Après les événements de Civil War, Peter Parker essaye de vivre sa vie d'adolescent comme de jeune super-héros. Il se trouve sur le chemin du Vautour et de ses sbires, ennemis exploitants des ressources extraterrestres...

SMH

On peut parfois se demander comment certains producteurs ou personnalités du cinéma peuvent rester aussi puissants avec autant de casseroles aux fesses. Le cas présent se nomme Amy Pascal. Présidente de Sony Pictures de 2006 à 2015, Pascal s'est fait notamment remarquer à cause du Sony Hack. Pour rappel, il s'agissait du piratage du studio visiblement par des nord-coréens, entraînant par dessus le marché une crise diplomatique incroyable au cours de l'hiver 2014-2015. Si la présidente n'en est pas responsable, en revanche ses mails furent assez compromettants, comme des discussions avec le producteur Scott Rudin particulièrement gratinées (visiblement cela partait dans des mails racistes ou le dénigrement comme ce sera le cas pour Angelina Jolie). On retrouvait aussi des projets obscurs comme un possible ralliement à Marvel (donc Disney) de Spider-man. Rappelons que The Amazing Spider-man 2 (Marc Webb, 2014) n'avait pas fait les chiffres attendus et avait eu des critiques cinglantes (de votre interlocuteur notamment). Pascal aurait pu être sur un siège éjectable, il n'en est pourtant rien. Certes, elle n'est plus présidente de Sony Pictures (remplacée par le très polémique Thomas Rothman), mais c'est elle qui a géré l'accord avec Kevin Feige (le producteur à la tête du Marvel Cinematic Universe) et par la même occasion est à la tête du micro-univers autour du nouveau Spider-man. Comme ce n'est qu'un accord contractuel, Pascal peut faire ce qu'elle veut comme relancer des projets longtemps en development hell

Spider-Man: Homecoming : Photo Tom Holland

A l'image de Venom qui sera mis en scène par Ruben Fleischer, avec Tom Hardy dans le rôle de la personne possédée par le symbiote extraterrestre. Un mélange de comédie horrifique à la Zombieland (cela tombe bien c'est le même réalisateur) et des films de David Cronenberg et John Carpenter. La dernière fois que Crocro fut une inspiration pour un film de super-héros, c'était pour Fantastic Four (Josh Trank, 2015), on a vu comment ça a fini... Sans compter un film d'animation autour de Miles Morales (le second Spider-man) réalisé par Peter Ramsay (Rise of the guardians) et Bob Persichetti; un film autour de Black Cat et Silver Sable; et le possible Sinister Six. Le plus amusant reste que Kevin Feige  semble de plus en plus se demander s'il n'a pas fait une connerie, au vue d'une récente interview où il demandait à Pascal si ces films feront parties du MCU. Ce à quoi elle a répondu que cet univers Spidey serait à part, même si le personnage interagit dans le MCU. Un schmilblick qui risque d'être fort compliqué à l'avenir, surtout avec des gens aussi incompétents et gênants que Pascal aux commandes. Ce qui nous amène à Spider man Homecoming (Jon Watts, 2017), seconde apparition du tisseur dans le MCU après un premier passage remarqué dans Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016). Peter Parker est désormais incarné par Tom Holland et est une version adolescente du personnage, évitant tout retour aux sources (il a déjà ses pouvoirs, son oncle Ben est décédé) ce qui n'est pas pour déplaire (The Amazing Spider man se plantait notamment en faisant du copier-coller).

Spider-Man: Homecoming : Photo Jacob Batalon, Tom Holland

Le tisseur sera également des deux prochains Avengers réalisés par les frères Russo (Infinity War, l'autre n'a pas de titre pour l'instant afin de ne pas spoiler les spectateurs) et on annonce déjà un second Homecoming situé après ces films toujours mis en scène par Jon Watts. Après toutes ces informations (désolé si ce fut un peu long, mais parfois il faut contextualiser un peu), il est temps de passer au film lui-même. Spider man Homecoming n'est pas une révolution, ni une évolution du personnage au cinéma. Il est une variation sympathique d'un super-héros dans un univers où il peine à trouver sa place (c'est d'ailleurs tout une problématique du film); et où il cherche à s'imposer d'une manière ou d'une autre. Les exécutifs et le réalisateur ont décidé de miser sur un Peter adolescent, bien aidé par le choix d'un acteur jeune permettant une évolution au fil du temps. Tom Holland s'en sort d'ailleurs plutôt bien dans le rôle et semble particulièrement à l'aise avec le personnage. Idem pour ses petits partenaires, en particulier Jacob Batalon sidekick plutôt efficace. Les personnages féminins incarnés par Laura Harrier et Zendaya sont plutôt sympathiques, même si elles sont un peu coincées dans un type de rôles (le love interest et la copine un brin roublarde du groupe). Le réalisateur s'en sort plutôt bien pour ce qui est de réaliser un teen movie super-héroïque, soit une intention première à l'annonce du projet et ce, même si le film use d'archétypes déjà vus à droite et à gauche (rien de nouveau sous le soleil).

Spider-Man: Homecoming : Photo Laura Harrier, Tom Holland

 

Malheureusement, Spider man Homecoming montre rapidement ses limites. Pas qu'il ne soit pas un minimum agréable à regarder, mais il est terriblement anecdotique et n'apporte finalement pas grand chose de nouveau, si ce n'est une ambiance un peu divergente de la moyenne. Aussi sympathique puis-ce t-il être, Spider man Homecoming ne reste pas en mémoire et s'oublie même assez vite comme un énième épisode d'une série télévisée. Au point qu'il y a une obligation de montrer des personnages pré-existants du MCU pour que Homecoming puisse visiblement exister. Sauf que Tony Stark (Robert Downey Jr) et Happy (Jon Favreau) ne servent absolument à rien dans le film. Au pire, l'accident du ferry aurait donné lieu à une épreuve pour Peter et cela aurait peut être mieux servi le récit. Une aventure définitivement solo (et non accompagnée) aurait peut être aussi permis au super-héros de se construire tout seul. Le film s'appelle tout de même Spider man Homecoming, pas "Spider man et son ami super-héros Iron Man"... Que Sony et Marvel veulent rattacher le personnage au MCU, il n'y a aucun problème. Mais encore faut-il le faire sans utiliser de grands sabots et en pensant que cette façon de faire est indispensable au bon déroulement de la franchise. 

Spider-Man: Homecoming : Photo Tom Holland

C'est un reproche que l'on peut souvent faire à Marvel et qui revient assez régulièrement dans les aventures solo de ses héros (remember Ant Man et son passage douteux avec Falcon). (attention spoilers) D'autant qu'en plus, le film part d'un raccord à l'univers plutôt bien vu. Le Vautour (Michael Keaton) est présenté comme un entrepreneur s'occupant de remettre en état New York suite aux événements d'Avengers (Joss Whedon, 2012), avant que cela soit repris par les équipes de Stark. Ses collègues et lui s'emparent alors de diverses technologies aliens et créent des armes à partir de ça. Il n'y a pas besoin de plus pour raccorder Spider man Homecoming au MCU, puisque l'ennemi est en soi né de précédentes histoires de l'univers. De par son statut social, le Vautour s'impose comme un méchant de qualité, ni réellement bon, ni totalement mauvais. C'est juste un type qui essaye de sauver sa peau, y compris ses camarades. Cela n'en fait pas un méchant de l'envergure d'un Octopus dans Spider-man 2 (là aussi un personnage mi bon, mi méchant), mais au moins un qui sort du lot. Pas un mal dans un univers où on a bien du mal à en compter au moins trois de majeur (Mr Quill est le summum à l'heure actuelle). D'autant que Michael Keaton s'en sort vraiment bien. Le film a également tendance à recycler des choses issus de précédents films ou d'autres films.

Spider-Man: Homecoming : Photo Michael Keaton

Comme un héros incapable de pouvoir dire la vérité à ses amis (Peter se comporte avec Liz Allen comme il le faisait dans les deux premiers films de Sam Raimi avec Mary Jane) ou le méchant finalement plus proche du personnage principal que le spectateur et lui ne le pensent. La scène du ferry fait indéniablement pensé à celle du tramway dans Spider-man 2 (Raimi, 2004) dans ses conséquences. En terme d'écriture, on peut également trouver le chipotage sur la réelle identité du personnage de Zendaya pour le moins lourd. D'autant plus que cela n'a aucune incidence sur le récit et qu'honnêtement on s'en fout. (fin des spoilers) Si les scènes d'action sont globalement bien shootées, on peut regretter quelques plans illisibles ou tellement plein de cgi qu'il n'y a plus rien de naturel à l'horizon. Les traces d'humour ne sont pas toujours très agréables, tombant parfois dans une certaine lourdeur. Autre chose qui n'a pas d'incidence directe avec le film lui-même :  il est assez honteux de voir que des caméos (et là on ne parle même pas de Downey Jr) ou des troisièmes rôles sont crédités bien avant de vrais second-rôles. Pour cela, il n'y a qu'à voir la fiche IMDB du film, c'est la même chose qui est affiché dans le générique de fin. A ce niveau, on peut aussi saluer les affiches qui vont malheureusement dans ce sens. On voit que c'est Sony qui distribue...

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Si le film en lui-même n'a rien de honteux, la proposition qu'il offre s'oublie à la vitesse de l'éclair.