Stephen King continue d'arpenter la Cave de Borat en grand seigneur. Dans cette nouvelle cuvée, il s'agira aussi de rendre hommage à deux réalisateurs partis ces dernières semaines vers de nouvelles contrées. Bonne route chers lecteurs et faites bien attention, des vampires, des morts-vivants et même des loups-garous rôdent dans le coin. (attention spoilers)

  • Mercy (Peter Cornwell, 2014) : Mémé a ses petits secrets

Mercy : Affiche

Alors que l'on parle depuis quelques temps d'une réadaptation de Firestarter (1980) dans sa line-up, le studio Blumhouse n'en est toutefois pas à son premier projet autour de Stephen King. En 2014, le studio avait produit Mercy adapté de la nouvelle Mémé, publiée dans le magazine Weirdbook en 1984, avant de se retrouver dans le recueil Brume l'année suivante (le même où se trouve la nouvelle du même nom nommé The Mist aux USA). On connaît souvent le principe du studio : il donne entre 5 et 10 millions de dollars de budget maximum, certains acteurs ou réalisateurs peuvent toucher des pourcentages sur les recettes. Le problème étant que la distribution n'est pas souvent comprise dedans et Blumhouse, qui collabore souvent avec Universal, se voit parfois confronter à la mise au placard de films en attendant qu'ils sortent, voire à les balancer en vod ou en vidéo au bout d'un certain moment. C'est ce qui est arrivé à Mercy. A cela se rajoute qu'au lieu du titre original de la nouvelle (Gramma), ils ont préféré Mercy qui a été utilisé un grand nombre de fois au cinéma. Dès lors, il n'est pas souvent facile de reconnaître le dit film de ses congénères. Si Mercy se suit plutôt bien, on voit clairement qu'il brode autour d'une nouvelle.

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La durée du film (1h19 générique compris) le confirme à demi-mot, comme pour dire qu'il n'aurait pas été possible de faire plus long avec un tel matériel. Pour l'anecdote, Mémé avait déjà été adapté pour la télévision dans les 80's. Le spectre de grand-mère (Gramma en vo) fut l'un des épisodes de la première saison de l'anthologie La Cinquième dimension (1985-89) et on retrouvait Barret Oliver (L'histoire sans fin) dans le rôle du jeune héros. Une adaptation visiblement plus fidèle (un huis clos entre le petit et sa grand-mère) que Mercy. Les actions de la nouvelle sont plus ou moins présentes dans le film, mais plus dans le dernier tiers. De plus, le final est assez différent puisque le jeune garçon (Chandler Riggs, déjà mini-star de The Walking Dead à l'époque) n'est finalement pas possédé par le démon présent dans le corps de sa grand-mère (Shirley Knight). Le film plante d'abord le décor pendant un bon moment et le frère (Joel Courtney) n'est pas à l'hôpital, il finira par y aller suite à un événement particulier au cours du film. La tante (Abigail Rose Solomon) est quasiment absente du film (même si sa finalité est identique), au contraire d'un ami de la famille (Dylan McDermott) écrit pour l'occasion.

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Le film explique beaucoup de choses et va franco dans les flashbacks, permettant ainsi de comprendre comment la grand-mère en est arrivée là. A partir du moment où le démon est entré dans la vie de la grand-mère, les choses ont dégénéré. Son mari (Chris Browning) s'est suicidé, son fils (Mark Duplass) meurt plus ou moins de ses mains et le démon finit par définitivement prendre forme sous les traits de la grand-mère pour affronter son petit-fils. Peter Cornwell rajoute à l'histoire un livre où si l'on pleure, nos voeux sont exaucés alors que dans la nouvelle, le héros ne fait que retrouver des livres de sorcellerie. Le héros se voit affubler d'une amie imaginaire qui se révélera finalement être un élément important de l'intrigue (Hana Hayes). Une aide nécessaire pour combattre un mal qui gangrène la famille depuis trop longtemps. Malgré ses libertés, Mercy est un film tout ce qu'il y a de plus sympathique et bien joué dans son ensemble. Toujours ça de pris quand on voit des adaptations d'après l'oeuvre de Stephen King de ces sept dernières années.

  • Salem's Lot (Hooper, Salomon, 1979-2004) : Laissez les entrer

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Après Carrie (1974), Stephen King se lance dans une revisite de Dracula (Bram Stocker, 1897) en situant l'action dans une ville rongée par un vampirisme galopant engendré par deux personnes. La ville en question est Jerusalem's lot, ville fictive dont King signera une nouvelle éponyme en 1978 (Celui qui garde le ver par chez nous) qui fait un peu office de préquelle à Salem (1975). Suite au succès du film Carrie (Brian de Palma, 1976), Stephen King intéresse les studios et Salem apparaît vite dans leur ligne de mire. Les scénaristes Stirling Silliphant (Le village des damnés premier du nom) et Larry Cohen (It's alive) se mettent à l'écriture sans grand succès pour le compte de la Warner avec feu George A Romero aux commandes. Romero veut faire une adaptation fidèle, mais il remarque rapidement qu'il ne peut pas en tirer un film de moins de deux heures. Warner passe alors par la télévision sans lui ("Je savais que la censure allait me causer de sérieux problèmes" dira le réalisateur *) et le téléfilm sera diffusé sur la chaîne CBS. Le producteur Richard Kobritz propose le poste de réalisateur au regretté Tobe Hooper, alors largement mis en avant avec le polémique Massacre à la tronçonneuse (1974). 

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Le téléfilm opte pour quelques modifications sous la plume de Paul Monash (producteur et scénariste non-crédité de Carrie). Le personnage de Susan (Bonnie Bedelia encore loin d'arpenter le Nakatomi Plaza) dont s'éprend l'écrivain Ben Mears (David 'Hutch' Soul) devient ici la fille du docteur qui lutte aux côtés de Mears (Ed Flanders). Mais le changement notable est de transformer le distingué Kurt Barlow (Reggie Nalder) en un vampire muet et ressemblant à Nosferatu (ironique quand on sait que le remake de Werner Herzog est sorti la même année). Une vision d'horreur notable qui le rend particulièrement malsain et imprévisible. D'autant que Tobe Hooper le fait venir assez tard dans le téléfilm, au point de créer un réel effet de surprise si vous n'avez vu aucun visuel (un peu mal barré puisque la plupart des affiches ou photos qui reviennent le dévoile). Si bien que l'on a plus l'impression que le vrai méchant du téléfilm est son acolyte antiquaire Richard Straker (James Mason). Bien qu'il présente toute une ville, Hooper va à l'essentiel et caractérise assez bien les différents personnages. On peut toutefois voir que certains passent vite à la trappe. Par exemple, le camionneur trompé par sa femme (George Dzundza) est très vite dégagé du récit, alors qu'on le voit beaucoup dans la première partie. Une fois la tromperie découverte, on ne le reverra plus.

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Qui plus est sous des atours purement glauques. On retrouve aussi pas mal de codes des récits de vampires, comme le fait que le vampire soit obligé de demander pour entrer dans un endroit ou les croix et pieux pour tuer les vampires. Des moyens soi-disant obsolètes, mais plus utiles que des balles de pistolet. Les personnages sont obligés de revenir à des anciens moyens pour survivre. Les apparitions des enfants vampires font un peu cheap aujourd'hui (la version de 2004 ne fera pas mieux, voire parfois pire), surtout en comparaison de ce qui pouvait déjà se faire à l'époque. Certes, il s'agit d'un téléfilm pour la télévision, mais à l'époque il était possible de faire un peu mieux pour montrer un vampire qui mord quelqu'un au cou. Si l'on excepte cela, les maquillages sont de qualité à l'image de Barlow. On peut aussi reprocher des coupures publicitaires malheureusement très voyantes, même si Hooper arrive à terminer l'action avant de passer à autre chose après la pub. Chose qui doit être un peu moins présente évidemment dans la version montée pour le cinéma évidemment moins longue (1h47 contre 3h04). Une version que Stephen King préfère ironiquement. Pour les passages au Guatemala, Hooper n'est pas loin d'évoquer l'ouverture de L'exorciste (William Friedkin, 1973) avec ce décor désertique et brûlant, l'église comme seul repère face au mal et des héros en perdition.

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Le téléfilm peut également compter sur une bonne distribution, allant de Soul plutôt inspiré à Mason charismatique en méchant. Votre cher Borat n'a pas pu le voir, mais il se trouve que Larry Cohen a finalement pris sa revanche en signant une séquelle nommée Les enfants de Salem (1987). Cette fois-ci, un homme (Michael Moriarty) et son fils (Ricky Addison Reed) débarquaient à Salem's lot désormais grouillante de vampires, bientôt rejoints par un ancien exterminateur de nazis reconverti dans la lutte contre les vampires (Samuel Fuller) ! La chaîne TNT propose une nouvelle adaptation en 2004 signée Mikael Salomon (Big Driver). Le casting est particulièrement prestigieux puisqu'il réunit Rob Lowe (déjà du Fléau), Samantha Mathis, James Cromwell, Donald Sutherland et Rutger Hauer. L'adaptation se pose d'emblée comme plus feuilletonnante et est largement alimentée par une voix-off redondante de Lowe racontant toutes sortes de banalités, allant de gamins dans un bus aux mecs présents dans des bars. C'est tout à fait faisable dans un roman (histoire de poser l'environnement inconnu du lecteur qui doit s'imaginer l'univers), mais pas forcément dans un traitement cinématographique ou télévisuel. 

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Cette version a beau duré trois heures comme son aîné, elle prend également pas mal de libertés. Le docteur Jimmy Cody (Robert Mammone), qui n'est donc plus le père de Susan (Mathis), a une aventure avec une patiente (Bree Desborough), ce qui amène au chantage du mari (Paul Ashcroft). Une sous-intrigue qui se révèle encore moins utile que dans le téléfilm d'Hooper (d'autant que le traitement était plus radical chez lui) et ne fait qu'alourdir le récit. Ben Mears (Lowe) n'est plus écrivain, mais reporter de guerre. Un changement pas forcément nécessaire et qui entre surtout en compte pour dézinguer une Amérique patriote en pleine Guerre en Irak. Sauf que ce n'est pas forcément le bon endroit pour évoquer cela. On a aussi bien du mal à croire que Andre Braugher puisse avoir été le professeur de Rob Lowe, puisque les deux acteurs n'ont que deux ans d'écart... Au moins, Hooper avait engagé deux acteurs avec une différence d'âge notable avec David Soul et Lew Ayres. Le prêtre Callahan (Cromwell) prend du galon, se retrouvant même à passer de combattant du mal à suppôt de Satan (il n'était qu'un vulgaire second-rôle dans le téléfilm d'Hooper). Barlow redevient une sorte de dandy charmeur sous les traits d'Hauer. L'acteur s'avère particulièrement bon, même si ses apparitions vampiriques sont peut être plus rares. 

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En revanche, ses petits protégés ressemblent parfois plus à des morts-vivants qu'à des vampires, le maquillage allant dans ce sens. La fin est également différente du téléfilm, mais également du roman. Comme Hooper, Salomon fait exploser la ville avant l'exil (au contraire du roman qui met en scène l'exil avant un retour emflammé à Jerusalem's lot). Chez Hooper, Mears et le jeune Matt (Lance Kerwin) affrontaient Susan en dernière instance. Chez Salomon, il s'agit de Callahan devenu un véritable méchant pour l'occasion, ce qui n'est pas le cas dans la narration du roman (il fuyait la ville après son contact avec Barlow et se repentait dans les derniers tomes de La Tour sombre en aidant Roland et son Ka-tet). Pas le même retentissement non plus. Si cette seconde adaptation de Salem s'avère au moins sympathique, elle s'avère moins intéressante. La faute à des parti-pris qui ne fonctionnent pas des masses.

  • Creepshow / Darkside, les contes de la nuit noire (Romero, King, Wrightson, Harrison, 1982-1990) : EC Comics mon amour !

Creepshow 

Affiche réalisée par Bernie Wrightson.

Pour revenir aux origines de Creepshow et de Darkside, les contes de la nuit noire, il faut revenir aux 50's. A cette époque, EC Comics se faisait remarquer par des bandes-dessinées naviguant entre l'horreur (Les Contes de la crypte, 1950-55), la science-fiction (Weird science, 1950-53) ou la satire (Mad, 1952-). Des comics qui passionnaient pas mal de jeunes, mais pas forcément leurs parents. Considérés comme un moyen de faire exploser la délinquance juvénile ou de pervertir la jeunesse selon certaines personnalités (notamment le psychiatre Fredric Wertham), ces comics ont entraîné malgré eux la création de la Comics Code Authority, organisation où plusieurs maisons d'édition adhérentes devaient montrer leurs pages à un comité de censure, comme un studio avec la MPAA pour avoir la classification d'un film. Un comité aujourd'hui définitivement fermé, mais dont les effets s'étaient estompés dès les 70's. La plupart des créations d'EC Comics ont commencé à se casser la figure, mais la maison d'édition a réussi à tenir le coup grâce à Mad. Le magazine est toujours publié aujourd'hui et la représentation la plus connue est Alfred E. Neuman, un gamin avec les cheveux en brosse et un sourire jusqu'aux oreilles.

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Stephen King en petite forme.

Avant que Les Contes de la crypte ne reprennent du poil de la bête à la télévision dans les 90's, Stephen King et George A Romero avaient eux aussi voulu rendre hommage à EC Comics. Romero raconte (*) : "Un jour, j'ai débarqué à l'improviste chez [Stephen King], dans le Maine. (...) Nous en sommes naturellement venus à évoquer ces vieilles bandes-dessinées horrifiques que nous lisions lorsque nous étions gosses, les EC Comics. C'est alors que Stephen a eu l'idée d'en faire un film à sketches ! Les choses sont allées très vite. Le lendemain matin, il avait déjà le titre : Creepshow. A ce moment là, il m'a même annoncé qu'il serait en mesure de me donner une première version du scénario deux mois plus tard. Et il a tenu sa promesse ! ". Il était même question de faire un sketch en noir et blanc, un en 3D, un en 1:33 mais faute de budget, Romero est revenu à quelque chose de plus simple. Seuls les sketches "The lonesome death of Jordy Verrill" (issu de la nouvelle Weeds publiée en 1976, elle-même inspirée de La couleur tombée du ciel d'HP Lovecraft) et "The Crate" (venant de la nouvelle éponyme datant de 1979) sont adaptés, les trois autres étant originaux. Le film brasse différentes ambiances (histoire macabre en famille, science-fiction, vaudeville qui tourne mal, histoire de monstres et invasion d'insectes), avec un prologue et une fin où un garçon (Joe Hill, le fils de Stephen King et auteur d'Horns) se voit empêché de lire ses comics trop horrifiques par son père (Tom Atkins).

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La transition entre chaque histoire se base sur des plans arrêtés, transformés en cases de bandes-dessinées; et par le Creeper qui apparaît en animation. L'aspect BD se montre également par des éclairs rouges en arrière-plan, certaines ellipses temporelles se font par des cartouches, parfois même des plans encadrés. Romero a pensé sa mise en scène comme s'il s'agissait d'une bande-dessinée d'EC Comics, rendant le film à sketches moins banal et plus intéressant esthétiquement (c'est même honnêtement son plus beau film graphiquement). L'écriture de King en rajoute une couche avec un humour grinçant salvateur et un sens du final sans espoir savoureux. A l'image de cet homme (Hal Holbrook) voulant tuer sa femme (Adrienne Barbeau) et voyant dans une créature le meilleur moyen possible. Ou ce parfait péquenaud (King lui-même) accumulant les bourdes au point de ressembler au Monsieur Cetelem. Sans oublier ce père mort-vivant venant chercher son gâteau pour la fête des pères. Romero et King se sont faits plaisir, mais également Tom Savini aux maquillages. Tout d'abord, le père mort-vivant quasiment squelettique qui n'a strictement rien à voir avec les zombies qu'il a signé pour Romero jusqu'à présent.

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Les zombies Ted Danson et Gaylen Ross sont plus raccords aux oeuvres habituelles de Romero. Ensuite la créature de "The Crate", certes peu montrée, mais le peu que l'on voit est assez charmant. Enfin, il y a le Creeper n'apparaissant que pour quelques plans avant les passages animés, mais dont le maquillage est assez réussi pour être crédible. Les effets des cafards sortant du corps ont pris un coup de vieux, en grande partie parce que l'on remarque que c'est bien un mannequin. Le film peut également compter sur une distribution de qualité, notamment feu Leslie Nielsen parfait de cynisme (dans un rôle à contre-emploi de ce qu'il tournait à l'époque) et Ed Harris qui nous honore de quelques pas de danse délirants. Mais King ne s'arrête pas là. S'il n'a pas écrit de novélisation du film, il entreprend de rendre un autre hommage à EC Comics en faisant une adaptation du film en bande-dessinée. Pour cela, il fait appel à Bernie Wrightson, le créateur (avec Len Wein) du personnage Swamp Thing. Il est d'ailleurs bon de noter que le personnage de "The lonesome death of Jordy Verrill" a un look assez similaire à Swamp Thing une fois dessiné. King opte pour quelques modifications salutaires permettant à Creepshow le film et Creepshow la BD d'être deux oeuvres à part entière.

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Extrait du passage "The Crate".

Romero part d'un prologue pour amener aux histoires présentes dans le magazine Creepshow. Dans la BD, ce prologue ne tient que sur la couverture avec le gamin qui lit le magazine et le Creeper derrière la fenêtre. Par ailleurs, Wrightson fait dans le clin d'oeil avec des affiches de Zombie (Romero, 1978), Carrie de De Palma et une affiche pour le livre Shining (King, 1977). Vu que King déteste le film de Stanley Kubrick (1980), il aurait été cocasse que le dessinateur ou l'auteur lui-même y fasse allusion. Le Creeper nous sert de narrateur et d'hôte tout le long de la BD, usant de sarcasmes et d'un rire récurrent (hé, hé, hé...). Il apparaît même parfois dans le décor ou en personnage pour les introductions ou la fin des histoires. Après qu'un des personnages goûtent à un peu d'eau de mer, le Creeper lui offre une savoureuse conclusion : "le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas a-mer ! La preuve, il di-vague !" Dans le même genre, la conclusion de l'ouvrage se fera par une vanne de plus, avec un bel oeil sorti : "Je vous quitte avec cette célèbre réplique du classique Quai des brumes, où Jean Gars-bien dit à Michelle Morgue-an 't'as de beaux yeux, tu sais !'. D'ici là, je vous ai à l'oeil, les enfants... hé, hé, hé...".

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Extrait du passage "They're creeping upon you !"

La neuvième art aidant dans les 80's, Wrightson se fait plaisir avec un personnage de "Father's day" écrasé par la pierre tombale et bien mis en évidence ; et surtout le grand final de "They're creeping upon you !" offre une vision d'horreur beaucoup plus effrayante que le film (voir ci-dessus). Là il n'y a pas de maquillage qui ne tient pas la route... L'aventure Creepshow aurait pu s'arrêter là, mais il y a eu deux séquelles et un épisode de web-série. La première fut supervisée par Romero et King "a fourni les cinq histoires, dont deux déjà publiées et trois au stade de simple synopsis.". Romero continue: "Autour du même style de fil rouge que celui du premier Creepshow, j'en ai tiré un script. Puis le projet a été remanié, raccourci ; le producteur a ensuite utilisé le sketch Cat from hell pour Darkside, les contes de la nuit noire" (*). Romero reste scénariste et producteur, mais laisse sa place de réalisateur à Michael Gornick (son directeur de la photographie sur Martin, Zombie, Knightriders, Le jour des morts-vivants et Creepshow) pour une sortie en 1987. Creepshow revient d'entre les morts avec la firme de seconde zone Taurus Entertainment pour un troisième opus (2006).

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La boutique des horreurs.

Déjà responsables du Jour des morts-vivants 2 : Contagium (2005), Taurus comme les réalisateurs Ana Clavell et James Glenn Dudelson auraient signé un véritable carnage selon les divers avis lus à droite et à gauche (inutile de vous dire que je n'ai pas cherché à le voir, comme je n'ai pas trouvé Creepshow 2). Les bonhommes auraient essayé de récidiver avec une web-série, mais cela ne tiendra pas plus d'un épisode (2009). En revanche, Creepshow avait fait des bébés bien avant avec la série anthologique Histoires de l'autre monde (1983-88). Afin de ne pas avoir de comptes à rendre à la Warner (détentrice des droits de Creepshow), Romero et le producteur Richard P Rubinstein (son producteur fétiche et amateur des adaptations d'oeuvres de King) reprennent le même principe que le film, mais sous un autre nom. Deux épisodes seront directement liés à Stephen King. L'épisode The Word Processor of the Gods (saison 1, épisode 8, réalisé par Gornick) adapte Machine divine à traitement de texte publiée à l'époque dans Playboy (1983), avant de finir dans le recueil Brume. Un professeur découvrait une machine à écrire utilisant un traitement de texte avec le pouvoir de modifier la réalité. Tout ce qu'il écrit finit par devenir réel.

 

Quitte à liquider sa femme et son gosse pour former une famille à son image ! Le second épisode est Sorry, Right number (saison 4, épisode 9) signé de la plume de King et réalisé par John Harrison. Une histoire que King voulait insérer dans une autre série anthologique (Amazing Stories, 1985-87), mais fut refusée par son producteur et créateur Steven Spielberg. Il la propose alors à Rubinstein qui accepte. Une femme entend une voix au téléphone qui se trouve être la sienne. Le scénario sera ensuite publié dans le recueil Rêves et cauchemars (1993). Après son annulation, Rubinstein propose à Romero d'en tirer un film, dont la réalisation sera confiée à Harrison. Le film ne se base en fait que sur une adaptation d'une nouvelle de Stephen King, The Cat from hell (1977), qui devait déjà être au programme de Creepshow 2. Ce sketch est écrit par Romero, le scénariste Michael McDowell se charge des deux autres (sans compter l'histoire qui englobe le tout), soit de la fiction écrite pour l'occasion ("Lover's Vow"), soit adapté d'Arthur Conan Doyle (Lot 249, 1892). Au casting, on retrouve du beau monde : Debbie Harry, Matthew Lawrence (le fils de Robin Williams dans Madame Doubtfire), Christian Slater, Steve Buscemi, Julianne Moore, William Hickey, Mark Margolis, James Remar et Rae Dawn Chong (le sidekick féminin de Commando).

Darkside

Le film sera un joli succès à sa sortie et aura même droit au Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1991 (face à L'échelle de Jacob d'Adrian Lyne et Cabal de Clive Barker tout de même). Darkside se révèle être un film tout ce qu'il y a de plus recommandable et bien qu'il ne se base pas complètement sur les écrits de King, les histoires pourraient très bien se rattacher à son univers. Debbie Harry veut manger Lawrence encore tout minot comme la sorcière d'Hansel et Gretel (XIXème siècle). Buscemi libère une momie qui se déchaîne sur l'ami et la soeur de Slater, avant d'en faire ses compagnons de route en mettant des plantes à l'intérieur des corps. Le fameux "The Cat from hell" dévoile un vieillard (Hickey) essayant par tous les moyens de tuer un chat diabolique. Enfin James Remar a fait un pacte avec une créature et curieusement depuis tout va bien pour lui... jusqu'au dénouement fatal. Comme pour Creepshow, les histoires se finissent mal, parfois même sur des notes particulièrement gores. La palme à "The Cat from hell" et son chat s'insérant dans le corps d'un tueur à gages (David Johansen) pour le tuer de l'intérieur ! Si la scène des cafards dans Creepshow a pris un sacré coup dans la tronche, celle-ci est bien mieux réalisée.

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On peut aussi noter que la créature de "Lover's Vow" est particulièrement bien réalisée par les équipes de KNB. On dit souvent que le film à sketches est à double-tranchant en raison de la qualité parfois inégale des sketches. Mais quand des artisans font bien leur travail, cela peut donner de bons voire très bons films. C'est le cas de Creepshow et de Darkside.

  • Peur bleue (Daniel Attias, 1985) : A l'appel du loup, tu brises enfin tes chaînes 

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"Peur bleue est certainement le seul film qui ait vu le jour suite à un projet de calendrier" (*). Voilà comment Stephen King évoque l'adaptation de L'année du loup-garou (1983). En fait, il ne s'agit pas vraiment d'un roman, ni d'une nouvelle, mais d'une novelette. C'est un récit où King évoque les méfaits d'un loup-garou sur une année en chapitrant par mois et le livre est illustré d'un grand nombre de dessins de Bernie Wrightson. Un travail de King qui sort un peu du lot, comme Creepshow en quelques sortes. L'idée d'un almanach écrit et illustré vient de l'éditeur Chris Zavis rencontré par King lors d'une soirée visiblement arrosée (rappelons que l'auteur fut alcoolique durant un certain temps). King avait alors pensé au douze pleines lunes que peut offrir une année, ce qui est évidemment lié aux camarades de Taylor Lautner. Comme évoqué dans la Cuvée long live the King #3 , le producteur Dino de Laurentiis a tiré plusieurs adaptations d'oeuvres de King durant les 80's. Ce sera le cas de L'année du loup-garou rebaptisé Silver Bullet (pour la balle en argent qui tue les loups-garous et le fauteuil que confectionne un oncle pour son neveu) ou Peur bleue (que l'on peut prendre comme une allusion à la couleur de la voiture du loup-garou du film) pour le cinéma.

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Une des illustrations réalisées par Bernie Wrightson pour L'année du loup-garou.

King adapte ici pour la première fois un de ses travaux, après avoir tenté de le faire sur plusieurs adaptations antérieures (Dead Zone notamment). Initialement c'est Don Coscarelli (Phantasm) qui devait réaliser le film. Visiblement il aurait tourné des scènes sans le loup-garou et n'aurait pas su quoi faire du film par la suite. Démissionnaire, le réalisateur laisse sa place à Daniel Attias prenant la production en marche. Carlo Rambaldi (ET) a été engagé pour créer le costume du loup-garou et des têtes articulées. Mais le producteur n'en fut pas content, regrettant également la manière dont un danseur l'incarnait. Au final, c'est Everett McGill (qui joue le personnage quand il est humain) qui l'a aussi incarné en costume sur bons nombres de plans. En soi le costume n'est pas trop mal, ressemblant beaucoup à ce qui se faisait à l'époque. A la différence d'Hurlements (Joe Dante, 1981) et du Loup garou de Londres (John Landis, 1981), les scènes de loup-garou ne font pas trop démonstration d'effets-spéciaux (à part peut être le cauchemar de McGill).

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D'autant que le réalisateur ne dévoile pas souvent entièrement le loup-garou, se contentant de plans rapprochés sur diverses parties du corps. Outre McGill alors en pleine ascension (l'année suivante, il se battra dans la boue avec Clint Eastwood dans Le maître de guerre), on retrouve la teenage star de l'époque Corey Haim, Gary Busey pré-Arme fatale et Terry O'Quinn encore loin de l'île. S'il y a un petit problème avec Peur bleue, c'est par sa tendance à ne pas trop savoir dans quel genre se poser. D'un côté, on voit le quotidien d'un gamin paraplégique (Haim) et sa soeur qui a des problèmes avec lui (Megan Follows), ce qui en fait une sorte de teen movie. De l'autre, on a toute l'histoire de loup-garou dans la mouvance de l'époque. Comme dans Hurlements, il y a cette tendance d'horreur meta où les personnages savent comment tuer les monstres qu'ils combattent par des références. Comme les balles en argent du titre. King ayant fait à peu près la même chose avec les vampires dans Salem, il n'y a rien d'étonnant à le voir faire cela avec les loups-garous. D'ailleurs comme dans Hurlements, il y a un petit côté slasher dans les intentions, montrant un loup-garou serial killer, accumulant les meurtres sauvages au fil des mois (le film ne se déroule toutefois pas sur un an comme la novelette).

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Cela va du simple péquenaud dans la brume (séquence un peu douteuse sur ce point précis) au meilleur ami du héros (scène très sobre avec seulement O'Quinn ramenant un cerf volant ensanglanté). Attias se fait plaisir, alignant les scènes de meurtres particulièrement graphiques qui ont dû plaire à la MPAA à l'époque ! Le plus cocasse est toutefois le choix même du personnage pour jouer le loup-garou. La réponse apparaît finalement assez tard dans le récit, au point de se demander de qui il s'agit. Il est d'autant plus cocasse de faire d'un homme de foi un tueur sanguinaire. En tous cas, l'idée fonctionne et McGill s'en sort très bien en méchant de service. L'aspect teen movie est plutôt sympathique aussi, d'autant que la relation entre les gamins et leur oncle (Busey) est assez attachante. Peur bleue n'est peut être pas le film de loup-garou de la décennie, mais c'est un bon cru un peu trop méconnu alors qu'il a des qualités indéniables. Les 80's, la décennie du loup-garou ?

Allez à la prochaine!


 * Propos issus de Mad Movies Hors série numéro 22 (décembre 2013).

Autres sources :

  •  L'écran fantastique Hors série numéro 24 - Spécial saga Stephen King (septembre 2017).