En un mois, le cinéma a perdu deux acteurs qui avait la particularité d'être assez prolifique. Votre cher Borat va leur rendre un hommage digne de ce nom. En plein Festival de Gérardmer, votre interlocuteur avait appris la mort de John Hurt pris par le crabe. L'acteur britannique avait durablement marqué le cinéma depuis les années 70, au point d'accumuler les premiers et seconds rôles mémorables très rapidement. Le premier est l'un des dommages collatéraux du glaçant Richard Attenborough dans L'étrangleur de Rillington Place (Richard Fleischer, 1971). Toutefois, il faudra attendre la fin des années 70 pour qu'il trouve deux gros rôles. Le premier dans le rôle d'un prisonnier dans Midnight express (Alan Parker, 1978) et le second le pauvre Kane dans Alien (Ridley Scott, 1979). L'acteur y gagne une véritable importance en devenant l'élément déclencheur du film, l'occasion d'un effet gore parmi les plus mémorable du cinéma. Il trouve certainement son plus grand rôle l'année suivante chez David Lynch. Grimé de partout à cause du rôle, il parvient à transmettre des émotions dans le rôle de John Merrick, se payant même une des plus touchantes répliques du cinéma: "Je ne suis pas un animal, je suis un être-humain". Un personnage existant dont le spectateur compatit à la douleur aussi bien corporelle et psychologique (les gens tolérants sont toujours bien peu présents).

Elephant Man : Photo John Hurt

John Hurt dans Elephant Man.

L'acteur se met également au doublage avec Le seigneur des anneaux (Ralph Bashki, 1978) où il incarne Aragorn, mais aussi dans deux adaptations de romans de feu Richard Adams signées Martin Rosen, La folle escapade (1978) et The plague dogs (1982). A chaque fois des animaux face à des dangers divers (le premier une garenne en danger de destruction, le second les hommes faisant des expériences sur les animaux). Il sera le fameux Seigneur des ténèbres dans Taram et le chaudron magique (Berman, Rich, 1985), certainement le méchant le plus graphique des studios Disney et donc un des plus iconiques. L'acteur continuera dans le doublage avec notamment Poucelina (Don Bluth, 1994) et incarnera divers narrateurs dans sa filmographie. On pense à celui du dyptique de Lars Von Trier Dogville / Manderlay (2003-2005) et au Parfum (Tom Tykwer, 2006). D'autres se souviennent davantage de la série Monstres et merveilles (1988) où il comptait des histoires sous la tutelle de Jim Henson. Les 80's sont l'occasion pour lui de tourner un Michael Cimino (La Porte du paradis, 1980), le dernier Peckinpah (Osterman week end, 1983) et devenir le symbole de l'opprimé face à la dictature (1984 de Michael Redford). Si les 90's ont été bien rempli, les 2000's furent mieux fournies en rôles phares.

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John Hurt dans 1984.

Guillermo del Toro lui offre un rôle en or avec le Dr Broom dans Hellboy (2004). Le premier film tourne entièrement sur la relation entre le père et son fils. Lui incarne un père surprotecteur peinant à comprendre son fils et Ron Perlman un fils un brin immature. L'acteur viendra reprendre son rôle pour l'ouverture magistrale d'Hellboy II (Del Toro, 2008). Bien que n'étant qu'un guest dans la saga Harry Potter (2001-2011), John Hurt avait été assez remarqué dans le rôle du vendeur de baguettes magiques Mr Ollivander. Par ces deux exemples, John Hurt prouvait qu'il pouvait aller vers des films issus de la pop culture, au même titre qu'autrefois il avait contribué à faire naître un phénomène du même genre avec Alien. C'est ainsi qu'il a aussi incarné l'émouvant War Doctor dans le téléfilm anniversaire de la série Doctor Who, L'heure du docteur (2013). Au cours des années 2000 et 2010, l'acteur accumule les seconds-rôles dans des productions diverses et semblent attirer les jeunes réalisateurs. C'est ainsi qu'il se retrouve en plein massacre rwandais dans Shooting dogs (Michael Caton Jones, 2005); devient ironiquement un dictateur proche
de Big Brother dans V pour Vendetta (James McTeigue, 2006); est le père un brin fêtard de Kirsten Dunst dans Melancholia (Von Trier, 2011); ou encore le meneur révolutionnaire de Snowpiercer (Bong Joon ho, 2013).

Hellboy : Photo John Hurt, Ron Perlman, Rupert Evans

John Hurt et Rupert Evans dans Hellboy.

On peut le voir actuellement dans les salles françaises en prêtre dans Jackie (Pablo Larain, 2016). Parmi les derniers films qu'il a tourne on trouve Darkest hour de Joe Wright, où il incarne le président du conseil britannique Neville Chamberlain face à Gary Oldman largement grimé en Winston Churchill au début de la Seconde Guerre Mondiale. Une prestation que l'on risque de ne pas voir avant fin 2017. Passons maintenant à la mauvaise nouvelle de dimanche dernier. Bill Paxton vient de nous quitter suite à une opération chirurgicale qui a mal tourné. Dans les acteurs fétiches de James Cameron, on cite en général ce cher Schwarzy, Sigourney Weaver ou Michael Biehn. Mais on oublie un peu Bill Paxton qui fut de la plupart de ses films phares. Un des punks liquidés par le T-800 dans Terminator (1984). Le marine le plus tchatcheur de la troupe menée par Ellen Ripley (Weaver) dans Aliens (1986). L'homme qui a failli piquer la femme d'Arnie dans le génial remake de La totale (True Lies, 1994). Enfin, c'était lui qui trouvait le coeur du titanic dans le film aux onze Oscars (1997). Avec ces rôles, Paxton ne devient pas forcément une star, mais un second-rôle que l'on va retrouver de plus en plus à Hollywood. C'est ainsi qu'on le retrouve dans les 80's et 90's dans des rôles divers. 

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Bill Paxton dans Aliens.

Avant Aliens, John Hughes en faisait un militaire un brin débile dans son décomplexé Weird Science (1985). En 1987, il fait partie de l'aventure Aux frontières de l'aube, premier gros film de Kathryn Bigelow. Il y incarne un vampire punk aux côtés de sa camarade d'Aliens Jenette Goldstein.  En 1990, il poursuit son grand chelem science-fictionel en devenant le seul acteur à avoir affronter et à être tué à la fois par le Terminator, le xénomorphe et le fameux Predator dans un second volet souvent mal aimé (Stephen Hopkins, 1990). Un opus très différent, pas loin du post-apocalypse (la ville de Los Angeles est le théâtre d'une guerre des gangs destructrice) et le pauvre Bill devra faire face au chasseur extraterrestre dans un métro bien saignant. Les années 90 lui valent de beaux moments, parfois même davantage au premier plan. C'est ainsi qu'il incarne un des astronautes d'Apollo 13 dans le biopic de Ron Howard (1995) aux côtés de Tom Hanks et Kevin Bacon. L'année d'après on le retrouve dans Twister (Jan de Bont), où il s'efforce de chasser une tornade avant d'essayer d'en échapper aux côtés d'Helen Hunt. Un rôle pas forcément tout en finesse dans un film qui en manque parfois aussi, mais qui lui permet d'avoir un rôle principal dans une grosse production. Idem pour le remake de Monsieur Joe (Ron Underwood, 1998) où il côtoie Charlize Theron.

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Bill Paxton et Maria Conchita Alonso dans Predator 2.

 

Un personnage assez insignifiant qui permet une fois de plus à l'acteur d'être dans un rôle principal dans un film vu par le plus grand nombre. Un plan simple (Sam Raimi, 1998) est probablement un des films les plus appréciés de sa carrière, permettant à l'acteur de tomber dans du pur film noir là encore dans un rôle principal. Pourtant, c'est Billy Bob Thornton qui tire largement la couverture lors des cérémonies. Dans les 2000's et 2010's, l'acteur se veut toujours aussi prolifique mais on a parfois du mal à lui trouver des rôles phares au cinéma. Membre de l'équipage de l'U571 (Jonathan Mostow, 2000), alpiniste plein au as dans Vertical Limit (Martin Campbell, 2000), sergent instructeur fort en gueule dans Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014), photographe qui a la malheureuse idée de se mettre sur le chemin de Jake Gyllenhaal dans Nightcrawler (Dan Gilroy, 2014)... L'acteur s'épanouit en fait ailleurs, à la télévision notamment. HBO lui offre un rôle de mormon polygame dans la série Big Love (2006-2011). En 2012, Kevin Costner lui propose d'être la co-star de sa mini-série Hatfields and McCoy, véritable succès d'audience en mai 2012. Ce qui lui permet de renouer avec le western, genre qu'il avait cotoyé dans Tombstone (George P Cosmatos, 1993). En devenant le principal antagoniste de la première saison d'Agents of Shield (2014-), l'acteur a considérablement apporté à la série. 

Un Plan simple : Photo Bill Paxton, Billy Bob Thornton

Billy Bob Thornton et Bill Paxton dans Un plan simple.

Gangrénée par des scripts de qualité plus que médiocre durant une bonne quinzaine d'épisodes, la série a commencé à devenir intéressante avec son arrivée. Le méchant merveilleusement cabotin et sournois qu'auront bien du mal à affronter l'agent Coulson (Clark Gregg) et Nick Fury (Samuel Jackson). L'acteur venait juste de camper l'équivalent de Denzel Washington dans le remake télévisé de Training day (Antoine Fuqua, 2001). Son décès pourrait faire mourir la série sur sa seule première saison... Bill Paxton s'était également mis à la réalisation de long-métrages dans les 2000's avec le très remarqué Emprise (2001). Un film d'horreur dans lequel l'acteur joue également. L'histoire d'un veuf et ses enfants partant à la chasse aux démons dans une quête sanguinaire. Par la suite, il signera le plus confidentiel Un parcours de légende (2005) un des premiers gros films de Shia LaBeouf. On le reverra encore cette année dans The circle (James Ponsoldt, 2016) où il incarnera le père d'Emma Watson et dans Mean Dreams (Nathan Morlando, 2016), la fuite de deux adolescents en possession de drogue face au père de la fille (Paxton), accessoirement flic corrompu. En résultes, deux acteurs qui resteront encore dans les mémoires à travers des rôles divers et variés. Des incontournables. 

Emprise : Photo Bill Paxton

Bill Paxton, Jeremy Sumpter et Matt O'Leary dans Emprise.