Cela faisait un petit moment que la Cave de Borat cherchait à exhumer le cinéma de Joe Dante. Disons le franchement depuis plus d'un an, repoussé par manque de temps, d'hésitations et de visionnages intensifs d'une filmographie variée rassemblant films, téléfilms et épisodes de séries télévisées (on évitera de parler de ces derniers). Parfois de véritables raretés où il faut bien le net pour vous aider dans votre croisade (y compris voir le film avec un russe qui double sur les dialogues originaux). Le déclic fut le festival Toute la mémoire du monde qui a eu lieu du 1er au 5 mars en sa présence. L'occasion pour la Cinémathèque française de faire une rétrospective complète jusqu'au 1er avril, où vous pourrez voir tous ses films et même les épisodes de séries qu'il a réalisé, dont ceux d'Histoires fantastiques (1985-87) et de Masters of horror (2005-2007). Mais aussi de développer le festival à travers la France avec l'opération Hors les murs, permettant à des exploitants en dehors de Paris de choisir des films parmi la programmation du festival. C'est ainsi que votre cher Borat a pu revoir Gremlins (1984) et Innerspace (1987) sur grand écran le 11 mars dernier. Mais de quand date mon amour pour le cinéma de Joe Dante? Cela date de Small soldiers (1998) vu en avril 2002 (papa avait enregistré le film sur la 3 en deuxième partie de soirée). 

Il faudra toutefois attendre l'adolescence pour que je me passionne pour son cinéma. La quasi-intégralité de ses films et téléfilms seront chroniqués dans ce cycle à l'exception d'un seul. Il s'agit de son premier film The Movie Orgy, un film évolutif initié dès 1966 en compagnie de Jon Davison (le futur producteur de Robocop et Starship troopers). Il s'agit d'un ensemble d'extraits de films, d'émissions, de cartoons souvent en rapport avec l'actualité et que Dante a monté de façon à en faire un film satirique. Une compilation a fini par être réalisé, regroupant environ sept heures de programme. C'est une version de 4h30 que le public de la Cinémathèque a pu découvrir en début de mois et probablement une des rares copies qui circule. Même le net ne vous sera pas d'un grand secours dans ce cas précis. Alors êtes-vous prêts pour un voyage de plusieurs cuvées dans le monde de Joe Dante? GO! (Attention spoilers)

The_Movie_Orgy

  • Hollywood Boulevard (1976): Quand Godzilla fut dirigé par Paul Bartel

Hollywood boulevard

Dans l'entretien présent sur le BR de Piranhas (1978), Joe Dante évoque qu'il est arrivé chez Roger Corman par des amis venant des cours de cinéma enseignés par Martin Scorsese. Il s'occupe d'abord de faire des bandes-annonces, ce qui revient à nouveau à faire du montage, voire parfois à rajouter des stockshots tournés rapidement. Selon lui, ce fut une manière d'apprendre à gérer le rythme d'un film. Un jour, il va voir Tonton Roger avec Allan Arkush dans l'idée de se frotter à son premier véritable long-métrage (The Movie Orgy est avant tout un exercice de montage). "Il a accepté à la condition de faire le film le moins cher possible [visiblement un pari avec Jon Davison], et de continuer à travailler sur les bandes-annonces pendant la nuit ! Nous avons donc fait Hollywood Boulevard en une dizaine de jours, en travaillant à deux. Pendant que l'un tournait ses prises, l'autre préparait ses scènes et on enchainait rapidement de la sorte, pour avoir plus de matière par jour de tournage." (*). Se rajoute également des extraits de films en tous genres issus du catalogue New World Pictures incorporés au sein même du film. Une manière comme une autre de faire des économies, mais aussi de rajouter un charme bis au film. C'est ainsi que le film tourné par le personnage de Paul Bartel incorpore des passages guerriers de The Big Bird Cage (Jack Hill, 1972).

Girl Hollywood 

Candy une héroïne de choc qui n'a pas peur de la cascade.

Un film de "women in prison" avec Pam Grier se déroulant également aux Philippines. Un film où Candy (Candice Rialson) jouera autant la guerrière surarmée que la femme violée dans une séquence aussi douteuse que certaines peloches de l'époque. Plus drôle encore, Dante et Arkush montre Bartel tourner une variante de son Death Race 2000 (1975), renommé pour l'occasion "Atomic War Brides", avec la même voiture et Frankenstein (David Carradine) remplacé pour l'occasion par l'héroïne. Un Roméo et Juliette se déroulant lors d'une compétition de voitures. Inutile de dire que les scènes vues en salle de projection sont celle du film culte de Bartel. De même, les films du drive in présentés avec le film des personnages sont des productions New World. D'un côté, le film d'épouvante The terror (Corman, 1963) avec Boris Karloff. De l'autre, le film de science-fiction soviétique Battle beyond the sun (Karyukov, Kozyr, 1959) acheté par Tonton Roger, avant de demander des reshoots pour le marché US à son poulain Francis Ford Coppola. Hollywood Boulevard est un film qui transpire l'aura du grand manitou, tant dans la manière d'économiser de l'argent avec des stockshots que dans un tournage rapide à la débrouille.

Car Hollywood 

Death Race Returns.

En mettant en scène un studio de cinéma fauché, Dante et Arkush font directement allusion à la société qui les produit et cela rajoute une petite mise en abîme pour le moins amusante. Même si l'on se doute que Tonton Roger ne castait pas de jolies filles pour ensuite leur faire voir l'arrière d'une camionette ! Ni donner lieu à une mort accidentelle qui fait ironiquement penser à une célèbre scène de Tropic Thunder (Ben Stiller, 2008), comme plus tragiquement à l'accident de Brandon Lee en 1993. On peut aussi noter les prestations remarquées de deux figures phares de la science-fiction. Tout d'abord, Robby le robot de Planète interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956) qui apparaîtra par la suite dans Gremlins et Les Looney Tunes passent à l'action (2004). Puis le mythique Godzilla renommé Godzina au générique au contraire de ce qui est écrit sur l'affiche! On sent bien que Tonton Roger a tout éviter pour payer des droits, même si le costume est complètement identique. Mieux encore, dans le cas de ces deux monstres sacrés du cinéma, ils sont considérés comme des personnages à part entière, voire honnêtement des stars. Le sens
de la référence de Dante envers son mentor se reflète dans cette première fiction et on peut rajouter à cela l'arrivée d'une figure marquante de son cinéma.

Godzilla Hollywood

Robby Hollywood

Godzilla et Robby font coucou à la caméra de Joe Dante et Allan Arkush, en compagnie de Dick Miller.

Dick Miller, acteur pour Corman depuis ses débuts (il a même tourné dans des films utilisés dans Hollywood Boulevard), hérite de son premier rôle chez Dante, celui de l'agent de l'héroïne. L'acteur ne quittera plus jamais le réalisateur trouvant toujours un caméo ou un rôle conséquent pour lui dans ses films et téléfilms. Un rôle musclé ici à l'image d'une scène bien particulière. Au cours d'une mise en abîme bien glauque, l'héroïne manque de se faire violer par le projectionniste croyant à une fille facile en voyant projeté le viol présent dans le film réalisé par Bartel. Encore mieux, un spectateur qui veut se faire rembourser de ces obsénités finit par faire pareil que ce qui le rebute! Il en aura fallu des épreuves pour que Candy devienne une star, continuant malgré les épreuves qui se montrent devant elle (les castings foireux, un braquage délirant, les tournages délirants). On regrette toutefois qu'Arkush et Dante sortent de leur chapeau une intrigue de tueur inspiré du cinéma de Mario Bava. Une sous-intrigue qui ne vaut que pour l'ironie de sa finalité: un tueur écrasé par le Y du panneau Hollywood ! Hollywood Boulevard n'est peut être pas parfait mais il a un véritable charme fou et sa vision du rêve hollywoodien vaut son lot de rigolades assurées. Le début d'une grande carrière. 

  • Piranhas (1978): La baie sanglante

piranha 

Comme à son habitude, Roger Corman sait trouver le bon filon. Rappelons par exemple sa trilogie Carnosaur (1993-96), dont le premier volet était sorti pile poil la même année que Jurassic Park (Steven Spielberg). Mais le producteur avait déjà été voir sur les terres du jeune Steven dans les 70's quand il a acquis le scénario de Piranhas signé Richard Robinson. Un projet qui ressemble fort à Jaws (Spielberg, 1975), ce qui amènera Universal à songer un temps à porter plainte. D'autant que le studio sortait peu avant l'événementiel Jaws 2 (Jeannot Szwarc) et craignait une mauvaise publicité. Il faudra bien que Spielberg intervienne et vante les qualités de pastiche de Piranhas pour qu'Universal laisse tomber. Dixit Joe Dante, le scénario original dévoilait un ours qui chasse des gens finissant dans une eau infestée de piranhas, avant que l'ours lui-même ne les rejoigne à cause d'un feu de forêt ! On ne pouvait pas faire plus invraisemblable même pour Roger Corman. Dante devait à l'époque choisir entre ce projet au script mal fichu et Rock'n roll High School qu'il laisse à son ami Allan Arkush. John Sayles se charge de réécrire ce scénario, ce dernier donnant à l'histoire un caractère politique quand Dante y a rajouté de la science-fiction. Toutefois, Tonton Roger commence à avoir peur de dépasser son budget habituel : les scènes-test lui ont plu mais il hésite à payer.

Piranha victime

Ainsi, le budget est monté jusqu'à 750 000 dollars et il faudra bien que Joe Dante parle d'un partenariat avec United Artists sur les droits internationaux pour que le boss abdique. Eric Braeden fait faux bond à Dante pour le rôle du scientifique, permettant au réalisateur d'engager un de ses acteurs préférés le regretté Kevin McCarthy. L'acteur deviendra comme Dick Miller un des acteurs phares du réalisateur, apparaissant dans un grand nombre de ses films. Dante se paye même le luxe de mettre en scène Barbara Steele, au point de changer le rôle de l'agent du gouvernement en femme. Le réalisateur usera de quelques petites magouilles pour avoir des jeeps de l'armée. Avec un scénario trafiqué où des militaires finissent par gagner contre des piranhas, le tour est joué. Ce qui s'avère d'une totale ironie quand on sait à quel point le film dézingue l'armée. Il n'y a qu'à prendre le postulat de départ. Des jeunes s'introduisent dans une zone de l'armée où ils se feront tués par des piranhas. Ces derniers ont été modifié pour vivre dans des eaux froides, suite à un projet lancé durant la Guerre du Vietnam. Par la même occasion, le scénario de John Sayles ne s'arrête pas en si bon chemin. Dans une campagne de dénigrement violente, l'armée cherche à camoufler l'affaire (malgré les morts), si possible avec un parc de loisirs dont elle possède des parts.

Piranha Dick

Si possible dans une ancienne fonderie de minerais fermée pour cause de pollution. Cette même pollution qui permettra de liquider quelques piranhas. Une thématique assez couillue même pour l'époque et surtout pour un film d'exploitation au départ (Piranhas a gagné ses galons de film culte, ce qui le rend un peu plus prestigieux dorénavant). Les héros (Bradford Dillman et Heather Menzies) seront seuls contre tous, sauvant le plus de monde possible y compris des enfants. Comme le dit Dante sur le BR du film, les 70's pouvaient encore permettre que des enfants passent à la casserole ou soient violemment menacés (même discours pour Jaws). Aujourd'hui il ne pourrait pas ou aurait bien du mal à le faire accepter dans une Amérique hypocrite critiquant le blasphème ou la violence dans les films, alors que la vente d'armes ne semblent pas gêner tout le monde. A ce cynisme ambiant se rajoute le patron du parc (Dick Miller) qui, à l'image du maire dans Jaws, n'écoutera personne sur la menace des piranhas, laissant son public se faire bouffer sur place. Il pourra toujours brailler devant une caméra filmant une plage couverte de cadavres et de blessés, c'est bel et bien lui le responsable de ce massacre. Le personnage de Steele est évidemment savoureux puisqu'elle en sait beaucoup trop et cherche à étouffer l'affaire.

Piranha Barbara

"Il n'y a plus rien à craindre" : le cynisme en un plan.

"Il n'y a plus rien à craindre" dira t-elle dans le dernier plan du film comme si rien ne s'était passé. Le drame est passé, faisons le oublier le plus vite possible. Sous ses atours de série B et en soi de pastiche de Jaws, Piranhas n'est pas si banal qu'il n'en a l'air et son scénario en mode "théorie du complot" y est pour beaucoup. Le film peut également compter sur des effets-spéciaux encore assez crédibles, voire miraculeux au vue de l'époque et du budget. Jouant en grande partie sur la suggestion (les piranhas n'apparaissent vraiment qu'à partir de la scène du radeau), Dante mise en grande partie sur une eau devenant rouge autour des personnages, évitant trop de maquillages. Le plus beau est certainement le corps de Keenan Wyne, perdant un pied au passage et avec des jambes rongés jusqu'à l'os. Pour le reste du film, Dante se révèle généreux, alignant les corps mutilés de partout y compris son camarade Paul Bartel incarnant un moniteur de camp de vacances. Par ailleurs, les apparitions nettes des piranhas tournées dans un bassin et en 8 images par secondes sont encore de grande qualité et ce, bien que ce soit des marionnettes. Des effets-spéciaux de qualité dus à une équipe de jeunes talents qui feront le bonheur d'Hollywood: Chris Wallas (Gremlins, La mouche), Phil Tippett (Robocop, Starship troopers) ou encore Rob Bottin (The thing, Hurlements).

Piranhas pir

Comme souvent à Hollywood, quand un de vos films marchent, on a tendance à vous mettre rapidement dans une case. C'est ainsi que Joe Dante se voit proposer "Orca 2" par le producteur Dino de Laurentiis, film qui restera au stade de projet. En revanche, il a bien failli se frotter aux dents de la mer au début des 80's. L'idée de "Jaws 3-People 0" vient des producteurs Richard D Zanuck et David Brown. L'idée était de s'écarter du film d'horreur et d'aller vers la parodie. C'est ainsi que le projet se rajoute dans la line-up de National Lampoon, série de films en rapport avec une revue comique où l'on retrouve Animal House (John Landis, 1978) et National Lampoon's vacation (Harold Ramis, 1983). Parmi les scénaristes, un certain John Hughes encore loin des teen movies qui feront sa réputation. Joe Dante arrive alors sur ce projet où des jeunes tournent Jaws 3 avant de se faire décimer un par un par un vrai requin. Le script évoque des caméos envisagés de Richard Dreyfuss et de l'auteur Peter Benchley. Bo Derek est vite engagée pour incarner le rôle principal et Dante parvient même à sortir Orson Welles de son chapeau, ce qui n'a visiblement pas plu à Universal ("Orson Welles ? On ne peut pas l'utiliser, il faudrait le mettre sur l'affiche" **). C'est à partir du moment où le script fut terminé que les conflits ont commencé. 

Jaws 3 people 0 

Le seul visuel connu du projet.

Dante parle d'une expérience douloureuse car malaisante, trimballé de réunion en réunion sans que rien ne soit clair. Entre un studio qui vise un public large et des producteurs qui voulaient un film plus grâtiné de l'aveu de Dante, cela ne peut évidemment pas aller. Dès lors, le projet fut vite mis de côté jusqu'à l'annulation. On dit d'ailleurs souvent que ce serait dû à Steven Spielberg, menaçant de quitter le studio s'il n'annulait pas "Jaws 3-People 0". On a un peu de mal à y croire, d'autant plus quand on voit le soutien qu'il a donné à Piranhas et encore plus au vue de la future collaboration entre Dante et lui. Joe Dante a en revanche eu assez de temps pour trouver une proposition moins problématique qui deviendra son quatrième film. Son passage aux studios hollywoodiens attendra. Jaws 3 se fera sous la direction de Joe Alves en 1983 dans une tonalité raccord à la franchise. Quant à Piranhas, il aura une sequelle et deux remakes / reboots. Piranha 2, célèbre premier film de James Cameron (1981) qui lui valu bien des ennuis, au point de se faire virer du tournage. Le film d'Alexandre Aja (2010) aura quelques points communs avec l'original, que ce soit le plongeur tué ou la grosse scène de massacre, le centre de loisirs ayant laissé place au désastreux Spring break. Quant au centre de loisirs, il servira de lieu d'action de sa séquelle (John Gulager, 2012).

  • Hurlements (1981) : Un frisson dans la nuit

Hurlements 

Comme évoqué plus haut, Joe Dante s'est retiré du troisième opus des Dents de la mer quand le producteur Mike Finnell lui a proposé Hurlements. Dante parle de son arrivée sur le projet: "un film de loup-garou qui venait de se 'débarrasser' de son réalisateur [Jack Conrad]. Le scénario n'était pas très bon, et il m'a demandé si cela m'intéressait de reprendre le projet en main. Je me suis dit que ce serait probablement ma seule chance de faire un film de loup-garou" (*). Le réalisateur fait d'abord appel à Terry Winkless pour retoucher le scénario, mais ce sera finalement John Sayles qui redéfinira le script. "Nous nous sommes inspirés des slashers (...) en faisant le film de telle sorte que vous ne sachiez pas qui était le loup-garou, ce qui vous plonge dans l'histoire. Nous voulions que ça ressemble à un 'psycho killer movie'. Nous avons traité le mythe du loup-garou comme un thème déjà connu des gens, qui en avaient entendu parler à la télévision, ou vu des films à ce propos. C'était le premier film à vraiment inclure l'élément supernaturel dans le monde moderne, sans avoir à passer par la case scientifique" (3). Ainsi, le film raconte dans un premier temps la rencontre saignante entre une journaliste (Dee Wallace) et un tueur (Robert Picardo qui fait sa première apparition chez Joe Dante) dans un coin un brin douteux d'une boutique (on y diffuse du snuff movie ou ça en a l'air).

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Dee Wallace et Joe Dante sur le tournage d'Hurlements.

Un tueur que l'on croit abattu durant un temps, avant qu'il ne réapparaisse sous la forme d'un loup-garou en cours de film. Un personnage décrit dès les premières secondes du film comme un tueur capable de scalper ses victimes par des coupures de journaux. On voit même une première allusion à la lycanthropie avec un dessin proche d'un loup-garou. Dante donne dans les premières minutes toutes les pistes pour la suite du film. Pour l'instant Picardo n'est qu'un tueur, pas forcément un loup-garou. De même, on ne sait pas que le thérapeute (Patrick Macnee) abrite tout un groupe de loup-garous dans son centre de repos (lui-même en est un) et pourtant son discours à la télévision annonce cela. Il parle ainsi de retour aux sources, de refoulement de soi et d'animosité intérieure. Le passage en loup-garou n'est pas montré dans le film comme une forme de malédiction, au contraire du Loup-garou de Londres (John Landis) sorti peu après. Même si dans les deux cas, il y a la douleur de la transformation. Les personnages assument pleinement leur état naturel, au point même de coucher ensemble en tant que loup-garou (une des rares scènes de nue de la carrière de Dante) et non en tant qu'homme. D'ailleurs, si Marsha (Elisabeth Brooks) mord le mari de la journaliste (Christopher Stone) c'est avant tout par attirance sexuelle et animale quasiment réciproque.

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Profitez des quelques secondes, c'est le seul plan où vous verrez les loup-garous en entier.

Ce dernier se révèle être un mari insatisfait sexuellement (sa femme ne veut pas à cause du traumatisme) et qui voit ici l'occasion d'assouvir ses pulsions gourmandes et croquantes... sur une drôle de photo psychédélique (on va dire que c'est pour masquer les effets-spéciaux). Dante se révèle également assez raccord avec les codes du genre, n'oubliant pas de citer les balles en argent issues d'une boutique gérée par Dick Miller. Si on ne les tue pas correctement, ils peuvent se régénérer. C'est ce qui explique le soudain retour à la vie du tueur. Pour ce qui est des maquillages, tout n'est pas toujours parfait et c'est le cas aussi du film de Landis. C'est par manque de moyens que l'aspect loup-garou apparaît finalement assez tard via la scène de sexe. Mais comme pour Piranhas, une fois que Dante est lancé il ne s'arrête plus. Il regrette toutefois un côté démonstration d'effets-spéciaux rendant les transformations trop longues. Toutefois, il opte pour des variantes notamment en fonction des morphologies ou des sexes. On le verra notamment avec le dernier loup-garou, loin de l'aspect totalement affreux des autres lycanthropes. Le personnage de Picardo est celui dont on verra le mieux la transformation, probablement plus glaçante encore que celle de David Naughton dans le Landis. Non seulement car il n'y a pas de blague, mais aussi parce que le personnage se transformant n'est pas seul. 

Il est face à une héroïne qui est dans l'incapacité de lui faire face physiquement. On assiste comme elle impuissant devant cet être dont la machoire se développe, le torse se bombe de manière spectaculaire, les doigts ondulent, les griffes apparaissent, les oreilles se dressent...Une vraie vision d'horreur à part entière. De même, si le premier loup-garou apparent n'est pas toujours très beau, il a une présence menaçante. Le seul plan conservé en stop-motion est celui que vous pouvez voir ci-dessus et encore, on nous le montre en fondu enchaîné un peu en "cache misère". C'est également le seul où l'on voit les loups entièrement. Des coupes dues notamment à un look différent des loups sur les plans en stop-motion et un éclairage plus clair. Dante a beau régulièrement évoqué Hurlements comme un film d'horreur comique (à l'image du Loup-garou de Londres), votre cher Borat a bien du mal à le voir comme autre chose qu'un film d'horreur avec parfois des pointes d'humour noir. A l'image de ce générique de fin montrant un steak en train de cuire saignant sur le grill pour Marsha. Mais c'est tout de même assez rare dans un film ressemblant à une tragédie pour son héroïne. Dante et Sayles n'en oublient pas leur cynisme habituel en évoquant un monde de la télévision cherchant à tout prix l'audimat (la palme au personnage de Kevin McCarthy). Y compris mettre en scène une rencontre entre une journaliste télé et un tueur, histoire de recueillir son témoignage sur leur antenne. 

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Dee Wallace vous implore en direct.

Mais également de couper un suicide en direct par une publicité pour de la nourriture canine (on n'est pas très loin de Robocop). Un événement qui n'est pas sans rappeler dans des conditions quasi-similaires (pas de loup-garou évidemment) le suicide en direct de la journaliste Christine Chubbuck en 1974. Si le réalisateur envisage un temps de donner une suite à Hurlements, elle se fera finalement sans lui. Ou plutôt elles puisque le film aura droit à sept séquelles réalisées entre 1985 et 2011 (le dernier est une sorte de remake). La plus connue étant évidemment Hurlements 2 ou Horror à sa sortie française (Philippe Mora), une suite souvent recensée comme une des pires de tous les temps, dont l'un des acteurs fera de multiples excuses à Joe Dante sur le tournage de Gremlins 2 (1990). Un certain Christopher Lee...

  • La quatrième dimension et Cheeseburger Film Sandwich (1983-1987) : l'heure du sketch

La quatrième dimension 

Au cours de sa carrière, Joe Dante a participé à trois films à sketches (le dernier est Trapped ashes), parfois dans des situations désastreuses. En 1983, il accepte sa première collaboration avec un studio: Warner Bros. Un studio qui fera autant son succès que le début de sa chute, mais cela est une autre histoire. Il s'agit d'une anthologie autour de la série La Quatrième dimension (1954-69) où John Landis, Steven Spielberg, George Miller (qui découvre aussi les studios hollywoodiens après ses deux Mad Max) et lui réaliseront des segments. Un tournage et une écriture qui dépendront d'un drame déjà évoqué dans ces colonnes: la mort de Vic Morrow et deux enfants lors d'un accident d'hélicoptère sur le tournage du segment de Landis (on va éviter les détails sordides). Tout ce qui était prévu s'est finalement cassé la figure au fur et à mesure comme en témoigne le réalisateur. "Au début, le film était supposé avoir des personnages récurrents, qui permettraient le passage d'une histoire à l'autre, et l'idée a été abandonnée. Steven Spielberg devait faire un épisode différent, sur des enfants faisant du 'trick or treat' pendant la nuit, et ça n'a pas marché, donc il a simplement fait le remake d'un épisode de la série" (3). Dante évoque d'ailleurs le principal problème de ce film: le manque d'innovation.

La quatrième dimension joe

Joe Dante sur le tournage de son segment.

Toutes les histoires du film sont issus d'épisodes connus de la série ou en passe de le devenir auprès de nouvelles générations. Les épisodes initiateurs des sketches de Dante et Miller sont d'ailleurs d'autant plus connus désormais, non pas à cause de ce film, mais de la série Les Simpson (1989-) qui en a fait des variations pour ses Simpson Horror Show. Toutefois le réalisateur tout comme Miller gagnent en liberté créatrice, là où ils auront parfois du mal à s'imposer sur leurs films suivants. Pour le réalisateur c'est aussi l'occasion de rencontrer son futur compagnon musical: Jerry Goldsmith. Ce dernier signe même un air assez similaire au thème principal de Gremlins sur le segment de Miller, qui ironiquement met en scène un gremlin s'attaquant à un avion (ce qui renvoie aux origines de la créature). Sur le sketch de Dante, on retrouve des figures connues tels que Dick Miller et Kevin McCarthy. Le premier joue un barman, le second un homme soumis à la volonté destructrice d'un gamin (Jeremy Litch). Dante installe un sentiment d'opression dû notamment au gamin. Ce dernier a le pouvoir de faire faire ce qu'il veut aux gens. S'il veut un steak, il devra être fait sinon la personne incriminée subira son courroux. La famille qui nous est présenté n'est pas vraiment la sienne. C'est avant tout des gens qu'il a choisi pour former un ensemble. La famille parfaite selon ses critères. 

La quatrième dimension kevin

Dante se fait plaisir avec une maison servant de lieu étrange, pas loin de l'univers que développera Tim Burton par la suite. Une maison globalement coloré là où les couloirs sont d'un blanc perturbants, des décors rappelant le cinéma expressionniste allemand (un élément qu'il reprendra dans The Hole), un lapin hideux sortant d'un chapeau de magicien, une première soeur avec une bouche disparue, une autre finissant dans un cartoon à l'issue redoutable... Le sketch finit même sur une note assez sombre, puisque l'héroïne (Kathleen Quinlan) en vient à se sacrifier pour que les autres puissent s'échapper. Même si on pouvait espérer un peu mieux de Joe Dante, il n'en reste pas moins que son sketch est le plus visuellement ambitieux de tout le film. Comme sur les autres sketches avec leurs auteurs respectifs, on ressent sa patte derrière. Ce qui n'est pas un mal sur un tel chantier. Au cours des 80's, Joe Dante est appelé par Landis pour participer à Amazon Women on the moon en compagnie de Carl Gottlieb (scénariste sur la trilogie Jaws), Peter Horton et Robert K Weiss (créateur des séries Weird science et Sliders). Dante parle plus ou moins de tournage commando: quand l'un avait finit de tourner son sketch, un autre arrivait pour faire le suivant et ainsi de suite. Un film qui sortira deux ans après son tournage si l'on en croit Dante, surement à cause de coupes diverses (on peut désormais les voir sur le récent BR).

Cheeseburger film sandwich

Jaquette de la vhs française.

Même s'il ne s'agit pas d'une suite à Hamburger film sandwich (Landis, 1977), Cheeseburger film sandwich en garde le même principe mais avec des réalisateurs différents. Une sorte de patchwork où l'on retrouve des histoires courtes, des publicités, des extraits d'émissions et même un film sans cesse interrompu. Plus que de se focaliser sur chaque réalisateur au risque de se casser les dents, abordons l'oeuvre entière pour ce qu'elle est. Comme souvent dans les films à sketchs, tout n'est pas parfait et certains passages sont moins marquants, voire inégaux par rapport à d'autres. Cheeseburger film sandwich n'en reste pas moins un délire savoureux où chaque auteur se moque de la télévision en général. Si le film dans le film, le fameux space-opera Amazon Women on the moon du titre original, est autant interrompu c'est à cause de la chaîne de télévision. Certaines histoires sont plus isolées, servant de petits court-métrages comme le montre l'ouverture signée Landis, avec un Arsenio Hall confronté aux appareils de son appartement. Au rayon de ce type de sketchs, Joe Dante a une place de choix se payant deux des passages les plus cyniques du film. Dans le premier, un homme (Archie Hahn) est dézingué par deux critiques dans une émission qu'il regarde. Malgré les attaques, le téléspectateur continuera de regarder jusqu'à la parole de trop. Mais mieux encore, il y a le fameux enterrement.

Cheeseburger film sandwich éloge

Robert Picardo sert de maître de cérémonie, différentes personnalités sont là pour témoigner, la veuve pleure... Mais le ton est totalement différent de ce que l'on a l'habitude de voir lors d'une éloge funèbre. Ici l'heure est au déballage et aux petits anecdotes scabreuses. Deux répliques bien chargées à l'appui: "Félicitations Harvey, tu n'as jamais été en quarante-cinq ans aussi performant que dans la virginité cadavérique!", "Harvey a écrit son testament sur son zob. Son avocat lui a dit 'ça tiendra pas debout à la cour!". Des répliques pinces sans rire entre la gêne quasiment totale et le sarcasme merveilleux. Le dernier sarcasme achèvera le spectateur, suggérant plus ou moins que cet enterrement est joué quasiment tous les dimanche à l'église! Le réalisateur reviendra en fin de film avec une pastiche de Sex madness (Dwain Esper, 1938), où Carrie Fisher vient voir le docteur Paul Bartel pour lui expliquer qu'elle a une maladie sociale. Fisher est tombée dans la dépravation depuis son arrivée en Californie, entraînant un mari pas prêt. Le Sida n'est pas évoqué même si on peut y penser. Il y a évidemment une surdramatisation du film, comme parfois on en retrouve dans de vieux films préventifs. Tout aussi mémorable, on retiendra le sketch de Weiss avec des pirates pillant un bateau de la MCA Home Video pleines de vidéos pirates. Un sketch qui a une résonnance toute actuelle, puisque la cible des majors n'est plus la VHS enregistrée, mais le téléchargement illégal. 

Cheeseburger film sandwich pirates

"Cap sur ce vaisseau de la MCA! Allons piller quelques VHS et Beta Max!"

"La loi fédérale punit sévèrement toutes reproductions et distributions illégales... -Ouh je tremble de peur. Ouh! Whahahahaha!" : trente ans après on en rigole encore. Gottlieb s'attaque quant à lui à une suite de L'homme invisible (James Whale, 1933) avec une homme qui n'est pas vraiment invisible et en joue un peu trop. Ce qui donne des effets comiques pour le moins cocasses. Dans Titan Man (Weiss), un jeune homme (Matt Adler) essaye de prendre un préservatif en toute discrétion pour vivre pleinement sa relation avec la belle Kelly Preston. Ce qui aura des conséquences désopilantes au moins pour le spectateur. Dans un passage type sitcom signé Landis, Michelle Pfeiffer verra son enfant égaré par le docteur Griffin Dunne. L'occasion pour le réalisateur de refaire tourner ses acteurs de Série noire pour une nuit blanche (1985) et du Loup garou de Londres. Steve Guttenberg fera quant à lui les frais de Rosanna Arquette en lui présentant sa carte d'identité et son permis de conduire pour voir ses antécédents sentimentaux. Le nouveau coupe-gorge des tombeurs du samedi soir! Dans le dernier du lot signé Landis, Marc McClure (le frère de Marty dans la trilogie Retour vers le futur) se voit offrir une vidéo à son nom par le patron du vidéo-club (le mythique Russ Meyer). Ce qui l'amène à voir une fiction érotique devenant bel et bien réelle.

Cheeseburger Film Sandwich : Photo Russ Meyer

Russ Meyer a une vidéo rien que pour vous.

N'oublions pas non plus le portrait d'une Penthouse Pet of the Month vivant dans le plus simple appareil tous les jours et partout (Monique Gabrielle). De quoi ravir les yeux des hommes comme ceux des femmes. Les publicités ne sont pas en reste, valant souvent elles aussi un bon lot de fous-rires. Ainsi, vous verrez Joe Pantoliano avec un remède anti-calvitie repris quasi-tel quel dans Les Simpson (l'épisode Simpson et Délila où Homer retrouvait des cheveux grâce au dimoxinil). On aura ensuite droit à diverses publicités pour le programme de BB King permettant de réintégrer les "noirs sans swing" ("black without soul" en anglais). Voici donc David Alan Grier chantant Chim Chim Cher-ee (1964) ou Close to you (1970) pour vos parties de jambes en l'air devant la cheminée par exemple, au piano ou avec une tenue bien folklorique. Vous n'êtes pas prêts d'oublier Don 'No soul' Simmons. Dans une publicité signée Gottlieb, on verra le Cosmopolitan Museum Art vendre toutes ses pièces suite à la fin de son bail. Même les sarcophages sont à vendre! Comment ne pas évoquer "Le mariage de la soie", roman érotique avec un complot présidentiel autour de la première dame, visiblement amatrice d'amants dans les petits quartiers de la Maison Blanche? Les SAS n'ont qu'à bien se tenir. 

Pour ce qui est des émissions, on ne compte que sur les aventures du pauvre Henry Silva dans la savoureuse Bullshit or not. Grâce à Joe Dante, vous saurez enfin qui est le monstre du Loch Ness et surtout comment le Titanic à couler. Attention le ridicule ne tue pas, mais le rire peut être. Evoquons enfin le fameux fil conducteur du film (en dehors de notre ami bidochonesque se baladant de sketch en sketch), le fameux Amazon Women of the moon. Un film sans cesse interrompu, coupé, alignant les problèmes techniques et même le coup de la pellicule brûlée (Grindhouse n'a clairement rien inventé). Quand on pense que cela va aller, c'est reparti pour un tour avec une coupure de publicité. Un film de science-fiction so 50's avec les costumes et maquettes kitschs ou ratés qui vont avec (il faut voir cette lune qui explose avec un bout encore accroché à un fil). Le scénario? Un équipage type Enterprise arrive sur la Lune accueilli par des femmes bienveillantes ou pas. L'occasion pour les hommes restants et même un robot (car oui, certains disparaissent au cours du film, si possible lors des coupures) de dompter quelques amazones ("J'espère que vous avez les choses bien en main? -Affirmatif!"). Alors moqueur Cheeseburger Film Sandwich? Non, il s'amuse avec la télévision et le cinéma en général, mais toujours avec tendresse. Même si certains passages sont fort corrosifs, l'ambiance reste bon enfant et tous les réalisateurs semblent s'être amusé dans ce délire foutraque mais terriblement drôle. 

 Allez à la semaine prochaine!


* Propos issus de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

** Propos tirés de : https://www.ecranlarge.com/films/interview/901672-joe-dante-interview-carriere-3eme-partie

3 Propos tirés de http://www.ecranlarge.com/films/interview/901667-joe-dante-interview-carriere-1ere-partie

Autres sources:

  • Mad Movies numéro 238 (février 2011).
  • Mad Movies numéro 264 (juin 2013)