Chaque année, votre cher Borat revient sur des artistes, des albums et même des clips en ce 21 juin, fête de la musique et aussi début de l'été (laissons entrer le soleil, tout ça, tout ça). Cette année, la Cave de Borat a décidé de revenir sur un point fort du monde de la musique: le clip vidéo. Purement promotionnel, de la performance live au pire, le clip est également l'occasion pour certains réalisateurs et même des musiciens (Michael Jackson en est la preuve) de faire dans la fiction, souvent avec qualité. En général plus le clip est fort, plus la chanson restera dans les mémoires. Y compris la pire des daubes. Il s'agira donc pour moi de revenir sur des clips que j'aime, qui m'ont marqué et parfois venant de réalisateurs connus ou qui ont depuis une belle carrière. Il n'y aura pas de Michael Jackson, David Fincher ou Spike Jonze, puisqu'ils ont été largement abordé dans d'autres cuvées, ni même le groupe Gorillaz qui aura droit à une cuvée un de ces quatre. Alors êtes vous prêts pour un voyage dans le temps? Mettez vos écouteurs, faites chauffer le beat et appuyez sur lecture, ça va déménager.

  • Music sounds better with you / Stardust / Michel Gondry (1998)

Commençons par une valeur sûre. Alors que son cinéma navigue entre fictions et documentaires, on pouvait déjà déceler l'univers particulier de Michel Gondry à travers ses clips. On connaît son travail pour Daft Punk (Around the world, 1997), mais on oublie parfois l'aventure Stardust du camarade Thomas Bangalter. Un groupe éphémère composé de Bangalter, Alan Braxe et Benjamin Diamond sur l'année 1998 qui aura au moins déboucher sur ce titre mémorable. La première fois que j'ai vu ce clip, je devais avoir six ans. On venait d'avoir la parabole, permettant de capter enfin M6. A cette époque (fin 2000-début 2001), la chaîne est déjà réputée pour l'émission Hit Machine (1994-2009) et sa diffusion intensive de clips, au point que le groupe M6 a créé une
chaîne spécifique (M6 Music). Certes le clip de Music sounds better with you accusait déjà deux ans d'âge, mais il passait souvent le matin dans les sessions de clips. Ce fut l'un des premiers qui m'a marqué et encore aujourd'hui, il est toujours aussi frappant. On suit un jeune garçon qui fait une maquette d'avion. En parallèle, on peut voir à la télévision une sorte de hit parade où Bangalter et ses potes se retrouvent en costumes blancs et méconnaissables (Bangalter fidèle à lui-même) sur un nuage. L'un d'entre eux arbore même un synthé-guitare que n'aurait pas renié le merveilleux duo Modern Talking (ou Ryan Gosling).

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Pochette du single.

Tout comme Gondry s'amuse aussi à parodier ce qui marchait à l'époque ou dans les 80's (le clip a un côté un peu kitsch qui le rattache davantage à cette décennie). Une chanteuse nommée Samantha (Fox?) vulgairement pelotée par un mec dégueulasse un verre à la main. Dave Stavroz dans une énième parodie du clip d'Addicted to love (Robert Palmer, 1985). Un autre clip qui nous plonge dans la gorge d'un monsieur. Enfin ce qui semble être un boys band avec la danse qui va avec. Pendant que les parents s'engueulent quasiment tout le temps (le clip commence sur une engueulade sonore), le petit continue son avion et le groupe Stardust gravit un échelon à chaque émission. Gondry s'amuse avec le groupe qu'il montre avec un effet 3D, avant de les faire interragir avec le petit garçon en lui redonnant son avion à travers les nuages. La musique a un rythme particulièrement entraînant, donnant même un côté merveilleux aux aventures du garçon. Encore aujourd'hui, Music sounds better with you est un titre phare de la french touch et son clip reste encore bien en mémoire.

  • Ms. Jackson / Outkast / F Gary Gray (2000)

J'aurais très bien pu choisir Hey ya! (2003) qui fut un clip assez marquant durant mon enfance (notamment avec son lot d'apparitions folles d'André Benjamin), mais j'ai préféré prendre un des premiers clips dont je me souviens. Là encore à cause ou plutôt grâce à M6. Ms Jackson est typiquement le type de chansons où enfant on ne comprend strictement pas les paroles, mais on trouve le rythme et la musique plaisants. Puis quand vous grandissez, vous tapez les paroles sur le net et vous tombez des nues. Pour avoir fait récemment l'expérience avec What you waiting for? (Gwen Stefani, 2004), c'est assez amusant. Ms Jackson est une chanson où André Benjamin revient sur son ancienne belle-mère qui a parasité sa relation avec son ex, Erykah Badu. Autant dire que le message est passé avec subtilité. On aurait pu penser que le clip serait tout aussi explicite que l'est souvent la chanson, mais finalement pas tant que ça. On voit une dame passer en voiture et Benjamin et Antwan Patton la saluent méchamment ou de manière ironique. On comprend facilement que s'ils sont là dans une maison paumée et en réparation, c'est probablement à cause d'elle.

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Pochette de l'album Stankonia (2000) où figure Ms Jackson.

On voit alors les deux collègues essayer tant bien que mal de réparer la maison accompagnés d'animaux. Comme pour confirmer que Ms Jackson porte malheur, un orage arrive et dégomme la voiture, les trous sont légions dans la maison, les plombs sautent... Un merveilleux chat noir. En soi, le clip de F Gary Gray (qui avait déjà signé des clips pour le duo par le passé) n'est pas monumental, mais il a le mérite d'être prenant et amusant à voir. 

  • What you waiting for? / Gwen Stefani / Francis Lawrence (2004)

Vu qu'on vient d'en parler, autant crêver l'abcès. Le clip What you waiting for? m'a souvent été présenté sous sa version courte (donc largement coupé pour laisser place à la chanson en priorité), là où sa version longue de près de sept minutes prend un malin plaisir à jouer avec la chanson de Gwen Stefani. Comme évoqué plus haut, What you waiting for? a des paroles pour le moins explicites et qui ont le mérite de faire rire jaune. Les paroles font curieusement sens avec le clip vidéo de Francis Lawrence, notamment certaines vocalises (je vous laisse aller vérifier vous même les paroles, vous risquez de bien vous amuser). Le tic tac nous amène dans un univers inspiré d'Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll, 1865) et certaines paroles de la chanson y renvoyait déjà. Stefani se retrouve grande dans une maison après avoir dit qu'il se peut qu'elle grandisse par exemple. Le parc renvoie au labyrinthe de la Reine de coeur (également incarnée par Stefani), tout comme on peut voir la chanteuse dans la peau de jumelles. La chenille fumeuse d'opium est représentée par un asiatique. Tout comme le lapin symbolisé d'abord par un jouet, puis par une des Harajuku girls, des danseuses nippo-américaines qui avaient suivit Stefani. Sans compter le fameux passage du non-anniversaire.

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Pochette du single.

Le clip se veut d'ailleurs aussi explicite que la chanson quand ils abordent tout deux le manque d'inspiration et la pression des producteurs. Stefani se voit obligée de faire à tout prix un titre en rentrant à Los Angeles et se retrouve avec le syndrome de la page blanche. La chanson parle de ça et Lawrence parvient à retranscrire ça, notamment en faisant passer la chanteuse par une sorte de thérapie aux proportions délirantes. Au point de convoiter le public japonais dans des proportions délirantes! Au final, la fameuse "hot track" est arrivée, mais ce n'est pas forcément ce qui était attendu et la chanson de faire exploser la carrière solo de Gwen Stefani. Comme quoi, l'inspiration en perdition peut donner lieu à des travaux fascinants.

  • We are all made of stars / Moby / Joseph Kahn (2002)

Avant de réaliser Torque (2004) ou plus respectablement Detention (2012), Joseph Kahn a souvent iconisé les stars dont il confectionnait les clips. Avec We are all made of stars, les personnalités pullulent autour de Moby dans une panoplie de cosmonaute. Jugez plutôt: Sean Bean (qui ne meurt pas, précision notable), Verne 'Mini Me' Troyer, Corey Feldman, Arnold et Willy, Dominique Swain, Ron Jeremy, Thora Birch, Leelee Sobieski et même les icônes de la Trauma Toxic Avenger et le sergent Kabukiman! Tous ont pour la plupart la particularité d'avoir eu une célébrité aussi rapide qu'éphémère ou alors en devenir à l'époque. Feldman est l'exemple typique de la première catégorie, passant de l'enfant star ultra demandé à père de Katy Perry le temps d'un clip entre deux direct to dvd. Birch comme Sobieski et Swain correspondent davantage à la seconde. Tout le monde veut devenir une star en allant à Los Angeles, mais le résultat ne dure pas toujours très longtemps. Derrière son clip particulièrement lumineux, Kahn se paye le star system et particulièrement celui d'Hollywood qui broie aussi vite ses étoiles montantes pas longtemps après les avoir lancer. Le tout souvent dans une indifférence qui amène parfois au pire. Il n'y a qu'à voir le pauvre Toxic Avengers évincé par le sergent Kabukiman le temps d'une avant-première.

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Pochette du single.

De la même manière, Kahn s'amuse à faire divers zooms et travellings afin de recentrer l'attention sur les guests et le chanteur. Certains ne sont déjà plus des stars, finissant dans l'anonymat le plus total de l'hôtel miteux ou du fast food du coin. Quant aux plus jeunes, ils profitent de la hype avant l'anonymat (l'exemple de Sobieski dans le clip est assez évident). Sean Bean est peut être le cas le plus à part. L'acteur a toujours joué les second-rôles, ce qui lui a permis d'asseoir une certaine réputation. Pas étonnant qu'il soit montré dans une situation bien plus reluisante, même si on peut voir une forme d'ironie dans son costume qui peut faire penser à 007 (il était le méchant de GoldenEye, rappelons-le). En résulte, un clip assez fort et qui essaye d'exhumer certaines stars d'une époque aujourd'hui révolue.

  • Starlight / Supermen lovers / David et Laurent Nicolas (2001)

Restons encore un peu dans le star system avec un clip et une chanson qui devraient vous dire quelque chose. Il s'agit là aussi d'un des premiers clips qui m'a marqué, non seulement par la musique (qui fut un des gros tubes de 2001), mais aussi par son clip au look très singulier. Le design des personnages ne plaira pas forcément à tout le monde, voire paraîtra étrange. Ils sont assez laids dans l'ensemble, que ce soit le héros, ses parents ou même les producteurs qu'il appelle. Ces derniers ont d'ailleurs tous les défauts possibles entre les dents crades  (un d'entre eux a même des airs de vampire), le cigare en bouche et un corps reposant principalement sur une grosse tête et des petits bras. Sans compter que le clip joue beaucoup sur de possibles cordes de marionnettes, renforçant le look improbable du clip. Jusqu'aux aliens et au squelette servant de vedette. Mais Starlight est aussi une merveilleuse satire de l'industrie musicale, mais aussi des goûts des gens. On le voit, nos petits vieux aiment bien écouter sans cesse la même chose, au point que quand il y a du changement, ils le refusent. Le duo comme Guillaume Atlan, le fameux Supermen lovers, ne mettent pas d'extrait sonore du squelette, mais on se doute assez rapidement de ce qui peut plaire (de la soupe).

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Pochette du single.

Ce qui est différent ne marche pas et a tendance à faire peur aux producteurs. Le héros et son ami souris sont des incompris, des freaks (encore plus renforcés par le design) et comptent bien s'amuser avec les producteurs. Les héros ne cherchent qu'à être connus et avoir leur quart d'heure de gloire (ce qu'ils auront finalement) et le refrain de la chanson va clairement dans ce sens. La Terre n'est pas assez bonne pour eux, mais l'Espace le sera peut être. Sauf que même le final du clip est assez triste, puisqu'il n'y en a qu'un qui en profitera. L'autre pourra toujours croupir sur Terre pendant que l'autre savoura un bon jacuzzi! Le cynisme jusqu'au bout.

  • Stan / Eminem / Philip G Atwell (2000) 

Passons désormais à beaucoup plus glauque. Eminem est au top de sa forme, sa popularité a atteint des sommets dans un genre musical globalement noir. Connu pour son ton particulièrement radical (notamment pour ce qui est de taper sur sa mère), le rappeur avait signé cette complainte de fan sur l'album The Marshall Mathers LP (2000). Le clip reprend le même contexte que celui de la chanson et sa version non-censurée se révèle particulièrement violente. La chanson comme le clip mettent en scène un fan hard core d'Eminem (Devon Sawa), faisant une fixette absolue sur lui, au point de se teindre les cheveux en blond ou de remplacer la partie où figure sa petite-amie (la chanteuse Dido encore inconnue à l'époque) sur une photo par une autre d'Eminem. L'obsession le rend dépressif, paranoïaque et profondément malsain. La photo très sombre, renforcée par la pluie battante et la nuit, ne fait qu'accentuer l'aspect glauque de la chanson et du clip jusqu'à atteindre des sommets d'horreur dans ses dernières minutes. Comme Eminem, Philip G Atwell ne fait rien pour rendre Stan attachant et plus le clip avance, plus il accentue la psychose du personnage.

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Pochette de l'album The Marshall Mathers LP où figure Stan.

Il devient encore plus agressif qu'il ne l'était déjà. Sa copine a beau dire que ce n'est pas si grave, elle subira les foudres de son copain fou dans une issue ornée de hurlements terribles. Lorsqu'Eminem répond à Stan, il est déjà trop tard. Stan est mort, laissant derrière lui un fait divers digne d'un film d'horreur. La partie avec Eminem est ironiquement assez sobre, après le torrent de haine de Stan. Le clip doit également beaucoup à l'interprétation inspiré de Devon Sawa dans un sommet d'hystérie.

  • Come to daddy / Aphex Twin / Chris Cunningham (1997)

Restons dans une tendance un brin trash avec un artiste particulièrement marquant des 90's. N'ayant jamais lancé de cuvée sur son travail, cette tribune est une bonne occasion pour parler de Chris Cunningham. Il n'a jamais réaliser de long-métrages au contraire de Francis Lawrence ou Anton Corbijn. Pourtant le travail de Cunningham intéresse, fascine, dérange et ce depuis 1995. D'ailleurs je remercie le camarade Princecranoir pour m'avoir définitivement initié à ce vidéaste. Un réalisateur qui s'amuse avec les corps, les modifie au point parfois d'en venir à quelque chose de purement malsain. Il fera de la chanteuse Bjork un robot qui s'accouple avec un autre (All is full of love, 1999). Afrika shox (Leftfield, Afrika Bambaataa, 1999) montrait un sans-abri de type africain dont les membres éclataient progressivement comme un vase, dans un portrait de déshumanisation impressionnant. On peut également citer la publicité pour Playstation que j'ai déjà évoqué dans ces colonnes, où une jeune femme avait eu le visage modifié après captation de ses mouvements faciaux. Certainement mon premier "film d'horreur". Mais les clips que l'on retient de Cunningham sont en général ceux réalisés pour Aphex Twin. Pour Windowlicker (1999), Cunningham reprenait le principe de Come to daddy, à savoir placer la tête de l'artiste sur d'autres corps.

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Pochette du single.

Ici il le met en scène à travers des enfants s'attaquant à une vieille dame et à un gars. Ce qui n'est pas sans rappeler un autre grand expérimentateur autour des corps, un certain David Cronenberg. En effet The brood (1979) mettait en scène des enfants difformes s'en prenant à ceux qui s'attaquent à leur mère. Ici il s'agit du père montré lui aussi de manière déformée à travers un poste de télévision. L'influence de Crocro continue à travers le fameux père sortant de la télévision, évoquant ainsi Videodrome (1983). Cunningham le fait ensuite apparaître sous la forme d'un bébé géant et brailleur, avant de le montrer à nouveau avec le visage d'Aphex Twin dans un corps affreusement maigre. Rien que de voir le visage inexpressif d'Aphex Twin, il se dégage de ce clip un sentiment de dégoût et une vision d'horreur qui ne cesse de continuer le long des presque six minutes de vidéo. Preuve aussi que Citadel (Ciaran Foy, 2012) n'a décidémment pas inventé l'eau chaude, on retrouve là aussi la banlieue londonnienne comme théâtre des exactions des enfants et de leur père. Come to daddy, une véritable plongée dans l'horreur de vos quartiers.

  • Hands clean / Alanis Morissette / Francis Lawrence (2002)

Retour vers la vidéographie de Francis Lawrence, qui avait décidément une belle carrière dans le clip avant de s'attaquer au cinéma. Alanis Morissette aka Dieu pour les intimes revenait en 2002 avec un nouvel album après quatre ans d'attente. Comme avec Gwen Stefani plus haut, le réalisateur est finalement assez fidèle aux paroles de Morissette sur Hands clean. La chanson se base sur la relation amoureuse entre la chanteuse et un homme plus âgé (visiblement dans le milieu de la musique) alors qu'elle était encore adolescente. Le réalisateur reprend le principe en confrontant plus ou moins Morisette à son ancien amant (ici incarné par Chris Sarandon) dans un lieu banal, puis dans des flashbacks, ce qui accouche d'une chanson. Le réalisateur montre alors progressivement et de manière assez originale la confection du single, puisqu'il prend le point de vue d'une télévision. La caméra s'avance dessus et de temps en temps, il lui arrivera de bouger un peu comme une personne qui tangue. L'intérêt du spectateur se trouve dans la petite lucarne. Pour les transitions (plans courts comme un peu plus longs), les plans défilent toujours de droite à gauche, permettant au spectateur de toujours regarder au centre sans être déconcentré.

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Pochette du single.

De la même manière, lorsqu'il en a besoin le réalisateur annonce les distances temporelles en bas de l'écran. On voit alors toutes les étapes: la composition, l'enregistrement, la confection des galettes, la promotion (photo, clip, radio), arrivée en rayon, concert et enfin postérité. Pour les dernières étapes, Lawrence mise alors sur la réaction enthousiaste de fans relativement jeunes, comme pour confirmer qu'une chanson peut rassembler le plus de monde et que la jeunesse est un vecteur essentiel. 

  • Gust of wind / Pharrell Williams feat Daft Punk / Edgar Wright (2014)

Ce sera probablement le clip le plus récent de cette cuvée. Edgar Wright avait déjà réalisé des clips dans les 2000's, mais il s'était vite arrêté pour se consacrer au cinéma (le succès de Shaun of the dead aidant). Quand le réalisateur de Scott Pilgrim vs the world se retrouve sur ce projet, il ressort de la production houleuse d'Ant Man qui se fera finalement sans lui et qui lui a fait perdre beaucoup d'années en raison de sa gestation chaotique. Sans véritable projet en marche, le réalisateur accepte la réalisation pour ce qui reste un des plus beaux clips récents. Pas de fiction véritable à mettre en scène, mais un aspect particulièrement poétique où Pharrell Williams fait ce qu'il fait d'habitude (il chante et danse avec un gros chapeau sur la tête). Si ce n'est pas une des meilleures compositions de Daft Punk, il se trouve que le titre est suffisamment entraînant pour amener à des chorégraphies. Wright filme alors de magnifiques danseuses dans des tenues rouges, blanches ou jaunes, parfois même dans les airs dans un décor automnal magnifique. Et nos chers robots français dans toute cette histoire? Hé bien ils sont là d'une manière bien spécifique. Après avoir été largement visible lors de la promotion de Random access memories (2013), le duo français est présent à travers deux têtes en pierre. 

PW

Ces dernières finissent alors par se réveiller progressivement et à se déplacer dans les airs avant d'atteindre le ciel. Le tout avant d'être représentés dans le ciel comme s'il s'agissait d'esprits. Il ne serait pas étonnant que Wright a pensé au Retour du jedi (Richard Marquand, 1983) et ce final où Luke voit différents esprits de jedis en pleine fête. Gust of wind n'est pas le meilleur travail d'Edgar Wright, mais il est une parfaite récréation entre The world's end (2013) et son petit dernier Baby driver (2017). Il montre aussi que son style s'est davantage apaisé depuis qu'il a touché à une production hollywoodienne. Pas plus mal.

  • Toxic / Britney Spears / Joseph Kahn (2004)

Retour chez le camarade Kahn. Alors que Britney Spears et son style commence à arriver à maturité (Pharrell Williams est passé par là), le réalisateur lui offre un merveilleux défouloir. Le réalisateur fera la même chose des années plus tard à Taylor Swift (Bad Blood, 2014), avec néanmoins bien moins de style et une avalanche de guests un brin poussive. Toxic est une chanson que l'on n'aime ou pas qui a le mérite d'être entraînante. C'est honnêtement une des chansons de Britney Spears qui me plaise plutôt bien et le clip envoyait du rêve à l'époque. Tout simplement parce que Toxic part dans toutes les directions possibles et envisageables avec un manque de cohérence tenant du délirant. Une sorte de blockbuster qui se fout de la logique et s'enfonce toujours un peu plus loin dans un délire visuel qui a un petit peu pris dans la tronche. A l'image de ces oiseaux dans le premier plan qui peinent à convaincre. Les effets-spéciaux et les fonds verts sont omniprésents, des sauts délirants... tout y passe, y compris les transitions capillaires et vestimentaires. Britney Spears passe d'une tenue d'hôtesse de l'air blonde à une tenue moulante de cambrioleuse aux cheveux rouges (visiblement un clin d'oeil à la série Alias). Enfin elle se retrouve avec une sorte de cape avec des cheveux noirs. 

BS 

Pochette du single.

Comme pour montrer qu'elle assume pleinement son aspect sexy et qu'elle n'est plus la petite fiancée de l'Amérique, la chanteuse se retrouve presque dans le plus simple appareil pour quelques plans un peu plus coquins. Le réalisateur fait même des clins d'oeil à Torque, le film qu'il a réalisé juste avant, connu encore aujourd'hui aussi bien pour son bide commerciale que pour sa qualité artistique souvent douteuse. Le passage motorisé de Toxic est honnêtement digne de ce que l'on peut voir dans le film (ce qui n'est pas forcément un compliment), y compris ce plan où la moto fait lever une robe! On peut également rajouter la présence dans le clip de Martin Henderson, rôle titre de Torque. L'excentricité n'a pas de prix quand il donne lieu à des essais aussi délirants. Toxic en est la preuve.

  • Sledgehammer / Peter Gabriel / Stephen R Johnson (1986)

Faisons maintenant dans le vintage. Encore aujourd'hui, Sledgehammer reste l'un des clips les plus inventifs de tous les temps de par l'étendu du travail accompli. Peter Gabriel voulait un clip totalement fou au point d'être difficilement copiable, il sera particulièrement servi. La présence de Peter Gabriel dans le clip est peut être trompeuse et pourrait faire croire que la production de ce clip a été plus facile qu'on ne le croit. Pourtant tous ses plans ont été travaillé image par image par les équipes d'Aardman. Oui les mêmes qui ont créé Wallace et Gromit. A l'époque le studio débutait et Sledgehammer fut l'un de leurs premiers travaux importants. Gabriel s'est ainsi retrouvé à être filmé durant seize heures de la même manière que pour un film en stop-motion, soit image par image. Une impression qui se remarque de par la multiplicité des expressions faciales de Peter Gabriel au cours du clip ou ses mouvements. Le clip n'a aucune narration et se veut être un véritable trip, passant d'une fécondation au visage de Peter Gabriel! Un train passe autour du visage de Gabriel, il devient bleu comme le ciel, se fait percuter par des auto-tamponneuses animées, se retrouve dans une montagne russe dessinée sur un tableau avant de finir en statue de glace.

PG

Pochette du single.

Le décor varie selon les moments, allant du fond noir à de la végétation. Le chanteur finit par se transformer en tête de légumes, renvoyant aux célèbres peintures de Giuseppe Arcimboldo. Gabriel devient ensuite un véritable personnage de pâte à modeler et là le clip entre une phase totalement expérimentale. Le fond change sans cesse, le yin et le yang deviennent des poissons, des bonhommes vont dans la tête de Gabriel et surtout de véritables poulets à cuire dansent! Cette partie en particulier aurait été réalisé par Nick Park, le réalisateur de Chicken run. Une scène dingue parmi tant d'autres d'un clip qui tient la barre haute dans son domaine. Même la danse finale se révèle merveilleusement désincarnée dans les mouvements de Gabriel et ses choristes. Peter Gabriel et Steven R Johnson retenteront l'expérience avec cette fois-ci de l'informatique pour un résultat bien moins réussi et qui a davantage vieilli. Steam (1993) reste toutefois une tentative sympathique.

  • La trilogie Silverstone / Aerosmith / Marty Callner (1994-95)

Pourquoi avoir mis "la trilogie Silverstone" pour parler de trois clips du groupe Aerosmith ? Tout simplement parce que l'actrice Alicia Silverstone est le rôle principal des clips Cryin (1993), Amazing (idem) et Crazy (1994) tous réalisés par Marty Callner. Trois tubes en puissance (Crazy est magnifique et les deux autres sont particulièrement entraînantes) pour des clips tout aussi cultes. A chaque fois, l'actrice joue un rôle différent mais souvent similaire, celui d'une adolescente amoureuse. A l'époque, Silverstone attend de connaître un gros succès (à savoir Clueless d'Amy Heckerling) et ses clips pour Aerosmith joueront beaucoup dans sa visibilité et sa popularité naissante (malheureusement pour elle un brin éphémère). Si l'on excepte les appartés live du groupe, on suit à chaque fois une fiction différente (même si la fin de Crazy fait référence à Amazing). Le début de Cryin fait un peu peur avec Silverstone sur un pont quasiment prête à sauter. Si la suite sauvera les peurs des spectateurs, le début a de quoi avancer un final tragique. Comme peut le suggérer le début de la chanson, Silverstone se fait briser le coeur par Stephen Dorff et finit par le lourder définitivement en lui volant sa voiture. Comme pour confirmer qu'elle n'a vraiment pas de chance avec les garçons, le jeune Josh Holloway (dix ans avant Lost) finit par lui voler son sac avant qu'elle ne lui mette une sérieuse raclée.

AS

Couverture du Rolling Stone US de septembre 1995.

Un coup de pied plus énergique qu'un seul de Batgirl dans Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997) ! Après avoir été déçu, l'héroïne en vient à partir finalement à l'aventure sans avoir besoin d'un garçon. Les plaisirs simples en solo, il n'y a que ça de vrai. Le clip Amazing est plus ambitieux, puisqu'il parle de Réalité Virtuelle, procédé qui commence à revenir sur le devant de la scène ces derniers temps. Pour le personnage de Jason London, c'est l'occasion de changer son apparence et de vivre une aventure avec une jolie fille, qui finit par être Alicia Silverstone en se basant sur le clip Cryin ('La RV, une expérience sponsorisée par Aerosmith"). Une photo d'une moto amène à un véhicule et le reste est assez classique de ce qu'on a l'habitude de voir avec la RV: un casque énorme et des gants pour le toucher ou les mouvements. Globalement les scènes en RV se retrouvent recadrées afin de bien les différencier de la vie réelle. La musique se révèle globalement raccord à la poussée d'adrénaline du héros (y compris dans un sous-entendu amusant). Comme pour confirmer que nous sommes bien dans un jeu-vidéo ou une expérience du même type, un avion finit par débarquer par le plus grand des hasards et comme pour plus de sensations, les tourtereaux se retrouvent à sauter depuis l'avion. Le plus drôle est évidemment que le personnage de Silverstone n'en était finalement pas un, ce que London pensait en accrochant sa photo comme un énième trophée. Alicia Silverstone définitivement la meilleure.

CR

A

CZ

Pochettes des singles.

Par contre on passera sur plusieurs séquences à CGI ou devant un fond vert, comme le guitariste Joe Perry sur une route qui est en train de se fissurer. Des scènes qui ont globalement mal vieillies et qui n'ont honnêtement aucun sens avec le reste de l'histoire. Enfin Crazy est l'occasion de voir la jeune actrice aux côtés de Liv Tyler, la fille du chanteur du groupe. Crazy prend alors des atours de road movie au féminin, comme une version adolescente de Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991) avec une issue heureusement différente. On peut penser dans un premier temps à une bromance entre filles et finalement il se peut que cela aille bien plus loin. Là aussi il y a le beau-gosse de service, mais il s'avère plus sympathique que le personnage de Brad Pitt. En résulte, trois clips qui ont le mérite d'être terriblement sympathiques, voire d'être iconiques. Incroyable.

  • Californication / Red Hot Chili Peppers / Jonathan Dayton et Valerie Faris (2000)

On tient ici le clip iconique par excellence, celui dont quasiment tout le monde se souvient ou a déjà vu au moins une fois. Les Red Hot Chili Peppers sont déjà bien installés dans l'inconscient des musicos et Californication sera l'occasion d'asseoir encore plus leur réputation aux yeux du grand public. Tube en puissance se payant les travers de l'Etat le plus connu de la côte Ouest (jusqu'à son titre), le clip est aussi certainement le plus connu du quatuor. Aux commandes, on retrouve le duo Jonathan Dayton / Valerie Faris, réalisateur de clips comme Sing (Travis, 2001) ou Tonight, Tonight (The Smashing Pumpkins, 1996), mais aussi du film Little miss sunshine (2006). Il s'agit du type de projet où le cinéma a essayé de se relier au jeu-vidéo, avant de se focaliser sur l'adaptation de jeux en particulier. Certes, le clip a vieilli mais il fonctionne dans ce qu'il veut montrer. Les membres du groupe sont des personnages que peut incarner le joueur, selon diverses compétences. Ils doivent collecter des items tout en évitant divers obstacles. La Californie semble isolée en tant qu'île et dans l'introduction du titre, le duo se paye notamment le logo du studio Tristar représentant un cheval ailé.

RH

 

Chad Murphy se retrouve avec des compétences en snowboard (notamment en faisant des figures sur le Golden Gate Bridge), Anthony Kiedis surfe sur un requin avant de devenir un fou du volant, Flea peut sauter très haut et John Frusciante contrôle une libellule géante! De même, lorsque Kiedis tombe de haut, sa barre de vie baisse automatiquement. Le contexte du jeu-vidéo est présent sans que cela soit caricatural ou ridicule. Le passage motorisé comme le monde ouverte n'est pas sans rappeler la franchise GTA (1997-), bien que les jeux étaient encore en vue du dessus. Plus on avance dans la vidéo, plus le jeu-vidéo devient foutraque avec des soucoupes volantes, des immeubles qui s'effondre, le tout dans un plan-séquence qui multiplie les points de vue. Pour ce qui est de l'aspect sarcastique, comment ne pas évoquer ce passage où Fruciante visite des studios, passant du plateau d'un film de science-fiction à celui d'un film pornographique? Californication c'est un peu tout ça et c'est beau.

  • Jenny from the block / Jennifer Lopez / Francis Lawrence (2002)

Enfin pour terminer cette cuvée, il fallait bien finir par un plaisir coupable. Ce clip qui a priori n'est pas exceptionnel, mais est un peu culte à sa manière. Je précise que j'aime beaucoup cette chanson, tout comme plusieurs autres de J Lo dans sa première période (celle avant les délires dance avec Iggy Azalea et Pitbull). Le clip de Francis Lawrence n'est pas foufou, pas de plans monumentaux à l'horizon ou de fiction forte. Mais il symbolise à lui seul une époque. Nous sommes en 2002, le monde n'est pas encore prêt pour Gigli (Martin Brest, 2003), mais il connaît déjà le couple J Lo-Ben Affleck. A l'époque où il était Daredevil (désolé de faire revenir de mauvais souvenirs chez certains lecteurs), Benny A n'était pas en couple avec Jennifer Garner mais avec la belle chanteuse-actrice. Le clip de Jenny from the block s'immisce volontairement dans le quotidien de J Lo et donc de Benny. C'est ainsi que Lawrence prend souvent le point de vue de paparazzis, permettant des moments intimes avec la sobriété de ces photographes bien particuliers. Ainsi, J Lo se retrouve souvent en petite tenue (dès l'introduction en caméra de surveillance) sous le regard à la fois du spectateur et du caméraman. 

JLO 

Pochette du single.

Mais évidemment, ce qui amuse le plus le spectateur c'est la présence de Benny dans un quotidien tenant du banal incroyable. Dans un contexte où il ne peut pas jouer, l'acteur se révèle particulièrement sérieux et se retrouve dans des situations involontairement drôles. Benny met de la crème dans le dos de Jennifer. Benny fait le plein. Excusez la tenue de Benny, il sort de la douche. Benny sort de la voiture. Benny réconforte Jenny. Benny se prend pour Patrick Swayze dans Dirty Dancing. Benny offre des boucles d'oreilles à Jenny. Comme quoi les gens changent, ne s'aiment plus, mais parfois il arrive que quelque chose reste et il vaut mieux que ce soit un clip qu'une sex tape

Allez à la prochaine!