Comme vous avez pu le voir au fil des années à travers certaines cuvées de la Cave de Borat, j'assiste régulièrement aux Nuits du bis au cinéma La Scala. C'est en général un double-programme (parfois un troisième film se glisse dans la programmation) qui se déroule une fois par mois à partir de septembre et se termine par le Jour du bis en juin ou juillet de l'année suivante (avec cinq films au compteur). Les films en question ? Des oeuvres fantastiques, de science-fiction, d'horreur et même d'action. Etant donné que la Cave de Borat est plutôt occupée en ce moment et que faire des cuvées maousses risquent de vous faire un peu peur à la lecture, je me suis dit qu'ouvrir une rubrique entièrement consacrée à ces soirées ne serait peut-être pas un mal. Je ne sais pas encore combien il y aura d'articles par mois, y compris s'il y en aura chaque mois, mais j'essayerai d'être régulier. Comme les Nuits du bis, deux films seront chroniqués à chaque fois, parfois de soirées différentes (certains films ont été abordé par mes soins sur le blog, que ce soit par des critiques seules ou dans des rubriques). Pour ce premier cru de Bis on Thionville, je vais évoquer la dernière Nuit du bis en date, survenue le 24 novembre. D'un côté, Carnage ou The Burning (Tony Maylam, 1981). De l'autre, Frankenhooker (Frank Hennenlotter, 1990).

Carnage vs Frankenhooker 

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Regarder Carnage dans les conditions actuelles est plutôt cocasse, puisque les producteurs et scénaristes ne sont autres que les frères Weinstein. Je ne vais pas forcément revenir sur les accusations, je leur ai déjà taillé un costard sur leurs pratiques au cinéma sur Facebook (si cela vous intéresse : https://www.facebook.com/Cine.Borat2/posts/1713182528752416). Si vous avez lu certains articles sur ce blog, vous savez que les frangins sont du genre à faire dans l'économie et à couper où ils veulent dans des films (Harvey est même surnommé "Harvey Scissorhands"), y compris lorsque ce sont des acquisitions. Autant dire que la ressortie de ce film par Carlotta en ces temps obscurs rajoute un peu de piment. D'autant plus quand on voit certaines tendances des personnages au cours du film. Ainsi, un d'entre eux est un peu trop entreprenant avec une demoiselle et finit tout seul dans la rivière. L'ironie veut qu'il soit incarné par Ned Eisenberg, acteur récurrent de la série Law and order (1990-2010) et de son spin-off Unité spéciale (1999-) où il joue un avocat défendant des criminels sexuels. Quant à un autre joué par Larry Joshua, il réussit son coup en étant très insistant. De base, Carnage s'apparente avant tout à un Vendredi 13 plus polisson. 

Carnage

Les garçons parlent de cul toute la journée (certains évoquent même leurs futures masturbations avant d'aller manger) et essayent de draguer leurs camarades avec succès ou pas du tout. Un d'entre eux (Brian Backer) en vient même à mater une ombre devant un rideau de douche. De la même manière, le tueur est d'office identifiable avec une origin story présentée dès l'introduction, une première sortie de route, une tendance à l'observation qui va chercher chez les trois gros slashers de l'époque (Black Christmas, Halloween et Vendredi 13) et des exécutions sanglantes. Toutes ne sont pas excellentes, mais dans l'ensemble on ne va pas trop se plaindre. Sans compter l'aspect camp de vacances avec les héros bientôt coincés hérité encore une fois du film de Sean S Cunningham (1980), qui lui-même s'inspirait du film de John Carpenter (1978). Le film dévoile également quelques défauts techniques amusants. Si au niveau des maquillages, le film tient plutôt bien le choc (d'autant qu'ils sont signés Tom Savini), on voit que les Weinstein étaient déjà de grands amateurs de l'expression "argent facile". En effet, Tony Maylam a tourné certains plans en nuit américaine, cette technique pas toute neuve qui consiste à tourner des plans en plein jour pour des scènes se déroulant de nuit. 

Carnage 2

Le réalisateur opte alors pour des effets comme un ciel noir, des éclairages plus obscurs ou un aspect bleuté. Sauf que dans Carnage, certains plans de ce type montrent quand même une clarté spectaculaire, bien éloignée de la nuit noire de la scène précédente. Un aspect qui ne reviendra pas sur tous les plans de nuit (et heureusement), mais assez régulièrement quand même. De la même manière, des plans du climax reviendront plusieurs fois. En effet, un wagon tombe en direction d'un des personnages principaux (Brian Matthews), avant de revenir quelques minutes plus tard à l'endroit même où il est tombé. L'affrontement entre le tueur et les héros est également un peu rapide, surtout par rapport à la mise en place assez longue. On relève aussi dans ce climax un manque de tension, alors que le tueur était quand même omniprésent même si on ne le voyait pas (par plan subjectif notamment). Par ailleurs, la bande-annonce de Carnage semble avoir inspirer Eli Roth et Edgar Wright pour les fausses-bandes-annonces de Grindhouse (2007), Thanksgiving et Don't, puisque l'on retrouve le même utilisation d'un même plan et même le mot "don't" plusieurs fois. L'héritage des Weinstein en quelques sortes.

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Les frangins n'en resteront pas là avec le slasher, puisqu'ils ont relancé la franchise Halloween (1977-) à partir du sixième volet (avec deux des pires opus) et ont permis l'éclosion du neo-slasher avec la tétralogie Scream (Wes Craven, 1996-2011), tout en produisant également sa parodie Scary Movie et ses suites (2000-2013). Si Carnage est un film un minimum efficace, il n'y a pas non plus de quoi se relever la nuit. Passons au camarade Frank Henenlotter qui n'est pas un inconnu de ces colonnes. Roi du système D et de la production fauchée, Henenlotter est notamment réputé par le film Elmer le remue-méninges ou Brain Damage (1988). Une excellente allégorie de l'addiction à la drogue, avec un jeune homme (Rick Herbst) qui avait une vision psychédélique quand une créature lui injectait sa dose dans le cou. Sauf qu'Elmer avait faim au bout d'un moment et son plat préféré est le cerveau humain. Après le second opus de la trilogie Basket case (1982-92), Henenlotter se lance dans une revisite bien à lui de Frankenstein (Mary Shelley, 1821). Frankenhooker annonce la couleur dès son titre, puisque la traduction honnête est "Frankenpute". Le scénario va dans ce sens.

Frankenhooker

Le héros (James Lorinz) est un amateur de bricolage scientifique et il décide de ressusciter sa petite copine (Patty Mullen), dont il ne reste plus grand chose suite à un passage de tondeuse à gazon sanglant. Donc il lui faut des cobayes et il se trouve qu'elles sont toutes des prostituées. (attention spoilers) Le réalisateur s'amuse d'autant plus du concept que les personnalités des différentes filles finissent par prendre le pas sur celle de la fiancée, une fois toutes les parties assemblées. Par ailleurs, toutes relations sexuelles donnent lieu à une explosion électrique pour les hommes touchés (un peu comme si l'orgasme venait d'une pile électrique). Dans son excentrisme le plus jubilatoire, Henenlotter n'hésite pas non plus à citer Basket case pour l'aspect de certains restes de prostituées, ni à faire dans le twist final hilarant. Les effets-spéciaux sentent clairement le film fauché (et encore on parle de 2,5 millions de dollars de budget), à l'image des prostituées remplacées par des mannequins qui explosent dans tous les sens (voir le gif ci-dessous). Les passages avec les membres détachés vont également dans ce sens, comme s'ils n'avaient rien d'organique. (fin des spoilers) Frankenhooker est également un film qui aujourd'hui ne pourrait plus se faire. Comme l'avait précisé Alexandre Aja à l'époque du remake de Maniac (Franck Khalfoun, 2012), les quartiers montrés dans ce type de films ont été "nettoyé" depuis la fin des 90's.

Frankenhooker

Frankenhooker, un film qui fait des étincelles.

Frankenhooker appartient donc à ces derniers chanceux à avoir montrer la ville de New York sous des atours particulièrement crades, loin du glamour que certains voient dans cette ville (on ne remercie pas Frank Sinatra). Autant dire qu'on en a pour son argent. Frankenhooker se pose avant tout comme une comédie-horrifique, s'amusant toujours de son concept (jusqu'à la scène d'ouverture qui n'est pas sans rappeler les futurs carnages de Peter Jackson dans Braindead). De quoi dynamiter le roman de Mary Shelley avec cette revisite déjà plus fun et intéressante que l'adaptation littérale de Kenneth Branagh (1994).

Allez à la prochaine ! 


 PS : Cher lecteur, tu veux peut être un petit avant-goût de ce qui t'attend pour les mois à venir ? Alors voici la liste des films que tu retrouvera dans Bis on Thionville ! 

  • Black Dynamite (Scott Sanders, 2009)
  • Basket Case (Frank Henenlotter, 1982)
  • L'invasion des profantateurs (Philip Kaufman, 1978) 
  • L'exorciste 3 (William Peter Blatty, 1990) 
  • L'enfer des zombies (Lucio Fulci, 1979) 
  • Amityville (Stuart Rosenberg, 1979) 
  • Maniac cop (William Lustig, 1988) 
  • Batman le film (Leslie H Martinson, 1966) 
  • Kalidor (Richard Fleischer, 1985) 
  • Miracle mile (Steve de Jarnatt, 1988) 
  • Cherry 2000 (Steve de Jarnatt, 1987) 
  • American warrior 2 (Sam Fristenberg, 1986) 
  • L'invasion vient de Mars (Tobe Hooper, 1986) 
  • Opéra (Dario Argento, 1987) 
  • Troll 2 (Claudio Fragasso, 1990) 
  • L'au-delà (Lucio Fulci, 1981) 
  • From beyond (Stuart Gordon, 1986)
  • 36 15 Code Père Noël (René Manzor, 1990)