L'Antichambre de Borat revient en cet automne un peu fraîche (on a connu pire) pour une nouvelle séance sortie du four. Quoi cher lecteur ? Tu ne sais déjà plus qu'est-ce que c'est que l'Antichambre de Borat alors que la dernière séance date d'il y a deux semaines ? Bon, bon, récapitulons : votre cher Borat va vous délivrer trois critiques de films plus courtes, mais néanmoins assez complètes pour savoir à quoi vous en tenir. Au programme : un anniversaire saignant mais pas trop ; des robots géants ; et une ville américaine en flamme. Ready ? Go ! (attention spoilers)


 

HPD

Le producteur Jason Blum a passé une bonne année avec les réussites que furent Split (M Night Shyamalan, 2016) et Get out (Jordan Peele, 2017). Le revoilà avec Happy Birthdead (ou Happy Dead Day en VO) réalisé par Christopher B Landon. 

Reprenant le principe de la boucle temporelle d'un jour cher à Un jour sans fin (Harold Ramis, 1993), Happy Birthdead présente une étudiante aux prises avec un tueur qui a choisi son anniversaire pour la tuer. L'idée en soi est intéressante, son exécution l'est beaucoup moins.

Landon se donne beaucoup de mal pour faire un film qui sorte du lot. Il cite L'effet papillon (Bress, Mackye Gruber, 2004) pour montrer que l'état de son héroïne se dégrade au fil de ses retours. Une bonne astuce qui permet de varier les plaisirs. Le problème étant que ce n'est pas toujours le cas. Malgré le changement volontaire de lumière, les trois premières versions sont très similaires et tout sauf inventives. 

Le slasher comme le neo-slasher ont déjà fait certains trucs (comme un personnage attaqué par le tueur alors que l'héroïne est retournée et n'entend rien) et Happy Birthdead se retrouve souvent à faire dans le déjà vu. Par la même occasion, on peut aussi reprocher au film d'être beaucoup trop sage. La raison viendrait du studio désirant un film PG-13. Pourquoi pas ? Mais le slasher est quand même un sous-genre horrifique connu pour sa tendance à tailler dans le bout de gras.

Malgré les tentatives (celle de l'accident de voiture est assez efficace), cela se révèle vite répétitif. Le film multiplie aussi les ellipses un brin grossières dans ses climax, comme s'il y avait des trous béants dans le scénario. 

A cela rajoutez que l'héroïne (plutôt bien jouée par Jessica Rothe malgré tout) passe tout de même de l'héroïne insupportable à la femme amoureuse avec une facilité affolante. Même le tueur est assez reconnaissable si l'on fait bien attention.

Si Happy Birthdead est assez divertissement, ses fautes de goût (la tendance au pipi caca passera difficilement auprès de certains spectateurs) et ses nombreux défauts font qu'il est aussi anecdotique qu'oubliable. Pas de quoi se relever la nuit. Encore et encore. Et encore...


 

MZ

Les nostalgiques de l'émission Récré A2 (1978-88) se souviennent encore de la diffusion de Goldorak, série animée avec un robot contrôlé par un homme et combattant une puissance extraterrestre (1975-77). Son créateur ? Go Nagai déjà auteur de Mazinger Z (1972-73), manga également adapté en série animée (1972-74).

Un univers pas forcément connu en France (la série fut peu diffusée) et mettant en scène là aussi des héros dans des robots géants, mais cette fois-ci sur la Terre. Pour les quarante-cinq ans de la série, Toei Animation a décidé de lui offrir un film titré Mazinger Z Infinity (Junji Shimizu, 2017).

Film qui sortira la semaine prochaine dans les salles françaises (sans le Infinity dans le titre) et que votre cher Borat a pu voir en avant-première au début du mois. Une aubaine qui pourrait attirer la curiosité des néophytes comme des fans de robots géants ou de Go Nagai.

Le principal problème de MZI est qu'il parlera difficilement aux néophytes (votre interlocuteur en est un). Bien que l'univers soit planté très rapidement, il se peut que le spectateur non-connaisseur passe à côté du film. D'autant plus qu'il a tendance à aller dans des dialogues fort explicatifs pas toujours du meilleur effet.

Le film aligne aussi quelques intrigues sentimentales un brin tarabiscotées (comme le héros pris entre deux femmes) et des scénettes sexy assez délirantes (ah les canons de robots à l'anatomie fort féminines...). Toutefois, MZI est un film divertissant bénéficiant d'une animation de qualité et d'une intrigue simple mais efficace.

On ne s'ennuie jamais vraiment (d'autant que le film ne dure qu'1h30) et les scènes d'action se révèlent particulièrement jouissives et lisibles, ne perdant jamais le spectateur dans l'action. On peut même dire que le spectateur en aura pour son argent avec une pyrotechnie généreuse et spectaculaire.

D'autant que les mechas sont superbes et variés et les affrontements amusants à suivre. Puis ce n'est pas tous les jours que l'on voit un film de robots géants japonais (animés ou en live-action) dans les salles françaises, alors autant en profiter quand le spectacle est là.


Detroit

Kathryn Bigelow fait dorénavant dans le cinéma-journalistique de son propre aveu avec le scénariste Mark Boal. Ce qui marche plus ou moins (Zero Dark Thirty, 2012) ou pas du tout (The Hurt Locker, 2008). Basé sur les sinistres événements survenus dans la ville en 1967, Detroit (2017) se révèle être le meilleur film de cette sorte de trilogie.

La réalisatrice arrive probablement au bon moment, fort d'une actualité brûlante pour les afro-américains aux USA. Le fait de revenir à Detroit permet de comprendre certains problèmes toujours d'actualité. Que ce soit les violences policières ou l'injustice qui arrive souvent lors des procès malgré les preuves accablantes (les vidéos notamment).

La réalisatrice n'épargne pas forcément les afro-américains, montrant des manifestations tournant au pillage gratuit, à des incendies et surtout des gens qui ne s'entendent pas toujours sur les mêmes sujets dans une même communauté.

Le personnage de John Boyega a beau être vigile, il ferme les yeux sur beaucoup de choses au point de se voiler un peu la face et ne voit pas venir les drames à venir. L'acteur s'en sort d'ailleurs plutôt bien dans un rôle aux antipodes de Star Wars. De la même manière, les militaires en prennent pour leur grade à force de laisser faire les cowboys de Detroit.

Le point d'orgue est bien entendu ce qui est arrivé dans la nuit du 25 au 26 juillet au motel Algier. Là, Bigelow ne fait plus dans le réalisme pur et dur caméra à l'épaule. Elle dévoile un cauchemar qui fait froid dans le dos. Un élément où Will Poulter en ressort de manière fracassante dans un rôle de flic violent, raciste et de mauvaise foi. Un pur moment de tension où l'horreur est omniprésente.

Toutefois, la réalisatrice ne sait pas toujours si elle réalise une fiction basée sur des faits divers ou un documentaire. La preuve avec ces photos ou vidéos d'archives qui pullulent durant le film. De la même manière, la réalisatrice s'attarde beaucoup trop sur un personnage à la fin, au point de ne pas trop savoir comment finir son film.

Si le film reste de qualité, on regrette toutefois ce temps où Bigelow faisait de la pure fiction sans oublier un fond pertinent. Detroit fait bien évidemment écho à Strange days (1995), qui faisait référence aux émeutes survenues après l'agression de Rodney King. Detroit voudrait bien retrouver la puissance du film scénarisé par James Cameron, mais n'y arrive pas vraiment. Peut-être parce que la fiction est souvent plus forte quand elle s'inspire de la réalité que quand elle s'y colle au plus près.

A la prochaine !