Nous sommes arrivés au jour fatidique. Le fameux anniversaire de l'auteur de ces lignes. Comme chaque année, la Cave de Borat sort sa petite cuvée avec un nombre de films cultes pour votre interlocuteur équivalent à son âge. Trêve de bavardage, allons directement au fond des choses. Vingt-trois ans, vingt-trois films, soyez prêts!

  • 1- Menteur menteur de Tom Shadyac (1997)

Menteur menteur

Je suis un enfant de la VHS, de la génération de ceux qui lui ont donné ses derniers instants de saveur. Dans les choix récurrents, il y a eu Disney, Pixar, Don Bluth et Jim Carrey. Menteur menteur est le premier film que j'ai vu de cet acteur réputé en grande partie pour ses talents comiques. Commença alors ma passion pour cet héritier de Jerry Lewis souvent caricaturé à des grimaces toutes plus fantasques possibles. A cette époque, Jim Carrey est une véritable star. Après des années de galère et de petits rôles à droite et à gauche (pour Clint Eastwood ou Coppola), l'acteur finit par s'imposer lors de l'année 1994. Dès lors, il est demandé un peu partout notamment pour jouer le Sphinx dans le piteux Batman Forever (Joel Schumacher, 1995). En 1997, il retrouve le réalisateur d'Ace Ventura pour un nouveau film. Menteur menteur est moins fou qu'Ace Ventura (qui tenait entièrement sur l'investissement de l'acteur) et The Mask (où là aussi sans lui, le film serait moins agréable à regarder), plus moraliste aussi. On suit tout de même un avocat qui n'arrête pas de mentir et se voit imposer de dire la vérité alors qu'il est en plein travail. A partir de là, Shadyac peut déchaîner son acteur principal dans les situations les plus délirantes possibles.

Asshole

Encore une fois, sans Jim Carrey le film y perdrait. C'est un film taillé pour lui et pour personne d'autre. Faire gagner sa cliente avec une vérité qui dérange. Dire un peu trop de choses qui fâche avec des réactions diverses (le rire ou le poing dans la figure). Faire exploser sa radinerie. Gueuler au téléphone à un client d'arrêter de violer la loi. On voit que Carrey s'éclate dans ce rôle et il y va franco. Sous couvert de fable, Menteur menteur peut aligner les poncifs, mais on s'amuse devant et c'est déjà l'essentiel.

  • Séquence culte: Votre interlocuteur aurait pu citer l'audience qui aligne les moments de bravoure tous plus hallucinants. Même si cette scène se déroule pendant, elle peut être vue comme une pause. Voici donc Jim Carrey pris de folie furieuse dans les toilettes, essayant tant bien que mal de se casser la figure pour stopper l'affaire de divorce qu'il doit défendre. Là où l'on voit qu'il n'y a que Jim Carrey (ou peut être Nicolas Cage) pour donner lieu à une scène aussi frappadingue.

  • 2- Dingo et Max de Kevin Lima (1995)

Dingo et Max

Ceux qui ont l'habitude de me voir parler des studios Disney ne seront pas étonné de ce choix. J'avais vu le second opus avant (Harrowell, McCarthy, 2000) et c'est ironiquement ce film direct to video qui m'a donné envie de voir ce film. Je l'ai d'abord vu chez un pote qui avait la VHS, avant de tomber dessus en magasin. J'ai toujours apprécié ce film, mais c'est en le revoyant de manière récurrente durant l'adolescence que j'ai commencé à y voir un véritable film culte. Dingo et Max ou A Goofy Movie n'est pas un classique Disney en raison de sa production (il a été réalisé par les studios Disney de Montreuil et non à la maison mère de Burbank) et de son statut (il est en quelque sorte une conclusion à la série La bande à Dingo). Toutefois, il n'en reste pas moins un des meilleurs films Disney des années 90. Il y en a eu beaucoup au cours de cette décennie (avant la douche froide des 2000's) et pourtant Dingo et Max réussit à en faire partie de par son ton et ses thématiques. Ce film se présente comme un véritable teen movie et s'affranchit très rapidement de ce dont il s'inspire. De La bande à Dingo il ne reste quasiment rien si ce n'est la plupart des personnages. Même le ton n'a rien à voir.

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Dingo et Max s'impose en revanche comme les retrouvailles d'un père avec son fils, tout deux étant bloqués dans leur point de vue. Le premier a tellement peur pour le second qu'il en vient à le surprotéger. Le second ne veut pas devenir comme son père, au point d'en faire un cauchemar lourd de son sens (autre excellente scène du film). L'aspect road movie permettra de les réconcillier pour une aventure initiatique riche en péripéties. Ce qui fait de Dingo et Max un film bien moins banal qu'il ne semble l'être et honnêtement un des teen movies notables de la décennie.

  • Séquence culte (spoilers): La scène que l'on retient le plus est finalement celle que l'on attend durant tout le film. Max est confronté au dilemme d'aller voir Power Line en concert. Il y est enfin et ce qui se passe à l'écran dépasse l'entendement. Il aurait pu simplement être filmé dans le public, il deviendra lui comme son père l'instigateur d'un show improvisé autour de la chanson phare de ce mélange entre Michael Jackson et Prince. Le tout sous les yeux de la fille qu'il aime (et elle l'aime). Iconique.

  • 3- Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis (1989)

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Si Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988) était un des films de mon enfance, la trilogie Retour vers le futur (1985-1990) est en revanche rattachée à mon adolescence. La logique aurait voulu que je cites d'abord le premier dans ce type de cuvée. Mais comme on dit les goûts et les couleurs... Bien que vu en dernier (pas entièrement la première fois et j'étais ensuite passé au troisième film), ce second opus de la trilogie reste l'une des meilleures suites de tous les temps. Le premier opus permettait à Marty McFly (Michael J Fox) de changer la rencontre fratricide entre sa mère (Lea Thompson) et son père (Crispin Glover) dans un récit nostalgique qui ne tombait pas dans le cliché. Zemeckis et son scénariste Bob Gale avaient même réussi à rendre les parents bien moins mignons qu'ils n'y paraissaient dans leurs discours (le père observait sa future femme sur une branche d'arbre, la mère était complètement dévergondée). La suite aurait pu simplement jouer sur la recette du premier film. Mais c'est mal connaître notre duo de scénaristes. Ils s'amusent de la fin ouverte du premier film pour pondre un délire futuriste plutôt bien vu (et ironiquement novateur malgré l'année utilisée). Ensuite ils vont jusqu'au changement radical de la timeline, plus encore que celui du premier film (finalement il s'agissait toujours de faire rencontrer les McFly père et mère, avec des bonus).

Retour vers le futur 2 

Les paradoxes temporels explosent dans un festival à l'effigie de Biff Tannen (Thomas F Wilson). De là arrive donc les scènes les plus folles du film, puisque Marty revient en 1955 pour à nouveau changer le futur, ce qui implique de retourner certaines scènes à l'identique en incrustant Michael J Fox. Cette suite va plus loin dans des situations plus complexes et riches en effets-spéciaux. C'est ce qui fait toute sa grandeur par rapport au premier et à sa suite. Mais ne l'oublions pas, malgré leur rattachement, chaque opus peut être vu seul, c'est dire la réussite de cette trilogie. 

  • Séquence culte: La découverte de 2015 par Marty reste un grand moment pour le spectateur. Un moyen d'évasion aussi. Voitures volantes, l'overboard (ce skateboard en lévitation), les vêtements qui sèchent tout seuls et évidemment Jaws 19.

  • 4- Une journée en enfer de John McTiernan (1995)

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L'an dernier, je vous avais cité Piège de cristal (McTiernan, 1988), cette année il s'agira du second opus signé par McT. J'aurais pu citer 58 minutes pour vivre (Renny Harlin, 1990) en premier, histoire de rester cohérent. Mais le film d'Harlin est nettement moins bon que ce troisième film. Un cru particulièrement divertissant mais qui se reposait sur ses lauriers, notamment en reprenant la formule clé de Die Hard (un lieu plus ou moins clos, Holly McClane en perdition, le journaliste casse-pied, John seul contre tous). Avec Die Hard with a vengeance, McT dynamite le concept de la franchise: ce n'est plus un immeuble ou un aéroport qui est le théâtre des investigations de John McClane (Bruce Willis), mais la ville de New York toute entière! Un aspect qui sera réutilisé pour les deux films suivants jusqu'à l'outrance (les USA, puis l'Europe!) avec le peu de qualités que nous connaissons. McT joue pleinement de la typographie de la grosse pomme pour pouvoir mener par le bout du nez, comme le méchant Simon (Jeremy Irons), le camarade McClane et son acolyte de circonstance Zeus (Samuel Jackson). L'intrigue passe sans cesse d'un point à un autre, au point que le spectateur finit aussi déboussolé que le pauvre John, entre un jeu de piste et un braquage passionnel.

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Tout est une question de faux-semblants, y compris pour certains membres du clan de Simon. Si l'intrigue est alambiquée, elle n'en est pas pour autant complexe, il suffit juste de jouer le jeu. McT s'amuse également du personnage principal, dégageant sa femme (ou tout du moins ex) de l'intrigue par la violence du coup de téléphone et en faisant de McClane une véritable loque (on le découvre avec une gueule de bois carabinée). C'est ce contraste qui permet au réalisateur de relancer la franchise qu'il avait laissé et c'est ce qui fait toute la réussite de ce troisième volet.

Séquence culte: La première rencontre entre John et Zeus (Samuel L Jackson), un grand moment de poésie à lui tout seul. Pas besoin d'en dire plus.

  • 5- Ghost in the shell de Mamoru Oshii (1995)

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Pendant un temps oublié à cause d'une vague miyazakienne survenue durant les 2000's, Ghost in the shell est revenu dans les esprits à cause d'une adaptation live action qui ne semble pas avoir convaincu grand monde. Je connaissais le film d'Oshii depuis l'enfance et il a fallu l'été 2003 pour enfin le découvrir en DVD. Ghost in the shell a eu le même impact qu'Akira (Katsuhiro Otomo, 1988) à la même époque pour moi. Toutefois, ce n'est que vers l'adolescence que j'ai compris la plupart des aspects du film. A l'image de Blade Runner (Ridley Scott, 1982), Ghost in the shell est un des meilleurs films abordant l'intelligence artificielle. Les cyborgs présentés ne sont ni totalement machine, ni totalement humain, au point de se questionner comme le major Kusanagi sur leurs émotions et ce qu'ils sont. Ce qui marque aussi c'est à quel point le film est très moderne. Certes il adapte un manga de Masamune Shirow datant de la fin des 80's, mais le film était finalement très novateur lors de sa sortie et les questionnements qu'il apporte non seulement sur l'IA, mais également sur le net sont encore fascinants aujourd'hui. Avant même que le net ne soit totalement développé, Oshii et Shirow s'attaquaient déjà aux possibles dangers à venir.

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C'est ainsi que l'ennemi principal du film est une IA devenue une sorte de virus se propageant dans le net. Comme le monde de Ghost in the shell est connecté jusqu'aux arcanes du cerveau humain, la propagation d'une telle chose paraît encore plus évidente. Ce qui amène inévitablement à la cyber-criminalité et plus encore au cyber-terrorisme. Là on l'on se dit qu'une adaptation live action en 2017 ne peut pas faire grand chose: quand l'original est précurseur, sa réadaptation peut difficilement l'être et peut vite paraître dépassée...

  • Séquence culte: Il y a un bon nombre de scènes d'action notables dans le film, mais la meilleure est probablement l'affrontement entre Kusanagi et un cyber-terroriste. Un affrontement à ciel ouvert où l'assaillant aura beau avoir une mitraillette, il ne pourra rien face au camouflage thermique de l'héroïne.

  • 6- Minority report de Steven Spielberg (2002)

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Découvert en DVD, Minority report est vite devenu un de mes films favoris de Steven Spielberg. Pourtant, ce n'est pas les bons films qui manquent dans sa filmographie et qui ont durablement marqué ma cinéphilie durant mon enfance ou mon adolescence. J'aurais pu ainsi citer ET (1982) découvert à la fois en VHS et au cinéma (pour sa catastrophique réédition) en avril 2002. Il faut sauver le soldat Ryan (1998), l'un de mes films de guerre préférés. Ou encore Arrête moi si tu peux (2003), mon premier film de Spielby vu au cinéma (hors ET bien sûr). Minority report est probablement un des films de science-fiction les plus importants des 2000's et particulièrement visionnaire. Spielby nous montre non seulement une technologie possible (et qui existe dorénavant à l'image des écrans tactiles), mais aussi une vision terriblement voyeuriste du futur. Le principe même des enquêtes est qu'elles n'existeraient pas si des sortes de surdoués (que l'on contraint à la tâche) ne le voyaient pas. Mais quelles sont les possibilités que les crimes commis existent finalement? Pour preuve toute la machination entourant John Anderton (Tom Cruise) qui ne tiendrait pas la route s'il n'avait pas vu qu'il était le suspect.

Minority Report : Photo Tom Cruise

S'il n'avait pas vu son crime, il n'aurait probablement jamais chercher à savoir pourquoi il l'aurait fait. C'est tout le paradoxe exposé dans le film et ce qui le rend fascinant. Les personnages voient une possibilité, mais pas une vérité à proprement parler. La technique des précogs est peut être envisageable mais pas à chaque fois, ce qui rend le programme terriblement dangereux. Tout le monde est suspect, du citoyen lambda au politicien véreux. Minority report est en soi un film qui peut faire peur, tant ce qu'il dévoile n'a rien de positif dans tous les cas. "Tout le monde fuit", John ne croit pas si bien dire.

  • Séquence culte: Cette scène confirme que le système fonctionne, permettant au spectateur de penser que ce type d'événements peut arriver. Avant la douche froide. 

  • 7- Zodiac de David Fincher (2007)

Zodiac : Affiche

Le choix de ce film de David Fincher n'a rien d'étonnant, il est même symbolique. Le 17 mai 2006, j'allais voir Da Vinci Code (Ron Howard). Traumatisme certain devant un film pareil, qui en plus pollue votre anniversaire. L'année suivante, on espère moins se tromper. C'était Zodiac sorti le jeudi à cause du Festival de Cannes où il était en compétition, qui plus est le premier film de David Fincher depuis 2002. Donc le 17 mai. Jackpot! Au même titre que l'excellent Memories of murder (Bong Joon Ho, 2003), Zodiac est l'exemple typique du film-enquête fascinant. On est scotché par cette enquête se déroulant sur deux bonnes décennies et qui finalement n'a abouti à rien. On peut même avoir différentes pistes, dont la plus évidente pour votre interlocuteur est qu'il y a eu plusieurs tueurs et non un seul. D'où le fait que le principal suspect n'a pas eu son ADN retrouvée. Au final, Fincher met le spectateur dans la peau de l'enquêteur, scrutant les moindres détails d'une enquête sinueuse et riche en rebondissements. Comme les trois personnages principaux du film, le spectateur est obsédé par la quête de vérité au point d'en être lui-même perdu. On peut même penser que Robert Graysmith, ce dessinateur totalement impliqué dans la traque du Zodiac (Jake Gyllenhaal), est un possible suspect tant son obsession devient maladive.

Zodiac : Photo Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr.

Tous y sont tombés dedans et se sont rarement relevés, à l'image de Paul Avery (Robert Downey Jr). Fincher réussit même toutes les scènes de reconstitution des crimes, rendant ces passages totalement oppressants et épouvantables. Il n'y a qu'à voir la scène de la voiture sur l'autoroute. Quasiment en temps réel, sans musique, le visage du Zodiac invisible à l'oeil nu (ce sera pareil pour les autres scènes). En près de trois heures, Fincher n'ennuie jamais son spectateur, ce dernier a même envie de se replonger encore et encore dans une des enquêtes les plus sordides des USA.

  • Séquence culte: Vous voulez voir Roger Rabbit en mode suspect potentiel? Voici la scène de la cave où Charles Fleischer devient soudainement le plus angoissant des personnages. Pas besoin de grand chose, la peur se lit dans les yeux de Jake Gyllenhaal.

  • 8- Robocop de Paul Verhoeven (1987)

Robocop

J'ai découvert l'univers de Paul Verhoeven au cours de mon adolescence, raccord avec la violence de ses films plus acceptable avec l'âge. Tout d'abord avec Total recall (1990), certainement Hollow man (2000) et Robocop en DVD. Il y a deux ans, j'ai eu l'occasion de le revoir au cinéma dans une belle copie. L'occasion de constater deux choses. La première est que le film est toujours aussi époustouflant. Certains effets (notamment la stop-motion) ont pris un petit coup de vieux, mais tout ce qui est maquillage tient encore du grandiose. Même l'armure soi-disante vieillotte pour le public des 2010's est encore un modèle de design et ce malgré sa complexité d'installation (le pauvre Peter Weller a souffert). Le futur dépeint par Verhoeven n'est d'ailleurs pas si éloigné de ce qu'est actuellement Detroit ou ce qu'elle a pu être dans des heures sombres. Une ville ruinée et pas loin d'exploser définitivement sous les coups de feu d'une criminalité galopante que certaines corporations aiment bien utiliser. A cela se rajoute un héros christique (Peter Weller) liquidé de la pire des manières, avant de revenir plus fort que jamais. Murphy n'est pas un robot, c'est un humain dans un corps robotique. L'Homme essayera bien de le contrôler par la robotique, son humanité prendra toujours le dessus. 

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Robocop date de 1987 et pourtant sa violence est toujours aussi frappante. Il faut dire que le réalisateur tape là où ça fait et parfois de la même manière que sur Starship troopers (1997). Il n'y a qu'à voir la critique des médias avec des flashs infos et des publicités douteuses, jouant sur une sécurité contradictoire à la réalité et à des produits inoffensifs en apparence. La seconde chose est évidemment de pouvoir écouter la musique de Basil Poledouris au cinéma. Une musique pétaradante, ravageuse et qui au cinéma gagne un côté épique merveilleux. Ce qui impose Robocop comme un des films de science-fiction les plus fascinants des 80's. 

  • Séquence culte: Première scène d'intervention du policier Murphy et l'une des scènes de massacre les plus violentes jamais vues sur grand écran. On pourra toujours repprocher le côté complaisant de Verhoeven dans la violence graphique. Toutefois, cette scène sert à ancrer pleinement Robocop dans un univers violent, radical et où les bandits n'ont aucune limite. Comme le confirmera un viol arrêté in extremis par le soldat Murphy.

  • 9- Halloween de John Carpenter (1978)

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Halloween fut mon premier film de John Carpenter, ce qui en fait une place de choix dans cette cuvée. C'était lors de l'année 2003, première année d'existence du lecteur DVD dans le foyer de votre cher Borat. Il se trouve qu'outre les grosses sorties (Lilo et Stitch, Spider-man ou La communauté de l'anneau en version longue), on aimait déjà à l'époque avec papa et maman chercher des DVD pas chers. L'éditeur Opening comme d'autres étaient le choix idéal avec des tarifs entre 1 et 2 euros. L'occasion de se payer Amityville 2 (Damiano Damiani, 1982), King Kong 2 (John Guillermin, 1986), Maximum overdrive (Stephen King, 1986), Dead Zone (David Cronenberg, 1983) et une bonne partie de la saga Halloween (1978-). Ce qui revient à les avoir vu dans le désordre, en fonction de ceux que l'on trouvait (le dernier vu fut le troisième, qui en plus est une sorte de spin-off). Mais le plus puissant restera toujours le premier. Big John a beau reprendre des éléments utilisés dans Black Christmas (Bob Clark, 1974) comme le plan-subjectif du point de vue du tueur ou le coup de téléphone, Halloween montre toute sa maestria à faire de l'horreur avec trois fois rien. Il n'y a qu'à voir sa manière de repousser les attentes du spectateur, en postant Michael Myers à peu près partout avant qu'il ne s'attaque enfin aux trois filles et leurs compagnons.

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Et quand il arrive enfin, Myers fait tellement de ravages que s'en est angoissant, agrémenté d'une musique stressante du grand John. Avant cela, le réalisateur aura pris son temps pour nous montrer les personnalités un brin simplistes des héroïnes, tout en valorisant en particulier Laurie Strode (Jamie Lee Curtis), héroïne vierge certes mais la seule à tenir tête à la machine à tuer Myers. Avec Myers, John Carpenter créait une véritable icône horrifique, bien plus que Jason Voorhees qui jouera plus d'une fois sur ses plates bandes. Le tueur indestructible, le Mal incarné diront certains.

  • Séquence culte: Il aurait été facile de vous montrer pour la dix-millième fois le plan-séquence servant d'ouverture au film. Prenons plutôt la mort la plus violente et un brin dérangeante du film. Bob (John Michael Graham) voulait seulement chercher une bière, il finira entre les mains de Myers. Le plus intéressant dans le dernier plan est la réaction de Myers. Comme si, comparé à ce que l'on dit souvent du personnage, il avait encore des émotions et pouvait trouver plaisant de voir son oeuvre. Visiblement il semble satisfait.   

  • 10- Carlito's way de Brian de Palma (1993)

Carlito's way 

Voici typiquement le type de films qui a longtemps poireauté sur les étagères, attendant paisiblement d'être visionné avant d'être vu plus d'une fois par la suite. L'époque où je commençais à m'intéresser vraiment au cinéma de Brian de Palma aussi. On compare souvent L'impasse ou Carlito's way à Scarface (1982) et la comparaison n'est pas anodine. Ce sont des films qui se passent sur des périodes conjointes (l'un les 70's, l'autre les 80's), avec Al Pacino dans le rôle principal, De Palma à la réalisation, deux personnages dans un milieu hors la loi, aux origines étrangères (porto ricaine pour Carlito, cubaine pour Montana) et qui essayent de s'en sortir avec difficulté. On pourrait donc en rester là et dire que Carlito's way est une sorte de remake plus maniéré de Scarface. Sauf que Carlito n'est pas Tony Montana et c'est là que se marque la différence. On peut voir Scarface et L'impasse comme les deux faces d'une même pièce, une plus sombre que l'autre. Carlito's way est la plus lumineuse et surtout la plus tragique. Montana est un truand de la pire espèce, il n'aurait jamais changé et il fallait le stopper une bonne fois pour toutes. Carlito n'est plus une raclure, il veut fuir les problèmes et se ranger définitivement. Son but est d'ailleurs d'aller avec la femme qu'il aime (Penelope Ann Miller) dans les îles. 

L'Impasse : Photo Al Pacino, Penelope Ann Miller

Dès l'ouverture, il n'y a aucun échappatoire, rendant la chute de Carlito d'autant plus bouleversante. Oubliez la précédente incarnation de Pacino chez De Palma, ici c'est un autre rôle, une nouvelle composition. Patrick Doyle sort les violons, De Palma donne le coup de grâce, Pacino voit la lumière, le rideau se referme. L'impasse est un film terriblement mélancolique et triste, le film préféré de votre cher Borat dans la filmographie de ce cinéaste souvent malmené par le passé avant d'être adulé de tous aujourd'hui.

  • Séquence culte (spoilers) : Les truands pourchassant Carlito sont particulièrement coriaces et De Palma s'amuse de ce suspence vicieux. Si bien que l'on croit parfois que Carlito va s'en sortir... 

  • 11- Mad Max Fury Road de George Miller (2015)

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Pourquoi choisir le dernier opus de la tétralogie Mad Max (1979-2015) plutôt qu'un des trois premiers? Pourquoi un film aussi récent (un des rares de cette cuvée a avoir un écart d'années aussi court)? Probablement car malgré que j'adore les deux premiers films de George Miller qui sont des films précurseurs dans le genre apocalyptique (avant et après justement), Fury Road peut se voir comme l'apogée de son réalisateur. Le film où il a tout mis. Il continue le voyage de Max avec un nouveau visage (Mel Gibson est remplacé par Tom Hardy), sans altérer une seule fois ce qu'il a entrepris autrefois. Il continue à explorer son personnage à travers de nouveaux traumatismes (celui de n'avoir pas pu sauver d'autres personnes sur sa route) et comme souvent retrouve un peu d'humanité à travers de nouveaux personnages intéressants. L'apocalypse se montre à travers des mutations génétiques de divers protagonistes, mais aussi un message écologique plutôt fort. Soit une thématique déjà présente dans le dyptique Happy Feet (2006-2011). Par la même occasion, Miller a pu faire ce qu'il n'avait pas pu avant. Les deux premiers opus avaient été produit assez rapidement, ce qui avait entraîné des prises de risque qui auraient pu être dramatiques pour certains cascadeurs. De même, le réalisateur n'avait pas pu concrétiser "Justice League Mortal", projet DC Comics ambitieux qui aurait pu l'amener à un choc visuel pré-Avengers si l'on en croit certains storyboards.

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Fury Road s'impose comme un véritable tour de force visuel, un des plus beaux blockbusters de ces sept dernières années au même titre que Pacific rim (Guillermo del Toro, 2013), ironiquement aussi produit par Warner. Miller se fait plaisir, aligne les plans monumentaux et fous pour le plus grand plaisir du spectateur. Pour preuve, il s'agit d'un des deux films que j'ai vu au cinéma au moins trois fois (dont deux en VOST), c'est dire le plaisir éprouvé devant ce film, rollercoaster jouissif auquel on en redemande. Miller peut prendre son temps pour faire un nouveau film, il a déjà ma place achetée d'office.

  • Séquence culte: Dans un déluge de scènes fortes, comment ne pas citer le ravissement visuel de la tempête?

  • 12- A bittersweet life de Kim Jee Woon (2005)

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Alors que son Age of shadows (2016) peine sérieusement à montrer le bout de son nez (les distributeurs français pourront toujours dire que c'est la faute de Netflix), évoquons un petit peu Kim Jee Woon. Un réalisateur touche à tout s'emparant aussi bien du western que du film fantastique, jusqu'à atteindre les terres américaines sur le seul film intéressant du retour de Schwarzy. Avant cela, il avait déjà prouver qu'il pouvait filmer l'action avec I saw the devil (2010) et surtout A bittersweet life. Pour cela, il s'était entouré de son futur acteur fétiche Lee Byung Hun dans un rôle de gangster élégant et maniéré dont la violence explose au fur et à mesure. Pas de la manière d'un Dustin Hoffman dans Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971), qui consistait à exploser en toute fin. Ici, le personnage est imprévisible et même dans la difficulté, il trouvera toujours le moyen de se sauver. L'honneur est un élément fort du film, non seulement à cause du code des gangsters, mais surtout celui du héros. Il a beau avoir travaillé des années pour son patron, une banale erreur devient une trahison et c'est un élément que même le héros ne pourra tolérer. Son honneur a été bafoué alors même que d'autres ont fait bien pire.

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Jee Woon s'amuse du personnage d'Oh Dal Soo, particulièrement mal poli et irrespectueux devenant progressivement une nemesis pour le héros. Ce qui était au départ un film de gangsters, qui pouvait à la rigueur devenir un film romantique (le héros semble tomber amoureuse de la maîtresse de son chef), devient un film de vengeance à la violence implacable. Ou l'art de brouiller les pistes sur le genre même du film. Le grand final n'est d'ailleurs pas sans rappeler le final de The Killer (John Woo, 1989), le romantisme en moins. Un film singulier à l'image de son personnage principal.

  • Séquence culte: Histoire de voir à quel point le héros peut être imprévisible, voici sa libération quasiment kamikaze. Un grand moment d'action entre bastons et poursuite en voiture.

  • 13- Hard Boiled de John Woo (1992)

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Qu'on se le dise, sans le streaming et le téléchargement, certains films seraient introuvables notamment ceux venant d'Asie. Certes il y a les médiathèques (j'en ai la preuve depuis juillet dernier), mais toutes n'ont pas des rayons bourrés à craquer d'éditions HK Vidéo (si vous tombez sur une d'elle, vous pouvez foncer). Ma découverte du cinéma de John Woo s'est d'abord faites par certaines oeuvres américaines de sinistre mémoire (Mission Impossible 2 et Paycheck, probablement les deux plus mauvais films de John Woo), avant de passer par deux de ses classiques de sa période hong-kongaise. The Killer d'abord, puis l'impitoyable Hard Boiled ou A toute épreuve. Tout fan de films d'action se doit une fois dans sa vie de voir ce film. Si vous aimez les gunfights, les corps qui pleuvent sous les balles, les explosions, les personnages over the top qu'ils soient gentils ou méchants, Hard boiled est fait pour vous. Conçu comme le dernier feu d'artifice de son réalisateur avant son départ aux USA, ce film policier donne la part belle à des scènes d'action furieuses si bien que vous vous demanderez si vous avez déjà vu mieux ailleurs. John Woo confirme toute la maestria vue dans ses précédents films à travers ce film d'action jouissif et impressionnant. Au point de supplanter plus d'une fois le romantique The Killer.

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C'est aussi l'occasion de réunir deux des plus grosses stars du cinéma chinois, l'acteur fétiche de Woo Chow Yun Fat et Tony Leung Chiu Wai (celui d'In the mood for love). Un duo iconique au possible et qui assure largement le spectacle. Pour continuer le plaisir, je vous conseille vivement le jeu Stranglehold (2007), une séquelle vidéoludique du film où vous incarnez Téquila dans le parfait esprit des films de John Woo. Un parfait complément.

  • Séquence culte (spoilers): Choisir une scène dans Hard Boiled serait malhonnête, surtout quand on sait que l'assaut final dans l'hôpital est le meilleur moment du film. Plutôt que de choisir dans le tas, voici vingt-cinq minutes de ce dernier tiers. Toute la maestria de John Woo pour filmer l'action est là. 

  • 14- Team America de Trey Parker (2004)

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On ne le dira jamais assez: les soirées entre potes c'est sacré. On discute, on mange, on boit et puis souvent on finit par mater des films. Team America fait partie de cette catégorie de film indispensable pour vos soirées. Trey Parker et Matt Stone avaient déjà frappé fort avec le film South Park (1999), les revoici au cinéma avec Team America. Les scénaristes laissent tomber l'animation papier pour les marionnettes pour un délire que même les ZAZ n'auraient pas oser. Team America ne va pas dans le cartoonesque comme les Hot Shots (1991, 93), il va dans les sujets poil à gratter. Preuve que Parker et Stone se foutent complètement de l'aspect marionnette, les fils sont apparents et les corps à corps des personnages sont d'un ridicule hilarant. Les deux larrons ne se censurent pas même pour le cinéma et s'en donnent à coeur joie pour dynamiter l'interventionnisme à l'américaine en pleine Guerre en Irak. Pas besoin d'aller plus loin, il suffit d'entendre le subtil America Fuck Yeah pour s'en rendre compte. Même le postulat de départ du film est totalement délirant avec son personnage principal engagé pour jouer un arabe dans une mission anti-terroriste alors qu'il n'est qu'un acteur!

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L'occasion pour le duo de s'en prendre au tout Hollywood, avec en ligne de mire (comme toujours) la famille Baldwin. Mais aussi ce cher Matt Damon passant pour un attardé et dont la seule parole sera de dire son nom. Encore et encore. Au final, Team America est un peu tout: un film d'action, une comédie satirique et même un musical aux chansons délirantes (une d'entre elles dézinguent même Pearl Harbor de Michael Bay). Le bon goût est mort, vive le mauvais!

  • Séquence culte: Le monde n'était probablement pas prêt pour une scène de sexe aussi graveleuse et délirante. Si bien qu'il semblerait qu'elle soit censurée. Votre interlocuteur a pu le constater lorsqu'il a revu le film en DVD. Voici donc la version non-censurée, montrant certaines tendances sexuelles supplémentaires toujours plus crades. Et en chanson s'il vous plaît.


Team America : police du monde - la scène de...par Filmsactu

  • 15- Interstellar de Christopher Nolan (2014)

Interstellar (affiche Imax)

 

Interstellar est rapidement devenu un de mes films cultes de ces dernières années. Après avoir conclu la trilogie Batman (2005-2012), Christopher Nolan était parti vers les étoiles avec ce vieux projet de Spielby. Beaucoup de choses modifiées pour un scénario moins hasardeux et plus intime. On a souvent repproché une certaine froideur chez le réalisateur, y compris sur un film comme Le prestige (2006), probablement un des plus beaux tours de force du cinéma. Pourtant toute l'émotion du film vient de cette révision du scénario et non de Spielby, souvent caricaturé comme un réalisateur mieilleux alors que les 2000's ont confirmé à quel point il pouvait faire des films de SF particulièrement noirs. Interstellar s'impose comme un voyage particulièrement intéressant, alignant des théories scientifiques fascinantes (le trou de ver mais aussi le trou noir) dans l'objectif de sauver l'Homme de sa propre perte. Interstellar ne va pas sur le même terrain qu'un Avatar (James Cameron, 2009) où les terriens partaient coloniser une planète comme si c'était les espagnols en 1492. Ici il s'agit de trouver un lieu de survie afin de faire perdurer l'espèce humaine. Interstellar se pose davantage dans un but écologique, montrant que si l'Homme continue à dégrader l'environnement, il en subira les conséquences.

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C'est aussi le voyage tragique d'un père (Matthew McConaughey) cherchant à tout prix à retrouver sa fille (Jessica Chastain), malgré le décalage spatial et la distance. C'est le seul but du personnage: sauver sa fille d'un avenir néfaste et la retrouver. De la même manière que McConaughey et Anne Hathaway forment curieusement un couple fusionnel. Le coeur d'Interstellar est là et c'est ce qui fait toute la beauté du film. A cela se rajoute des effets-spéciaux pour le moins impressionnants, les scènes spatiales étant un ravissement pour les yeux. 

  • Séquence culte: Une scène qui atteste de la claque visuelle du film? Le passage dans le trou de ver, véritable trip où l'on peut notamment voir à quel point l'IMAX permet des plans terriblement immersifs.

  • 16- Strange days de Kathryn Bigelow (1995)

Strange days

On évoque souvent le cliché du spectateur regardant un film en streaming ou en téléchargement et ne l'achetant pas. J'ai vu pour la première fois Strange days en streaming et je suis tombé à la renverse. On parlait souvent du film de Kathryn Bigelow comme un film intéressant, mais certainement pas comme d'un véritable chef d'oeuvre un peu vite oublié. Alors dès que j'ai pu le trouver (pour la modique somme de 7 euros), je me suis jeté dessus. Je le redis souvent un peu partout: il s'agit d'un des films les plus importants et visionnaires des 90's. Le film va avoir vingt-deux ans et ce qu'il démontre est toujours aussi actuel et foudroyant. La réalité virtuelle, le voyeurisme, les pop stars cloîtrées dans des hôtels hors de prix, les violences policières entraînant des émeutes, le bug de l'an 2000, un peuple qui hurle dans la rue, les rappeurs devenant les nouveaux prophètes... Tout y est et curieusement rien n'a changé. Le film a beau se dérouler sur les derniers jours de 1999 et avoir été réalisé après les événements autour de Rodney King, la réalité est toujours aussi glaçante. Sans compter l'avénement de la téléréalité permettant désormais à chacun de contempler ce que fait autrui avec une facilité déconcertante (il n'y a qu'à regarder les programmes de la TNT pour s'en rendre compte). 

Strange days (3)

Strange days est aussi la symbiose de deux créateurs qui ont eu la bonne idée au bon moment. D'un côté, James Cameron réalisateur-scénariste connu pour ses récits souvent pessimistes, voire un brin apocalyptiques (même Titanic peut être vu ainsi, puisque le monde des personnages s'écroule sous leurs yeux). De l'autre, Kathryn Bigelow qui ne cessera par la suite de se pencher sur des sujets brûlants comme en atteste son prochain film ironiquement lié à Strange Days. Un film sur les émeutes de Detroit survenues en 1967. Un contexte aussi brûlant que celui de son chef d'oeuvre de 1995.

  • Séquence culte: J'aurais pu vous montrer la scène de viol, mais cela serait bien trop crade (un peu comme mettre celui d'Irréversible de Gaspar Noé). Prenons alors le plan subjectif servant d'ouverture au film. Une scène impressionnante de réalisme et qui doit être encore plus l'être sur un grand écran. Comme quoi pas besoin de tenir une caméra, il suffit de caler un capteur sur sa tête. Autrement plus novateur que le found footage qui repose sur le même principe.

  • 17- Meet the Feebles de Peter Jackson (1989)

Meet the Feebles

Demandez à des fans français de Peter Jackson s'ils ont vu ses films d'avant Fantômes contre fantômes (1996) et vous aurez droit à un petit sentiment d'incompréhension. Pas que tout le monde soit dans ce cas, mais beaucoup ne connaissent pas les premières oeuvres du réalisateur néo-zélandais. La raison évidente est leur non-disponibilité en France, visiblement à cause de droits. Bad Taste (1987) existe bien en DVD, mais l'édition ne date pas d'hier et sera surtout disponible dans des médiathèques. Le plus facile à trouver est surement Créatures célestes (1994) en raison de son casting regroupant notamment Kate Winslet. C'est là que l'on remercie les âmes charitables du net, puisque Meet the Feebles qui nous intéresse à présent et Braindead (1992) sont dans des copies plus ou moins acceptables sur ton tube. Au détriment de l'intérêt d'éditeur pour ces films (la faute à Netflix comme tout le monde le sait), au moins certains contributeurs font vivre un peu ces films dans le subconscient des spectateurs. Meet the Feebles est une parodie merveilleuse du Muppets, qui fut d'ailleurs bien accueilli par la famille de Jim Henson et qui comme Team America, ne se prive d'absolument rien. Il n'y a qu'à voir la galerie de personnages pour s'en rendre compte.

MTF 

L'érotisme by Peter Jackson.

Un morse véreux en couple avec une chanteuse hyppopotame gourmande et en plein adultère avec une chatte danseuse. Un rat pornographe qui alcoolise une jeune caniche pour la faire tourner dans ses productions. Une mouche à merde journaliste se délectant de la maladie du lapin star. Un crocodile héroïnomane traumatisé par la Guerre du Vietnam, donnant lieu à une parodie incroyable de la roulette russe de The Deer Hunter (Michael Cimino, 1978). Jackson fait comme pour son premier film: un film trash qui essaye à peu près tout dans le graveleux pour faire grincer des dents ou rire aux éclats. A la différence que Meet the Feebles n'est plus un film amateur et cela s'en ressent dans le récit ou la réalisation plus travaillée. Un bonheur jouissif dans tous les cas.

  • Séquence culte (spoilers) : Vous voulez voir du pur mauvais goût? Alors voici la chanson phare de Meet the Feebles, qui plus est dans un contexte violent. Tout est collector: le décor, les paroles, la chorégraphie, la musique et évidemment la réaction du public véritablement endiablé. Ceux qui ne connaissent Peter Jackson que pour ses blockbusters post-2000 risquent fortement de tomber de leur chaise.

  • 18- La mouche de David Cronenberg (1986)

La mouche

Oublions le David Cronenberg (dit Crocro) d'aujourd'hui qui se complaît à filmer des dialogues et à foirer des rares plans à effets-spéciaux (remember l'immolation lamentable de Maps to the stars). Revenons à un temps que les moins de vingt-ans ne peuvent pas connaître (et moi aussi dans un certain sens). Au même titre que John Carpenter, Crocro était un vrai maître de l'horreur avec peu de moyens et quand il en a eu de plus gros, il a atteint le summum. Après des crus importants comme Videodrome (1983) et Dead Zone (produit par Dino de Laurentiis), Crocro s'attaque au film de studio avec La mouche. Comme Big John avec The Thing, Crocro s'attaque à un remake d'un film des 50's, ce qui pourrait paraître néfaste aujourd'hui. Sauf que La mouche noire (Kurt Neumann, 1958) pouvait être modernisé tout comme The thing l'a fait avec La chose d'un autre monde (Nyby, Hawks, 1951). Nous n'étions pas encore dans une tendance de tout refaire pour pas grand chose. C'est aussi pour cela que La mouche est resté un must de l'horreur et c'est aussi pour cela qu'un remake à l'heure actuelle peut être très mal venu, car il ne fera probablement pas mieux que le film de Crocro. Crocro s'attaque à des thématiques finalement toujours actuelles et qui ferait bis repetita maintenant.

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L'apprenti sorcier (Jeff Goldblum) apprenant de ses erreurs bien trop tard, les erreurs scientifiques dues notamment à l'arrogance du créateur, les mutations que cela engendre jusqu'à un point horrible, la hantise de l'héroïne d'être touchée par le mal (Geena Davis). D'autant plus que les acteurs principaux étaient en couple sur le tournage, rendant leur couple à l'écran encore plus crédible et en soi tragique. Mais là où un remake se planterait probablement plus, c'est en faisant dans le tout CGI ou le mélange CGI / maquillages. Jamais un remake ne réussira à atteindre le degré de terreur et d'horreur que peut susciter le film de Crocro. Encore aujourd'hui, tous les maquillages du film sont impressionnants et mettent mal à l'aise. C'est aussi pour cela que La mouche est encore une référence aujourd'hui: il n'a finalement pas pris une ride.

  • Séquence culte (spoilers): Le final de La mouche est probablement le plus éprouvant du cinéma. Crocro est dans la dernière ligne droite et il sait qu'il va devoir durablement marquer le spectateur. Son concept de la nouvelle chair atteint son paroxysme dans ce final à la fois glauque et terrifiant. Le spectateur risque à jamais de se souvenir de la transformation finale de Seth Brundle, au même titre que celles de la créature extraterrestre de The Thing (John Carpenter, 1982). 

  • 19- L'enfer des armes de Tsui Hark (1980)

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Voici probablement une de mes découvertes les plus marquantes de ces derniers mois. Mon intérêt pour Tsui Hark est venu ces dernières années, parfois en me focalisant sur des oeuvres mineurs comme ses crus américains (Double team et Knock off). Mais ça c'était avant que je ne passe par la médiathèque de Nilvange. L'occasion pour moi de découvrir plusieurs cinéastes asiatiques dont Tsui Hark. C'est ainsi que ces derniers mois j'ai pu rattraper bons nombres de ses oeuvres à travers les DVD d'HK Vidéo notamment. L'enfer des armes fut le premier du lot et le plus fracassant. Formant la conclusion de ce qu'on appelle sa trilogie du chaos (aux côtés de The butterfly murders et Histoire de cannibales), L'enfer des armes est un film à voir dans sa version totale. Censuré à cause de sa violence et de ses thèmes (le film traîte de jeunes terroristes confrontés à plus fort qu'eux), le premier montage n'a pu être conservé correctement, au point que le DVD d'HK Vidéo propose la version avec les morceaux restaurés et ceux inédits d'une VHS du premier montage dans une qualité inférieure. Les différences sont flagrantes et le film y gagne énormément dans le développement de ses personnages et de leur psychologie.

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Dans des temps aussi obscures que ceux que nous vivons, un film comme L'enfer des armes paraît tout de suite plus impressionnant, voire nécessaire. Il confirme que le terrorisme peut venir de n'importe qui, y compris de lycéens a priori propres sur eux. Si les personnages ne sont pas endoctrinés, ils deviennent de véritables menaces pour la société et leurs actes sont répréhensibles au possible. Mais le pire sera leur chute dans un déchaînement de violence dont Tsui Hark a souvent le secret. On sort grogy de L'enfer des armes, l'impression de ressortir d'un purgatoire ultra-violent.

  • Séquence culte (spoilers): Le massacre final, probablement une des scènes les plus choquantes du cinéma de Tsui Hark et globalement des 80's. Des lycéens s'amusant au terrorisme face à des machines à tuer qu'ils ont volé. Il y a des gens qu'il ne vaut mieux pas attaquer.

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  • 20- The host de Bong Joon Ho (2006)

The Host : Affiche Bong Joon Ho

Il y a des films qui n'impressionnent pas la première fois et qui finissent par vous plaire la seconde fois. Je l'avais déjà remarqué avec Miami Vice (Michael Mann, 2006), je l'ai constaté à nouveau avec The host. Il faut dire qu'à l'époque on m'avait vendu le film comme un gros film de monstre, ce qu'il n'est pas. Bien que le monstre soit l'élément déclencheur de l'histoire, cela ne fait pas du monstre l'attraction centrale du film et encore moins le signe d'un film spectaculaire. The host est surtout l'histoire traumatisante d'une famille qui souffre à travers un drame d'une tristesse incroyable. Comme souvent dans son cinéma, Bong Joon Ho se veut fataliste avec ses personnages, quitte à leur faire faire les pires choses possibles pour en venir à leur fin. On l'avait vu avec le trio d'enquêteurs dépassés de Memories of murder, ce sera encore le cas de la mère de Mother (2009) cherchant à tout prix à innocenter son fils et les petits de Snowpiercer (avançant vers les gros avec moult cadavres des deux côtés. Les héros de The host naviguent vers le désespoir sans s'en rendre compte, au point que leur chute n'en est que plus fatale. Comme la perte d'un enfant, Bong Joon Ho montre que tout repose sur une erreur humaine.

TH

Cela ne serait jamais arrivé si un poisson (ou quelque chose d'autre) n'avait pas muté à cause de produits polluants et nausifs balancés à la mer. L'Homme est responsable de sa propre perte et en a engendré un monstre. Un postulat qui n'est pas sans rappeler Godzilla (Ishiro Honda, 1954) qui s'attaquait aux ravages du nucléaire. Au final, The host n'est pas vraiment un film de monstre, il est avant tout un drame humain qui fait mal au ventre.

  • Séquence culte: La première attaque du monstre est d'autant plus frappante qu'elle arrive de manière banale. Des gens regardent le fleuve de manière intriguée, la petite (Ko Ah Seong) et son grand-père (Byeon Hee Bong) regardent le tournoi de tir à l'arc où intervient la tante/fille des deux personnages (Doona Bae), puis apparaît une créature tombant à l'eau. Puis le déchaînement de violence arrive et il n'y aura aucun échappatoire. Ishiro Honda montrait la peur du nucléaire avec un lézard géant, Bong Joon Ho réussit un vrai tour de force horrifique avec une créature carnassière et sans pitié.

  • 21- Sympathy for mr vengeance de Park Chan Wook (2002)

Sympathy for Mr. Vengeance : Affiche

Etant donné que je vous ai parlé récemment de Mademoiselle (2016) il n'y a pas si longtemps, évoquons plutôt un autre de mes films préférés de son réalisateur. De la trilogie de la vengeance (2002-2005), on a souvent le stéréotype de mettre en valeur Old Boy (2004), oeuvre centrale signant l'intérêt définitif porté sur Park Chan Wook après JSA (2000) en tête. Un film de qualité valant notamment pour la performance dévastatrice de Choi Min Sik. Pourtant, le film est moins réussi que les deux autres opus de la trilogie, Sympathy for Mr Vengeance en tête. Avec ce film, Chan Wook installe le spectateur dans un univers froid et terrible, où l'espoir n'existe quasiment pas. Le personnage principal (Shin Ha Kyun) est le cas typique du marginal à qui il arrive tous les problèmes possibles allant du chômage à sa soeur malade (Im Ji Eun), en passant par son handicap (il est muet). Comme Chan Wook est également un grand fataliste avec ses héros (notamment dans cette trilogie), il va les emmener droit en enfer dans un déchaînement de violence sans précédent. Un enlèvement qui dérape et c'est tout un monde qui s'écroule pour tous les personnages. Si Lady Vengeance dévoilera un petit signe d'espoir, les deux premiers opus et plus particulièrement celui-ci n'en laisseront aucun.

SFMV

La vengeance n'amène à rien, elle dévore les personnages jusqu'au point de non-retour. La loi du talion comme dans Death Sentence (James Wan, 2007) n'amène qu'à la destruction de son propre entourage jusqu'à un climax final dévastateur. Tout est parti d'une envie de sauver quelqu'un. Au final, ils se sont tous perdus. Un film noir de bout en bout.

  • Séquence culte (spoilers) : Avec cette scène, le père (Song Kang Ho) passe le point de non-retour et sombre dans l'ultra violence avec une furiosité incroyable. Sauf qu'il ne s'est pas attaqué à la bonne personne et il ne l'apprendra que bien trop tard.

  • 22- Bad Boys 2 de Michael Bay (2003)

Bad Boys 2

Il est bon de temps en temps de faire un mea culpa. La dernière fois que j'ai parlé de Bad Boys 2 dans ces colonnes, ce fut de manière très négative. Toutefois, il y a un peu plus d'un an j'y suis revenu et je me suis éclaté devant. C'est un film que j'ai beaucoup vu durant mon enfance et adolescence avant de le laisser de côté, comme pas mal de films de Michael Bay. D'où le décalage complet entre l'avis de l'époque positif et celui publié depuis. Bad Boys 2 est un film qui s'assume, peut être le plus jusqu'au boutiste de son réalisateur. C'est un film qui ne plaira pas à tout le monde et sur certains points ils auront peut être raison. En soi, Bad Boys 2 est assez vulgaire et balance des vannes grasses comme des rafales de mitraillette. Il s'impose aussi dans son dernier tiers comme un film interventionniste digne de son auteur. Et pourtant il y a un truc. Il y a la plupart des clichés inhérents à Bay, mais cela passe. Que ce soit la pose en contre-plongée, le plan circulaire, les belles pépés filmées sous toutes les coutures (dont Megan Fox le temps de quelques secondes), les acteurs fétiches (coucou Peter Stormare) et une tendance au kaboom spectaculaire. Mais Bad Boys 2 remplit parfaitement le contrat de la séquelle bigger and louder

Bad Boys 2

Tout est plus grand (jusqu'à la durée du film), plus explosif et Bay a pu faire toutes les excentricités voulues. Y compris faire d'un Michael Shannon encore inconnu un membre du Ku Klux Klan! Bad Boys 2 est aussi un des films d'action les plus bourrins du cinéma US des 2000's, alignant les morceaux de bravoure délirants sans parfois se rendre compte de la logique (des véhicules vont plus ou moins vite selon certains plans). Michael Bay est un réalisateur dont la filmographie n'est pas toujours digeste, mais il est bon parfois de souligner qu'il peut faire des choses intéressantes.

  • Séquence culte: Comment dégommer un grand nombre de véhicules et un bateau sur une autoroute? Michael Bay vous donne la réponse avec cette course-poursuite digne d'un cartoon.


Bad Boys II - Scène de l'Autoroutepar Gollum3333

  • 23- Shaolin Soccer de Stephen Chow (2002)

Shaolin Soccer : affiche

Comme Dark Water (Hideo Nakata, 2002), j'ai découvert Shaolin soccer dans de drôles de conditions. Il se trouve que votre cher Borat subissait une de ces gastros bien violentes et j'ai vu ces deux films sur Canal + avec cet énorme problème. Ce qui ne m'avait pas empêché d'apprécier le film de Stephen Chow, acteur notamment réputé en Chine pour son humour un brin potache et des films remarqués comme le dyptique Le roi singe (Jeffrey Lau, 1994) ou Bons baisers de Pékin (Chow, Lik Chi, 1994). Avec Shaolin soccer, l'acteur-réalisateur a pu trouver un plus large public, bien aidé par l'achat des Weinstein qui se sont empressés comme très souvent de remonter le film. Il se peut que votre cher Borat a fini par voir les deux versions, constatant des différences lors de son dernier visionnage. Shaolin soccer est une manière comme une autre de montrer à quel point Stephen Chow peut s'emparer d'un sujet (ici le football) et en faire un truc totalement délirant. Ici c'est le rajout du kung fu, devenant un moyen philosophique de gagner une compétition. Les tournois d'arts martiaux laissent leur place aux tournois de soccer, donnant lieu à un grand numéro de n'importe quoi.

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Shaolin soccer n'a pas peur des excentricités et rend cinégénique un sport qui justement à bien du mal à l'être (remember la trilogie Goal partant d'une intention louable et dont le montage était pire que ceux de matchs retransmis). Mieux, il s'impose comme une sorte de Captain Tsubasa (ou Olive et Tom pour les français) live action, reprenant notamment tous les trucs potentiellement invraisemblables qui amusaient tant les jeunes français dans les 90's (ah cette balle dégommée par les joueurs comme s'il tapait dans un punching-ball). Y compris en jouant d'un manichéisme jubilatoire pour le dernier match. Il s'agira d'ailleurs du seul succès populaire de son réalisateur dans l'hexagone, Kung fu hustle (2004) ayant eu une moins bonne distribution, sans compter les films suivants finissant soit en DTV, soit dans les tréfonds du net.

  • Séquence culte: Il était temps que les maîtres du shaolin se réveille. C'est donc parti pour le premier gros défouloir du film. Oubliez le football et savourez.

Allez à la prochaine!