2029. Logan commence à avoir des symptômes étranges. Sa guérison automatique se manifeste moins, ses griffes se rétractent et son ami Charles Xavier a des crises de plus en plus fortes. C'est alors que Laura arrive dans leur quotidien...

Logan

James Mangold n'était pas le premier choix sur The Wolverine (2013), ce qui ne l'avait pas empêché de retravailler le scénario à sa guise. Il en résultera un film qui revenait au personnage de manière très personnel, faisant oublier le terrible spin-off de Gavin Hood (2009). Pas forcément un carton au box-office (comme d'autres, il s'est pris Moi, moche et méchant 2 de plein fouet), le film n'avait pas forcément été bien accueilli par le public, peut être à cause d'un aspect moins spectaculaire par rapport aux autres films de la franchise. Un second montage que l'on qualifie davantage d"unrated" que de version longue mettra plus de monde d'accord. En effet, ce montage avait le mérite de montrer que Wolverine (Hugh Jackman) pouvait se retrouver dans un film à la violence plus graphique. Alors quand Deadpool (Tim Miller, 2016) cartonne malgré son classement Restricted (interdiction aux moins de 17 ans avec accompagnement pour les deux du fond), Mangold et Jackman voient une bonne raison de faire pareil avec un Wolverine 3 finalement baptisé Logan. Une baisse de budget certes, mais une somme assez confortable même avec un tel classement (on parle de 127 millions de dollars). Dès la séquence d'ouverture, on sait que Logan sera différent de ses aînés. L'air de rien, il est bon de rappeler qu'en dehors de Deadpool à la violence graphique fun, l'univers des X Men a rarement été gentillet.

Logan : Photo Hugh Jackman, Patrick Stewart

Le premier opus de Bryan Singer (2000) et First class (Matthew Vaughn, 2011) débutaient par une même séquence de déportation à Auschwitz. Durant les différents opus, les X Men font face à la haine de différentes manières: xénophobie, expériences, terrorisme et même la dictature amenant à l'extermination. Si Logan continue le chemin engagé par The Wolverine, il n'en reste pas moins plus violent, plus dur, plus crade, plus graphique (et pourtant la scène de la machine dans The Wolverine valait son pesant de cacahuètes). Le film pose un regard plus adulte sur le personnage à l'image du précédent film de Mangold et surtout le réalisateur peut montrer toute la brutalité du personnage. Jusqu'à présent, Logan était une machine à tuer dont on ne voyait pas toujours l'ampleur brutale à cause du PG-13. The Last Stand (Brett Ratner, 2006) et X Men Origins Wolverine avaient même eu tendance à en faire une sorte de nounours. Mangold montre ici toute la sauvagerie du personnage (et en soi celle de Laura), mais pas seulement parce que le personnage l'est, mais parce que l'environnement dans lequel il vit est impitoyable. Days of future past (Singer, 2014) avait déjà montré un futur tenant de la dictature dans un monde ravagé et à la violence forte. Logan se déroulant dans la nouvelle timeline (il fait suite à X Men Apocalypse et Deadpool), c'est un autre vision du futur qui apparaît. 

Logan : Photo Hugh Jackman, Stephen Merchant

Si celui de DOFP tenait du monde de Terminator (Singer avait d'ailleurs consulté James Cameron), celui de Logan tient davantage de Mad Max. Là où Singer allait droit au but au sujet de sa vision du futur, Mangold dévoile son univers futuriste progressivement. (attention spoilers) Par bribes, il réussit à développer un univers au combien dramatique, peut être plus vicieux que celui de Singer. On voit que Logan peine de plus en plus à se régénérer et même à sortir correctement ses griffes (sans compter les mains qui tremblent). Pas longtemps après, on apprend que Charles Xavier (Patrick Stewart) a des sortes de migraines de plus en plus fortes, au point d'avoir engendrer un drame. Mangold nous présente après qui est Laura, cette petite fille qui a les mêmes capacités que Logan. Il n'y a pas de suspense dessus, il s'agit d'X23 (Dafne Keen) mutante crée par Essex Corporation dont X Men Apocalypse (Singer, 2016) annonçait la présence. Pas de trace de Mr Sinister, mais toute une armée de mercenaires en chasse et un scientifique qui aimerait bien récupérer ses petites créatures (Richard E Grant). Des personnages crapuleux qui n'ont d'autre job que de nuire. Mieux, Mangold opte pour les révélations à travers ce Victor Frankenstein des temps modernes. Si les mutants meurent ou sont proches de l'être (comme Logan et le professeur), c'est à cause de boissons synthétiques que l'on retrouvent un peu partout. Une contamination à grande échelle qui consiste à tuer les mutants pour en créer d'autres avec leurs gênes. 

Logan : Photo Boyd Holbrook, Hugh Jackman

L'Arme X 2.0 en quelques sortes et comme Logan a ses données récoltés par Essex, ils ont pu donner naissance à Laura avec son ADN. Par la même occasion si Logan a dû mal à se régénérer, c'est à cause de ces produits et de l'adamantium qu'Essex lui a posé dans les 80's. Si la tournure opérée dans Apocalypse était illogique par rapport au reste de la saga, le retour de l'adamantium dans le corps de Logan est justifiée ici pour entraîner sa chute. La haine envers les mutants est toujours là, elle a juste changé de forme. Il ne s'agit plus de phobie comme c'était le cas dans les autres opus de la franchise (même dans DOFP), mais d'extermination. Ce contexte précis fait de Logan l'opus le plus noir et sinistre de la franchise. La mort rôde sans cesse jusqu'à un final bouleversant qui ne fera aucun cadeau du côté du bien ou du mal. Comme évoqué plus haut, le film n'est pas seulement violent et adulte, il est aussi particulièrement graphique. Dans leurs assauts, Wolverine et Laura sont meurtriers: ils décapitent, coupent des bras et des jambes, poignardent, défigurent... Les adversaires feront de même sans se priver, quitte à jouer sur la sensibilité des héros. Logan souffre à l'écran, subissant des assauts qu'il ne peut plus cicatriser à l'image de cette plaie béante qu'il a au ventre. Dans le contexte de Deadpool, cela apparaissait fun car l'ambiance était comique.

Logan : Photo Dafne Keen, Hugh Jackman

 

Logan ne l'est pas et quand les personnages tuent c'est avec une brutalité sans précédent. La séquence qui confirme le plus cela est l'arrivée d'X24, autre mutant créé par Essex à l'effigie de Wolverine (Jackman). Si Laura a une certaine humanité, X24 n'a aucun libre-arbitre, il est une machine à tuer. La scène est d'autant plus violente qu'elle arrive sur un passage émouvant et la créature devient alors un cauchemar en pleine nuit. Ce qui en fait un ennemi redoutable qui peut attaquer avec une brutalité sans précédent aussi bien des enfants que des adultes. Le film ne repose toutefois pas que sur la violence et le pessimisme de son traitement, il est avant tout un road movie sanguinolent avec trois personnages principaux traqués. Logan ne croit plus en rien, est devenu un vieil homme et son seul but est de faire des courses en limousine pour subvenir aux besoins de Charles et de son ami Caliban (Stephen Merchant). La notion de père en ce qui concerne Xavier n'est pas étonnante. Même si Logan l'a connu plus jeune, il l'a surtout cotoyé une fois âgé et leur relation s'est curieusement toujours faites de professeur à élève. D'ailleurs, rarement Logan l'a appelé par son prénom au cours de la franchise, préfèrant le terme professeur. Quand il y a eu le drame suscité, il a été le seul à rester auprès de lui. Xavier est la seule famille de Logan, le seul lien qu'il lui reste d'humanité avec Caliban. Laura devient un membre affectif de plus de ce quatuor qui va vite devenir un trio: le père, le fils, la petite-fille.

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Laura doit apprendre à canaliser sa rage et à rester un être capable d'émotions. De même, elle sera une aide pour Logan dans des moments critiques. Les deux se complètent. X23 devient plus qu'un cobaye issu d'un ADN, elle devient sa fille. Il ne la protège pas comme un de ses camarades X Men, mais comme il l'aurait fait à l'époque pour Malicia. Soit un être plus jeune auquel il tient, à la différence que Laura et lui semblent plus intimes du fait de leur ADN commun. Laura est le dernier être qui lui donne un peu d'espoir, même à travers un rêve utopique. Rêve issu d'un comic-book X Men, chose que réfute complètement Logan en évoquant qu'à la différence d'une bande-dessinée, les gens meurent vraiment. Ou quand la réalité dépasse la fiction. Le tout alimenté par trois prestations monumentales. Jackman et Stewart quittent leurs personnages avec force et émotions, quand Dafne Keen signe une prestation forte notamment pour son jeune âge. Caliban quant à lui est un personnage un peu sacrifié, mais bien plus intéressant que la version montrée dans Apocalypse (ce n'est d'ailleurs plus le même acteur et ce n'est pas plus mal). Il n'en reste pas moins un personnage important car le seul pouvant repérer des mutants. Mangold signe un film emprunt de pessimisme mais aussi d'amour et d'espoir. On se prend même à rire parfois au cours de certaines répliques, présentes pour éviter un ton trop macabre. Un film qui risque de marquer au fer rouge la franchise X Men pour longtemps. (fin des spoilers)

Logan : Photo Hugh Jackman

Logan est le coup de massue sur la franchise qu'aurait dû être X Men Apocalypse. Une prise de risques violente et sauvage qui marquera durablement le comic book movie.