Hannah Baker s'est suicidée il y a deux semaines. Pourtant elle finit par réapparaître dans l'inconscient de ses camarades par le biais de cassettes audio où elle raconte sa version des faits...

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Pendant un moment voué à être adapté en film avec Selena Gomez, le roman 13 reasons why (Jay Asher, 2007) est devenu une série diffusée sur Netflix en mars dernier. Gomez garde un oeil sur la série en étant productrice du show, au point d'avoir produit avec Netflix un documentaire revenant sur la série, mais aussi sur ce qu'elle aborde (13 reasons why : Au delà des raisons, Brian Yorkey, 2017). La série a rapidement fait parlé d'elle (tout comme le roman à l'époque) à cause des thématiques qu'elle aborde : le suicide, le harcèlement scolaire et sexuel, le viol et autres joyeusetés. Certains ont même évoqué que cette série pouvait servir de "démonstration du bon suicide" aux adolescents ou aux enfants. 13 reasons why expose plutôt l'inverse en évoquant des sujets graves sans faire dans le graveleux et encore moins dans le sensationnel. Il s'agit de montrer une réalité crue et pas jolie à voir. C'est pour cela qu'il est préférable de montrer cette série à un public averti, le choc étant déjà bien assez grand pour des personnes plus âgées (votre cher Borat en est la preuve) Il n'y a rien d'étonnant à retrouver Tom McCarthy (Spotlight) ou Gregg Araki (Mysterious skin) à la direction de certains épisodes, ces réalisateurs ayant déjà traité certains de ces sujets.

Photo Dylan Minnette, Katherine Langford

C'est par sa violence psychologique et graphique que cette série choque, impressionne et vise juste au point d'installer un véritable malaise. Au cours de la série (ou plutôt de la première saison puisqu'elle a été renouvellé pour une seconde session), on se dit plusieurs fois que l'on a atteint le paroxysme de l'horrible, mais non. Jusqu'au bout de la saison, l'horreur est là dans des scènes soit émotionnellement fortes (le onzième épisode est d'une tristesse inarrêtable), soit insoutenables (il sera très dur de voir une scène du douzième épisode sans avoir envie de regarder ailleurs). "Le meilleur pour la fin" dans tout ce qu'il y a de plus sinistre et écoeurant. On pourrait dire que l'héroïne (Katherine Langford) subit beaucoup de choses, pas loin peut être de la surenchère, mais il s'agit aussi de montrer un symbole. Un symbole pour tous ces adolescents qui ont été harcelé ou ont subi des choses effroyables, que personne n'a voulu écouter avant qu'un drame n'arrive. Hannah n'y a pas survécu, d'autres non plus avant elle. 13 reasons why peut donc être vue comme une série pédagogique qui peut faire parler ceux qui se sont beaucoup trop souvent tus. Si cela peut éviter d'autres drames, ce type d'alternative est plus que nécessaire.

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La série interroge d'ailleurs à plusieurs moments le rôle des éducateurs scolaires, y compris dans le dernier épisode qui fait grincer des dents. Il s'agit souvent de scènes au bord du cynisme, où des adultes peinent à comprendre les tourments de leurs élèves. Lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il y a peut être eu un manque, il est déjà trop tard. Quant aux parents, il s'agit d'un phénomène quasiment similaire. Ils pensent que tout va bien, que rien n'arrive à leurs enfants, qu'ils sont heureux. La réalité est parfois plus tragique surtout en cette période charnière de construction entre désillusions, maturité et expériences positives ou négatives. Il n'y a qu'à voir le visage de Kate Walsh (elle incarne la mère d'Hannah), dévastée par la mort de son enfant dont elle ne savait finalement pas assez, au point de n'avoir rien vu venir. On retrouve le même type de cas avec la mère de Clay (Amy Hargreaves) qui découvre seulement au cours de la saison qu'Hannah était probablement la seule amie de son fils (Dylan Minnette). Il y a un manque de communication quasiment malheureux entre parents et enfants, entraînant souvent la solitude de ces derniers et l'enchaînement de mauvaises actions. Parfois pour sauver les apparences, d'autres pour entretenir une attitude qui va toujours plus loin dans la laideur.

Affiche

La série montre des personnages qui font les mauvais choix sans s'en rendre compte, laissent faire des drames dont ils deviennent responsables. Les personnes évoquées par Hannah ne sont pas choisies par hasard. Elles ont compté pour Hannah, tout comme elles ont pu être négatives pour elle. La saison prend globalement le point de vue de Clay, le spectateur découvrant les faits en même temps que lui ou plus ou moins en même temps, rendant l'horreur plus brutale. Il faut beaucoup de courage pour encaisser ce que dit Hannah, tout comme il en a fallu autant pour elle durant son existence. (attention spoilers) Clay est différent de ses camarades. Hannah reproche des choses concrètes à la plupart des autres personnages, que ce soit la divulgation de photos ou d'écrits, des attouchements, des traîtrises ou pire encore, le silence qui s'installe et dont il est grand temps d'y mettre un terme. De la même manière, Clay se retrouve harcelé. Pas parce qu'il était ami avec Hannah, pas parce que ces jeunes ne l'aiment pas, mais parce qu'il pourrait tous les dézinguer en place publique avec des arguments conséquents. Tous lui font peur sur sa fameuse cassette, au point d'entraîner des psychoses incroyables. 

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Il faut voir l'épisode 7 où Clay a des troubles mentaux, dont ce passage où il voit Hannah ensanglantée sur le terrain de basket. Des hallucinations morbides largement agrémentées par un spécialiste du genre (Araki est bien le réalisateur de Smiley face). En s'attaquant à Clay, ses camarades font les mêmes erreurs que celles opérées sur Hannah, à croire qu'ils n'ont toujours pas compris la leçon. De la même manière, Hannah les hante aussi tel un fantôme dans le paysage. L'épisode 11 clarifiera l'affaire Clay dans une tristesse incroyable. Si Hannah a fini par rejeter Clay, c'est parce que ses expériences passées ont été catastrophique et qu'elle n'arrivait pas à s'en défaire. Une scène du même épisode confirme une autre chose : le manque de communication à un moment précis. Chacun parle d'un événement différent sans se comprendre. C'est à partir de là que Clay a perdu Hannah d'une certaine manière et on est face à un adolescent qui a perdu son premier amour de la plus terrible des manières. C'est aussi pour cela qu'il prend sa mission à coeur, là où les autres se confortent dans leurs tords. 13 reasons why est une série qui n'épargne personne, pas même son héroïne (la preuve avec ce qui a été dit plus haut à propos de Clay), parlant des troubles adolescents avec une crudité rare dans le teen movie actuellement. A cela notons l'excellent casting, dont Dylan Minnette qui commence à avoir un beau cv. (fin des spoilers)

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Un gros coup de coeur que cette première saison terrible, violente et bouleversante. On s'en remet difficilement, mais ça vaut la peine d'écouter treize cassettes.