Dans les années 70, un groupe composé de militaires, scientifiques et photographe part sur une île mystérieuse. Une certaine Skull Island...

Skull Island

King Kong est un phénomène: il a beau avoir eu une fin funestre, il revient sans cesse depuis 1933 que ce soit par des copies ou des révisions de son mythe. Puisqu'Hollywood revient toujours à ce qu'il fait de mieux (King Kong était une production RKO, ses remakes des films de studios), il n'y a rien d'étonnant à revoir un film autour du gorille géant. Là il s'agit de créer une sorte de multivers où Godzilla et Kong puissent cohabiter ensemble sous l'égide de Warner et Legendary. Le tout jusqu'à un affrontement fratricide entre les deux kaïjus sous la direction d'Adam Wingard en 2020. Rappelons que le cinéma japonais n'a pas attendu les américains pour faire rencontrer les deux monstres, le tout sous la direction d'Ishiro Honda (1962). Une tendance au multivers qui commence à beaucoup lasser depuis que Marvel s'est lancé là-dedans en 2008. Les studios en veulent tous un, accumulent les projets très / trop vite et souvent les choses se gâtent quand le premier film ne marche pas. On pense au Dark Universe d'Universal qui a patiné une première fois (Dracula Untold, Gary Shore, 2014) et risque de le faire à nouveau (La Momie d'Alex Kurtzman a fait un très mauvais premier week-end). Par chance, Godzilla (Gareth Edwards, 2014) et Kong Skull Island (Jordan Vogt Roberts, 2017) ont bien fonctionné au box-office, pouvant lancer un multivers sans problème.

Kong: Skull Island : Photo

529 millions de dollars de recettes pour l'un; 565 millions pour l'autre. Pourtant les dits films n'ont pas toujours bonne réputation. Godzilla avait déçu pas mal de monde (dont votre interlocuteur) à force de reculer l'action sans cesse, au profit des tribulations de personnages fortement fades. Il restait un bel affrontement entre le gros lézard et un couple de créatures et un aspect film catastrophe plutôt bien amené. En soi, Kong Skull Island se retrouve avec un problème similaire: les personnages. Là encore, on retrouve des personnages avec un rôle spécifique dans la galère, mais leur caractérisation ne dépasse jamais ce statut. Brie Larson joue la photographe indépendante et donc qui remet en cause le pouvoir militaire qui l'entoure. Contrairement à ce qui a pu être dit à la sortie du film, le personnage ne se définit pas comme féministe et son traitement l'est encore moins pour le coup. Jordan Vogt Roberts n'en fait pas une héroïne, elle n'est qu'un pion dans un même échiquier. De la même manière, l'autre actrice du casting, Jing Tian, n'est là aussi que pour une caution féminine chez les scientifiques et rien de plus. On ne retiendra pas leurs rôles. Idem pour Tom Hiddleston, caution charme en aventurier et les bidasses tous particulièrement uniformes. La diversité est certes présente mais pour des rôles terriblement fonctionnels. 

Kong: Skull Island : Photo Brie Larson, Tom Hiddleston

Ils ne sont globalement là que pour être liquidés par les différentes créatures et même Kong. Là où par exemple dans le film de Peter Jackson (2005), l'humanité de chacun des personnages était là dès le départ. Il ne suffisait pas d'une caractérisation spectaculaire, mais chaque personnage avait une âme. Que ce soit le cuistot (Andy Serkis) ou le second (Evan Parke) et ne parlons même pas d'Ann Darrow (Naomi Watts). En revanche, on retiendra deux rôles bien spécifiques. D'un côté, John C Reilly dans un personnage très explicatif mais sympathique. C'est lui qui amène toute la mythologie de Skull Island et qui défend une certaine idée du pacifisme. Mais surtout, il y a Samuel Jackson qui hérite d'un rôle tellement over the top qu'il pourrait être le digne héritier du personnage de Carl Dunham (Robert Armstrong et Jack Black dans les films de 1933 et 2005) ou de Fred Wilson (Charles Grodin dans le film de 1976). Jusqu'à remettre à sa place la photographe par un savoureux "Bitch, please!", donnant en français le tout aussi mémorable "Mais ferme la toi!" en plein blanc. Le personnage obstiné par une cible (en l'occurrence Kong) et qui ne s'arrêtera pas tant qu'il n'aura pas son dû. Mais mieux encore, Vogt Roberts s'amuse avec ce personnage en en faisant un archétype du soldat traumatisé par la défaite. Avec cette chasse aux monstres, le colonel incarné par Jackson voit l'occasion de se faire un nouveau Vietnam.

Kong: Skull Island : Photo

Mais cette fois-ci, comme John Rambo dans La mission (George Pan Cosmatos, 1985), il est là pour gagner la guerre, sa guerre. Autant dire qu'il s'en donnera les moyens dès les premières minutes, sortant le bon rock'n roll pour annoncer son arrivée jusqu'à faire exploser toute la jungle au napalm. On peut dire que Godzilla et Kong Skull Island partagent un autre point commun: l'incertitude au sujet de certaines scènes. Est-ce qu'en montrant les dégâts monstrueux causés par le colonel, le réalisateur parle t-il des dégâts exercés par l'Homme sur la Nature? Ou s'agissait-il seulement de tout faire péter? Dans tous les cas, les destructions sur la faune et la flore sont spectaculaires, à l'image d'un film qui navigue pleinement dans la série B à 185 millions de dollars! Les morts pleuvent, parfois de manière assez graphique (on peut même s'étonner du PG-13). Le tout dans une aventure jouissive et divertissante, ne laissant quasiment aucun temps mort au spectateur (ce qui est déjà mieux que Godzilla). On ne s'ennuie pas devant Kong et même si ce n'est pas très finaud, le film est assez généreux pour passer un bon moment. Cela ne sert à rien de comparer Kong à ses aînés, puisqu'il ne va absolument pas dans la même direction. Encore moins celle de Jackson qui revenait aux sources. Ici Kong est un dieu vivant, défenseur de son île et ne voulant absolument pas que quelqu'un s'amène. Encore moins des petites créatures armées qui viennent semer le chaos et la mort. Ce qui en fait un symbole écologique fort. De même pour le reste du bestiaire, le réalisateur dévoile largement la marchandise avec une araignée géante ou des lézards voraces.

Kong: Skull Island : Photo Brie Larson

Kong Skull Island est un pur plaisir de divertissement, n'ayant pas peur de faire parfois dans l'excès, quitte parfois à délaisser les trois quarts de ses personnages.