Les Rebelles essayent par tous les moyens de trouver les plans de l'Etoile Noire à l'Empire pour la détruire. Parmi eux, Jyn Erso femme à la recherche de son père emmené par l'Empire pour la construire...

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Quand les studios Disney ont racheté Lucasfilm en 2012, l'avenir de Star Wars fut vite scellé. La franchise est repartie pour une nouvelle trilogie, faisant cette fois suite au Retour du jedi (Richard Marquand, 1983)... mais pas que. On savait que le studio n'allait pas acheter une société de production avec deux licences aussi lucratives sans exploiter pleinement le filon (le prochain Indiana Jones est prévu pour juillet 2020 si tout va bien). C'est ainsi que la productrice Kathleen Kennedy a lancé la collection "Star Wars Stories", des spin-offs se déroulant dans l'univers. L'arrivée des premiers cafouillages également. Alors que Rogue One (Gareth Edwards, 2016), premier film de la collection, était en production, Josh Trank rend son tablier pour le second film prévu. En cause, les rumeurs d'ingérence du réalisateur sur le tournage de Fantastic Four (2015). La production n'aurait pas eu confiance en lui et le projet n'a pas été plus loin. Encore récemment, la préquelle consacrée à Han Solo a eu de gros problèmes de production, cette fois-ci en plein tournage. Des différends artistiques majeurs entre les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller et la production ont contraint le duo à jeter l'éponge. 

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Il semblerait que les réalisateurs et Alden Ehrenreich ne s'entendaient pas, notamment sur les improvisations voulues par le duo dans le jeu de l'acteur. Ron Howard est depuis passé derrière, retournant pas mal de scènes en plus de celles qu'il restait à mettre en boîte. On peut toutefois se demander comment Lucasfilm a fait pour ne pas voir le problème avant, le CV des réalisateurs parlant de lui-même. En comparaison, Howard est un réalisateur plus hollywoodien, tournant vite et bien (il vient de l'écurie Corman) et il a tourné Willow (1988) pour Lucasfilm. Comme si cela ne suffisait pas, Colin Trevorrow (Jurassic World) a quitté le navire Star Wars IX pour laisser sa place à JJ Abrams. Même si cela reste assez flou, l'accueil glacial de The Book of Henry (Trevorrow, 2017) a peut être joué en sa défaveur. Le succès de Rogue One (plus d'1 milliard de dollars de recettes) aurait pu faire oublier ses propres problèmes, mais ils furent en quelques sortes les prémices de ceux de Solo. Si Gareth Edwards a conservé son statut de réalisateur, ce n'est pas lui qui a réalisé les reshoots, mais Tony Gilroy (Michael Clayton). Il est d'ailleurs crédité comme scénariste. La fin fut considérablement modifiée pour le meilleur. Alexandre Desplat a laissé sa place à Michael Giacchino dans les mois précédant la sortie. Le compositeur a fait une ost de qualité, même si on l'a connu beaucoup plus inspiré (les conditions n'ont clairement pas aidé).

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Quant à Forest Whitaker, sa coupe est différente de la première bande-annonce où il est tout bonnement chauve. Des plans des trailers ne sont pas dans le film non plus, surement issus ou pas des premiers rushs (il semblerait que des plans ont été fait uniquement pour les trailers, comme celui où Felicity Jones se retourne dans un couloir). Toutefois, il se peut que contrairement à Suicide Squad (David Ayer, 2016), les reshoots de Rogue One furent bénéfiques au film. Le film n'est pas vraiment lié à La revanche des sith (George Lucas, 2005) puisqu'il se situe vingt ans après. En revanche, il fait directement la jonction avec La Guerre des étoiles (Lucas, 1977). Il n'y a d'ailleurs aucun problème pour enchaîner les deux films et pour cause, les événements de La Guerre des étoiles sont les conséquences de ceux de Rogue One. (attention spoilers) Le film d'Edwards peut paraître un brin prévisible, à cause de son concept de base. Il met en scène les membres de l'Alliance Rebelle qui ont trouvé et envoyé les plans de l'Etoile Noire, ceux que donnent Leia (Carrie Fisher) à R2D2 dans Star Wars. A moins de n'avoir vu aucun film de la franchise (ce qui est tout à fait possible bien entendu), les fans seront en terrain connu. 

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Toutefois, Edwards parvient à faire un film entraînant et au suspense permanent alors même que la suite est connue. Une qualité indéniable faisant de Rogue One une permanente course contre la montre entre l'Empire et l'Alliance Rebelle. D'un côté, l'Empire fait des essais de l'Etoile Noire qui est visiblement en retard dans sa construction. De l'autre, l'Alliance Rebelle est segmentée avec les modérés symbolisés par Mon Mothma (Genevieve O'Reilly remplace Caroline Blakiston) et Bail Organa (Jimmy Smits reprend le rôle qu'il tenait dans la prélogie) ; et les extrémistes menés par Saw Gerrera (Whitaker). En soi, l'Empire profite de ces problèmes pour installer son pouvoir. L'espoir de l'Alliance tient dans une bande de rebelles envoyés au casse-pipe, tous des nouveaux personnages au passage. La fille du concepteur de l'Etoile Noire (Jones), un franc-tireur trouble (Diego Luna), un pilote transportant un message précieux (Riz Ahmed), un aveugle qui croit en la force (Donnie Yen rend un bel hommage au sabreur Zatoïchi), son acolyte armé (Jiang Wen) et un robot sarcastique (Alan Tudyk). On ne peut pas faire plus varié et chacun s'avère assez intéressant pour les suivre sans problème, alors que le spectateur ne les connaissait pas jusqu'à présent dans la franchise.

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Les jedis ne sont évoqués que par des allusions. Par le directeur Orson Krennic (Ben Mendelsohn), on apprend que l'Empire croit vraiment que tous les jedis sont morts, y compris Obi Wan Kenobi et Yoda. Organa évoque qu'il pourrait donner sa vie pour un jedi. On peut penser qu'il parle de Yoda avec qui il fut plusieurs fois associé dans la prélogie (1999-2005), mais il parle probablement plus d'Obi Wan puisque sa fille lui enverra un SOS. La force n'est là qu'à travers des gens qui croient encore en ce qu'elle représente, avant de redevenir un symbole qui rassemble tout le monde par la réplique "May the force be with us". Pour le reste du film, le space-opera n'est vraiment qu'un cadre pour exploiter un autre genre : le film de guerre. L'Alliance n'est pas toute blanche et engendre un bon paquet de morts sur son passage, à l'image de ce passage froid où le franc-tireur dézingue un homme pour ne pas se faire repérer. Dans les dernières minutes, Dark Vador montre qu'il est toujours un des plus grands méchants du cinéma, engendrant un véritable carnage à faire peur. C'est surtout la dernière partie du film qui donne lieu à un véritable film de guerre, avec mise en place de l'escouade Rogue One et le combat qui s'en suit au sol et dans les airs.

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Des séquences spectaculaires et aussi bien réalisés que dans The Force Awakens (JJ Abrams, 2015). Dans son aspect pessimiste, Rogue One réjouit en prenant des risques par rapport à ce qu'on peut dire de ce type de blockbusters en général. Même si l'issue est évidente, les différents personnages tombent comme des mouches y compris le robot K2SO. Edwards montre des personnages prêts à se sacrifier pour un idéal ("Sauve la Rebellion, sauve le rêve."). Chaque personnage fort meurt en ayant fait son devoir, parfois plus brutalement que d'autres (certains se font littéralement explosé). Assez radical pour un film PG-13 et ce malgré que l'univers Star Wars a toujours été porté par une certaine noirceur. Si le côté aventure est encore là, la guerre est omniprésente du métrage et l'odeur de la mort aussi. Au rayon des effets-spéciaux, un élément a particulièrement titillé l'intérêt des spectateurs : le retour de Moff Tarkin et de Leia sous une forme numérique. Pour Leia, l'effet a du mal à passer, d'autant qu'il n'y avait pas forcément besoin de la montrer face caméra, le voile et la voix suffisaient. En revanche, le rendu de Tarkin retrouvant les traits de Peter Cushing fonctionne sur quasiment tous les plans le concernant. Après, cela reste des effets réalisés pour de petites séquences. (fin des spoilers)

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Gareth Edwards fait du premier véritable spin-off de Star Wars un intéressant film de guerre où l'espoir berce ses soldats dans la bataille.