Un jeune homme afro-américain va rencontrer sa belle-famille blanche le temps d'un week-end. Vous pensez connaître cette histoire? Vous n'êtes pas au bout de vos surprises...

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En France, nous connaissons peu ou pas du tout le duo Key et Peele, au même titre que nous suivons à peine le Saturday Night Live, passant parfois à côté de certains talents comiques. Un duo qui a eu droit à un show durant cinq ans et même à un film (Keanu de Peter Atencio, 2016) inédit en salles et à la vente, mais disponible partout sur le net (Netflix est le mal des distributeurs ne l'oublions pas). Key est déjà apparu dans quelques films et sera de l'aventure The Predator que tourne en ce moment Shane Black. En revanche, Peele, Jordan de son prénom, a décidé de passer à la réalisation. Qui plus est avec Jason Blum aka "le producteur qui produit un film pour 5 millions de dollars (mais pas trop)". Une astuce à double tranchant avec des crus finissant parfois en DTV ou peinant à convaincre en salles (remember Jem et les hologrammes). Il se trouve que Get out (2017) fut un beau succès au box-office US cet hiver, permettant un passage au cinéma dans nos contrées avec grosse campagne à l'appui. C'est ainsi que votre interlocuteur a pu le voir en avant-première il y a deux semaines. Get out est le cas typique du film où moins vous en savez, plus la surprise sera grande. A l'heure où le marketing US a tendance à montrer les trois quarts d'un film avant sa sortie, ce type de promotion fait plaisir à voir.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Daniel Kaluuya (Black Mirror) prend la place de Sidney Poitier dans le rôle du gendre afro-américain qui ne sait pas à quelle sauce il va être mangé. Allison Williams (Girls) celui de la fille sortie d'un quelconque racisme incarnée autrefois par Katharine Houghton. Catherine Keener et Bradley Whitford se chargent de jouer les parents visiblement un peu plus conciliants que ceux incarnés par Spencer Tracy et Katharine Hepburn. Par ce jeu des apparences, le quatuor s'en sort vraiment bien, notamment les parents. Sauf que dès la première séquence, on sent que Peele veut avant tout s'amuser du postulat pour aller dans une autre direction. C'est aussi pour cela qu'il joue sur les attentes du spectateur. Le spectateur n'a aucune longueur d'avance sur le personnage principal, en dehors de la première séquence mystérieuse dont il ne connaît pas la finalité. Ce qui en fait la plus grande réussite du film. Le spectateur découvre les événements en même temps que lui et s'interroge également, car Peele reste focalisé le plus possible sur son personnage principal. Si le point de vue des personnages secondaires (y compris la petite-amie) est montrée, ce ne sera finalement que dans le dernier acte, le grand moment des révélations. (attention spoilers) La première séquence a tendance à nous prévenir de ce qui va arriver, sans être réellement explicite. Un jeune homme afro-américain (Keith Stanfield) se fait kidnapper en plan-séquence alors qu'il est dans une rue d'un pavillon bourgeois.

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Le spectateur aurait pu avoir la puce à l'oreille, puisqu'il cherche la maison où habite sa petite-amie, mais le spectateur est tant pris au jeu qu'il ne remarque pas vraiment le sous-entendu. On passe alors au héros tout naturellement. Julia Ducourneau a ironiquement commencé son film Grave (2016) de la même manière, partant d'un élément semble t-il extérieur (un accident chez elle, un enlèvement ici) comme séquence pré-générique, avant d'y revenir par la suite. On saura ce qu'est devenu ce jeune homme (comme la personne dans Grave) plus tard dans le film, mais à l'instant le mystère est complet. Get out navigue dans l'étrange, un peu comme dans un épisode de La quatrième dimension (1959-64). Peele cite littéralement la série avec la chambre obscure où se retrouve l'âme du héros, renvoyant à ce fameux générique avec une porte ouverte amenant à la dimension. Le fait de rester sur une seule perception permet aussi de ne pas comprendre directement les choses qui se trament autour de lui. On ne le comprend que trop tard comme lui. On sent qu'il y a quelque chose qui ne va pas, comme ces domestiques afro-américains aux comportements quasi-robotiques, un mec revenu d'entre les disparus comme si de rien n'était, ou les parents qui insistent sur le fait qu'ils ont voté pour Barack Obama et qu'ils étaient prêts à le voter une troisième fois.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Peele s'en amuse et continue à installer un malaise de plus en plus fort (la réception est un festival entre remarques douteuses et l"accident"). Arrive alors le moment des révélations. Là aussi le spectateur aurait pu avoir la puce à l'oreille au moins deux fois. Que ce soit le tête à tête entre la belle-mère et son gendre ou la visite du beau-père. On peut penser à du racisme direct, consistant à "exterminer ou asservir du noir" tel les membres d'un Ku Klux Klan wasp. Pourtant Peele amène à une autre réflexion probablement plus amusante et changeant du discours de bonnes moeurs que pouvait véhiculer le film de Stanley Kramer en 1967. Peele nous montre des blancs se sentant si inférieurs aux noirs qu'ils en viennent à envier leur puissance physique et à les ériger en êtres supérieurs. Ce qui amène à les utiliser pour différentes tâches par un moyen imparable. Peele s'emballe peut être un peu trop sur le gore dans les dernières minutes alors qu'il a été très sage avant, mais cela arrive au bon moment. On est arrivé à la conclusion et ce déluge de violence est digne d'un personnage qui se renie d'un acte terrible et voit l'occasion de rattraper le temps perdu en sauvant sa peau. Un point de vue pas si différent de celui des Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1972), où le normal Dustin Hoffman faisait sortir sa colère à base de balles. Une référence plutôt bienvenue dans un film bien moins simple qu'il n'y paraît au premier abord. (fin des spoilers)

Get Out : Photo Lakeith Stanfield

Un premier film singulier jouant parfaitement sur le mystère et l'étrange, emportant le spectateur vers des points inattendus.