans d'Ophelie Winter), car un festival de cinéma c'est surtout ça. Il a fallu faire des choix dans la programmation assez gargantuesque (celui qui dit avoir tout vu doit avoir un très bon sommeil) et certains films ne pouvaient être vu dans les temps impartis. Pensées donc pour Prevenge (Alice Lowe, 2016), On l'appelle Jeeg Robot (Gabriele Mainetti, 2016), Real (Kiyoshi Kurosawa, 2013) ou Seuls (David Moreau, 2017) qui n'avait qu'une séance exceptionnelle (dont les places se sont vite envolées). 

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Vu que nous en sommes encore au présentation de cette première cuvée consacrée au festival, autant commencer par les petites anecdotes. Votre cher Borat a assisté jeudi après-midi à une drôle de séance photo. Il est environ 16h30, il fait plutôt correct devant le Grand Hôtel, puis j'observe un photographe amateur juste devant une des nombreuses barrières. Son but était certainement de prendre des photos du jury ou d'invités sortant de l'hôtel. Il se trouve qu'il a surtout photographier au moins une trentaine de fois l'entrée avec des gens lambdas et des voitures. Pour la paparazzade, ce n'est pas terrible terrible ("Chérie! J'ai fait 500 photos aujourd'hui! -Il y a des célébrités dessus? -Non juste l'entrée de l'hôtel."). Pour ce qui fut de la météo, il a surtout fait froid, le soleil a parfois bien aidé et il a surtout plu dimanche matin (contre les deux jours la dernière fois). Les commerçants se sont encore une fois faits plaisir avec des vitrines aussi glauques que sympathiques. En voici un petit florilège.

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Ceci est une pharmacie.

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Les animaux font de drôles de choses ici.

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Un trou dans la programation de samedi m'a laissé le temps d'aller voir l'exposition Pulsions intérieures à l'Espace Lac. Un peu de tout avec du cyberpunk, des vanités qui plairaient bien à Guillermo del Toro, une sorte de poulpe féminin semblant sortir des nouvelles de Lovecraft, le Predator... Là aussi il y avait de belles choses à voir comme le montre ces photos.

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Le festival fut également l'occasion de rencontrer quelques uns de mes followers en chair et en os, ce qui permis de discuter des films vus mais aussi parfois d'assister à une projection ensemble. Mercredi fut un moment de repérages et de promenade, permettant d'immortaliser le lac gêlé dont certains se sont faits un plaisir de le voir de plus prêt. Quelques photos avant de passer aux choses sérieuses. (Attention spoilers)

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Jour 1 : Celui qu'on retient

Forbidden Room

Pour le premier jour, votre cher Borat a décidé de consacrer la plupart de sa journée à la rétrospective consacrée à Kiyoshi Kurosawa. Toutefois, il a pris soin d'aller voir des films qu'il ne risquerait pas de croiser à sa sacro-sainte médiathèque, véritable mine d'or pour l'amateur de cinéma asiatique. Au revoir donc Real, Séance (2000), Retribution (2006) et Vers l'autre rive (2015), d'autant que certains étaient diffusés quasiment en même temps entre la MCL et le Paradiso sur cette seule journée. Peu pratique pour ceux qui désirent voir les films sur deux jours par exemple. Par ailleurs, notons que les copies des films vus étaient en très mauvais état, pleines de rayures ou de points. La première fois que votre cher Borat a entendu parler de Kaïro (2000), ce fut par le biais de son remake. Souvenez-vous, on en avait brièvement parler dans le passage sur Cursed (2005) lors de la rétrospective de Wes Craven. Un film qu'il devait réaliser avant que les Weinstein ne lui refourgue l'autre casserole. Finalement ils ont produit le remake à peu de frais avec Jim Sonzero à la réalisation et Kristen Bell en rôle principal. Heureusement à peu près tout le monde a oublié ce film pour privilégier un peu plus l'original. D'autant qu'au vue d'extraits, Pulse reprend le même déroulement que le film de Kurosawa, mais aussi des scènes à l'identique (le fantôme qui danse, la pendaison ouvrant le film, l'amie qui s'évapore littéralement). Sur ce terrain là, on peut même dire que The Ring (Gore Verbinski, 2002) paraît bien plus inspiré alors qu'il reprend lui aussi peu ou prou la même histoire que Ring (Hideo Nakata, 1998). 

En parlant de ce film, Kaïro peut se voir comme un ersatz du film de Nakata, ce qui peut être une critique comme pas du tout. Kaïro se révèle plus efficace que Ring, notamment parce que Kurosawa voit plus large dans son concept. Il ne se repose pas sur le support matériel destructeur contrairement à Nakata. La disquette est peut être un point de départ, mais les fantômes vont plus loin encore: ils s'infiltrent dans internet, la télévision, au point de passer plus rapidement dans le monde des vivants. Le ressort technologique n'est qu'un véhicule pour les fantômes et la base de leur invasion, là où Sadako repose entièrement sur la fascination autour de la vhs maudite. Contrairement au film de Nakata ressemblant plus à un film d'enquête, les héros ne cherchent jamais à trouver l'origine du problème. Ils essayent de survivre en restant unis. A travers ce film d'horreur, Kurosawa s'offre une parabole sur la solitude, la plupart des personnages essayant de s'en sortir souvent en vain, rattrapés par les fantômes du passé ou des fantômes tout aussi seuls et avides de trouver d'autres personnes seules. Un cercle vicieux où la solitude se nourrit de la solitude, au point de donner lieu à un Japon qui s'évapore dans les murs. Les héros essayeront de se sauver, mais même ceux avec des amis finiront par partir. 

Kairo

Kaïro est un film terriblement pessimiste, ne laissant quasiment aucun échappatoire à ses personnages principaux. Certains meurent dans des conditions tragiques au possible (suicide par saut dans le vide ou par balle dans la tête ne sont que des exemples). A cela, on notera des apparitions fantômatiques différentes et tout aussi angoissantes. La première est celle présentée ci-dessus avec ce fantôme se déplaçant de manière dérangeante en quasi-plan-séquence. Le second principal fantôme n'est pas sans rappeler le futur Slender man, créature inventée par le web et connue pour avoir été à l'origine d'un fait divers (des jeunes ont tenté de tuer leur camarade en se disant sous les ordres de la créature). La référence envers le film est bel et bien possible. Kurosawa continue l'allusion au web en le faisant se déplacer par des bugs informatiques, rendant sa position impossible à deviner. Kaïro s'impose comme un film glaçant, angoissant et plus représentatif de notre société que Ring. Revenons en arrière avec Charisma (1999). Pas du tout le même registre et le fantastique est même assez rare dans le film. Kurosawa signe ici un film plus intimiste, prenant plus de temps à se mettre en place, au point de n'être pas très clair dans ses intentions au départ. Mais plus le film avance, plus il devient intéressant et lisible. 

charisma

On ne comprend pas au départ l'intérêt du réalisateur de déplacer son personnage principal (Koji Yakusho) hors de la ville. Kurosawa prend son temps, montre les différents personnages gravitant dans le coin (des petites frappes essayant de couper un arbre, le jeune homme essayant de le protéger et une botaniste et sa soeur) et montre un héros qui se retrouve à travers une situation qu'il semble seul à maîtriser. L'affaire qui l'amène et celle qui a lieu semblent directement liées. Dans les deux cas, il s'agit d'histoires où les deux camps ne peuvent être raisonner, où il n'y a pas de solution valable. Dans le premier cas, l'inspecteur n'a pu sauver un député d'un forcené. Dans le second cas, il ne peut sauver le charisma (arbre qui a tendance à détruire l'écosystème autour de lui) de l'acharnement de chacun. Toutefois et c'est là que le fantastique prend le pas, l'arbre se reforme à travers un autre visuel et libère des sortes de spores. Kurosawa reste assez mystérieux sur ces effets, s'y intéressant finalement peu alors qu'ils montrent en filigramme des militaires par des flashs. Le dernier plan sera l'occasion de voir le chaos généré par cette sorte de possession. Le charisma a réussi sa vengeance: il a déclenché un chaos autour de lui à travers la violence qu'on lui a donné. On remarque que tous les personnages courent à leurs pertes, en dehors de l'inspecteur.

CHARISMA 1

La soeur de la botaniste (Yoriko Douguchi) a été tué, l'homme d'affaire s'est fait tiré dessus; et les hommes de main se sont perdus dans la forêt et meurent à cause de champignons vénéneux. Même le petit protégé de l'inspecteur (Hiroyuki Ikeuchi) finira par se perdre en chemin. Seul l'inspecteur finira par retrouver sa voie et part faire son travail une fois ressourcé. Après l'intimiste, restons dans la campagne japonaise avec Loft (2005). Avant Le secret de la chambre noire (2016) samedi, Kurosawa offrait déjà une sorte de ratage au festival. Pas que Loft soit totalement mauvais, mais son récit est assez mal écrit et s'éloigne des possibilités qu'il peut exploiter. A l'image de cette momie finalement peu intéressante pour le réalisateur et qui ne sert pas vraiment le récit, puisque l'archéologue (Etsushi Toyokawa) n'est pas hanté par la momie mais par la femme qu'il a tué. De même, le fait que l'écrivaine (Miki Nakatani) crache de la boue est vite expédié. Celui qui pense à une réincarnation de la momie à la place de l'héroïne peut se mordre les doigts. A cela se rajoute la structure même du récit. Le film peine à commencer, le milieu réussit à être un minimum intéressant, quand la fin accumule tellement les rebondissements foireux qu'elle en devient lassante et ridicule. A cela se rajoute que Miki Nakatani est mauvaise et que Kurosawa joue beaucoup trop sur les jump-scares

LOFT 

Il aurait peut être mieux valu aller voir autre chose. Passons maintenant à la très bonne surprise du jour et premier film vu de la compétition. Cela fait presque neuf ans que je n'avais pas été voir un film de M Night Shyamalan au cinéma (Phénomènes fut même rappelons-le le premier film sur lequel j'ai écrit sur Allociné). J'avais vu par la suite The last airbender (2010) et After Earth (2013) à la télévision, ce qui était déjà trop d'honneur. Il faut dire aussi que Shyamalan n'a jamais été ma tasse de thé et la structure de ses films allant vers un twist de fin ne m'a jamais convaincu. Or, Incassable (2000) n'en a pas vraiment et sans être l'immense référence que certains évoquent, il s'impose comme un film cohérent sur le thème du super-héros et de sa nemesis. Split ne joue pas non plus sur un twist alambiqué, changeant radicalement la vision du film. Le principal argument de suspense (est-ce que Kevin a une 24ème personnalité?) est distillé au fur et à mesure du récit. On ne peut donc pas parler de twist puisque Shyamalan prépare son spectateur largement en amont. Revenant à quelque chose de moins cher et plus petit chez Jason Blum (il lui devait son retour sur le devant de la scène avec The visit), le réalisateur signe un film efficace jouant avec un décor proche du labyrinthe. Shyamalan s'amuse d'autant plus du lieu qu'il n'est jamais précisé avant la fin du film.

Split 

Dans le même registre, Shyamalan met largement en avant le personnage d'Anya Taylor Joy par rapport aux deux filles à cause de son côté unique par rapport à elles. Les flashbacks peuvent apparaître comme un procédé vu et revu, mais Shyamalan utilise le principe avec logique. Des faits glauques sont évoqués et permettent de mieux comprendre l'isolement du personnage. Le
réalisateur va même plus loin en laissant son destin en suspens, quittant un ogre pour un autre. Un an après la présentation de
The Witch (Robert Eggers, 2015) au festival, la jeune actrice confirme tous les espoirs mis sur elle avec un nouveau rôle fort. Pour le reste, on ne voit pas toutes les personnalités de Kevin (environ six à l'écran), mais James McAvoy fait un travail remarquable. L'acteur porte les différentes personnalités de Kevin, sachant autant provoquer l'effroi que le rire carnassier. Sans lui, le film y perdrait énormément, à moins de trouver un acteur capable d'aller aussi loin dans la performance. Par contre, la séquence post-générique intensifiée par la musique n'a finalement rien à faire là. Cela sent le teasing pour évoquer une possible attente autour d'une suite d'un film du réalisateur. Ce n'était peut être pas le bon endroit pour faire cela. Le film sortira le 22 février au cinéma.


Jour 2 : Amour numéro 2

David Lynch: The Art Life : Photo David Lynch

La seconde journée commença tôt le matin en compagnie d'un des réalisateurs américains les plus bizarres de son époque. A l'heure où il s'apprête à sortir de sa retraite cinématographique (et en soi télévisuelle), le réalisateur Jon Nguyen boucle une trilogie documentaire consacrée à David Lynch (il avait déjà réalisé Behind the scenes sur Inland Empire et The interview project) en compagnie de Rick Barnes et Olivia Neergaard Holm. Le sous-titre du film The art life est une expression du réalisateur consistant à tourner sa vie autour de l'art et qui lui est survenu lors de ses jeunes années. Là où beaucoup pourraient penser qu'il ne s'agit que de cinéma, ce documentaire est là pour réparer l'affront. Oubliez les films post-Eraserhead  (qui est d'ailleurs à peine évoqué), ce n'est pas le sujet du trio sur ce film. A la rigueur on peut voir des essais ou des extraits de courts-métrages, mais le 7ème art n'est pas au centre du film, ni même le sujet. Lynch y dévoile son enfance, sa vie personnelle (ses premiers amours, sa fille Jennifer), sa découverte de l'art et donc de la peinture et de la sculpture. Une partie de son art que l'on connaît peu ou pas assez et dont ce documentaire permet de voir à travers le prisme du cinéma.

David Lynch: The Art Life : Photo David Lynch

Un art tout aussi étrange que celui qu'il véhicule au cinéma, où l'artiste utilise des matières déjà utilisées, les assemble, les dégrade...D'autant que Nguyen semble avoir nouer une véritable relation de confiance avec Lynch, permettant d'entrer dans son intimité. Il montre alors l'artiste en pleine réalisation de peintures ou sculptures, chose qui n'est pas sans rappeler le travail d'Henri Georges Clouzot avec Pablo Picasso (Le mystère Picasso, 1955). Nguyen y rajoute même un petit côté attendrissant en montrant l'artiste en compagnie de sa plus jeune fille, les deux s'amusant tout autant avec un pinceau. De quoi faire attendre le fan de David Lynch avant de le retrouver en mai prochain en forme si possible (sortie du film le 15 février).  Fallin, fallin... Après Split, continuons dans la compétition avec Rupture (Steven Shainberg, 2016). Difficile de parler de Rupture sans passer par les spoilers. Puisque vous êtes prévenus depuis le milieu de cette cuvée, autant y aller franco. Le film a ou semble avoir deux références majeures. La première est Martyrs (Pascal Laugier, 2008) pour les recherches qu'effectuent ces différentes personnes autour de l'héroïne (Noomi Rapace). Une quête qui dure sur les trois quarts du film comme le film de Laugier avant une révélation devenant de plus en plus évidente. Si le réalisateur ne va pas jusqu'au torture porn, il y a tout de même la quête de vouloir faire assimiler la peur dans le corps humain à travers la peur elle-même.

Rupture : Photo Noomi Rapace

Ce qui peut passer par les araignées, les serpents, l'eau... Une forme de torture en fin de compte, même si cela ne va pas jusqu'au tabassage ou au corps écorché vif. Une fois la quête révélée, on en vient à la seconde référence, la saga des Body Snatchers plus connue en France sous le nom des Profanateurs de sépultures (1956-2007). Même si le traitement est différent et amené d'une autre manière, le principe est identique: faire de leur espèce évoluée la seule et unique et éradiquer l'espèce humaine. Pas de souche ici, mais un changement de morphologie suite à l'assimilation de la peur. Une trame intéressante qui a le mérite de sortir un peu du lot. En résultes, un film intéressant sans être extraordinaire. En revanche, le film a un immense défaut: ses CGI. Il y a peu de séquences qui en ont besoin, mais rien que le morphing est d'une laideur à toute épreuve. On dirait que les effets ont été fait à la va vite ou pas fini. C'est peut être même la raison de sa non-présence au PIFFF en décembre dernier. Dommage car cela gâche des plans importants du film. Sortons de la compétition à nouveau avec le franco-américain Sam was here (Christophe Deroo, 2016) vu en compagnie d'une de mes followeuses. Certainement le film le plus énigmatique du festival, peut être un peu trop à notre goût. Beaucoup d'éléments laissés en suspens, sans avoir une réelle signification ou un réel élément d'explication.

Sam Was Here : Affiche

Qui est Eddy, le fameux animateur de radio (Sigrid La Chapelle) ? Visiblement un être vu de dos à la gestuelle tordue et alimentant son émission par des extraits de VHS (ce qui ne nous rajeunit pas). Son étrangeté n'est pas sans rappeler l'univers de Silent Hill au passage (remember les infirmières). Quelle est cette lumière rouge que l'on voit continuellement au cours du film? Un élément qui pourrait faire tomber le film dans un délire à la Black Mirror (2011-), où l'on attend sans cesse un retournement de situation glauque qui n'arrive finalement jamais. Sam (Rusty Joiner) est-il une victime ou ce que le réalisateur nous montre est faux et il s'agit bien d'un meurtrier? Même si le personnage se défend comme il peut et que le réalisateur insiste beaucoup sur ses débordements sanguinolents (ralentis inclus), on ne peut pas vraiment parler de meurtrier. Pourquoi ces masques? Un moyen de punir sans que cela ne se remarque? On peut rajouter que Sam ne voit personne, mais est toujours au bon endroit ou qu'il appelle sa femme qui ne sait pas qui il est. Est-ce que le désert est une sorte de purgatoire au même titre que la fausse-vie de Jacob dans L'échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1990) ? Le film est tellement mystérieux qu'on a bien du mal à en sortir avec les idées claires. Il n'en reste pas moins un film intéressant, qu'on aurait même voulu voir plus long pour un peu plus d'explications (déjà que Deroo a étiré un de ses courts-métrages). 

sam

La musique de Christine n'est pas sans rappeler Kavinsky notamment son titre Nightcall (2010), capable d'ambiancer des plans du désert avec un côté opressant bienvenu. La réalisation est plutôt efficace, prouvant que les réalisateurs français sont capables de faire de belles choses dans l'horreur et le fantastique même avec un budget réduit. Malheureusement il y a les trois quarts du temps la contrainte de partir à l'étranger et de les tourner en anglais pour une meilleure visibilité. Ce qui s'est confirmé: avant même sa présentation à Gérardmer, Sam was here a eu droit à une sortie technique le 4 janvier dernier. Dommage car cela ne rend pas justice à un effort plus que sympathique. Enfin terminons cette cuvée par le premier gros choc de la compétition. André Ovredal s'était vu propulsé sur le devant de la scène par un found footage de sinistre mémoire (Troll Hunter, 2010), avant un passage très court aux USA fait de projets inachevés et de courts-métrages discrets. Le voilà revenu avec ce que votre cher Borat a vu de mieux de cette édition 2017. The autopsy of Jane Doe (2016) est une véritable montagne russe qui commence de manière rock'n rollesque (avec humour grinçant à l'appui) et se transforme petit à petit en morgue hantée. Ovredal fait même mieux: économie de temps (une nuit) et de lieu (une morgue en dehors de la scène de crime ouvrant le film), ce qui permet un budget économisé au maximum pour les acteurs (Emile Hirsch et Brian Cox tout de même) et des effets-spéciaux de qualité.

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En soi, le réalisateur l'avait déjà fait sur son précédent long: forêt, acteurs inconnus, found footage et juste quelques créatures à rajouter dans le champ. A la différence que cette fois, Ovredal réalise quelque chose d'intéressant et sa réalisation bien plus stable (le found footage ou l'art de secouer une caméra pour faire croire à du mouvement) et maîtrisée. Il n'y a qu'à voir l'utilisation optimale du cadavre (Olwen Kelly), véritable personnage à lui tout seul alors qu'il ne fait rien à proprement parler. Ce n'est qu'une silhouette sur une table d'opération. Pourtant, de ce cadavre, Ovredal en fait une réussite graphique impeccable qu'on ouvre, dégomme, referme, flambe... Un peu comme Grave (Julia Ducournau, 2016) dont on reparlera la semaine prochaine, il faut avoir les nerfs bien accrochés pour admirer ce spectacle macabre et ne faisant pas dans la dentelle. En même temps, qui dit autopsie dit corps et le but est de trouver les causes de la mort d'une personne, ce qui revient à aller voir absolument partout. Ovredal se fait alors un plaisir de montrer des côtes, de la peau, des os brisés, de la cervelle (rappelant à certains une séquence phare de Saw 3 en nettement plus subtile), des organes... Cela pourrait être vulgaire si ce n'était pas raccord au métier de nos héros (des médecins légistes père et fils).

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Ainsi le réalisateur peut s'aider de ce statut pour livrer un film glauque et crade, mais légitime dans ce qu'il expose. Pour que le film fonctionne si bien, il fallait bien deux acteurs capables de tenir la chandèle du spectateur durant 1h26. Si Brian Cox n'a plus rien à prouver, Emile Hirsch nous avait bien manqué en rôle principal depuis un petit moment. Le revoir en forme et avec un bon rôle était la meilleure chose qui puisse arriver. Un prix du jury jeune plus que méritant. Allez à la semaine prochaine!