En cette semaine où les couples se ruent sur La la land (Damien Chazelle, 2016) ou 50 nuances plus sombres (James Foley, 2017), la Cave de Borat aurait pu faire une énième cuvée pour la Saint Valentin. La troisième en fait pour couronner les quatre ans de cette divine Cave que vous aimez tant suivre. Votre cher Borat y a pensé pendant quelques temps, comme une cuvée se basant sur des clips racontant diverses histoires d'amour ou étapes de romance. Le problème est que la variété de clips évoquant cela se compte par milliers et d'ici que votre cher Borat trouve une conclusion à tout cela, il aurait eu mal à la tête. Votre interlocuteur a finalement décidé de laisser sa chance au jour suivant et aux sorties de la semaine. On connaît ses films mais rarement son nom. Un réalisateur de poids à Hollywood alignant un peu plus de 3 milliards de recettes sur dix films. Si je vous dis Gore Verbinski certains lèveront la main, si je dis Pirates des Caraïbes tout le monde lève le doigt. Cette cuvée sera donc consacrée à ce réalisateur bien mal connu du grand public, parfois évoqué comme un tâcheron par ses détracteurs. Faisons lui honneur d'une manière un peu particulière. Gore Verbinski est un réalisateur qui a toujours fait des films de studio, certains plus modestes que d'autres. 

Si l'on excepte la Fox et Regency pour A cure for wellness (solution de secours après la mort du projet "Bioshock" ?), chaque studio impliqué dans ses films le sont pour une raison. C'est pour cela que cette cuvée rétrospective sera composée de parties concernant à chaque fois un studio. Ready? Go! (attention spoilers)

  • Les années Dreamworks (1997-2002) : Le temps des expérimentations

gore verbinski

Gore Verbinski avec Nathan Lane et Lee Evans sur le tournage de La souris.

En 1994, Steven Spielberg, Jeffrey Katzemberg et David Geffen fondent Dreamworks SKG. Un nouveau studio de cinéma avec quatre sections bien distinctes. La première est consacrée aux films live action, Spielberg en fera une sorte de sous Amblin qui n'aura jamais l'impact auprès de ses fans à cause d'un manque de direction claire. La plupart de ses films depuis 1997 sont produits en grande partie par Dreamworks. La seconde consacrée aux films d'animation permet à Katzemberg de quitter Disney sur un dernier succès (Le Roi Lion, Minkoff, Allers, 1994) et de faire renaître en quelques sortes le rêve de Spielby de faire un studio d'animation (Amblin Animation a fermé ses portes en 1995). La troisième revient à la musique jusqu'à 2005. Il y avait également une section pour les jeux-vidéo qui a été englouti par Electronic Arts en 2000 et à l'origine de la franchise Medal of Honor (1999-2012). Après une carrière dans le clip-vidéo, Gore Verbinski hérite du troisième film produit par le studio après Le pacificateur (Mimi Leder, 1997) et Amistad (Spielberg, 1997). La souris n'est pas un gros budget (38 millions de dollars) et n'a pas de gros casting (Nathan Lane est surtout connu pour être la voix de Timon dans Le Roi Lion, Christopher Walken est avant tout un guest), mais en sortant pour les fêtes de Noël 1997, il s'offre un joli succès (un peu plus de 120 millions de dollars).

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Verbinski signe un premier film et succès lui ouvrant la voie d'une carrière en devenir. La souris a un pitch assez simple: deux frères (Lane et Lee Evans) héritent d'une maison à la mort de leur père (William Hickey) et se mettent à chasser la souris qui y réside. Verbinski compte bien exploser ce pitch à la dynamite en réalisant une sorte d'adaptation déguisée du cartoon Tom et Jerry. Jerry est toujours une souris, le chat est représenté par les deux frères, mais aussi un véritable chat (ce qui confirme la filiation) et même un dératiseur (Walken). Dès les premières minutes, le réalisateur assume parfaitement le côté cartoonesque du film en balançant le corps du père dans les égoûts de la manière la plus gaguesque possible. Dès que les héros seront dans la maison, leur relation avec la souris sera tellement nausive que la souris commencera à prendre goût à leur faire mal. Il n'y a qu'à voir le traitement fait au pauvre Christopher Walken qui visiblement a continué hors champ. Comparé à d'autres films avec des animaux, La souris ne joue pas sur l'anthropomorphisme avec l'animal en titre, ne cherchant pas non plus à la faire parler par voix-off ou avec la voix d'un acteur connu. La souris reste un animal, ce qui n'empêche pas Verbinski d'en faire un véritable personnage qui réfléchie et utilise sa malice pour contrer ses adversaires. La souris finit même par devenir plus attachante que les frères grâce au traitement qu'en fait le réalisateur. La souris lutte et c'est bien pour cela qu'on l'aime bien.

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Les héros veulent la déloger mais en soi ils ne savent même pas pourquoi ils le font. Comme le confirme le final, les trois peuvent cohabiter, c'est juste que les frères en font une fixette délirante et courent finalement à leur propre perte. De même, les deux frères ne se font plus confiance depuis bien longtemps, mais semblent se rapprocher quand ils traquent le rongeur. Le générique prévient assez rapidement : si la fabrique commence à sentir le roucis c'est aussi à cause de ces fils qui ne se sont pas impliqué assez tôt, au point de ne pas avoir senti le vent tourner. A deux ils sont meilleurs le tout sous le regard de leur père. A plusieurs reprises, on peut remarquer des plans montrant le portrait du paternel. Verbinski s'amuse alors à transformer plus d'une fois le tableau avec une expression différente. Choqué quand il voit son fils (Evans) coucher avec son arriviste de femme (Vicki Lewis), ce qui pourrait être la réaction du jeune public (le film est PG) face à une scène un peu trop gourmande. Sévère quand il voit ses idiots de fils fuir leurs responsabilités. Lever les yeux au ciel pour regarder la souris postée sur le tableau. Enfin, heureux quand il voit ses fils s'en sortir. Finalement, La souris peut se voir comme un conte moral, en plus d'une comédie délirante où la voie de la raison se présente sous le profil d'un petit animal. 

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Je crois qu'il est désespéré.

Ce film permet également de voir un aspect qui reviendra beaucoup dans la carrière du réalisateur: la relation de confiance avec ses collaborateurs. Phedon Papemichael sera son premier chef opérateur et ce dernier le suivra par la suite sur The Weather man (2005), soit deux films tournés en hiver. De même pour Alan Silvestri également compositeur de son film suivant Le Mexicain (2001) et qui a bien failli signer le premier Pirates des Caraïbes si Jerry Bruckeimer n'avait pas imposé Hans Zimmer. Par la suite, cette confiance s'est élargi à différentes personnes: Johnny Depp en tant qu'acteur (aussi bien sur les Pirates des Caraïbes que Rango et The Lone ranger); le producteur Jerry Bruckeimer (la trilogie Pirates des Caraïbes, The Lone ranger); les chefs opérateurs Dariusz Wolski (Le Mexicain, la trilogie Pirates des Caraïbes, quatre films à la photo assez solaire dans l'ensemble) et Bojen Bazelli (The Ring, The Lone ranger et A cure of wellness, soit des films à la photo très sombre); et les compositeurs Klaus Badelt (sur La malédiction du Black Pearl et La machine à explorer le temps qu'il a coréalisé), Hans Zimmer (depuis The Ring jusqu'à The Lone Ranger) et Benjamin Wallfisch (A cure for wellness). Malgré le succès de La souris, le film suivant de Gore Verbinski ne se fera pas avant 2000.

Le Mexicain : Photo Brad Pitt, Gore Verbinski, Julia Roberts

Gore Verbinski avec Brad Pitt et Julia Roberts sur le tournage du Mexicain.

Une production un peu plus indépendante au départ, vite rattrapé par l'arrivée du duo Julia Roberts / Brad Pitt . L'occasion pour le réalisateur de se frotter à son premier Restricted (le premier sur trois), le film étant graphique quand il fait parler la poudre sans compter le langage. Le Mexicain (2001) n'est clairement pas un grand film, ni un cru génial de Gore Verbinski. On ne s'étonne même pas que certains l'ont oublié ou qu'ils ne savent pas qu'il en est le réalisateur. Toutefois, le réalisateur se permet d'expérimenter sur le récit et certains aspects qui reviendront dans sa filmographie. Ainsi, l'accent est beaucoup mis sur la caractérisation des personnages. Brad Pitt incarne une petite frappe qui a le chic de s'embourber dans diverses catastrophes. Sa compagne jouée par Roberts est assez caractérielle quand le personnage de James Gandolfini se veut plus calme malgré son statut de tueur. Qui plus est gay, ce qui n'était pas très répandu dans une production hollywoodienne à cette époque. Le regretté interprète de Tony Soprano livre d'ailleurs une prestation assez remarquable, visiblement une de ses plus appréciées. Un personnage qui brouille les pistes de par sa sensibilité et permet de berner tout le monde jusqu'au spectateur dans un twist un brin tiré par les cheveux.

Le Mexicain : Photo James Gandolfini, Julia Roberts

Verbinski s'essaye même au récit à Macguffin (récit autour d'un objet que le héros doit trouver), chose qu'il reprendra largement dans les Pirates des Caraïbes (la clé, le coffre de Davy Jones, la carte des mers). Ici, il s'agit d'un pistolet nommé le Mexicain avec une légende que le scénariste JH Wyman modifie constamment selon les individus concernés. Toutefois, si Le Mexicain n'est pas un cru désagréable à regarder, il est beaucoup trop long pour l'intrigue qu'il développe. Une demi-heure en moins n'aurait pas été de trop. Initialement Gore Verbinski n'a rien à voir avec la seconde adaptation cinématographique de La machine à explorer le temps (HG Wells, 1895). En 1999, Steven Spielberg lance le projet et Simon Wells part sur sa première production live-action après plusieurs années passées à Amblin Animation et Dreamworks, trop heureux de rendre hommage à son ancêtre romancier. Le réalisateur perd petit à petit pied durant le tournage et Spielberg est le premier à l'aider. Cela ira jusqu'au malaise que le réalisateur a qualifié par la suite d'attaque de panique. Toujours aux affaires à Dreamworks (à cette époque, il travaille sur le remake de Ring), Verbinski se voit proposer d'aider Wells dans l'incapacité de reprendre le travail (il s'occupera toutefois de la post-production). 

La Machine à explorer le temps - Time machine : Affiche

Il termine les dix-huit jours de tournage qu'il restait à faire. Il semblerait que ce soit pour des séquences impliquant les morlocks. Verbinski n'est à ce jour toujours pas crédité même comme co-réalisateur. Toutefois il est remercié dans les crédits. Comparé à ce qui est souvent dit autour de cette adaptation (2002), elle n'est pas si catastrophique. C'est un film tout ce qu'il y a de plus correct, loin d'être aussi bon que le film de George Pal (1960) mais avec un charme qui s'en dégage. Il a toutefois un peu pris sur certains plans, quelques fonds verts ou cgi n'aidant pas (à l'image des morlocks à quatre pattes que l'on filme de traviole pour ne pas montrer la laideur des effets spéciaux). Le contexte est totalement différent de l'oeuvre originale ou du film de Pal. Ici, l'inventeur (Guy Pearce) s'active à finir sa machine par desespoir. Il s'agit dans un premier temps d'une manière d'éviter la mort de celle qu'il aime (Sienna Guillory). C'est peut être là où le réalisateur va peut être un peu trop vite en passant très rapidement de la romance à la science-fiction futuriste pure. Le héros n'effectue qu'un essai pour la sauver et à nouveau cela ne fonctionne pas, donc il part pour le futur. Une décision qui paraît un peu improbable d'autant que sa machine fonctionne. Il peut donc essayer plusieurs fois sans problème.

 La Machine à explorer le temps - Time machine : Photo Guy Pearce

Une fois dans le futur, le film devient un peu plus intéressant. Wells dévoile un univers finalement assez crédible et là aussi prenant le pas sur l'adaptation initiale. Si le contexte en 802 701 est quasiment identique, ce qui se passe avant est assez différent du film de George Pal. Le premier film se rapprochait plus de son époque, évoquant la Seconde Guerre Mondiale et une possible guerre nucléaire. Ici Wells mise davantage sur une exploration spatiale qui a mal tourné (la Lune a fini par se désagréger et à se découper en plusieurs morceaux à cause de cités terriennes sur le satellite). Pas plus mal car montre que l'Homme reproduit parfois ses erreurs ailleurs et qu'en faisant cela il court à sa propre perte. Quant à l'inventeur, son temps n'est plus au passé mais au présent et son présent est désormais en l'an 802 701. Donc contrairement à la version avec Rod Taylor ou même au livre, l'inventeur ne reviendra pas au point de départ, vivant pleinement son aventure. Un point de vue pour le moins intéressant et assez logique compte tenu du passif du personnage. Je ne ferais pas de réel commentaire sur The Ring (2002), puisque votre cher Borat en reparlera dans une possible cuvée sur la saga Ring (1998-). Il n'en reste pas moins deux choses essentielles le concernant.

gore ring

Gore Verbinski avec Martin Henderson et Naomi Watts sur le tournage de The Ring.

La première est qu'il s'agit d'un remake réussi où le réalisateur reprend toute l'intrigue du film d'Hideo Nakata (1998), tout en laissant place à sa personnalité. La photo est froide au possible, la vidéo qui sert de leitmotiv au film est bien plus glauque que l'originale et la mythologie autour de Samara / Sadako est un peu changée. La seconde est que The Ring est un véritable billet de sortie pour Gore Verbinski. Partir de Dreamworks avec un énième succès (ses trois films solo ont tous dépassé les 100 millions de dollars de recettes) lui permet de s'embarquer vers des horizons bien plus sensationnelles et confirme son statut de réalisateur à suivre.

  • Les années Paramount (2005-2011) : Le temps de l'intimisme

The Weather Man : Photo Gore Verbinski, Nicolas Cage

Gore Verbinski avec Nicolas Cage sur le plateau de The Weather man.

Entre deux blockbusters chez Disney (La malédiction du Black Pearl, puis le dyptique qui lui sert de suite), Gore Verbinski prend le parfait contrepied en revenant à quelque chose de plus intimiste. Curieusement, il ne revient pas chez Dreamworks. Il faut dire que le studio a commencé à perdre de la vitesse après son départ, manquant d'une réelle identité propre et se contentant souvent de coproductions avec d'autres studios. The Weather Man (2005) sort d'ailleurs la même année où Paramount rachète le studio. Cette même Paramount qui produit ce film au budget incroyablement modeste (22 millions de dollars), le plus bas du réalisateur par la même occasion. De même, il s'agira du premier flop de Verbinski avec un peu plus de 19 millions de dollars de recettes. Malgré l'aura que Verbinski a acquis sur ses premiers films, le film ne se vend pas sur son nom mais plutôt sur celui de son acteur principal. Il n'est jamais fait mention par exemple d'un "par le réalisateur de Pirates des Caraïbes" sur l'affiche du film. La place est laissée à Nicolas Cage encore porteur d'un certain star power, loin des films arrivant en vod ou en dtv. The Weather man confirme surtout une chose essentielle avec cet acteur: il n'est jamais meilleur que quand il va vers des petits budgets et des films plus intimistes. C'est comme cela qu'il a eu l'Oscar avec Leaving Las Vegas (Mike Figgis, 1995) et The Weather man est aussi un beau cas d'école. 

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Verbinski lui offre sur un plateau d'argent ce rôle d'homme dépassé par un quotidien catastrophique. Présentateur météo dont on balance toutes sortes de nourriture à cause de prévisions potentiellement ratées. Divorcé et incapable de rétablir un semblant de relation de confiance avec son ex-femme (Hope Davis). Un père qui ne comprend pas vraiment ses enfants, mais sait être là pour les soutenir au bon moment (on reconnaîtra Nicholas Hoult, encore loin d'être un warrior). Un enfant en passe de perdre son père (Michael Caine parfait et tout en retenue). Cage est parfait en homme au bout du rouleau et qui est souvent à ça de péter un plomb. Le seul point de contrôle semble être le tir à l'arc, un sport initialement prévu pour sa fille et qu'il pratique régulièrement ensuite. Il n'y a que peu d'acteurs capables de passer du calme le plus glaçant à la folie furieuse en quelques secondes. Verbinski n'a donc pas choisi Cage pour rien et le film en est grandement aidé. Dans son étude du personnage, Verbinski signe un film pas si éloigné du Mexicain, mais en plus réussi. Moins long, mieux géré au niveau du rythme et mieux écrit. On relèvera le recours à la voix-off à la première personne (la seule fois dans sa carrière malgré une utilisation dans ses deux premiers films et Rango), un procédé qu'utilisera la même année Nicolas Cage dans Lord of War (Andrew Niccol, 2005).

The Weather Man : Photo

Après le dyptique Le secret du coffre maudit / Jusqu'au bout du monde (2006-2007), Gore Verbinski laisse place à une longue absence qui se terminera avec la sortie de Rango (2011). Dès 2008, le réalisateur est rattaché à une adaptation du jeu-vidéo Bioshock (2007). Un FPS déjà fort cinématographique mettant en scène le rescapé d'un accident d'avion en 1960. Ce dernier finissait par découvrir la cité Rapture et des secrets qui finiront par le dépasser. Verbinski devait la faire pour Universal pour une sortie en 2010 sur un scénario de John Logan. Il y a eu deux problèmes. Le premier est que le film était potentiellement trop cher pour les recettes qu'il pouvait effectuer. Le second est que Verbinski souhaitait un film Restricted, ce qui ne convenait pas au studio voulant éviter un bide à la Watchmen (Zack Snyder, 2009). Comme beaucoup de projets qui ne s'étaient pas fait chez Universal à la même époque ("Les montagnes hallucinées" de Guillermo del Toro et "La tour sombre" de Ron Howard), "Bioshock" a été annulé huit semaines avant le début du tournage. Verbinski laissera la place de réalisateur à Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard), tout en gardant un oeil de producteur. Universal n'entendra rien et en 2010 le film est définitivement annulé. Quand la première bande-annonce d'A cure for wellness a été diffusé en octobre dernier, beaucoup y ont vu un moyen pour le réalisateur d'exorciser des idées de "Bioshock".

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Bioshock (concept-art film) (3)

Bioshock (concept-art film) (5)

Concept-arts de Kasra Farahani pour le projet "Bioshock".

Une technique qui est arrivé plus d'une fois chez des réalisateurs, permettant parfois d'exorciser des idées (ET est un dérivé du projet "Night skies"). Quand il revient à Paramount juste après cette malheureuse aventure, le réalisateur va à nouveau vers quelque chose de plus intimiste. Certes le budget est plus gros que celui de The Weather man (135 millions de dollars), mais il y a une raison à cela: Gore Verbinski s'attaque à l'animation. Au vue de son passif avec Dreamworks, on aurait pu penser que le réalisateur irait voir les équipes de Katzemberg pour réaliser Rango. Il n'en sera rien puisque le réalisateur fera appel à ILM. La société d'effets-spéciaux crée par George Lucas a moult fois prouvé son apport majeur aux images de synthèse depuis les 80's et Rango permit à la société de réaliser un long-métrage d'animation entier. D'autant plus fort que Rango symbolise avec Wall-e (Andrew Stanton, 2008) un avènement de l'animation photo-réaliste, même si Verbinski garde un style assez cartoonesque hérité de La souris. De même, si le film n'a pas de directeur de la photographie comme souvent dans le cinéma d'animation, il peut se permettre d'avoir Roger Deakins en "cinematography consultant" (poste qu'il avait d'ailleurs aussi sur Wall-e).

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Gore Verbinski lors de la préparation de Rango.

Un chef opérateur qui a pris l'habitude de filmer des décors désertiques (Sicario, Jahread, Coeur de tonnerre), mais aussi des films se jouant du western. On pense à deux films des frères Coen en particulier. No Country for old men (2007), western urbain dont le début se situe dans un désert américain. The Big Lebowski (1998), film jouant d'un discours meta dans son ouverture, dézinguant la figure de héros habituel (le Dude un personnage tout sauf charismatique et qui finit souvent par avoir mal), mais aussi le genre western (la chanson country, le tumbleweed qui défile de plan en plan et un narrateur qui se trouvera être un bon vieux cowboy). Ce qui est le cas également de Rango. Dès les premières minutes, Gore Verbinski joue d'un discours meta assez subtil, que ce soit à travers des références précises du cinéma ou de son acteur principal ou la personnalité même de son héros. Rango est un caméléon qui ne sait pas vraiment qui il est, ce n'est même pas son vrai nom (on peut déjà voir une allusion à Sergio Leone). Mieux il est acteur et tout le long du film, il ne va cesser de jouer un rôle. Celui d'un héros, d'un shérif, d'un pistollero, d'une légende. Son introduction se fait même par le prisme du théâtre (sa scène est sa cage de verre, ses partenaires des mannequins ou jouets) avant de briser littéralement le quatrième mur quand la cage se brise sur la route. 

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rango poisson 

Comme un petit air de ressemblance.

Rango trouve sa personnalité en devenant le héros qu'il a créé de toute pièce et en faisant de la ville une scène grandeur nature. Par la même occasion, Verbinski s'amuse avec la filmographie de son doubleur principal (Johnny Depp). Rango finit par attérir sur le pare-brise de Raoul Duke et de Gonzo, les personnages de Las Vegas Parano (Hunter S Thompson, 1972). La représentation des personnages est d'ailleurs assez éloignée du film de Terry Gilliam (1998), Duke ressemblant davantage à Thompson et Gonzo n'a rien à voir avec Benicio del Toro. Puis il y a ce poisson mécanique qui flotte dans les airs, clin d'oeil évident à un plan mythique d'Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993). Le premier teaser servant de façade au site web montrait même le poisson passant sur la route comme si de rien était. On peut rajouter le côté particulièrement excentrique du personnage renvoyant directement à Jack Sparrow. Le plus bel hommage que fait Verbinski est certainement à Clint Eastwood en personnifiant l'acteur en Esprit de l'Ouest à son effigie dans la Trilogie du dollar (Leone, 1964-66). Si Timothy Olyphant l'incarne en VO, la référence est d'autant plus soulignée dans la VF par le choix de prendre Hervé Jolly. Si Jolly ne l'a pas doublé dans tous ses films, il reste une des voix régulières de Clint Eastwood en France. Un clin d'oeil de la version française plutôt bienvenu. En soi, Rango n'est pas un vrai western, ni même un western urbain comme le Coen suscité. 

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Rango clint

Des références iconiques qui alimentent le discours meta du film.

C'est un film qui se joue des codes du genre (mais n'est pas une parodie) et finit par en devenir un, confirmant par la même occasion l'évolution du héros / film. La différence avec The Lone Ranger (2013) qui est un véritable western. Ainsi, le film se déroule bel et bien dans le monde actuel (dont Rango est le seul animal représentant) et la ville est en revanche une vision revisitée d'une ville de western. Au passage, le réalisateur se fade d'un discours écologiste plus que crédible quand on connaît les dérives de Las Vegas. Un point de vue qui apparaît sous la forme d'une résolution après avoir été le fil rouge du film et qui gagne une importance forte. Le film étant PG, son potentiel impact sur un public large est une véritable gageure. Comme on peut le voir tout le long de sa carrière, Gore Verbinski s'est toujours amusé des classifications et Rango ne déroge pas à la règle. Malgré un PG assez invraisemblable, il installe le spectateur dans un univers particulièrement violent (comme dans tout western), un des premiers plans présentent un tatoo coupé en deux et on fume et boit de l'alcool. Un personnage dira même être allé voir des filles de joie! Enfin, Verbinski et Zimmer orquestrent une scène démente de poursuite avec un medley comprenant La chevauchée des Walkyries (Richard Wagner, 1870) et Le beau danube bleu (Johann Strauss, 1866) presque parfaitement synchronisé avec les images. 

Zimmer se permet même des allusions à Ennio Morricone, après avoir ouvertement cité Il était une fois dans l'Ouest (1968) dans le troisième Pirates des Caraïbes. Rango est ironiquement une consécration pour Gore Verbinski qui voit enfin son travail récompensé à sa juste valeur. Le film est un beau succès en salle, un véritable succès critique et surtout il obtient l'Oscar et le Bafta du meilleur film d'animation à la barbe de deux productions Dreamworks. Ce qui en fait peut être le film le plus important de sa filmographie et en tous cas un de ses plus aboutis.

  • Les années Disney (2003-2013) : Le temps des blockbusters spectaculaires

Pirates des Caraïbes : la Malédiction du Black Pearl : Photo Johnny Depp

Après le succès de The Ring, Gore Verbinski est rapidement engagé pour réaliser Pirates des Caraïbes: La malédiction du Black Pearl. Le projet est lancé un an plus tôt par les studios Disney cherchant à produire des films basés sur des attractions de Disneyland. La première en date pour le cinéma (il y a eu un téléfilm basé sur La tour de la terreur avec Steve Guttenberg et Kirsten Dunst en 1997) fut The country bears (Peter Hastings, 2002). Un vrai fiasco diffusé dans peu de pays et qui a grandement fait douter le studio sur le potentiel commercial de Pirates des Caraïbes (Disney continuera avec Le manoir hanté de Rob Minkoff et Tomorrowland de Brad Bird). Jerry Bruckeimer se rajoute à l'équation, donnant au projet une certaine envergure. Les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio travaillent sur le film, se basant notamment sur le jeu-vidéo Monkey Island (1990). Verbinski espère revenir au charme des films d'aventure d'autrefois, d'autant que le film de pirates n'est plus apparu au cinéma depuis le flop commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995). Pirates des Caraïbes est donc un pari risqué sur lequel Disney a un peu peur de miser même s'il le place en pleine canicule estivale. Au final, le film deviendra le plus gros succès de l'été 2003, pulvérisant la concurrence sur place (Terminator 3 et Bad Boys 2 ne réussiront jamais à passer les 200 millions de dollars de recettes sur le sol américain).

De là à en faire une franchise, il n'y avait qu'un pas... Dès l'ouverture du film, Verbinski met en place les principaux protagonistes du film. Gibbs (Kevin McNally) parle du Black Pearl, bateau fantôme que voit Elizabeth Swann (Keira Knightley) enfant et dont semble venir Will Turner (Orlando Bloom). C'est elle qui signale sa présence et c'est la première personne qu'il voit après le naufrage. L'amour brille sous les étoiles... On peut voir également des personnages qui auront leur importance par la suite à l'image du gouverneur Swann (Jonathan Pryce) et du commodore Norrington (Jack Davenport) et évidemment la pièce aztèque manquante. De même, il iconise Jack Sparrow (Johnny Depp) dès sa première apparition, permettant au spectateur d'avoir déjà un aperçu clair du personnage: une sorte de rock star chez les pirates. Un personnage qui alimente les légendes autour de lui, quitte à travestir une réalité peu reluisante. Depp est d'ailleurs dans un cabotinage plutôt positif, car les facéties de son personnage permettent de rythmer le film et ne sont pas encore un ressort comique pénible. Par la même occasion, le film est un continuel jeu du chat et de la souris avec des personnages poursuivant d'autres personnages durant tout le film. De l'attraction, il reste quoi? Pas grand chose mais Verbinski et les scénaristes ponctuent le film de divers clins d'oeil.

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On a les prisonniers essayant d'amadouer le chien aux clés, Tortuga et son lot d'ivrognes et évidemment les pirates squelettes. Le fantastique est amené par ces derniers et avec des cgi qui ont encore aujourd'hui de beaux restes. On peut même dire que les pirates squelettes sont un véritable ressort angoissant dans les trois quarts de leurs apparitions, voire peuvent déranger le jeune public. PG-13 ou pas, le film a un beau lot de morts sur son chemin. Il n'y a qu'à voir la scène de l'assaut sur le navire du commodore où l'équipage se fait globalement décimé. Après être allé faire The Weather man, revoilà le réalisateur avec Pirates des Caraïbes 2, qui va vite devenir un dyptique comme le furent autrefois Retour vers le futur 2 et 3 (Robert Zemeckis, 1989-90) et Matrix Reloaded et Revolutions (Wachowski, 2003). Avec évidemment des sorties qui les séparent de quelques mois et un tournage gargantuesque. Tournage qui a eu quelques dommages dus à l'ouragan Wilma avec des bateaux dégommés. Des retards qui n'ont pas empêché les films de sortir à temps. Contre toute-attente, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde sont des films aux scores encore aujourd'hui impressionnants, d'autant plus à une époque où la 3D n'était pas revenue sur le devant de la scène. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Gore Verbinski, Johnny Depp

Johnny Depp un peu dépassé et Gore Verbinski en forme sur le tournage du Secret du coffre maudit.

A eux deux ils totalisent près de 2 milliards de dollars de recettes, ce qui en fait les deux plus gros succès de 2006 et 2007. Pour ce qui est de la qualité des films, c'est en revanche un peu plus compliqué. Verbinski opte pour deux approches différentes. Le secret du coffre maudit est un gros film d'aventure continuant parfaitement ce que le réalisateur a entrepris dans le premier opus. Jusqu'au bout du monde est en revanche un film très lent où il faut bien avouer il ne se passe pas grand chose avant les quarante dernières minutes. Ironiquement, c'est le film qui est censé faire la transition qui est le plus réussi (ce qui était déjà le cas de Retour vers le futur 2 et Reloaded, même si pour ce dernier ce n'était pas très dur). Le troisième volet est malheureusement trop long, particulièrement bavard et endort même un peu le spectateur avant un réveil soudain deux heures après le début du film. Il tire malheureusement ce second volet général vers le bas, alors qu'il avait si bien commencé. Comme sur le premier épisode, Verbinski commence le second volet sur Elizabeth et Will, déjouant même l'issue du film précédent. Tous les personnages liés à Sparrow sont désormais considérés comme des pirates et voient l'autorité comme un nouvel ennemi, symbolisée par Lord Beckett (Tom Hollander). Le parfait paradoxe de l'homme d'Etat qui devient aussi crapuleux que ceux qu'il est censé traqué. Mieux encore, il tire toutes les ficelles y compris Davy Jones et ses hommes poissons en possédant son coeur dès la fin du second opus. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Keira Knightley

Une crapule qui finira dans un brasier pas peu mérité (même si Verbinski aurait pu couper sa descente pour nous éviter un incrustation un brin foireuse). A eux seuls, les deux derniers volets de la franchise signés par Gore Verbinski ont un nombre de morts assez spectaculaires, allant du simples figurants aux personnages marquants. L'introduction du troisième opus annonce même la couleur d'une conclusion qui se fera dans le sang et les flammes. La mort du gouverneur Swann est traitée métaphoriquement (il passe dans le monde des morts devant sa fille bel et bien vivante); des pirates pendus durant l'ouverture; Singapour à feu et à sang; Norrington tué; le sidekick de Beckett (David Schofield) dans la mort la plus graphique du film; Chow Yun Fat à peine arrivé qu'il se fait liquider... S'il est le moins réussi des films de Gore Verbinski, il n'en reste pas moins l'épisode le plus meurtrier et ce malgré un PG-13 de moins en moins rassurant. Le réalisateur et ses scénaristes n'épargnent même pas le couple phare de la saga et l'ouverture du second opus était peut être prémonitoire. Elizabeth et Will sont des amants maudits, devant faire face à l'héritage et les erreurs laissés par leurs parents. L'une perd sa seule famille (son père), l'autre essaye de sauver son père (Stellan Skarsgaard) sans y parvenir réellement.

PIRATES KISS

Sans compter un final tragique rendant la tâche encore plus difficile ("Une journée sur terre pour sept années en mer")... Elizabeth gagne d'ailleurs du galon, passant d'une jouvencelle en détresse à une guerrière et seigneur des pirates durant ces deux volets. Probablement le seul personnage féminin qui évolue réellement dans la franchise. Si Davy Jones est un méchant particulièrement charismatique dans le premier volet du dyptique, il est tellement relégué au second plan dans le second que ses apparitions marquantes sont rares. Heureusement les quarante dernières minutes lui laissent largement la place. Jack Sparrow agace malheureusement beaucoup. Si les gags du second opus peuvent encore amuser le spectateur, le one man show de Johnny Depp a tendance à beaucoup lasser dans le troisième opus. Il est finalement assez bénéfique que Gore Verbinski fasse revenir Geoffrey Rush (information qui n'avait pas filtré avant la sortie du second volet, ce qui tiendrait presque du miracle aujourd'hui), qui plus est en le faisant passer du bad guy au compagnon de mer particulièrement important. Verbinski revient également au récit à MacGuffin. Si le premier volet avait le médaillon à la rigueur, il n'était pas à proprement parler un MacGuffin puisque la principale quête était de retrouver le fils Turner. Dans le second film, le point de départ est de savoir qui obtiendra le coeur de Davy Jones le premier. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Bill Nighy

Ce qui amène à un des morceaux de bravoure les plus jouissifs vus durant les 2000's avec ce combat à trois sur une roue lancée à pleine vitesse. D'un côté, l'homme trahi par celui qu'il pensait être son ami. De l'autre, celui qui est tombé en disgrâce à cause du premier et du second. Au milieu, le dit coupable. D'autant plus fou que Gore Verbinski et ses équipes ont quasiment tourné la séquence tel quel, ce qui tient de la véritable prouesse. Des scènes spectaculaires, les deux films en regorge et notamment dans les climax des deux films. D'un côté, le Black Pearl faisant face à un kraken récalcitrant. De l'autre, deux bateaux s'affrontant sur les rives d'un maelstrom! Deux morceaux de bravoure exemplaires où Verbinski se sert d'un budget conséquent pour des spectacles ambitieux et de qualité. On ne peut pas en dire autant de certains réalisateurs faisant des films de studio (n'est-ce pas Roland Emmerich?). Verbinski et les scénaristes permettent même à Disney une possible suite avec une fin ouverte menant à la fontaine de jouvence. Inutile de dire que Disney, Bruckeimer, Rossio, Elliott et le réalisateur Rob Marshall ont foncé directement dedans pour un quatrième volet de sinistre mémoire (2011). Verbinski préféra en rester éloigné et on l'en remerciera jamais assez. La fin d'un cycle.

pirates maelstrom

Après Rango, le réalisateur décide de persévérer dans le western en s'attaquant à une figure de la pop culture américaine. Issu d'un feuilleton radiophonique (1933-54) et des serials, le Lone Ranger et son fidèle compagnon indien Tonto gagnent en popularité avec la série télévisée d'ABC (1949-57). Plusieurs séries et téléfilms seront réalisés par la suite, au point d'engendrer un spin-off peut être plus connu encore Le Frelon Vert (1966-67) qui mettait en scène le petit-neveu du Lone Ranger. Durant les 2000's, Columbia se voit intéressé par le ranger et prévoyait notamment de faire de Tonto un personnage féminin. Le projet tombe à l'eau et à bien failli finir entre les mains des Weinstein. Dès 2008, Disney achète les droits pour une adaptation cinématographique où Bruckeimer et Depp sont rapidement impliqués. Mike Newell, réalisateur de la production Disney / Bruckeimer Prince of Persia (2010), est dans un premier temps envisagé. Le flop de l'adaptation du jeu-vidéo d'Ubisoft a dû surement joué dans son éviction, laissant la place à Verbinski. Armie Hammer est alors engagé pour incarner John Reid, le fameux Lone ranger. Jugé trop cher par le studio, le projet fut pendant un temps sur la voie de l'annulation avant que les différents protagonistes décident de baisser le coût du film. 

gore ranger

Gore Verbinski avec Armie Hammer et Johnny Depp sur le tournage de The Lone Ranger.

Devant sortir dans un premier temps en mai 2013, The Lone Ranger se prend de plein fouet le succès fracassant de Moi moche et méchant 2 (Coffin, Renaud) à l'été 2013, tout comme Pacific rim (Guillermo del Toro) ou The Wolverine (James Mangold). Si le film a tout de même réussi à dépasser son budget de 215 millions de dollars (260 millions de dollars de recettes en tout... soit le budget initial du projet), les chiffres US sont très mauvais (89 millions). Il s'agit d'un semi-échec commercial en quelques sortes au même titre que les malheureux John Carter (Andrew Stanton, 2012) et Tomorrowland. Pire encore, le film se fait dézinguer par la critique qui ne se fait pas prier pour taper sur un blockbuster aussi cher. Après le triomphe de Rango, la douche froide. A l'époque de sa sortie, votre cher Borat était déjà un des défenseurs de The Lone Ranger et il l'est encore aujourd'hui. L'avant-dernier film de Gore Verbinski est certainement un des blockbusters les plus généreux des 2010's et opte pour une vision du western qui n'est pas sans évoquer un certain Little Big man (Arthur Penn, 1970). Le réalisateur reprend le principe d'un vieillard (Tonto) racontant à quelqu'un un récit antérieur, en l'occurrence ici sa rencontre avec John Reid. Mieux, il se sert de ce blockbuster à grand spectacle pour dézinguer une certaine vision des USA, comme il l'a fait sur son précédent film.

tonto

Tonto, une des dernières traces vivantes d'un peuple décimé.

En prenant le point de vue de Tonto dès les premières minutes, le réalisateur montre un certain visage de ce qu'est devenu l'Indien aux USA dans les 30's. Un personnage de foire, un cliché que l'on vient voir pour l'exotisme contre quelques dollars. Tout au long du film, le réalisateur se tiendra bien de prendre le point de vue du peuple indien, peuple massacré par l'Homme Blanc désireux de toucher ses terres. Par quelques plans, on peut voir que l'Homme Blanc s'aide également de main d'oeuvre asiatique, confirmant que les lignes de chemins de fer se sont faits sur le sang des natifs et des immigrés venus chercher le rêve américain. Bien que le nom diffère, le personnage de Barry Pepper n'est pas sans rappeler le général Custer, grande figure des USA dont l'image fut bien entâchée dans le film d'Arthur Penn. La morale du personnage est aussi noire que celle des méchants de l'histoire. Pourquoi serait-il du côté de celui qui veut dévoiler le massacre d'innocents qu'il a commis? Une malhonnêteté qui continuera au cours d'un affrontement sanglant suivant cette révélation. Comme si le personnage n'avait toujours pas compris qu'il est du mauvais côté de la balance. Verbinski n'hésite pas non plus sur la violence, confrontant ses héros à la perte de leur famille. D'un côté, un flashback évoquant les raisons de la vengeance envisagée par Tonto.

Lone Ranger, Naissance d'un héros : Photo Armie Hammer, Johnny Depp

De l'autre, Reid seul survivant d'une tuerie et voyant son frère mourir devant ses yeux. Si Verbinski utilise la formule du buddy movie déjà employée sur le premier Pirates des Caraïbes (Sparrow et Turner n'avaient strictement rien à voir ensemble, mais devaient s'associer dans un but commun), il lie davantage ses deux personnages principaux en les confrontant à leurs douleurs respectives. C'est même cela qui les rend assez attachants: dans leur vengeance, ils arrivent finalement à y voir quelque chose de positif, à savoir rendre la justice quitte à ce que ce ne soit pas légal. Même si Depp donne toujours l'impression d'en faire un peu trop, son rôle est tout de même un peu plus étoffé que celui de Jack Sparrow ou des trois quarts des personnages qu'il a joué dans les 2000's-2010's. Quant à Armie Hammer, il n'a pas encore la carrure pour incarner un héros de premier plan, mais s'en sort avec les honneurs. L'un des méchants (William Fichtner) a par ailleurs des tendances cannibales et n'hésite pas à manger une partie d'un corps vivant ou pas (le personnage d'Helena Bonham Carter n'a pas une jambe de bois pour rien). Un ton assez radical pour un PG-13 et ce quand bien même Verbinski joue sur l'humour et le grand spectacle. La preuve que l'on peut parler de certains sujets qui fâchent dans un film à la visibilité forte. Au niveau de sa réalisation, Verbinski livre un western splendide où son chef opérateur rend l'Ouest particulièrement froid, à la limite du blanc (Verbinski n'a pas fait revenir Bazelli dix ans après The Ring pour rien). 

Mieux encore, avec Hans Zimmer, il se permet une des scènes les plus folles des 2010's avec ce que l'on appelle désormais la "séquence Guillaume Tell". Reprenant l'ouverture du célèbre opéra de Gioachino Rossini (1830), Zimmer synchronise sa musique en fonction des images et des sons, provoquant une osmose parfaite bien plus significative que dans la poursuite de Rango. Un véritable plaisir auquel le réalisateur se rajoute à travers une folie furieuse digne des cartoons de Tex Avery. Le réalisateur revient à La souris le temps de quelques minutes avec un côté enfantin et ludique que l'on avait presque oublié avec la noirceur permanente du film. C'est pour ce type de scène que l'on va voir un film sur grand écran.

  • A cure for wellness (2017) : le temps d'un visionnaire?

A Cure for Life : Affiche

Gore Verbinski s'était fait discret depuis le semi-échec commercial de The Lone Ranger. On annonçait un projet nommé A cure for wellness chez Fox et Regency depuis plusieurs années sans savoir vraiment à quoi s'attendre. Puis en octobre dernier, la Fox a commencé à bombarder le futur spectateur d'affiches et de bande-annonce toutes plus étranges et énigmatiques. Nous avions au moins une certitude: A cure for wellness est le premier film d'horreur de Verbinski à avoir un classement Restricted. Aussi étonnant soit-il, The Ring était PG-13 et ce malgré des scènes dérangeantes (la vidéo, la scène du suicide du père de Samara) ou des plans de visages complètement apeurés et déformés. Comme pour confirmer la filliation, le réalisateur a à nouveau fait appel à Bazelli pour animer ce monde froid qu'est le monde de l'entreprise, mais aussi celui d'un SPA pas forcément si accueillant. Les premiers plans montrant des immeubles sous la pluie peuvent être vus comme des clins d'oeil à The Ring qui montrait des plans similaires. Autant dire que le réalisateur se permet un film mélangeant assez savoureusement violence graphique, suspense et ambiance glauque. Contrairement à toute la vague de films se situant dans des asiles psychiatriques (soit Shutter Island, Sucker Punch et The Ward), A cure for wellness en reste totalement éloigné. 

A Cure for Life : Photo Dane DeHaan

Ici, l'horreur est bel et bien là, jamais issue de l'imagination du héros (Dane DeHann) et il s'agit encore moins d'un jeu de piste comme les trois films suscités. Quand le héros a des visions, c'est en général à cause des produits qu'on lui donne le maintenant tranquille, tout en lui donnant des effets secondaires. A l'image de ces anguilles apparaissant quotidiennement, y compris lors d'un pur fantasme où elles ne sont jamais très loin. Plus il plonge dans sa petite enquête, plus le héros navigue dans l'horreur, l'amenant à remettre en question tout ce qu'il voit (les apparences sont souvent trompeuses). Pour ne pas trop en dévoiler, le réalisateur semble s'être inspiré d'Elizabeth Bathory, la fameuse comtesse qui tuait des vierges en espérant avoir la jeunesse éternelle en buvant leur sang. Ici, on parlera davantage de prendre les ressources de l'être-humain afin d'offrir une jeunesse éternelle. A cure of wellness se baigne dans une atmosphère macabre, sentant l'odeur des horreurs du passé et les haines toujours bien présentes. Verbinski se lâche complètement dans des scènes particulièrement graphiques, allant du passage chez le dentiste rappelant des souvenirs à Dustin Hoffman à l'accident spectaculaire se concluant par la mort lente d'un animal; en passant par un climax jouant sur le gore

A Cure for Life : Photo Mia Goth

 

Les excès du film dans ce domaine pourront peut être déranger certains spectateurs, allant même peut être jusqu'à trouver cela grotesque. Votre interlocuteur est en revanche assez comblé de voir ce type de film d'horreur à la fois généreux et réussi dans le contexte hollywoodien actuel. Si l'on peut toutefois trouver une critique à Verbinski, c'est certainement pour cette scène de masturbation qui paraît totalement gratuite et sans intérêt. On pouvait très bien en rester au caisson. De même pour ces autochtones semblant rester dans le monde des punks des 80's et dans le cliché du buveur de bières. Comme exposé régulièrement par le personnage de Jason Isaacs, la plupart des gens présents dans ce SPA sont des riches hommes et femmes d'affaires qui viennent se ressourcer. Le personnage de DeHann fait partie de ce monde et est dans le même cas. C'est un homme froid, antipathique et le représentant même du cynique employé boursier. Au point de prendre son père pour un faible pour avoir commis l'irréparable et de ne quasiment rien ressentir pour une mère juste partie suite à une vision désastreuse. Les derniers plans du film montrent qu'il y a une évolution chez le personnage. Il a réussi à s'attacher à quelqu'un (en l'occurrence le personnage de Mia Goth) et s'est enfin retrouvé une conscience. Malgré tout le suspense entourant le lieu, le personnage va finalement y voir une conclusion positive. 

A Cure for Life : Photo Jason Isaacs

Sa nemesis n'en paraîtra que plus évidente, son évolution étant inverse à celle du héros. Au final, A cure for wellness est une réussite à l'image de son réalisateur. Une production hollywoodienne qui n'hésite à remuer le spectateur pour lui offrir une proposition pas forcément attendue de sa part. Reste à savoir si le spectateur est prêt à miser dessus. A la prochaine!