Valérian et Laureline sont envoyés sur Alpha pour protéger le commandeur Filitt. Ce dernier ne tarde pas à être kidnappé et le duo d'agents spatio-temporels part à sa recherche...

Valerian-2

Luc Besson est en train de passer un mauvais moment. Les critiques ? Il en a l'habitude depuis ses débuts, notamment avec le massacre cannois du Grand Bleu (1988) qui lui reste encore en travers la gorge. C'est plus au porte-feuille que ça fait mal. Si en France Valérian et la cité des mille planètes (2017) marche plutôt bien (plus de 3 millions d'entrées en trois semaines), il boit la tasse ailleurs. Une option qui n'était pas envisageable car au contraire de Lucy et ses 40 millions de dollars tout mouillés (2014), Valérian en a coûté 177 millions. Problématique quand les recettes totales ne se montent qu'à 114 millions à l'heure actuelle. Sans faire de conclusions hâtives (il se peut que le film marche bien sur d'autres territoires comme l'Asie), en l'instant on parle d'un bide du même acabit que King Arthur : Legend of the sword (Guy Ritchie, 2017) au budget similaire. Besson pourra toujours faire l'autruche au 20 heures de TF1 en disant que ses films n'ont jamais marché aux USA (ce qui est évidemment faux); et dire que les pays l'ont acheté rapidement, la claque est forte. Après avoir parlé chiffres, parlons du film en lui-même. Dans l'ensemble, le bilan s'avère positif mais les défauts nuisent beaucoup au film.

Valérian et la Cité des mille planètes : Photo

Commençons par évoquer le duo principal. Dane DeHann et Cara Delevingne s'en sortent plutôt bien, mais cette dernière subit un doublage douteux entre anglicismes improbables et voix pseudo-sensuelle (Soko ne peut pas être bonne actrice partout). C'est en revanche la caractérisation des personnages qui peut réellement gêner. (attention spoilers) Le film commençant en pleine action du duo, le spectateur acquiert assez peu d'informations sur eux. Galaxity et le service spatio-temporel ne sont quasiment jamais évoqués sur plus de deux heures de film, alors que ce sont quand même des éléments essentiels. C'est un peu comme si vous adaptez Astérix et que vous ne montrez jamais le village. Le néophyte se demandera donc quand même quel est le travail de nos héros, en dehors de protéger un commandeur ou de faire diverses missions. Besson adapte mais il donne aussi sa vision des choses, ce qui diffère régulièrement de l'identité même des personnages d'origine. Valérian passe ainsi pour un tombeur de ses dames casse-pied, qui ne voit que le mariage pour s'engager vraiment avec Laureline. En gros, un dragueur lourd comme les femmes du XXIème siècle les adorent (c'est ironique). 

Valérian et la Cité des mille planètes : Photo Cara Delevingne

D'autant plus éloigné de la bande-dessinée que Valérian n'a jamais été montré comme un dragueur, n'ayant que deux vulgaires aventures sur une vingtaine de tomes et revenant systématiquement dans les bras de sa coéquipière. Comme Pierre Christin n'a jamais osé parler de mariage, quand bien même le couple s'aime (l'auteur a toujours été flou sur leur relation). Une idée absurde venant de Besson à laquelle se rajoute le traitement très souvent douteux de Laureline. Indépendante et pouvant se débrouiller toute seule dans la bande-dessinée, elle n'est souvent que le faire-valoir de Valérian et même la demoiselle en détresse que l'on va chercher au cours du film. La seconde partie du film (sur les trois) montrait pourtant l'héroïne partir à la rescousse de Valérian, comme dans L'ambassadeur des ombres (tome 6, 1975). Cela ne dure pas longtemps avant qu'il ne parte à sa recherche. Rien n'est dit non plus sur les origines de Laureline. Un élément casse-gueule certes (Valérian l'a récupéré au Moyen Age), mais qui aurait été plus intéressant que le torrent de parlotes qu'est souvent la seconde partie, surtout dans le premier film d'une possible franchise. C'est relativement triste car ces personnages méritaient un peu plus d'égard qu'un traitement aussi particulier.

Valérian et la Cité des mille planètes : Photo

Pour ce qui est des autres défauts du film, ils sont dus en grande partie au style même de Besson. On retrouve ses touches d'humour pince sans rire qui ne fonctionnent pas souvent. Les combats sont beaucoup trop chrorégraphiés, au point d'être particulièrement rigides. Quelque chose qui n'a jamais fonctionné dans son cinéma peut difficilement changer même dans ce cas précis. Puis comme évoqué plus haut, le film perd en punch dans sa seconde partie à force d'explications souvent inutiles (il n'y a rien de pire que quand un spectateur se fait tenir la main par un réalisateur). La première partie allait davantage à l'essentiel en jouant sur le côté aventure et la troisième permet une bonne conclusion dans son ensemble. De même, on se demande vraiment l'utilité du personnage de Rihanna, quand bien même les scènes ne sont pas déplaisantes visuellement. On peut plus voir cela comme une sorte de démo graphique qu'un réel élément de l'intrigue. La scène de démonstration a même tendance à sortir du film de par sa longueur. Mais Valérian... se trouve plaisant pour d'autres raisons. S'il a du mal avec ses personnages principaux et ses explications verbeuses, le film se révèle plus convaincant quand il s'agit de la trame principale.

tumblr_ogfs2cU8zy1s78x4wo1_540

Le film emprunte une grande partie de L'ambassadeur des ombres, mais aussi des éléments de Bienvenue sur Alflolol (tome 4, 1972). La trame du premier est quasiment retranscrite dans son intégralité, en dehors de son final davantage modifié par une scène d'action particulièrement bourrine et efficace. On se demande toutefois pourquoi Besson a changé Point Central en Alpha. Peut être parce que cela ne sonnait pas assez bien à l'international. Le second tome se dévoile davantage dans le récit du peuple Pearl. Des personnages déjà antagonistes dans un sens du tome 6, mais dont les revendications tiennent davantage du peuple voulant récupérer sa planète envahie par les Terriens du tome 4. Les raisons de l'enlèvement paraissent ainsi moins banales et plus dramatiques avec ces rajouts, évoquant littéralement un génocide volontaire (une séquence particulièrement spectaculaire en guise d'ouverture). On retrouve également des créatures issues de la bande-dessinée comme les shingouz (ces espions amateurs de magouilles) ou les transmuteurs grognons de Bluxte (la créature qui réplique des perles à volonté une fois gobée). Pour répondre à certains détracteurs, Besson n'a à se reprocher de rien du tout en ce qui concerne certains films auxquels il "pomperait" des visuels ou autres.

dimensionjump

Il adapte une bande-dessinée, il en reprend donc le visuel global et certains personnages spécifiques tels qu'imaginés autrefois. Les shingouz ont été dessiné ainsi par Jean Claude Mézières dès 1975, il n'y a donc aucun plagiat de Besson sur des créatures issues de La menace fantôme (George Lucas, 1999), qui justement s'inspirent des shingouz. Idem pour l'intrigue dont Alflolol peut être vu comme une inspiration pour Avatar (James Cameron, 2009). On avait vu le même phénomène avec John Carter (Andrew Stanton, 2012), dont l'univers avait lui aussi servi d'inspiration pour Lucas et s'était fait taxé d"arriver après l'heure". Une hypocrisie qui enlèverait donc du cachet à l'inspiration même, sous prétexte que d'autres l'ont réutilisé à leur manière dans un autre médium. Ce qui reviendrait presque à dire que Mézières serait un imposteur...Visuellement, le film s'inspire également de ce que Mézières a fait en terme de décors, que ce soit pour le monde des Pearls ou Alpha. Alpha est un véritable vivier comme l'était Point Central avec ses différentes espèces représentées, valant des scènes de présentations ravissantes. (fin des spoilers) On a souvent critiqué que le visuel était souvent une tare chez Besson, tout du moins pour ce qui est des effets-spéciaux.

Valerian - animate gif (04)

Le cinquième élément (1997) est certes encore correct pour l'époque (en dehors peut être de certaines créatures un brin kitsch), mais c'est moins le cas de sa trilogie Minimoys (2006-2010) et de Lucy globalement ratés sur ce point. Valérian... est au contraire particulièrement réussi de par un univers ravissant et toutes sortes de créatures réellement bien faites. Besson a utilisé le plus de technologies dernier cri (y compris la performance-capture) pour un résultat aux petits oignons. Disons même que de ce point de vue là et de la réalisation, c'est le film le plus abouti de Besson et son meilleur film depuis Léon (1994). De plus, on ne passe pas un mauvais moment, le film alignant même des morceaux de bravoure franchement intéressants. A l'image de ce malheureux plan-séquence (Besson a la mauvaise idée de rajouter un plan dans la scène) où Valérian passe à travers des vitres vers une fuite en avant. Une scène spectaculaire et envoûtante qui participe à la bonne expérience qu'offre le film. Votre cher Borat a pu assister à une séance en D Box (si vous préférez des fauteuils qui bougent en fonction des actions du film). Même s'il s'agit d'un gadget (votre interlocuteur l'a mis au maximum pour plus de sensations), l'immersion est assez flagrante et donne un sentiment de flottement dans les scènes spatiales. Surtout si c'est sur du David Bowie.

0717_WI_FFVALE_08

Si Tonton Besson se noie dans certains défauts, son dernier cru n'en reste pas moins appréciable et visuellement intéressant.