Renton revient au bercail, ce qui a tendance à alimenter les rancunes même vingt ans après...

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Il y a des suites qui font fantasmé depuis tellement longtemps que l'on finit par penser qu'elles ne se feront jamais ("Hellboy 3" par exemple). Puis quand elles arrivent, on finit parfois avec un tel mauvais film que l'on regrette d'avoir souhaiter son existence (mais si, un célèbre film sorti en mai 2008, vous finirez bien par trouver). Depuis la sortie de Trainspotting (Danny Boyle, 1996), beaucoup de spectateurs espéraient une suite. D'autant plus quand Irvine Welsh a pris les devants avec le roman Porno (2002). Pendant longtemps, les relations entre Danny Boyle et Ewan McGregor ont été houleuse suite à un différent malheureux (l'acteur n'avait pas aimé d'être écarté de La plage au profit de Leonardo Dicaprio, permettant ainsi une rallonge de budget au réalisateur). Puis au fil des années, les deux commencent à parler d'un éventuel retour, peut être pour les vingt ans du film. En 2015, la chose se confirme. McGregor, Jonny Lee Miller, Ewen Bremner et Robert Carlyle reprennent du service, ainsi que Kelly MacDonald et divers second-rôles de l'original (dont James Cosmo). Boyle réalise et John Hodge reprend du service au scénario. Dans un premier temps, Boyle souhaitait adapter Porno, avant de partir vers autre chose après des premiers essais ratés (le réalisateur a avoué à Cinemateaser qu'il y avait peut être trop d'intrigue).

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner

Ainsi, T2 Trainspotting se passe bien vingt ans après les événements du premier film et non neuf comme initialement prévu. Pour Boyle, le principe était de faire vieillir ses acteurs en même temps que ses personnages. Un processus qu'a exercé par exemple Richard Linklater sur la trilogie Before (trois films réalisés entre 1994 et 2012 focalisés sur un même couple) ou Boyhood (un film tourné entre 2002 et 2013). (attention spoilers) Au contraire de Trainspotting, Boyle n'utilise pas la voix-off car ne prend plus le seul point de vue de Renton (McGregor). Dès les premières minutes, il prend celui des quatre personnages principaux avant de passer au générique, confirmant ainsi qu'il ne se focalise plus sur un seul personnage mais sur le groupe. Des éléments de Porno ont été conservé. Si Sick Boy (Lee Miller) n'est plus pornographe, il reste toujours un mec accro à la cocaïne et veut faire chanter des hommes riches avec des vidéos chaudes un peu compromettantes. De même, sa petite-amie (Anjela Nedyalkova) l'aide dans ses aventures. On nous montre Spud (Bremner) dès les premières minutes à une thérapie de groupe et le personnage songe aussi au suicide. Quant à Begbie (Carlyle), il ne pense qu'à se venger de Renton (McGregor). Toutefois, ce ne sont que des bribes et le film ne repose pas sur Porno pour exister. Le cas de Renton est peut être le plus particulier. L'ouverture nous le présente sportif, les cheveux mi-longs et victime d'un accident. 

T2 Trainspotting : Photo Anjela Nedyalkova, Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

On en saura les causes plus tard dans le film, mais on sent qu'il y a un problème entre ce qu'il dit en arrivant en Ecosse et cette ouverture contradictoire. Renton ne semble pas être revenu au pays par hasard, quelque chose ne colle pas. Vingt ans ont passé, les regrets et les rancoeurs (Begbie en est la preuve chaotique) sont toujours là, voire d'autant plus présents qu'en 1996. Le monde a évolué mais pas eux. Boyle n'a pas peur de montrer que ses personnages sont devenus des vieux cons. Des adultes qui essayent de vivre avec leur temps (cf le discours de Renton au restaurant), mais semblent encore coincés dans les 90's. Renton a perdu ses amis et son retour apparaît comme une délivrance pour lui. Francis est perdu d'avance, même si le personnage a un discours changeant au cours du film. Spud est toujours le type malchanceux et l'ouverture du film est l'occasion de le confirmer à des sommets stratosphériques. Il est aussi celui qui essaye de remettre un peu d'ordre entre tous les protagonistes. Sick Boy est toujours mêlé à toutes sortes d'embrouilles pour ne pas changer. Outre ses acteurs / personnages, Boyle renvoie également un miroir au spectateur et à lui-même. Le spectateur qui a découvert son second long-métrage à l'époque ou entre 1996 et 2017 peut lui aussi ressentir un sentiment de nostalgie et le réalisateur lui en offre un lors d'une scène bien particulière.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller

Au cours du film, Renton, Sick Boy et Francis semblent être les seules personnes âgées de plus de quarante ans dans une boîte de nuit bondée de jeunes. Ces mêmes jeunes scandant un tube phare des 80's comme si c'était la dernière chanson à la mode. Comme si le spectateur, tout comme ces jeunes ou même ces adultes dans le cas des trois protagonistes, ne pouvaient que revenir sans cesse en arrière. Par nostalgie, par envie d'écouter ce qui se faisait avant, de constater peut être que "c'était mieux avant". Un peu comme découvrir ou revoir Trainspotting maintenant et se souvenir de la britpop et de la dance des 90's. Un retour en arrière qui donne lui aussi un coup de vieux au spectateur, plus qu'il ne le pense au départ. Quant à Boyle, son style a évolué depuis les 90's. Son aspect clippesque s'est diversifié avec différents outils et selon l'époque. Sa réalisation est devenue plus maîtrisée, son sens du montage aussi en compagnie de Jon Harris (son monteur depuis 127 heures). Il reprend d'ailleurs la technique des plans incrustés sur des murs ou images en mouvement héritée de Steve Jobs (2015). Des images souvent en rapport avec le passé renvoyant à un aspect rétrospectif issu autant des pensées que des dires des personnages. Boyle signe un film particulièrement nostalgique et mélancolique où les amis devenus ennemis se sont tous perdus pour finalement se retrouver.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

Ils sont tous encore des jeunes adultes à la ramasse (les rides se sont juste rajoutées), incapables de prendre leurs responsabilités. Même le plus âgé de tous, finalement le personnage au comportement le plus immature. Il n'y a pas d'âge pour être paumé, ni pour retrouver ses amis perdus. Attendre vingt ans pour réaliser T2 Trainspotting a finalement été bénéfique. L'équipe était assez mature pour se relancer dans l'aventure et a trouvé le bon moment, voire la bonne époque pour le faire. Comme sur le précédent film, le réalisateur a réussi à faire un cocktail subtil entre comédie et drame, à la différence que le glauque a quitté le navire. La drogue n'est finalement que très secondaire dans le récit, là où elle était au centre de tout autrefois. Dans ce second opus, c'est la tristesse qui prédomine. Celle du temps qui passe, des gens qui sont partis (Tommy, le bébé, la mère de Renton), de l'isolement, de la peur de vieillir. Boyle avait signé en 1996 un film générationnel, il se peut que sa suite douce-amère le soit tout autant d'une autre manière. T2 Trainspotting n'aura certainement pas l'aura de son iconique premier opus, certains étant visiblement prêt à lui tailler les veines (vous tomberez facilement sur les critiques des Inrocks et de Télérama sur google). Mais il n'en reste pas moins un superbe film triste, où Boyle se lâche davantage que sur son précédent film qui reposait beaucoup sur le script d'Aaron Sorkin. L'utilisation de Silk (Wolf Alice, 2015) pour le final n'est pas anodine. Il s'agit d'une chanson triste qui correspond parfaitement à l'état d'esprit mélancolique des personnages. (fin des spoilers)

On ne l'attendait plus et pourtant Danny Boyle signe probablement l'une des plus belles suites qu'il a été donné de voir sur un grand écran.