Diana Prince découvre le monde des Hommes en pleine Ière Guerre Mondiale. Aux côtés de Steve Trevor, elle s'apprête à affronter les allemands, mais aussi quelqu'un de plus divin...

Wonder Woman

Née dans les 40's de la plume de William Moulton Marston dans la mouvance des héros historiques de DC Comics, Wonder Woman est rapidement devenue une véritable icône de la pop culture aussi bien auprès des garçons que des filles. L'amazone le sera d'autant plus grâce à la série télévisée avec Linda Carter (1975-79). Si certains de ses camarades de DC Comics ont eu droit à des adaptations (y compris Green Lantern dans des conditions malheureuses), Diana Prince avait bien du mal à se montrer au cinéma (voir DC Comics sort de l'ombre). En 2011, David E Kelley essayera de lancer une série autour de l'héroïne avec Adrianne Palicki en rôle titre, mais l'histoire s'arrêtera après un pilote qui a été qualifié de catastrophique par ceux qui l'ont vu. Il faudra attendre que Zack Snyder lance le DC Verse pour que l'héroïne fasse ses premiers pas sur grand écran sous les traits de Gal Gadot. Tout d'abord dans Batman V Superman (2016), puis dans son film individuel qui fait office de préquelle. Partie pour différends artistiques, Michelle MacLaren (réalisatrice d'épisodes des séries Game of thrones et Breaking Bad) a laissé sa place à Patty Jenkins qui n'en demandait pas tant (elle avait quitté la production super-héroïque mythologique Thor The Dark World pour les mêmes raisons). 

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Wonder Woman (2017) est sorti dans une atmosphère particulière dont il fut un rayon de lumière. Man of Steel (Snyder, 2013), BVS et Suicide Squad (David Ayer, 2016) ont beau avoir été des succès commerciaux (un peu plus de 2,2 milliards de dollars de recettes), leur accueil ne fut pas toujours très tendre (la palme pour le dernier pour des raisons évidentes). Les problèmes en interne (remontages, reshoots, divergences artistiques, planning infiniment variable) n'ont pas toujours aidé la promotion de Wonder Woman, au point que Patty Jenkins a dû se justifier plusieurs fois d'avoir eu le final cut. Ce qui tend à se confirmer, puisque le film n'a pas eu droit à un nouveau montage pour sa sortie vidéo (ce qui s'en ressent en voyant le film). La polémique post-sortie du film autour des déclarations de James Cameron a mis aussi pas mal d'huile sur le feu. Pour le réalisateur, ce film est un "pas en arrière", évoquant notamment un aspect très sexy en prenant pour contre-exemple Sarah Connor qui était une héroïne dure, forte et tout sauf glamour (*). Toutefois, le réalisateur semble oublier une chose : Diana Prince n'est pas une héroïne écrite de la même manière que son héroïne. Ce n'est pas une mère courage qui protège son fils contre des cyborgs venus du futur.

Wonder Woman : Photo Chris Pine

C'est une guerrière issue de la mythologie grecque (plus précisément des Amazones) et le costume de Diana Prince n'est pas si éloigné de diverses peintures ou gravures grecques qui vont dans ce sens. Les costumiers du film n'ont rien inventé, encore moins les dessinateurs de l'héroïne depuis HG Peter. Son costume ne l'empêche pas d'être une femme forte non plus. De la même manière, cela faisait des années que le cinéma hollywoodien galérait pour imposer des super-héroïnes au cinéma en premier rôle. On se souvient des fiascos que furent Supergirl (Jeannot Szwarc, 1984), Catwoman (Pitof, 2004) et Elektra (Rob Bowman, 2005). Le peu de super-héroïnes à l'écran sont en général présentes dans des films chorals à l'image de Black Widow (Scarlett Johansson) et Scarlet Witch (Elizabeth Olsen) dans le Marvel Cinematic Universe (2008-). Le succès de Wonder Woman (plus de 821 millions de dollars de recettes) permettra peut être plus de films avec des super-héroïnes (l'annonce des projets Captain Marvel et Batgirl vont dans ce sens), mais aussi que les filles comme les garçons puissent avoir une super-héroïne notable dans des univers tout de même très masculin.

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Le DC Verse se forme peu à peu, ce qui se confirme par un mode de fonctionnement finalement assez éloigné du MCU. Là où ce dernier ne cesse depuis des années de faire dans le teasing jusqu'à l'insertion de personnages (la présence d'Hawkeye dans Thor en tête), le DC Verse continue d'aborder ses films comme des stand alone movies, quand bien même ils se font suite. L'introduction et la scène pré-générique de fin se situent de nos jours après les événements de BVS, mais l'ensemble du film reste un immense flashback. Si vous n'avez pas vu les films précédents, ce n'est pas grave. Cela n'empêchera pas le spectateur de revenir pour le film suivant, même s'il n'aura rien à voir avec l'ambiance du précédent film. Ce qui permet un ensemble plus cohérent que certains le disent, mais certainement pas une série de films. L'impression de voir des films faits pour le cinéma et non des films très souvent banals dont l'impact est pareil chez soi. Après l'avoir montré en face d'un extraterrestre surpuissant et un vigilante tout ce qu'il y a de plus humain, DC dévoile Diana dans un contexte historique fort. Certains ont fait le rapprochement avec Captain America : The First Avenger (Joe Johnston, 2011), pourtant Wonder Woman n'a pas grand chose à voir avec.

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(attention spoilers) Il y a toujours un ennemi allemand et un scientifique avec lui (Danny Huston et Elena Anaya remplacent Hugo Weaving et Toby Jones), mais la période n'est pas la même (Ière Guerre Mondiale), la menace non plus. Pour Erich Ludendorff (Huston), c'est un moyen de montrer sa supériorité y compris en testant un gaz moutarde plus puissant sur ses supérieurs qui se révèlent contre lui (là aussi une similitude avec le film de Johnston). Ludendorff est un général allemand qui ne veut pas perdre la Grande Guerre. Son but n'est pas d'imposer une politique (il n'en a pas), ce qui en fait un ennemi aussi dangereux pour ses compatriotes (il exécute un de ses hommes en pleine discussion) que pour ses ennemis. Le sacrifice de Steve Trevor (Chris Pine particulièrement à l'aise en héros de guerre) est également très différent de celui du Captain (Chris Evans), puisqu' ici l'issue est fatale et il n'y aura pas le miracle de la congélation. Trevor est avant tout un soldat et il fait ce qu'il doit faire pour stopper la Grande Guerre, celle qu'il évoque naïvement comme "la guerre qui doit mettre fin à toutes les guerres". S'il ne verra pas la suite, Diana verra bien malgré elle l'horreur continuera après 1918. C'est aussi cela que montrait dans un certain sens BVS dans un plan bien précis.

Wonder Woman : Photo Danny Huston

Celui où Bruce Wayne (Ben Affleck) et elle étaient impuissants devant une Lois Lane en larme (Amy Adams). Ce n'est pas la première fois qu'elle voyait cela et elle-même a pleuré celui qui restera son premier amour. L'engagement de Diana auprès des humains varient au fil du film, voyant ses bons et ses mauvais côtés. Toutefois, tant qu'il y aura une Wonder Woman pour sauver le monde, il y aura de l'espoir pour l'Humanité. Le fait de planter le décor dans une époque aussi violente intensifie ce point de vue, d'autant plus que Diana évolue tel une variation de Candide. Le personnage de Voltaire découvrait le monde, ses coutumes, ses incompréhensions, ses problèmes etc. Il arrive la même chose à Diana en tant que déesse amazone n'ayant aucune expérience du monde extérieur à Themyscira. La naïveté du personnage n'a rien de ridicule et correspond parfaitement à un personnage qui découvre un monde qu'elle ne connaît pas, ne comprend pas et où on ne la comprend pas. Il n'y a qu'à voir la réaction de plusieurs personnages du film quand elle dit qu'Arès est la source de ce mal qui règne en Europe. Ce même Arès qui contamine les deux camps, au point d'engendrer une guerre pouvant exterminer une humanité en laquelle il n'a jamais eu confiance. 

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Malgré l'aspect mythologique fort du film, le spectateur aura tendance à se demander si ce que dit Diana est vrai, en grande partie parce que le cadre finalement très réaliste de la Grande Guerre contredit la mythologie entrevue dans les premières minutes. L'univers est ainsi évoqué à travers des peintures baroques en mouvement, iconisant toujours un peu plus les dieux au centre du film. C'est également le cas pour Diana, mise en valeur à travers une scène de bataille spectaculaire et dont les ralentis ne font que renforcer la puissance de ses coups. Gal Gadot confirme qu'elle est un choix parfait, dégageant à la fois un certain charme et un tempéramment fougueux dans l'action. Si l'exécution du climax a tendance à jouer sur la surabondance d'effets-spéciaux pas tous jolis (idem au cours du film), il n'en reste pas moins jouissif et particulièrement généreux. Deux dieux qui s'affrontent, cela a le mérite de sortir du lot et autant dire que cela n'a rien à voir avec les peplums pourraves réalisés par Hollywood ces dernières années (que ce soit les Choc des titans ou Les immortels). (fin des spoilers) Jenkins a finalement très bien compris le personnage et parvient à signer un film mélangeant guerre et mythologie avec efficacité. Son retour pour une suite n'en devient que plus légitime et réjouissant. Par ailleurs, soulignons qu'après le coup d'essai de Suicide Squad avec ses objets psychédéliques, le générique de fin de Wonder Woman est vraiment magnifique de par ses dessins et les couleurs employées. 

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Moins fort que les deux premiers films du DC Verse, Wonder Woman n'en reste pas moins un cru fortement attachant, parvenant à mélanger mythologie et réalisme avec succès.


* Pour l'intégralité des propos, voir ici : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Wonder-Woman-est-un-pas-en-arriere-James-Cameron-recidive