Cela faisait longtemps que l'Antichambre de Borat n'avait pas montré le bout de son nez. Certainement par manque d'inspiration de votre interlocuteur. Mais c'est bon, vous aurez droit à une nouvelle séance en six mois aujourd'hui ! Pour rappel à ceux qui l'auraient oublier (et votre cher Borat les comprends depuis le temps), l'Antichambre de Borat est une chronique avec trois critiques de film plus courtes, mais tout aussi intéressantes que les longues. Juste que ce sont des avis un peu plus rapides. Au programme : une chambre un peu trop fermée ; un tueur à gages un peu spécial ; et une Maria Callas à qui on ne la fait pas. Ready ? Go ! (attention spoilers)


 

RoomLa promotion d'un film (notamment américain) étant parfois trop gourmande, il se peut que l'effet de surprise soit moindre. Dans le cas de Room (Lenny Abrahamson, 2015), la bande-annonce en montrait un peu trop, ce qui pouvait empêcher l'impact que pouvait avoir ce film à suspense.

Le principe du film repose sur deux parties bien distinctes, dont la seconde est dépendante de la première. Le film tient sur le suspense de la première partie se déroulant entre quatre murs. Le réalisateur instille un malaise évident, fait d'abus sexuels (le petit n'est pas arrivé par le miracle du saint esprit), de claustrophobie (tout se déroule dans la chambre) et d'effroi.

L'ogre est le kidnappeur (Sean Bridgers), le petit poucet (Jacob Tremblay) celui qui délivrera sa mère (Brie Larson). Une manière comme une autre d'instiller un aspect proche du conte (le film a d'ailleurs été vendu comme ça), d'autant que le film repose dans un premier temps sur un concept. Une fois le concept ouvert, pour ne pas dire dégommé, le spectateur peut entrer dans une autre histoire.

Celle d'une jeune femme qui a grandi trop vite et d'un enfant qui n'a pas eu d'enfance et la découvre. Mais aussi de parents nourris par le chagrin. Au point que chaque personnage se sent encore enfermé à cause de sévices, pour se préserver des médias, voire d'exposer ses propres craintes (le grand-père qui ne supporte pas de voir "l'enfant d'un viol"). 

Room est un film double, film à suspense intriguant tout d'abord, puis un drame familial terrible. La deuxième partie est peut être la plus intéressante, confrontant les personnages à la peine, à la violence d'un nouveau quotidien et d'une honte omniprésente. Room est un film triste, mais il y a encore de l'espoir symbolisé par un petit garçon plein de vie. 

Pour cela, le réalisateur peut compter sur les performances exceptionnelles de Brie Larson et Jacob Tremblay, auxquelles on peut rajouter l'excellente Joan Allen. 


 

TADepuis quelques années, le cinéma d'action américain essaye de retrouver un peu de sens avec des pitchs un peu atypiques. Comme un homme se vengeant des malfrats qui ont tué son chien. C'est le cas aussi de The Accountant ou Mr Wolff par chez nous (Gavin O'Connor, 2016). 

Le pitch pourrait être assez banal si on se focalise sur l'aspect général. Un comptable (Ben Affleck) se trouve être un tueur à gages à ses heures. Il se trouve qu'un de ses employés lui a fait une entourloupe et il doit prendre les armes. Sauf que comme The Equalizer (Antoine Fuqua, 2014), The Accountant n'a pas un héros si banal que ça.

Ben Affleck incarne finalement un autiste, plus particulièrement quelqu'un qui a le syndrome d'Asperger. A partir de là, le réalisateur peut jouer pleinement sur la particularité de son personnage afin de mener ses actions. Que ce soit par des tocs (positionnements d'objets), un métier utilisant ses compétences (il est mathématicien) ou par une discipline de fer qui en fait un tueur radical et même un brin froid.

L'empathie pour le personnage vient certainement de sa solitude et du fait qu'il offre son aide au personnage d'Anna Kendrick. Malgré une construction entrecoupée de flashbacks, la description du personnage fonctionne à l'écran. On arrive à croire que cet homme atteint d'Asperger puisse être une véritable bête d'action. D'autant que Ben Affleck se révèle plutôt bon pour l'occasion, jouant tout en nuance un rôle qui en a bien besoin.

Les scènes d'action sont d'ailleurs plutôt efficaces et faites à l'ancienne. Pas besoin de mettre des néons partout pour signer un film d'action intéressant, il suffit parfois d'un traitement efficace et de ne pas en faire des tonnes.

D'ailleurs, l'idée même de voir Batman se battre avec le nouveau Punisher (Jon Bernthal) est plutôt amusante. L'un des bémols est toutefois qu'un aspect du film est finalement très prévisible, car finalement longtemps annoncé. Un faux-suspense en quelques sortes. Pareil pour un autre aspect qui devient de plus de plus évident au fil du film.

The Accountant se révèle être un film d'action divertissant, jouant avant tout de son personnage principal cocasse. Une suite est prévue, à voir si elle tient le choc après ce premier film. Rappelons qu'un film aussi efficace que Jack Reacher (Christopher McQuarrie, 2012) avait eu une séquelle bien pauvre.


Médée

Pour finir cette nouvelle séance, votre cher Borat va évoquer un classique. Il a eu l'occasion de voir Médée (Pier Paolo Pasolini, 1969) au cours d'une projection en mars 2016. Votre interlocuteur avait déjà tutoyé l'italien polémique avec le fracassant Salo ou les 120 jours de Sodome (1975). Après cela, on se sent déjà un peu plus titillé par l'oeuvre du cinéaste. 

Médée est un film assez lent (ce qui n'avait pas manqué de faire dormir quelques spectateurs) et décontenançant dans son aspect global. Le réalisateur adapte à sa manière la mythologie grecque, d'une manière assez brute. Son film n'est pas un peplum, ni un récit mythologique. C'est un film où le réalisateur évoque un temps où les costumes sont les seuls repères temporels.

Pasolini fait tout simplement comprendre que Médée est un mythe universel qui peut se renouveller, aussi bien dans un pur récit mythologique qu'un récit féodal par exemple. Pour cela, il faut quand même avoir une petite connaissance du mythe pour mieux apréhender où Pasolini nous amène (ce qui n'est pas toujours facile).

Maria Callas porte le film à elle seule. La célèbre cantatrice se révèle particulièrement impressionnante dans ce rôle tragique de mère tuant ses enfants en partie pour punir celui qu'elle aimait de l'avoir délaisser. Un rôle pas facile mais dont elle s'acquite avec grâce.

En comparaison, ses camarades sont bien moins convaincants. La faute à une post-synchronisation calamiteuse, souvent présente dans les films italiens à cette époque (certains films de Dario Argento en souffriront également). L'athlète Giuseppe Gentile ne parvient jamais à être charismatique dans le rôle de Jason et joue particulièrement mal.

Il n'en reste pas moins une vision intéressante de cette tragédie où Maria Callas brille de mille feux.

A la prochaine !