Une deuxième séance de l'Antichambre de Borat en si peu de temps, vous devez vous demander chers lecteurs si votre cher Borat n'a pas mangé du lion ! Pourtant voici une nouvelle séance où vous retrouverez comme d'habitude trois films abordés dans des critiques plus courtes, mais tout aussi pertinentes. Au programme : Robert Zemeckis s'en va en guerre ; l'Oscar du meilleur film 2017 (spoilers : ce n'est pas La la land) ; et une virée tempêtueuse dans le quotidien d'un père divorcé japonais. Ready ? Go ! (Attention spoilers


 

Allié

Malgré parfois des échecs cuisants (ses aventures dans la performance capture en sont bien la preuve), Robert Zemeckis est toujours debout à Hollywood. Il est toujours avec un projet sous le coude et en général dans un genre qu'il n'a pas encore touché. 

Il avait déjà tutoyé le film de guerre sous le signe de la pastiche avec le scénario de 1941 (Steven Spielberg, 1979), puis en mettant en scène un passage spécial Vietnam dans Forrest Gump (1994). Avec Alliés (2016), il se faufile en Europe et en Afrique pour suivre un couple de soldats résistants dans un premier temps. Lui est canadien (Brad Pitt), elle française (Marion Cotillard). 

Dans un premier temps, Zemeckis fait un pur film de résistance avec l'infiltration dans les hautes sphères nazies, avant un dézingage en beauté et particulièrement graphique  (le film n'est pas classé Restricted pour rien). Alliés montre dans ces instants à quel point la guerre est destructrice et violente, aussi bien du côté des Résistants que des Nazis. Quand il s'agit de dézinguer l'adversaire, il n'y a pas d'avertissement qui tienne.

Puis on passe à du thriller domestique avec le canadien découvrant progressivement que sa femme est une sympathisante nazie. Au fur et à mesure, Zemeckis va s'amuser à confronter un père de famille dans l'incapacité de croire en ce qu'il voit, malgré des éléments évidents. De la même manière, le spectateur commencera à remettre en question ce qu'il a vu auparavant. 

Marion Cotillard se révèle curieusement intéressante dans ce rôle à double jeu (certains connaissent l'aversion de votre interlocuteur pour cette actrice). Est-ce le côté intriguant du personnage qui joue ? Surement puisque l'actrice semble déjà un peu plus à l'aise que dans un certain film de super-héros bien connu.

Pour avoir vu le film en VF, votre cher Borat a failli s'étouffer de rire plus d'une fois avec l'accent canadien de Jean Pierre Michael pour le camarade Brad. Il semblerait que la VO est tout aussi croustillante. Outre ce langage cocasse, l'acteur s'en sort plutôt bien.

Alliés n'est pas le meilleur film récent de Robert Zemeckis, mais c'est un film particulièrement efficace, bien réalisé (la reconstitution est superbe) et au look rétro plutôt bienvenu. 


 

Moonlight

En février dernier, Moonlight (Barry Jenkins, 2016) a offert un des plus beaux fous-rires de l'année à votre interlocteur. La raison est bien évidemment le cafouillage ambulant autour de l'Oscar du meilleur film. La polémique aurait pu amener à ce que le film perde en réputation, mais finalement Moonlight a réussi à se distinguer.

Comme le dévoile l'affiche à droite, Moonlight est un film qui suit un afro-américain à neuf, seize et vingt-six ans. Jenkins y rajoute une particularité puisque le jeune en question est homosexuel. L'aspect sexuel comme l'orientation sexuelle auraient pu être traîtés de manière vulgaire, mais Jenkins les utilise avec sagesse.

D'abord en évoquant l'éducation du garçon faites à la fois par une mère absente (Noamie Harris) et par un dealer de drogue (Mahershala Ali). Puis en montrant son orientation sexuelle progressive. Une scène en particulier montre une relation sexuelle assez tendre, sans dévoiler de nudité. Une scène tout ce qu'il y a de plus intime.

Le héros est tout de suite attachant et les trois acteurs (Alex R Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes) pour l'incarner se révèlent tous convaincants. Chacun évoque une vision de la fragilité du personnage : l'enfant rejeté, l'adolescent tabassé à cause de sa sexualité et l'homme qui cache son homosexualité à travers une image de gros dur.

Autour d'eux gravitent des acteurs tout aussi mémorables. Harris se révèle glaciale et même perturbante. Ali est particulièrement touchant dans un rôle à double tranchant. D'un côté le caïd potentiellement dangereux, de l'autre le père que le héros n'a jamais eu. Quant à Janelle Monae c'est une véritable révélation, allant justement dans le contre-sens parfait de la prestation d'Harris.

Moonlight n'évite pas les écueils de la caméra à l'épaule et les tics poseurs du cinéma indépendant américain. Pourtant, on se prête au jeu de ce film assez touchant bien aidé par d'excellents acteurs.


 

ALT

Pour terminer cette nouvelle séance, votre cher Borat va évoquer un réalisateur japonais qui n'a jamais eu les faveurs du blog. Takeshi Kitano, Akira Kurosawa, son homonyme Kiyoshi ou divers réalisateurs de japanimation sont déjà passés dans ces colonnes, mais pas Hirokazu Kore Eda. 

Le réalisateur s'est notamment fait remarqué au Festival de Cannes avec Nobody knows (2004) ou Tel père, tel fils (2013). Des films qui sont au plus près du quotidien avant que ce dernier n'explose. Dans le premier, il s'agissait du départ de la mère laissant ses enfants livrés à eux-mêmes. Dans le second, l'échange de deux enfants un peu à la manière de La vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatillez, 1988), sans l'aspect comique.

Avec Après la tempête (2016), le traitement est un poil différent puisque l'on suit un père divorcé (Hiroshi Abe) devant payer la pension alimentaire de son ex-femme (Yoko Maki) et son fils (Taiyô Yoshizawa). Par la même occasion, il s'agit d'un écrivain en panne d'inspiration qui se trouve être aussi détective pour arrondir ses fins de mois, quand il ne fait pas des paris foireux.

Kore Eda change un peu de registre en jouant sur l'aspect looser complet de son héros. Un homme qui essaye vainement de reconquérir son ex alors qu'il n'arrive déjà pas à s'entretenir lui-même. Toutefois, Kore Eda le rend attachant par son côté looser sans se moquer de lui. 

L'élément perturbateur n'apparaît finalement que très tard dans le film, une fois que la tempête a lieu. Les deux parents, le fils et la grand-mère (Kirin Kiki) rassemblés dans un même endroit. Ce qui amène quelques quiproquos, mais surtout beaucoup de tendresse.

Kore Eda a toujours réussi à signer des films jouant pleinement sur l'intimité. L'aspect un peu huis clos qu'entraîne la tempête amène finalement à cela de la meilleure des manières. Si le réalisateur ne signe pas forcément son meilleur cru, sa direction d'acteurs et son écriture intime font que le film soit de qualité et pas oubliable.

A la prochaine !