Après être revenu sur les années 80 fort spielbergiennes de l'ami Joe Dante, passons aux 90's entre cinéma et télévision. Go! (Attention spoilers)

  • Matinee et Runaway Daughters (1993, 1994): Retour en enfance

Panic

Jaquette du BR français.

Peu après Gremlins 2 (1990), Joe Dante est contacté pour réaliser Matinee. Sur le BR du film, le réalisateur décrit le premier jet comme des jeunes "évoquant le cinéma de leur enfance" avec comme dénominateur commun une salle de cinéma. Une pointe de fantastique se présentait à travers un projectionniste vampire et une gérante de cinéma monstrueuse. "Un conte peuplé de monstres que personne ne voulait produire." La Warner laisse Dante développer le projet sans trop y croire. Un nouveau traitement incluait une star de cinéma rencontrant des enfants, ce qui a amené à la disparition des éléments fantastiques en dehors du mini-film "Mant". Le scénariste Charles S Haas a alors pensé à la crise de Cuba de 1962 comme contexte, l'élément qui a véritablement lancé le projet. Les fonds devaient au départ venir de sociétés étrangères, ce qui a engendré des problèmes de casting. Comme ces fonds peinaient à se concrétiser, Dante a proposé à Universal qui devait seulement le distribuer d'également le produire en rachetant les parts de ces producteurs. Bien que le film n'a pas coûté grand chose, il ne fonctionna pas des masses au box-office, sortant sur trop d'écrans alors que le film aurait eu une meilleure distribution en étant en sortie limitée, puis sur tout le territoire comme cela se fait de plus en plus de nos jours.

Panic cinéma

Dans cette même interview, Dante pointe le problème le plus évident: les studios ne savaient déjà plus vendre ce type de projets, qui plus est fortement nostalgiques ("comment vendre ce truc?" dira Tom Pollock, le vice-président du groupe MCA, après une projection-test). Durant longtemps, celui que l'on nomme aussi Panic sur Florida Beach sera invisible pour le public français. Quasiment jamais diffusé à la télévision (on était loin du culte autour du réalisateur qui existe aujourd'hui), indisponible car aucune édition n'avait dû dépasser la VHS des 90's... il faudra attendre que Carlotta le sorte en BR et DVD en 2011 pour que le film se fasse une véritable réputation en France. Alors que Matinee était un si ce n'est le plus discret de ses films de cinéma (en dehors d'Hollywood Boulevard bien évidemment), il commence à trouver son véritable public de nos jours. Matinee se présente comme deux films en un. D'un côté, le film principal avec le jeune garçon (Simon Fenton) assistant à l'avant-première de la nouvelle production d'un producteur à succès (John Goodman). De l'autre, la dite production d'environ vingt minutes "Mant" (disponible sur le BR), l'histoire d'un homme se transformant en fourmi suite à des radiations chez un docteur. 

Un mini-film que Dante a réalisé dans la plus grande tradition des films qu'il aimait à l'époque, que ce soit La mouche noire (Kurt Neumann, 1958), Godzilla (Ishiro Honda, 1954), Tarantula ou L'homme qui rétrécit de Jack Arnold (1955, 1957). Pas d'effets ringards, ni de pellicule dégueulasse au programme, mais du noir et blanc économique comme à l'époque, des plans pris à droite et à gauche (comme à l'époque où Dante travaillait pour Roger Corman) et des effets-spéciaux dignes de ce nom. La bande-annonce faites pour l'occasion joue notamment sur la réputation du producteur, savant mélange entre William Castle (pour ce qui concerne les pratiques du producteur) et Alfred Hitchcock (sa présentation est digne de celle du Maître du suspense, le cigare en plus). Comme la plupart des bandes-annonces de l'époque, les trois quarts du film sont dedans et les accroches chocs s'alignent. La meilleure? "50% homme, 50% fourmi, 100% terreur." Le film en lui-même est amusant à regarder, surjoué pour miser sur les séquences spectaculaires. Le réalisateur joue aussi des clins d'oeil, tout d'abord en faisant tourner aussi bien ses amis (Kevin McCarthy en général et Dick Miller en soldat) que des acteurs de séries B (William Shallert et Robert Cornthwaite qui jouent respectivement le docteur et le scientifique en chef).

Panic public

Puis en rendant hommage au King Kong de 1933 (la fourmi qui monte progressivement sur un immeuble alors qu'elle se fait mitrailler) et à Godzilla (la réunion entre militaires et scientifiques). Dans le dernier des cas, la référence est d'autant plus pertinente qu'elle renvoie au contexte historique de Matinee (la crise de Cuba était notamment nucléaire et le producteur vide la salle avec un champignon nucléaire projeté qui explose l'écran) et la manière dont l'Homme se débarasse de la chose est identique (une tête nucléaire et c'est fini). Dante rajoute des scènes qui misent sur l'Atomo vision, procédé consistant à rendre une séance plus attractive. Quand le public du cinéma dans "Mant" regarde vers le spectacteur en disant qu'une infirmière se fait agresser, l'actrice jouée par Cathy Moriarthy en costume d'infirmière est bel et bien emmenée par un mec déguisé en fourmi! Idem pour les secousses présentes dans le film ressenties par le public du cinéma grâce à un système de vibration posé sous les sièges. De quoi rêver d'une séance en Atomo vision, une expérience cinématographique qui serait au moins plus attractive qu'un Espace Cosy à Kinépolis... Des idées ingénieuses issues de l'imagination de Castle (tout comme les assurances contre la mort que fait signer Moriarthy aux spectateurs) et dont Dante exhume les pratiques avec malice et candeur.

Panic_fourmi

De la même manière que le réalisateur signe un film quasiment autobiographique (bien qu'il ne l'a pas scénarisé), alignant les magazines, dessins personnels et affiches de divers films (Tales of terror de Roger Corman, Le jour où la Terre prit feu de Val Guest, Qu'est-il arrivé à Baby Jane? de Robert Aldrich, L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford...). Y compris un autre film dans le film, parodie de ce que faisait Disney à une époque en donnant des sentiments à des objets (le plus bel exemple est Herbie). "Le Cadie déjanté" où l'oncle de l'héroïne (Naomi Watts qui faisait ses débuts à Hollywood) se réincarnait en cadie! Un vieux souvenir réadapté par Dante d'un film qui avait aussi bien ennuyé lui que son petit frère. Un élément qui se repète ici avec le héros principal. Ce dernier a le même âge que Dante avait lors des événements et le réalisateur s'amuse de la situation oppressante de l'époque et parfois son surréalisme (se mettre à genoux et les mains sur la tête pour éviter le nucléaire, ben voyons). Tout est là dans le travail de reconstitution pour que le spectateur soit à l'aise. Dante expose aussi une relation attachante entre le producteur et le jeune garçon, ce dernier voyant dans l'adulte un père de cinéma, un modèle qui lui a appris des choses en rapport à ce qu'il aime.

Panic Woolsey

De même, Lawrence Woolsey voit en Gene le passionné qu'il était plus jeune. Matinee est un film qui sent le cinéma de toutes parts jusqu'à en être le sujet même. Pour tout cinéphile qui se respecte, Panic sur Florida Beach est un pur plaisir jouissif, le genre qui confronte le spectateur à sa propre expérience du cinéma dans une salle de cinéma. Que ce soit le multiplexe ou le cinéma de quartier. Un voyage nostalgique pour Dante mais aussi pour le spectateur qui ne fait pas de mal à personne. Un an plus tard, Joe Dante reste toujours dans le cinéma de sa jeunesse avec le téléfilm Runaway Daughters. Il fait partie d'une collection de remakes de films d'exploitation produits par l'American International Pictures pour la chaîne Showtime. Parmi les réalisateurs concernés par la collection, on retrouve Robert Rodriguez (Roadracers avec David Arquette et Salma Hayek), William Friedkin (Jailbreakers avec Shannen Doherty), Mary Lambert (Dragstrip girl avec Mark Dakascos, dont on voit l'affiche de l'original dans le téléfilm de Dante) ou encore John Milius (Motorcycle Gang avec Carla Gugino et Jake Busey). Un casting pour le moins prestigieux à une époque où le câble américain commence à trouver ses marques (HBO venait de diffuser Les contes de la crypte et alignait déjà pas mal de téléfilms). 

Runaway daughters

Comme sur ses précédents films, Dante a fait appel à Charles S Haas ce qui revient à parler de dyptique nostalgique. Le réalisateur s'attaque pour la première fois à un remake véritable depuis son sketch dans La quatrième dimension (1983), InnerSpace (1987) étant avant tout une pastiche du Voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). Votre cher Borat ne vous cache pas que ce fut bien difficile de le trouver même sur le net et qu'il a fallu le voir dans des conditions drastiques (rien de pire que quelqu'un qui parle sur des dialogues, notamment quand il s'agit d'un russe). Toutefois, le film est suffisamment compréhensible pour être vu sans déplaisir. Runaway Daughters se situe un peu plus tôt que Matinee (1956), mais a toujours le contexte de la Guerre Froide mis en évidence. Toutefois cet aspect reste très secondaire et ne prend pas sens dans les actions des personnages. Ainsi, les Américains semblent avoir peur d'un satellite russe, ce qui sera confirmé par un travelling arrière final stoppant sur le passage du dit objet. Ce qui peut être vu comme un clin d'oeil à The 'Burbs (1989), qui commençait et se terminait par un même plan de la Terre vu de l'Espace.

Runaway_daughters_girl

Dante plante d'ailleurs le décor dès le générique avec diverses images d'archives montrant les bals, le rock'n roll, les voitures, la Guerre de Corée, les concours de beauté, Fidel Castro, un extrait d'I was a teenage werewolf (Gene Fowler Jr, 1957), une navette qui s'écrase en plein décollage et la devanture d'un cinéma passant House of wax (André de Toth, 1953) en 3D. Le téléfilm est porté par une intrigue assez simple, se composant de la fugue maquillée en kidnapping de trois adolescentes à la recherche de celui qui a mis en cloque l'une d'entre elles (Julie Bowen, Jenny Lewis et Holly Fields). Il s'agit donc avant tout d'un road movie légèrement vengeur (la violence est rare dans le film). Les péripéties sont assez peu présentes, avant tout l'occasion de quelques scènes déjantées ou glauques. La première étant bien évidemment celle avec des policiers (dont un est joué par Courtney Gains, le plus jeune des voisins louches de The 'Burbs) jouant un peu trop de leur pouvoir avec des demoiselles seules. La seconde est quand les filles sont au prise avec des criminels dangereux liquidés de peu par des policiers. Runaway Daughters se focalise avant tout sur ses héroïnes et curieusement c'est le premier film de Dante depuis La quatrième dimension où il met en scène des filles en premiers rôles.

Runaway daughters roger

Les Corman vous attendent pour un petit barbecue.

Bien qu'il a mis en scène des personnages féminins par la suite, elles étaient avant tout des second-rôles. Si bien que les hommes sont relegués au second plan dans ce film. Ainsi, Bowen joue la fille bourgeoise qui s'ennuie dans sa grande maison; Fields la fille délaissée par le dit petit copain (Chris Young); et Lewis semble vivre dans un cadre un peu trop strict. Trois héroïnes finalement attachantes auxquelles on peut rajouter l'impayable Paul Rudd, clone au grand coeur de James Dean. Dante ose le gros happy-end des familles, quitte à être un petit peu moraliste en faisant du petit-ami un véritable lâche en puissance. Ce qui n'empêche pas Joe Dante de signer un téléfilm tout ce qu'il y a de plus sympathique où il s'amuse à faire tourner ses amis. Ainsi, on voit passer Roger Corman et sa femme en parents du petit-ami; la majorité du casting d'Hurlements (Robert Picardo, Dee Wallace, Christopher Stone et Belinda Balaski) jouent divers parents, auxquels se rajoute Wendy Schaal et Joe Flaherty; Cathy Moriarty en seule femme du gang (entraînant une filliation supplémentaire à Matinee); et enfin Dick Miller en détective privé. Rien de mieux qu'être avec sa famille de cinéma pour aborder les souvenirs d'antan. 

  • La seconde guerre de secession (1997) : War! What is it good for? Absolutely nothing!

La seconde guerre de secession 

Au cours des années 80-90, la chaîne câblée HBO commence à se faire une réputation avec plusieurs téléfilms de prestige. Initialement, La seconde guerre de sécession devait être réalisé par Barry Levinson qui s'est désisté surement à cause de la production fortement compliquée de Sphere (1998). Joe Dante est alors le second candidat et Levinson reste producteur. La seconde guerre de sécession est un projet qui aurait eu du mal à se produire au cinéma, compte tenu de la charge politique colossale qu'il montre au spectateur. La télévision permettait déjà d'aller un peu plus loin, notamment HBO qui avait déjà produit des téléfilms assez politisés, ce qui permettait une continuité. Dans son élan, le réalisateur a dû passé par des coupes: "J'ai dû faire des compromis avec HBO (...) Le film était trop sombre pour eux. Ils voulaient plus d'humour et ils ont coupé pas mal de choses que je trouvais personnellement très drôles [Dante ne précise pas quoi], mais qui n'étaient pas à leur goût" (*). Le téléfilm bénéficiera même d'un passage au cinéma en France, ce qui lui permet d'avoir une petite réputation mais il est difficile à trouver en vente libre. Même problème aux USA où le téléfilm n'est pas sur le site de la chaîne, jamais rediffusé et encore moins facilement disponible.

La seconde guerre de secession Phil

Heureusement, il reste le camarade Dailymotion pour le curieux français... Comme le dit si bien le réalisateur, "le film évoque des sujets brûlant dont on pourrait penser qu'ils ne sont plus vraiment controversés alors que le débat va en s'empirant" (*). Découvrir ou revoir La seconde guerre de sécession en 2017 c'est se prendre une immense claque. Le téléfilm ne reflète pas la réalité de l'époque, mais malheureusement ce qui s'est passé et se passe encore vingt ans après sa diffusion. La crise des migrants due aux guerres; le politique xénophobe et pro-armes; les affaires politico-sexuelles; la quête du buzz des chaînes d'information continue où l'on ne vérifie pas l'information, quitte à faire une bourde; l'interventionnisme militaire immédiat... Le slogan du fameux gouverneur (Beau Bridges) n'est d'ailleurs pas si éloigné de celui de l'actuel président des USA, puisqu'il s'agit de "l'Amérique telle qu'elle devrait être". Dante justifie même cette seconde guerre de sécession (ou guerre civile) sur un mensonge ou tout du moins une erreur de compréhension. Soit ce qui s'est malheureusement passé avec la seconde Guerre en Irak. Au fur et à mesure que le téléfilm avance, le spectateur ne sait plus s'il doit rire ou pleurer, si ce qu'on lui présente n'a finalement pas déjà eu lieu d'une manière ou d'une autre. 

La_seconde_guerre_de_secession_Beau

Ce qui était visionnaire, voire peut être ridicule en 1997 (par exemple, le scandale sexuelle entre le gouverneur et la journaliste renvoie directement au Monicagate) a tellement été multiplié par dix depuis que s'en est choquant. Ce qui fait de La seconde guerre de sécession un film plus qu'important dans le paysage télévisuel comme cinématographique, car il touche au but sans avoir le poids des années sur son dos. La réalité a dépassé la fiction. Le réalisateur a plutôt raison de multiplier les points de vue, car cela permet au téléfilm d'avoir une véritable vue d'ensemble du drame qui se joue devant nous. Dans un premier temps, les politiques se crachent à la figure au sein d'un même pays, car ils campent tous sur leurs positions dans une situation explosive. D'un côté, le président mal conseillé et optant pour une décision importante sur une mauvaise information (Phil Hartman). Le choix d'Hartman n'a d'ailleurs rien d'étonnant dans le rôle du président, puisqu'il imitait Bill Clinton au Saturday Night Live. De l'autre, un gouverneur qui se retrouve envers et contre tous car ne veut pas de migrants dans l'Etat d'Idaho. Les médias se rajoutent ensuite à cela. Largement couvert par la chaîne Newsnet (NN en VO), le conflit devient un moyen d'instrumentalisation à grande échelle via ces médias. L'information qui déclenchera ce problème viendra même d'un journaliste de terrain et non d'un quelconque conseiller.

La seconde guerre de secession army

Les failles du gouverneur viendront d'une journaliste un peu trop proche (Elizabeth Pena) et qui ironiquement est une immigrée mexicaine. Surviennent ensuite les reporters de terrain (Dennis Leary, Miller et Hank Stratton) assistant aux mutineries militaires particulièrement sanglantes et dans leur instant de vérité, l'un d'entre eux sera tué en plein direct, un autre tabassé. Alors que la guerre civile fait rage, la première chose qui vient au rédacteur en chef (Dan Hedaya) est de savoir où est passé le logo de sa chaîne à l'image. Ce dernier est tellement à côté de la plaque qu'il se fait reprendre par son assistante (Jennifer Carlson), qui lui explique qu'il est peut être hors de danger à l'intérieur de sa rédaction mais que le drame est bien à l'extérieur. Rien ne se passe dans sa rédaction, il ne fait de l'audience que sur ses reporters et camaramen restés dehors. Dans le même registre, on retiendra également ce bonhomme aux idées fumeuses comme faire croire que des enfants migrants chantent We are the world sur des stockshots ou faire un téléthon pour les orphelins, si possible en montrant des seins à l'antenne pour faire grimper l'audience. On exploite des pauvres malheureux pour se mettre plein d'oseilles dans les poches. On voit également qu'il y a tout et son contraire dans la rédaction, entraînant des prises de bec entre certains personnages. La plus belle étant celle entre Ron Perlman et Andrew Hill Newman jouant deux personnages complètement à bout. 

La seconde guerre de secession dan

Le premier est assez clairvoyant et voit progressivement ses idéaux se casser la figure, au point de tomber dans une tristesse totale en fin de film. Le second a des propos qui honnêtement peuvent se refléter aussi bien aux USA qu'en France (et ce n'est pas un compliment). Comme le fameux "si on ferme les frontières, il y a aura plus de travail pour les citoyens". Il faudra bien Tonton Roger Corman pour le remettre à sa place. De même lors de l'exécution des militaires mutins, la présentatrice du JT (Joanna Cassidy) en vient à critiquer viruleusement son collègue (Ben Masters) qui préfère passer à autre chose, plutôt que de revenir sur le drame qui vient d'arriver. Puis il y a aussi les personnages de James Earl Jones et Robert Picardo qui cherchent avant tout les enquêtes de fond et sont rembarés car il faut de la news au plus vite pour que le public reste concentré. Dante parle souvent de La seconde guerre de sécession comme un des films les plus importants de sa carrière. On aurait tord de le contredire avec un tel pamphlet, aussi excellent qu'est sa chute volontairement ridicule.

  • The osiris chronicles (1998) : Joe Dante en mode pilote

The osiris chronicles

Jaquette de la VHS américaine.

Pour ceux qui auraient peur rien qu'en voyant la jaquette ci-dessus (particulièrement hideuse pour être gentil), soyez rassurés. The Osiris Chronicles connu également sous le titre de The Warlord : Battle for the galaxy n'est pas un téléfilm, mais le pilote version longue (près d'1h30 quand même) d'une série télévisée qui n'a jamais vu le jour. N'ayons pas peur de le dire: Joe Dante n'est là uniquement que dans un rôle de tâcheron. Le seul rapport commun à ses films est la présence de Dick Miller le temps de quelques minutes en vendeur ambulant. La réalisation ne sort jamais des scories télévisuelles jusqu'aux effets-spéciaux parfois d'une pauvreté folle. Il n'y a qu'à voir le Sublime Planum, dégueulasse en CGI dans des plans larges embarassants et correct en maquillages sur des plans rapprochés. Le récit n'est pas très compliqué malgré la surexplication survenant en ouverture. En fait, The Osiris Chronicles se présente comme une sorte de mélange entre Star Wars (1977-) et Star Trek (1966-). D'un côté, le scénario reprend le principe de la république qui s'effondre. Les rebelles ont battu la république dans une galaxie où la pauvreté, la famine et la surpopulation avaient été éradiqué. Alors pourquoi une guerre? Parce que des gens s'ennuyaient!

The osiris chronicles rod

Le but du personnage incarné par Rod Taylor (rôle initialement voué à Christopher Lee) est de réinstaurer une forme de république avec l'aide du descendant d'un consul devenu un Warlord (soit la partie rebelle). Han Solo et Luke Skywalker laissent leurs places au voleur Justin Thorpe (John Corbett) à la recherche de sa soeur (J Madison Wright). Etant donné que The Osiris Chronicles était censé être le premier épisode d'une nouvelle série, l'intrigue sur le sauvetage de la gamine est laissée en suspens, ce qui ne joue évidemment pas en sa faveur. Idem pour le retour à la république qui devait surement être l'intrigue principale de la série. Pour le second univers repris, il y a l'aspect équipage qui s'en ressent assez facilement, la série Star Trek (1966-69) ayant quasiment inventé ce type de représentation dans le space opera avec un rôle clé pour chaque personnage. On a le vieux briscard (Taylor), sa petite fille en pilote (Elisabeth Harnois), sa fille est arbitre ce qui consiste à négocier entre les peuples (Carolyn McCormick), un garde du corps muet qui ne sert honnêtement à rien (Marjorie Monaghan), Thorpe le capitaine du vaisseau, le Warlord (John Pyper Ferguson) en soutien et le sidekick noir qui parle beaucoup (Darryl Theirse). 

The osiris chronicles dick

"Je suis Dick Miller, regardez moi, je ne fais que passer!"

Idem pour le système de téléportation quasiment similaire à celui employé par le Captain Kirk. Toutefois, ce téléfilm n'est pas désagréable à regarder malgré quelques ratés et ses influences gargantuesques. Juste que si vous attendez quelque chose d'intéressant venant de Joe Dante, ce n'est clairement pas ici.

  • Small soldiers (1998) : Les apparences sont parfois trompeuses

small soldiers

Comme souvent, quand Joe Dante arrive sur le projet Small Soldiers, il n'en est pas forcément l'initiateur. "Small Soldiers a traîné pendant un moment chez Amblin [visiblement le scénario avait été acheté en 1992] , puis était passé chez Dreamworks quand Steven Spielberg a créé le studio. A mon avis, le film ne s'était toujours pas fait parce que la technologie requise n'était pas au point. Je suis arrivé et j'ai apprécié l'idée même au coeur du film, à savoir que le soldats ne sont pas forcément les gentils et que les monstres aux allures bizarres ne sont pas les méchants (...) J'ai pensé que c'était un bon message à envoyer aux enfants." (*) . Le réalisateur travaille avec Stan Winston tout d'abord sur des marionnettes, avant de passer aux images de synthèse. Comme évoqué plus haut, le film est peut être sous l'égide de Steven Spielberg (Dreamworks est son second studio), mais les choses sont différentes de l'époque où les deux larrons travaillaient ensemble. Sur Small Soldiers, Dante n'aura quasiment aucun contrôle et Spielby ne viendra pas l'aider cette fois, car il n'est pas aussi impliqué dans Dreamworks qu'il ne l'était à l'époque d'Amblin. Le principal problème viendra du ton même du film. 

Small soldiers chip

"Il y avait des partenariats avec plusieurs sociétés différentes [dont Burger King] qui voulaient un certain type de film. On m'a d'abord demandé de faire un film 'tendance' pour les ados. Mais quand ils ont commencé à créer le matériel marketing, le ton était orienté vers les jeunes enfants (...) C'était déjà trop tard, la moitié du film était dans la boîte. Alors ils ont taillé dans les scènes jugées violentes, dans les explosions, (...) le prétexte étant que les parents allaient se plaindre." (*). Des reproches déjà faits aux Gremlins (1984, 1990), mais encore une fois Spielby n'est plus là pour le soutenir, d'autant qu'à l'époque il est occupé sur les plages irlandaises. Le réalisateur évoque également que dans ce climat d'incertitude constant, il recevait parfois des pages de scénario de scènes qu'il avait déjà tourné. La fin qu'il désirait à l'usine de jouets est également refusée par les producteurs qui préfèrent une bataille rangée à la maison. Economie surement mais on y perd beaucoup au change. Pas que le climax de Small Soldiers soit mauvais, mais peu avant Alan (Gregory Smith) et Christy (Kirsten Dunst) partent en scooter poursuivis par les jouets, avant de revenir au bercail une fois que la plupart soit bousillée. Le jouet Chip Hazard va quand même à l'usine et ramène à la maison d'Alan sa bande de potes tout frais de l'usine.

Small soldiers Kirsten

Ce qui revient à faire un affrontement, à partir pour revenir à un nouvel affrontement au même endroit, ce qui est un brin redondant. Pas de doute non plus que dans l'usine l'échange aurait peut être été plus violent également. Comme si cela ne suffisait pas, Phil Hartman qui joue le père de Christy est assassiné par sa femme le 28 mai 1998, empêchant ainsi les reshoots demandés par Burger King. Universal retira par la même occasion des plans des bandes-annonces ou spots tv où il est agressé par des jouets. Le film lui est évidemment dédié. Au final, Small Soldiers n'a pas intéressé grand monde à sa sortie, attendant patiemment la vidéo pour se faire une réputation et quand on voit la promotion de l'époque, on comprend un peu plus ce qui s'est passé. Prenons la bande-annonce ci-dessous. On ne voit jamais les Gorgonites pourtant bien représentés dans le logo du film. C'est à peine si on verra les jambes d'Archer dans un autre trailer. Universal (qui distribue le film) a tout misé sur les jouets militaires qui sont en faites les méchants de l'histoire ! On ne comprend même pas quel peut être le sujet même du film, puisque tout ce qui est montré sont des passages où les jouets sont détruits ou d'autres où ils bousillent le décor. Sa publicité au combien mensongère explique peut être son actuelle réhabilitation, puisque le public ne s'attendait certainement pas à un film type Gremlins avec des GI Joe psychopathes et de gentils freaks.

Le contraste se ressent jusqu'au casting de voix pour les dits jouets. A l'origine, Joe Dante souhaitait prendre le casting de Predator (John McTiernan, 1987) pour incarner le commando d'élite. Ce qui se ressent dans le design des jouets assez proche de celui de la bande de portes-bonheur. Au final, le réalisateur trouvera tout aussi bien avec Tommy Lee Jones, Bruce Dern et quatre des Douze Salopards (Jim Brown, Ernest Borgnine, George Kennedy et Clint Walker). Le casting des Gorgonites donne clairement le change avec Frank Langella et trois des Spinal tap (Christopher Guest, Harry Shearer et Michael McKean). Des personnages au design plus fantaisiste et digne du bestiaire déjanté de Gremlins 2. On a une créature qui s'est reconstruit à la manière de la créature de Frankenstein; un cyclope; une créature faisant des tornades (un hommage à Taz ?), un guerrier, un rhinocéros et un colosse au poing de pierre. Quant à nos amis Barbies défigurée jusqu'au boutisme au point de souffrir de déviances sexuelles (Dante qui parasite tout un mythe de "femmes modèles", c'est d'un jouissif), elles sont doublées par les deux grosses actrices de films / séries teen de l'époque Sarah Michelle Gellar et Christina Ricci.

Small soldiers barbies

Le mythe Barbie dézingué en un plan.

D'ailleurs, un des membres du Commando d'élite dira sans ménagement que l'une des poupées "prend toutes les positions", quand un autre demandera s'il peut avoir une permission pour littéralement passer du bon temps avec elles. Quitte à aller toujours un peu plus dans la transgression, autant également faire d'une poupée Jackie Kennedy une guerrière psychopathe! Comme le disait plus haut le réalisateur, il est intéressant de montrer, qui plus est dans un film grand public, qu'un militaire n'est pas forcément quelqu'un de positif et que le freak aussi difforme soit-il est finalement bien plus sage. C'est même toute la richesse du film puisqu'en allant vers ce paradoxe, Dante est à contre-courant de la représentation habituelle du soldat dans le cinéma américain, à la fois guerrier mais aussi très courageux dans une adversité parfois folle. Ici, c'est un destructeur, la caricature du psychopathe qui détruit tout sur son passage, patriotique à en vomir et ne se soucie pas du mal qu'il effectue sur l'adversaire car de toutes manières, il est fait pour l'éradiquer. Comme si un jouet GI Joe avait une conscience. C'est aussi là où Dante se veut le plus critique et certainement le plus pertinent. Les premières séquences sont particulièrement importantes puisque nous présentent tous les problèmes qui vont survenir.

Small soldiers patriote

A l'aide d'un spot de publicité, il nous présente Globotech, une entreprise spécialisée dans l'armement high tech qui essaye de s'impliquer dans les foyers américains. Pour cela rien de mieux qu'une petite OPA sur un fabriquant de jouets, virer un peu de monde et passer pour une entreprise clairvoyante aux yeux du public, alors que pas du tout. La réunion qui suit ressemble étrangement à une qui pourrait avoir lieu à Hollywood. D'un côté, le concepteur créatif qui mise avant tout sur l'univers et les personnages plus positifs (David Cross peut se voir comme une représentation de Joe Dante). De l'autre, le commercial qui mise sur l'aspect guerrier beaucoup plus vendeur des militaires (Jay Mohr dans une position proche des producteurs et patrons de studios). Inutile de dire que ce qui plaît plus au grand manitou (Dennis Leary merveilleux de cynisme) est la seconde option. L'idée même de donner une conscience à des jouets vient d'ailleurs de ce personnage qui veut des jouets plus vrais, qui effectuent le but qu'on leur a fixé. Pour paraphraser une de ses répliques, un jouet n'est plus seulement un jouet quand on lui donne une conscience. Si son but est de faire la guerre, il la fera comme n'importe quel humain. S'il est de se cacher car il est pacifique, il le fera aussi. Rien que par leurs buts différents, les Gorgonites n'ont aucune chance et sont voués à se faire écraser par le Commando d'élite.

 Small soldiers gorgonites

Si le patron n'a fait que donner une idée, il est aussi irresponsable que son employé qui rajoutera des puces militaires dans les jouets. Ce même patron qui dans les dernières minutes dira que ce type de jouets plaira à certaines dictatures d'Amérique du Sud! Le même qui achètera également chaque témoin et fera déplacer un camion avec le logo de la marque, histoire que rien ne s'ébruite. Un cynisme qui se perpétue à travers des choix de musiques parfois très judicieux. Tout d'abord utiliser War (Edwin Starr, 1970) chanson au combien contestataire pour une scène de guérilla urbaine. Ensuite, miser sur La chevauchée des walkyries (Richard Wagner, 1870) pour un petit clin d'oeil à Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979). Dans un premier temps, pour un débarquement aérien des jouets, puis par la réplique "I love the smell of polyurethane in the morning". Dans un sens, même le personnage principal est loin d'être irréprochable, puisqu'il a fait quelques conneries dans d'anciens collèges et lycées et peine depuis à retrouver la confiance de ses parents. Si Les Looney Tunes passent à l'action (2004) s'attaquera plus d'une fois à Hollywood, il n'a jamais le cynisme et la radicalité de Small Soldiers. Ce qui fait peut être de ce film un opus plus intéressant sur plusieurs aspects que les Gremlins et ce malgré tous ses problèmes de production.

Allez à la semaine prochaine!


1 Propos tirés de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

Autre source:

https://www.ecranlarge.com/films/interview/901668-joe-dante-interview-carriere-2eme-partie

Pour ceux qui désirent voir La seconde guerre de sécession (en vf):

  • http://www.dailymotion.com/video/x18u7j7_la-seconde-guerre-de-secession-1-2_shortfilms
  • http://www.dailymotion.com/video/x18u86l_la-seconde-guerre-de-secession-2-2_shortfilms

Pour ceux qui désirent voir The Osiris Chronicles (en vo non sous-titré):

  • https://www.youtube.com/watch?v=FhKZHpoI1NA