Nadine a dix-sept ans et a pour seule amie Krista. Le jour où cette dernière entame une relation amoureuse avec son frère, le monde de Nadine s'écroule...

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Qu'on se le dise la VOD est devenue un filon intéressant, notamment pour le public français qui n'a pas toujours accès à certains films facilement (en dehors d'une certaine illégalité). Pas autant un foutoir que le direct to video orchestré par les distributeurs et éditeurs depuis les 80's, mais souvent le coin des recalés. Ceux qui ne parviennent pas en salles pour diverses raisons. Flops commerciaux ailleurs, sorties limitées parfois, potentiel commercial moindre sur certains territoires... Il est d'autant plus cocasse quand le dit film est distribué chez nous par une major (dans ce cas précis, Universal). The edge of seventeen (Kelly Fremon Craig, 2016) n'a pas été un hit. C'est un petit film à 9 millions de dollars qui a récolté 18 millions au total. On peut donc comprendre qu'Universal n'a pas forcément désirer lui offrir une sortie technique dans une saison bourrée de blockbusters. Le film a toutefois eu assez de buzz pour qu'Hailee Steinfeld puisse avoir une nomination aux Golden Globes. A l'heure où Netflix se fait dézinguer par les distributeurs et exploitants français, il est de bon ton de leur rappeler que cela fait depuis plus de trente ans que des films sortent chaque année en vidéo (VOD comprise) sans jamais passer par la case cinéma. Mais aussi que cela n'empêche pas ces films d'être des films de cinéma et non des téléfilms (dire de Black Death qu'il en est un serait une monumentale erreur).

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The edge of seventeen en fait parti. Le teen-movie a beau avoir des heures de gloire diverses, il a tendance à reposer souvent sur la formule qui marche. Au point parfois d'être un peu trop caricaturé à un type de films (après American Pie, beaucoup ont pensé que teen movie rimait forcément avec sexe). The edge of seventeen se rapproche davantage du Monde de Charlie (Stephen Chbosky, 2012), qui lui-même allait chercher chez John Hughes, le maître étalon du genre. Un teen-movie où l'adolescent est en pleine crise existentielle. Sauf qu'ici le personnage principal est une fille et la réalisatrice a tendance à verser dans le cynisme plutôt que le drame (même s'il y en a un peu). On ne s'étonne pas de retrouver à la production James L Brooks, le producteur de la série Les Simpson (1989-) et réalisateur de Pour le pire et pour le meilleur (1997). Ce dernier amène d'ailleurs un de ses fidèles acolytes, puisque c'est David Silverman (réalisateur sur la série et du film de 2007) qui se charge du sympathique film étudiant d'Erwin (Hayden Szeto). La réalisatrice s'amuse au cours du film à jouer sur des transitions qui tranchent clairement. Ainsi, on peut très bien passer de l'héroïne (Steinfeld) qui divague dans un escalier à elle quelques minutes plus tard la tête dans la cuvette! Un exemple typique de situation comique surprise qui se retrouve souvent dans le film pour un résultat particulièrement efficace. 

The Edge of Seventeen : Photo 

De la même façon, le cynisme fint par contaminer l'héroïne. (attention spoilers) Très rapidement, la réalisatrice pose le véritable problème de son héroïne. Deux éléments formaient son univers, un moyen comme un autre de voir qu'elle n'était pas seule. Dès l'introduction où elle est montrée petite, Nadine n'entretient pas de dialogue avec son frère et a des complications avec sa mère qui n'arrive pas à être une figure d'autorité (Kyra Sedgwick). Le seul qui la comprenait c'était son père (Eric Keenleyside), puis vint sa seule amie Krista (Haley Lu Richardson). Avec eux, elle avait un univers. Mais quand l'un part vers des contrées funestes et que l'autre tombe dans les bras de son frère (Blake Jenner), l'univers s'effondre et Nadine de tomber dans une crise existentielle profonde. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que Nadine reconnaisse que deux couples sont désormais formés et Krista "doit" choisir entre l'amour et l'amitié selon Nadine. Le verdict n'en sera que plus fatal, à l'image d'une fête où Krista discute avec tout le monde et Nadine se retrouve seule au point de rentrer chez elle. Quelque chose s'est cassé et même si le dénouement reste positif, ce ne sera plus jamais comme avant. Il n'y a pas d'âge pour être triste, encore moins à l'adolescence. Ni pour se sentir déjà adulte alors qu'on n'est qu'aux balbutiements de sa vie. Alors la réalisatrice pose des alternatives pour son héroïne, pas forcément les bonnes, mais une manière pour elle d'avancer et de finir par se créer un nouvel univers, le sien. 

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On apprend toujours de nos erreurs pour remonter la pente. Ainsi, l'héroïne se retrouve avec deux garçons dans les pattes. Le gentil gars tout droit sorti de Risky Business (Paul Brickman, 1983) et se sentant un peu seul dans la grande maison qu'il occupe. Mais aussi le mauvais playboy qui ne verra en elle qu'une conquête de plus à mettre dans son carnet (Alexander Calvert). Nadine ne comprendra pas tout de suite qu'elle aussi peut attirer l'oeil des garçons, pas forcément pour la personne cynique qu'elle laisse transparaître, mais pour ce qu'elle est. Il n'y a pas que les autres qui ont droit au bonheur. De la même manière, son seul confident est aussi cynique qu'elle en apparence. Dès lors que Nadine entrera dans le cadre privé, elle verra un autre visage de son professeur (Woody Harrelson), peut être le père de substitution qu'elle attendait depuis ses treize ans. The edge of seventeen ne serait pas aussi fascinant si son casting ne l'était pas. Hailee Steinfeld confirme les espoirs entrevus autrefois dans True Grit (les frères Coen, 2010) et signe une prestation touchante de fille paumée. De même, Woody Harrelson confirme ce que l'on voit depuis plusieurs années: il est un excellent second-rôle et ici, il s'amuse à balancer la bonne punchline au bon moment  à Steinfeld. Leurs numéros succesifs sont au final un véritable régal. 

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A cela rajoutez Kyra Sedgwick en mère totalement dépassée jusqu'à un délirant vol de voitures. La réalisatrice s'adapte également aux émotions de son héroïne et rien de mieux qu'une chanson pour y remédier. Les chansons, au vue de leur sens, ne semble pas avoir été choisies au hasard. Kelly Fremon Craig aurait très bien pu faire dans la facilité et prendre la chanson éponyme de Stevie Nicks. Elle ne le fera jamais, pas même pour le générique. You may be right (Billy Joel, 1980) symbolise le trauma de Nadine. People help people (Birdy, 2011) arrive pile poil dans un moment de solitude, quand Save me (Aimee Mann, 1999) se retrouve au moment où Erwin sauve Nadine de l'ennui. Le célèbre slow True (Spandau Ballet, 1983) se chargera quand à lui d'un moment romantique. Le titre Big Jet Plane (Angus and Julia Stone, 2014) se révèle finalement plus explicite. Le gros avion se transforme en voiture comme le tour en voiture peut signifier une relation sexuelle. To build a home (The cinematic orchestra, 2007) évoquera directement le dilemme de Nadine avec un homme qui reconstruit sans cesse une maison en espérant qu'elle tienne à chaque fois. Quant à la dernière chanson, Sky on fire (Handsome Poets, 2012), elle parle d'un groupe dans le désert, peut être perdu mais ensemble. Nadine et Erwin sont désormais sur la même route et ne demandent qu'à vivre des aventures ensemble. (fin des spoilers)

Un teen-movie qui fonctionne de bout en bout, ciblant la solitude de son personnage principal avec pertinence et renforcé par un casting optimal.