Deux adolescents de sexes opposés permutent de corps le temps d'une journée plusieurs fois, alors qu'ils ne connaissent pas...

YN

L'animation japonaise ne s'est jamais aussi bien portée, tout du moins en terme de qualité. La distribution française tente des choses, mais ses choix ne sont pas toujours payant. Gaumont a bien misé sur Le garçon et la bête (Mamoru Hosoda, 2015), mais sa sortie en janvier 2016 n'avait pas été propice, là où les précédents films du réalisateur étaient sortis en été avec succès. Makoto Shinkai n'avait jamais eu un réel intérêt du grand public en dehors de certains initiés. La faute à un accès déjà plus limité dès qu'il s'agit de films hors Ghibli (et encore, on dira plutôt ceux d'Hayao Miyazaki). La plupart de ses films sont pourtant tous passés au moins par la vidéo, allant des moyens (The garden of words, 2013) aux longs-métrages (Voyage vers Agartha, 2011). Your name (2016) pourrait changer la donne, puisque le film a bénéficié d'une distribution progressive (le film fut diffusé dans diverses villes sur un certain temps et le parc de salles était continuellement modifié) suite à son succès fulgurant au Japon (il fait partie des quatre plus gros succès du pays). Si Your name a eu un impact aussi grand, c'est certainement parce que ses thématiques sont assez universelles. Shinkai présente le film en trois actes. 

Your Name : Photo

(attention spoilers) Le réalisateur présente dans un premier temps un concept pas très nouveau. On suit deux adolescents, un garçon et une fille, qui permutent de corps. Un concept utilisé encore tout récemment dans la comédie française L'un dans l'autre (Bruno Chiche, 2017). Il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant à ce que les américains soient déjà en train de chercher à faire un remake live-action. Comme souvent quand des étrangers font mieux qu'eux sur un aspect qu'ils ont utilisé jusqu'à la corde. Dans Your name, il n'y a pas des situations réellement à quiproquos comme dans Freaky Friday (Gary Nelson, 1976), où la mère et la fille étaient en conflit avant de changer de corps. Ici il s'agit presque d'une expérience sociologique. Il y a l'aspect cocasse de la situation (le garçon se touche les seins, la fille est étonnée de ses nouveaux attributs...), mais dans l'ensemble Shinkai s'y prend de manière ludique. Les deux personnages ne se connaissent pas et habitent des régions opposées (elle à la campagne, lui en ville). Chacun s'aide mutuellement là où l'autre se trouve et ils vivent une autre vie quand ils sont dans la peau de l'autre. Taki est un peu plus grande gueule, ce qui permet à Mitsuha de s'émanciper un petit peu. 

Your Name : Photo

Quant à Mitsuha, elle permet à Taki de se rapprocher d'une collègue dont il est amoureux en étant plus romantique. Shinkai est alors assez malin pour accumuler les situations rapidement au point que le spectateur se prenne au jeu... avant de le couper dans son élan. Ce qui était devenu une répétition d'actions s'arrête brusquement en se focalisant uniquement sur le point de vue de Taki. Un indice avait pourtant été disséminé dès les premières minutes. Une comète passait au dessus de Tokyo au début du film. Or, elle arrive bien après chez Mitsuha, alors qu'elle est probablement passée le même jour. Shinkai laisse alors la réflexion au spectateur et à Taki de manière ludique. Cela se fera progressivement au fil des découvertes. Ce qui aurait pu être qu'un simple d'échange standard devient une sorte de drame existentiel. Le garçon essaye de retrouver la fille selon ses souvenirs, mais fait face à des blocages. Il ne se souvient par exemple pas du nom de la fille, alors qu'il l'a noté sur sa main ou entendu plusieurs fois. Le réalisateur opte alors pour un deuxième virage en évoquant le voyage dans le temps. Grâce à un don de sa famille, Mitsuha a pu se projeter dans le temps sur environ trois ans, un peu comme ce qui arrive au personnage éponyme de Donnie Darko (Richard Kelly, 2001) sur plusieurs jours. La réunion des deux amoureux obsessionnels qui ne se connaissent que par leurs corps n'en devient que plus touchante. 

Your Name : Photo

Shinkai s'arrête net dans son récit, semblant avoir tout dit. Même si l'action peut paraître en suspens, le but initial est finalement atteint : réunir deux personnages unis par un même événement (le passage d'une comète). Your name s'impose par une maîtrise de ses thématiques, sachant les aborder par le prisme du quotidien. Il se pose également comme une alternative fantastique à The garden of words. Le réalisateur était aussi sur un type de rencontres insolites entre deux personnages qui ne se connaissaient pas au préalable. L'un des personnages était aussi dessinateur, à la différence qu'il dessinait des chaussures. Des rencontres sur un certain temps qui finissaient par s'arrêter, avant de reprendrent subitement. Un aspect qui peut gêner dans Your name est certainement son générique. Il fait directement penser à ces génériques de séries animées japonaises avec le ton rapide, l'arrêt sur image pour poser des crédits et bien évidemment la J-pop. Un aspect clippesque qui ne semble pas trop à sa place, malgré les paroles des chansons (qui ne sont pas tout le temps sous-titrées). (fin des spoilers) L'animation est exemplaire, faisant la part belle aux décors qu'ils soient urbains ou campagnards. Ce qui confirme un travail de qualité aussi bien dans la forme que dans l'écriture.

YN 2

Un film qui part d'un concept vu et revu pour en faire une oeuvre beaucoup plus singulière en allant dans diverses directions.