L'Antichambre de Borat revient en ce début de mois tristounet (il faut dire qu'on a perdu l'idole des jeunes). Mais ne vous inquiétez pas, votre cher Borat a de quoi vous faire tenir dans le métro avec votre smartphone ou pendant votre cours de fac si vous vous ennuyez entre deux discours. Trois films chroniqués dans cette séance dans des critiques plus courtes, mais néanmoins pertinentes. Au programme : le retour des réalisateurs d'Intouchables (2011) ; un parc d'attraction chez les ch'tis ; et une rencontre au sommet entre deux sportifs. Ready ? Go ! (attention spoilers)


LSDLF

Après la réussite des quatre précédents films du duo Olivier Nakache / Eric Toledano, Samba (2014) avait laissé un goût mitigé. Il faut dire que le film ne savait jamais trop comment se positionner, parvenant difficilement à montrer s'il était plus un drame qu'une comédie. Le sens de la fête (2017) compte bien rectifier le tir.

Alors que la comédie française a tendance à s'engouffrer dans une volonté de faire du gag à tout prix ou de s'enfoncer dans la vulgarité la plus crasse, le duo a le mérite de remettre les pendules à l'heure. Une bonne comédie se fait sur plusieurs arguments et le duo vise juste à chaque fois.

Les personnages sont tous assez consistants dans ce film choral. Le patron déboussolé et jaloux, son beau-frère transi d'amour, un marié casse-pied, un chanteur de bal ringard, un photographe pique-assiette, une assistante sur les nerfs... Il y a à boire et à manger dans Le sens de la fête et le traitement des personnages est impeccable. 

A cela se rajoute la qualité du casting. Même s'il y a des têtes connues (Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche, Jean Paul Rouve ou Vincent Macaigne), aucun ne cachetonne ou ne fait des caisses. Ils sont les rôles.

Bacri fait du Bacri (le râleur bougon) mais il le fait bien. Lellouche est merveilleux en train d'essayer de chanter en italien. Macaigne est savoureux en bonhomme amoureux, mais pas à sa place. Mention spéciale à Eye Haidara, grande révélation du film en employée forte en gueule.

Si Le sens de la fête fait rire, ce n'est pas par une profusion de gags, mais parce que le récit et les situations vont dans ce sens. Puis il y a une tendresse pour les personnages qui enlève toute lourdeur et rend le film profondément humain.

Le rire vient presque du coeur. Comme quoi, ce n'est pas difficile de faire une bonne comédie en France, il suffit juste de savoir l'écrire. Après cela passe tout seul. 


 

Zombillénium

Après la bande-dessinée (trois albums publiés entre 2010 et 2013), l'univers de Zombillénium se déplace sur grand écran. En 2013, Arthur de Pins avait déjà fait une extension de sa bande-dessinée avec le clip Nameless words pour le groupe Skip the use (*). Un excellent exercice qui a mené à ce film d'animation où le chanteur Mat Bastard reprend son rôle de chanteur squelette. 

Zombillénium (De Pins, Ducord, 2017) est d'autant plus une belle surprise qu'il parle à un public très large. Les enfants auront peut être un peu peur, mais c'est un film d'animation qui ne les prend pas pour des idiots et leur montre des monstres sous un aspect amusant (un peu comme Monstres et cie). Quant aux adolescents et aux adultes, ils s'amuseront certainement des références.

Les détracteurs de Twilight s'amuseront de la caricature d'Edward Cullen qu'est Steven, un vampire qui fait tomber les filles mais est aussi un parfait connard. Certains pourront trouver que le film arrive après la guerre (la saga Twilight est finie depuis 2012 et les vampires sont retombés en désuétude), mais le délire est clairement amusant.

Ensuite le bestiaire est particulièrement inventif, à l'image du héros une sorte de diable à la Hellboy. On a également la sorcière en formation, le syndicaliste squelette, l'ancien pharaon momifié ou encore le patron vampire. Il y a de tout jusqu'au cerbère des Enfers. 

Les réalisateurs auraient pu être tenté de déplacer le décor aux USA (un producteur américain leur avait suggéré), mais ils ont décidé de garder le bon vieux Nord-Pas-de-Calais avec ses mines, son côté un peu désert et ses corons. Ou quand entonner du Pierre Bachelet devient soit un gag monumental ou un grand moment d'émotions selon les spectateurs. L'aspect social est très bien traîté et on voit que le décor n'a pas été choisi de manière gratuite.

Ce qui fait de Zombillénium un film d'animation très français. L'animation en cell-shading est plutôt pas mal, même si ce n'est pas forcément le type d'animation adéquate. Le cinéma d'animation français se porte très bien en tous cas.


 

BM

Le sport a été traîté de diverses manières au cinéma. Fiction avec des héros du quotidien (Rocky en est la preuve) ou biopics de ses grandes stars. Le tennis a souvent attiré les réalisateurs pour quelques scènes dans des fictions, mais pas forcément pour des biopics. Le mois dernier, deux films basés sur des rencontres historiques sont sortis. 

Le premier est Borg McEnroe (Janus Metz, 2017) et raconte la confrontation entre les joueurs suédois et américain lors du tournoi de Wimbledon en 1980. Le second est Battle of the sexes (Dayton, Faris, 2017), mettant en scène la rencontre entre Billie Jean King (Emma Stone) et Bobby Riggs (Steve Carell) en 1972. C'est le premier qui nous intéresse aujourd'hui.

Passé l'introduction qui en dit un peu trop (d'autant que la suite nous confirme que le film n'en avait pas besoin), Borg McEnroe est un film assez fascinant même pour les non-fans du sport. Il est avant tout le portrait de deux sportifs au sommet et il n'est pas sans rappeler Rush (Ron Howard, 2014). 

Comme Howard, Metz dévoile la rivalité entre les deux tennismen, mais le schéma est un peu différent. Les deux sportifs ne s'étaient pas encore affrontés et la finale de Wimbledon sera l'occasion d'un affrontement fort. Mais surtout, Metz montre que les deux protagonistes de son film ne sont pas si différents.

Bjorn Borg était un adolescent nerveux et colérique qui a appris durant des années à se canaliser. En comparaison, John McEnroe s'en servait comme d'un stimulant lors de ses matchs. Deux impulsifs sur un même terrain, mais d'une manière différente. Borg est déjà une icône du tennis, McEnroe est un rookie et un outsider. Metz l'évoque assez bien en montrant McEnroe agacé plusieurs fois qu'on ne parle pas de son tennis, mais systématiquement de Borg.

Le réalisateur opte ensuite pour un montage terriblement nerveux pour le fameux match, notamment en ce qui concerne des vues du dessus. Il peut également compter sur deux acteurs en forme : le calme Sverrir Gudnason qui explose et Shia LaBeouf confirme qu'il était un choix parfait pour McEnroe avec un mélange de timidité et de folie furieuse. Un biopic sportif de qualité. 

A la prochaine !