Flash McQueen vieillit et avec le temps s'avère moins performant. Ce qui se confirme quand plusieurs jeunots usant de simulateurs et autres artifices commencent à lui voler la vedette sur les circuits...

C3

Si l'année 2015 avait réhaussé l'intérêt du public et de la critique pour Pixar (et encore surtout Inside out, le pauvre The good dinosaur ayant bu la tasse), il en avait été un peu moins pour Le monde de Dory (Andrew Stanton, 2016) malgré son succès spectaculaire l'été dernier. L'occasion pour la presse de taper encore sur le fait que Pixar commence à accumuler les suites, au point d'oublier de faire des films originaux. Ce qui n'empêche pas cette même presse de s'exciter sur la suite des Indestructibles que doit réaliser Brad Bird pour l'été prochain. Comme souvent deux poids, deux mesures... En revanche, il faut bien dire qu'un Cars 3 n'intéressait pas grand monde, si ce n'est les studios Disney ravis de se faire encore plus d'argent sur une franchise plus lucrative qu'on ne le pense. Si les films ont à l'heure actuelle gagné un peu plus d'un milliard de dollars de recettes (soit moins que le dyptique Monstres et cie par exemple), la franchise est surtout très intéressante au niveau des produits dérivés. Les voitures à l'effigie de Flash McQueen ou Martin se vendent comme des petits pains chaque année, au point que Disney a même tenté des sortes de spin-offs avec des avions (Planes, 2013-). Moins lucratifs certes (plus de 390 millions de dollars de recettes tout de même), mais assez pour exploiter le filon.

Cars 3 : Photo

La franchise Cars (2006-2017) n'a rien de déshonorante, juste qu'elle n'est pas ce qu'a fait de mieux le studio d'animation depuis 1995. Au pire, une banale pompe à fric pour certains, au mieux des films sympathiques pour d'autres. Votre cher Borat se met davantage dans la seconde catégorie. Le premier film (John Lasseter, 2006) montrait un personnage arrogant (Flash) découvrant la vie en dehors des circuits et trouve un vétéran pouvant lui servir de coach (Doc Hudson). Le discours était intéressant car permettait de voir un rookie face à un milieu qui ne fait de cadeau à personne, pas même à ses vedettes. Ce qui remettait en question son point de vue initial. Le second film (Lasseter, Lewis, 2011) ne réussissait pas toujours son pari, mais avait le mérite d'aller dans une toute autre direction (le film d'espionnage), permettant ainsi au concept de se renouveller. Cars 3 (Brian Fee, 2017) revient plus à l'ambiance du premier film et se révèle être un intéressant miroir. (attention spoilers) Le teaser du film a eu le mérite de titiller l'intérêt des spectateurs. On ne voyait qu'une scène : Flash crève un pneu en pleine course et fait un monumental vol plané. La photographie de cette scène a été modifié pour le film (elle est moins sombre), mais on peut déjà voir l'impact de cette scène sur tout le reste du métrage (c'est d'ailleurs sa meilleure scène).

Cars 3 : Photo

La scène est violente, montre un crash au ralenti avant de passer à une vitesse folle et étonne alors que la franchise n'est pas réputée pour ce type de coup d'éclat. Flash est confronté à la vieillesse et au temps qui passe comme son mentor et se retrouve à vivre ce qui lui est arrivé. Les jeunes prennent le pas sur les vieux, notamment en étant de véritables performers inbattables. Il n'est plus question de courses, mais de performance et des voitures comme McQueen n'ont plus leur place. Comme Doc, Flash se retrouve dans un accident brutal dont il aura du mal à se remettre. Cars 3 va peut être dans une direction assez prévisible, mais Brian Fee réussit à donner de l'intérêt à cette histoire. L'ancien rookie devient trop vieux pour ces conneries et doit passer le flambeau. Un moyen de rester un peu dans la lumière sans perdre la face. Si le réalisateur le fait comprendre beaucoup trop tard, c'est clairement ce qu'il essaye de montrer en introduisant le personnage de Cruz Ramirez. Elle a une fonction intéressante, mais peut être pas la finalité qu'elle devrait avoir. Ramirez est mal vue par son employeur (une voiture constructeur) et se voit contrainte de n'être qu'une coach pour voitures. Pourtant elle est une porsche, soit une voiture puissante et visiblement une conductrice indéniable. Ce qui lui manque c'est la confiance en soi, là où Flash était un casse-cou plus jeune. Les deux se révèlent finalement complémentaires.

Cars 3 : Photo

 

Le fait qu'elle soit malmenée professionnellement est peut être dû aussi au fait qu'elle est une femme. Un point de vue progressiste et visant à la diversité si Fee avait été encore plus loin. Cruz Ramirez est un nom typiquement espagnol et sa doubleuse originale Cristela Alonzo est une actrice latino. Le choix n'est pas anodin, mais visiblement ni la VO, ni la VF (vu ainsi) ne se serve de ce détail pour évoquer un éventuel discours social concernant les latinos aux USA. Un peu dommage car on y perd une particularité du personnage qui aurait largement alimenté le propos du film. D'ailleurs il aurait été bien plus judicieux de prendre une autre doubleuse (peut être justement avec un accent quitte à faire un peu cliché, mais plus logique) qu'une actrice à la mode comme Alice Pol. L'actrice se révèle catastrophique et ne cesse d'en faire des caisses durant le film. Un aspect pénible qui empêche le personnage d'être attachant. Un beau gâchis. De même le doublage français n'a rien d'emballant, à l'image de Guillaume Canet toujours aussi peu convaincant en Flash. (fin des spoilers) Si Cars 3 n'est pas à proprement parlé génial, il est suffisamment intéressant pour titiller l'intérêt à l'image de ses aînés. D'autant qu'au niveau de sa réalisation, le film multiplie les scènes motorisées intéressantes et se révèle même être celui qui en met le plus en scène. Sans compter que Pixar s'amuse toujours du photoréalisme en le confrontant avec des voitures purement cartoonesques. S'il en faut plus à Pixar pour pouvoir s'imposer, au niveau de l'animation ils sont toujours des champions.

Cars 3 : Photo

Au contraire d'être transcendant, Cars 3 titille l'intérêt par des choix narratifs intéressants.