Batman a adopté un jeune garçon, ce qui ne lui convient pas trop. Le Joker faisant encore des siennes, il va être obligé de faire de Robin son acolyte...

Lego Batman

Depuis quelques années, Warner Bros revient à l'animation et on parle bien ici de films. Le studio s'était un peu reposé au fil des 2000's sur des séries animées diverses, souvent en rapport avec des super-héros. On pense à X Men Evolution (2000-2003), La ligue des justiciers (2001-2004), Teen Titans (2003-2006) ou Ben 10 (2005-2008). Quand on connaît bien le passé animé de Warner (les Looney Tunes tout simplement), il était triste de se dire que l'héritage cartoonesque du studio ne menait à plus grand chose. Le studio avait bien essayé de revenir à l'animation au cours des 90's, mais privilégiant les mauvais projets aux bons (Le géant de fer avait subi financièrement et créativement le naufrage d'Excalibur l'épée magique), Warner Bros Feature Animation avait fermé. Le flop commercial des Looney Tunes passent à l'action (Joe Dante, 2003) a finalement rajouté une couche à l'optique de Warner d'arrêter l'animation. Il y a bien eu des tentatives comme les Happy feet (George Miller, 2006-2011), mais cela n'a jamais été très loin. Warner finit en 2013 par revenir dans le milieu avec un studio baptisé Warner Animation Group. C'est dans cette structure que sont nés The Lego Movie (Lord, Miller, 2014), Cigognes et compagnie (Stoller, Sweetland, 2016) et The Lego Batman Movie (Chris McKay, 2017). Fort de ces succès (même si Cigognes... a fait beaucoup moins sur une saison différente), le studio est lancé et semble s'entourer d'auteurs intéressants. 

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On a cité plus haut le duo Lord/Miller et Nicholas Stoller, mais on peut aussi rajouter le duo John Requa / Glenn Ficarra ou Jason Segel pour des projets futurs. Pour Warner, il s'agit de revenir au cartoon, élément peu prisé de la concurrence et lui permettant de sortir du lot. The Lego Batman Movie est un film qui prolonge le délire de The Lego Movie où le personnage apparaissait déjà. Will Arnett reprend logiquement son rôle et se voit épaulé d'un beau casting: Michael Cera (Robin), Rosario Dawson (Batgirl), Zack Galifianakis (Joker) ou Ralph Fiennes (Alfred). Certains sont même là pour la private joke, à l'image de Billy Dee Williams (il jouait Harvey Dent dans le Batman de Tim Burton, avant de résigner son contrat, perdant ainsi l'occasion de jouer le personnage en Double Face dans Batman Forever). Un casting de qualité et un peu comme The Lego Movie (Chris Pratt vs Arnaud Ducret, combat perdu d'avance pour le français) quasiment indispensable pour certaines vannes ou expressions, certaines traductions françaises (même en sous-titrage) laissant à désirer. Inutile d'Y aller par quatre chemins: The Lego Movie Batman est un film qui parlera aux fans de l'univers du super-héros, que ce soit des comics, des films ou des séries. Les private jokes sont légions au cours du film, ce qui titillera les irréductibles comme les néophytes, au risque de les perdre un peu ou de les intéresser d'autant plus. 

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Ce qui est toujours le risque d'un film très référencé au niveau de la pop culture. (Attention spoilers) La première scène phare du film aligne les caméos de méchants (dont le chef des mutants de The Dark Knight Returns et même les pingouins de Batman Returns) et se paye même le générique de la série des 60's (en passant, RIP Adam West) le temps du refrain sur du bon metal (clin d'oeil à quelques vidéos virales fortement amusantes). En parlant de ça, Chris McKay s'amuse comme un petit fou avec la série, alignant les références notamment au film (comment ne pas évoquer le cas du jet anti-requin ?) sans jamais se moquer. On peut même voir The Lego Batman Movie comme une ôde mémorable à un personnage et à ce qu'il représente depuis 78 ans. Au pire Alfred parlera de quelque chose de "weird" (ce qui n'est pas faux si vous avez vu au moins le film). Le réalisateur joue sur l'aspect parodique sans ternir ce qu'est Batman. On peut même dire qu'il aborde certains thèmes amusants et plutôt bien vus. Batman est ainsi montré comme un personnage solitaire, ne s'attachant à quasiment rien (même pas à Alfred), voire pire il s'enfonce dans sa double-personnalité. Bruce Wayne apparaît peu, car Batman est tellement plus attirant qu'il finit par garder le masque même chez lui. Une névrose devenant de plus en plus forte et qui fait écho à certains passages de la trilogie de Christopher Nolan (2005-2012).

Lego Batman, Le Film : Photo

Le super-héros prenait parfois plus de place que le personnage réel, au risque de se croire trop fort et de sombrer (remember The Dark Knight rises). Cela atteint son paroxysme lorsqu'il se voit obligé de faire équipe avec l'enfant qu'il a adopté. Chris McKay s'amuse de la drôle de relation entre Batman et Robin, souvent considérée comme un duo à consonance gay. Le côté efféminé véhiculé par le doublage de Michael Cera (notamment lors de l'essayage de costumes) vaut à lui seul le visionnage en vo. Par ailleurs, le film s'amuse aussi du côté "à part" de Batman dans la Justice League, au point de n'être invité par personne pour diverses soirées. Plus amusant encore, McKay montre que le Joker cherche à tout prix l'affection de Batman et veut être considéré comme son meilleur ennemi. Ce qui rend sa filiation avec Batman d'autant plus amusante (deux êtres torturés ne pouvant s'empêcher de s'affronter) et raccord avec leurs relations en général. McKay perpétue l'aspect foutraque de The Lego Movie en permettant une réunion de méchants absolument délirante, donnant même lieu à un aspect cocasse (Ralph Fiennes face à Voldemort, il y a de quoi rire). Un délire pas si différent de celui de Benedict dans Last action hero (John McTiernan, 1993). (fin des spoilers) Quant à l'animation, elle se révèle aussi ambitieuse en terme d'idées visuelles et le premier affrontement est un parfait exemple de virtuosité. Il y a toujours ce style proche de la stop-motion et l'aspect lego est toujours ludique.

TLB

Moins inventif que The Lego Movie, The Lego Batman Movie s'impose par son humour parodique et son hommage pince sans rire à une icône du superhéroïsme et à son univers.