Comme chaque année, il y a un temps pour tout mais également pour le bilan de l'année cinématographique. Certains médias citent des séries dans leur top cinéma, on va éviter ce type de disgressions et citer des films. Qu'ils passent au cinéma ou pas. Vus en salles ou chez soi. Comme chaque année, rendons hommage aux personnalités perdues cette année. Pensées pour Miguel Ferrer, John Hurt, Bill Paxton, Chuck Berry, Victor Lanoux, Chris Cornell, Roger '007' Moore, Adam 'Batman' West, Martin Landau, Claude Rich, Chester Bennington, John Heard, Jeanne Moreau, Mireille Darc, Sam Shepard, Jerry Lewis, Frank Vincent, Harry Dean Stanton, Tom Petty, Jean Rochefort, Gisèle Casadesus, Danielle Darrieux, John Hillerman, Malcolm Young, Jean d'Ormesson, Johnny Hallyday et pour ceux que j'ai oublié ici. Passons dorénavant aux films mauvais, moyens, oubliables ou décevants de l'année. Votre cher Borat a réussi à éviter les boules puantes, donc vous ne retrouverez pas de Gangsterdam (Romain Levy), d'A bras ouvert (Philippe de Chauveron), Les nouvelles aventures de Cendrillon (Lionel Steketee), Si j'étais un homme (Audrey Dana) ou Bad Buzz (Stéphane Kazandjian). Votre interlocuteur voit assez de mauvais films par an pour éviter de voir certaines choses, qui plus est avec son argent. Nous allons toutefois commencer avec un film tourné en France.

Le Secret de la chambre noire : Photo Constance Rousseau, Tahar Rahim

Kiyoshi Kurosawa est un réalisateur singulier, dont le rythme un brin lent de ses films ne plaît pas à tout le monde. Toutefois, il arrive en général à dévoiler un propos intéressant, souvent du côté du thriller ou de l'horreur. Ce fut le cas de Kaïro (2001), mais pas du Secret de la chambre noire (2016). Tahar Rahim semble y croire un peu, Olivier Gourmet est tellement inaudible en photographe ivre que les sous-titres n'étaient pas de refus et Constance Rousseau semblait réciter son texte à la syllabe prêt, au point que cela en devenait gênant. Gênant comme ce twist que le personnage principal semble être le seul à ne pas le voir. Pendant ce temps, le spectateur attendra vainement qu'il se passe quelque chose avant que Tahar Rahim ne le découvre 1h10 plus tard. C'est long 1h10... Passons maintenant à Mother ! , le nouveau film polémique de Darren Aronofsky. Le film a beaucoup divisé à Venise, mais également chez les spectateurs entre fanbase assidue et détracteurs fans ou non du réalisateur. Votre cher Borat se pose plutôt dans la seconde option. Les films d'Aronofsky ont toujours titillé son intérêt (y compris ses projets comme le remake de Robocop), mais là ça ne passe pas. A force de patauger dans le nawak et de s'y complaire, le réalisateur finit par n'avoir rien à dire et semble avoir mis diverses choses dans un mixeur en espérant que cela passera. 

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Ainsi, on passe d'un film absurde un brin lourdingue à un réquisitoire biblique, avec un peu de maltraitance faites aux femmes (séquence tellement gratuite qu'on en vient à se demander si le réalisateur va bien) et de guerre civile. A force de nager dans tout et n'importe quoi, Aronofsky finit par n'avoir rien à dire et brasse de l'air avec pas grand chose. D'autant plus que certains thèmes comme l'extrémisme religieux ont été bien mieux traité dans son précédent film (Noé, 2014). Death Note (Adam Wingard) aurait pu être intéressant s'il n'avait pas été écrit avec les pieds. Personnages tous plus débiles les uns des autres, incapables de faire une action censée ou sans faire une connerie plus grosse que l'autre. Acteurs qui sont tellement en roue libre que cela en devient gênant. Au point que Willem Dafoe se retrouve bien seul, assez convaincant en dieu de la mort malgré un temps de présence particulièrement réduit. Puis l'adaptation est assez catastrophique dans le genre. Même Ghost in the shell (Rupert Sanders) bien que n'étant pas équivalent au film de Mamoru Oshii (1995) ou même le manga de Masamune Shirow (1989-91) a le mérite d'être plus que correct, malgré quelques fautes de goût. A l'image de certains effets-spéciaux qui piquent les yeux et d'un twist sentant plus l'opportunisme que la réelle prise de risque.

Ghost In The Shell : Affiche

Sans compter la reprise de certaines scènes du film quasiment à l'identique. Terra Formars (Takeshi Miike, 2016) est probablement mon gros nanar de l'année. Là aussi adapté d'un manga (Sasuga, Tachibana, 2011-), le cru de Miike est un divertissement totalement décomplexé qui ne laisse aucune excentricité de côté. Que ce soit les héros transformés en insectes ou des tueries délirantes et fracassantes. Sans compter un méchant semblant sortir d'un cartoon et ressemblant beaucoup au personnage de Gary Oldman dans Le Cinquième élément (Luc Besson, 1997). Au moins un film amusant et une curiosité savoureuse à regarder dans une salle en pleine extase communicative. Le film aux six Oscars n'a pas convaincu votre interlocuteur. La la land (Damien Chazelle, 2016) est finalement un musical tout ce qu'il y a de plus banal et un brin tape à l'oeil. Votre interlocuteur n'a eu aucun affect pour les personnages, ni pour l'histoire elle-même qui reprend des éléments vus ailleurs et en mieux traîtés (dans Chantons sous la pluie notamment). On a connu son duo d'acteurs plus inspiré par le passé. Les chansons ne marquent pas, au contraire par exemple de celles de Coco (Lee Unkrich) qui sont un vrai vecteur d'émotions. Ici pas grand chose ne ressort. Reste une séquence hilarante où Ryan Gosling désespère de jouer Take on me (A-ha, 1985) en mode Modern Talking. Mais pas sûr que c'était l'effet voulu. 

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Au moins, on aura bien rigoler aux Oscars (qu'il est vilain...). Vus à Gérardmer, Rupture (Steven Shainberg, 2016) et Orgueil et préjugés et zombies (Burr Steers, 2016) étaient sympathiques, mais pas non plus de quoi se relever la nuit. Le premier pâtit d'effets-spéciaux lamentables, quand le second n'a de zombies que le décor (sinon c'est une énième adaptation du roman de Jane Austen). Après un épisode particulièrement morbide, la franchise Fast and Furious (2001-) est repartie dans ses travers. CGI omniprésents alors que les réalisateurs avaient fait un effort sur les trois derniers opus pour un peu plus de naturel. Twist de pacotille de plus. Mais surtout des personnages qui deviennent des super-héros, alors que ce sont à la base de simples mecs lambda qui modifient des voitures. Si on arrive encore à s'en amuser avec The Fate of the furious (F Gary Gray), pas sûr que cela continue longtemps par la suite. Ce ne sera pas le cas de King Arthur : Legend of the sword (Guy Ritchie) qui restera le premier et unique volet d'une franchise déjà morte. Si le film tente des choses, il accumule tellement de fautes de goût que cela en devient gênant. Reste une bande-originale phénoménale signée Daniel Pemberton. 

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Baboulinet bouclier anti-missile ! 

Premier gros film de Netflix cette année, War Machine est une vraie déception surtout au regard du réalisateur. Oubliez les excellents Animal Kingdom (2010) et The Rover (2015), David Michôd signe un véhicule vain pour Brad Pitt, seul acteur semblant y croire sous un cabotinage pas toujours plaisant. Quant au propos, il n'a pas grand chose à dire de plus qu'un Jarhead (Sam Mendes, 2005). En moins bien. Michael Bay a réussi à étonner votre blogueur préféré avec son cinquième volet de la franchise Transformers (2007-). Si The Last Knight reste quand même bien moyen et accumule les casseroles (des incohérences, de la beauferie en masse), il se révèle un minimum divertissant et un peu plus écrit que ses aînés pour tenir la route. Spider-man Homecoming (Jon Watts) s'est révélé bien décevant bien que votre cher Borat n'en attendait absolument rien. La faute à un film qui n'a pas grand chose à dire, regarde un peu trop ses aînés, manque cruellement d'enjeux et on recherche encore l'intérêt de Tony Stark (Robert Downey Jr) et de son garde du corps (Jon Favreau) dans l'intrigue. Même les plutôt bons Tom Holland et Michael Keaton (un méchant de qualité au passage) ne peuvent sauver Homecoming de l'ennui et de l'oubli qu'il engendre quelques heures après son visionnage. 

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La Tour Sombre (Nikolaj Ancel) n'est pas un mauvais film, mais on pouvait s'attendre à mieux. On pense surtout qu'il aurait mieux valu passer par la case série directement, plutôt que de partir dans un projet trop gros qui finit par se casser la figure. En tous cas, on a vu bien pire en terme d'adaptations d'oeuvres de Stephen King (et il y en a des catastrophes...). Atomic Blonde (David Leitch) s'oublie bien vite aussi. Enième film d'action post-John Wick, on sent une envie de styliser l'action mais le scénariste Kurt Johnstad se tracasse la tête pour rendre compliqué un film qui ne l'est pas. On préférera toujours plus le charme d'un film d'action des 80's plutôt que celui de leurs homologues voulant à tout prix leur ressembler sans le charme. Captain Underpants (David Soren) a peut-être une belle animation, mais ne convainc jamais. La faute à des références qui parleront plus à des adolescents et à des adultes qu'à des enfants, alors qu'ils ne sont pas du tout le public cible. Sans compter que le film n'a rien de passionnant et s'enfonce régulièrement dans l'humour pipi-caca. Detroit (Kathryn Bigelow) n'est pas un mauvais film, mais une déception quand même. Bigelow ne sait pas vraiment quoi faire des faits qu'elle raconte, alternant sans cesse entre docu-fiction et fiction basée sur des faits. Sans compter un final qui s'éternise un peu trop sur un personnage.

Capitaine Superslip : Photo

La réalisatrice pensait retrouver le punch de Strange days (1995), elle a finalement juste fait mieux que Zero Dark Thirty (2012). Quant à Happy Birthdead (Christopher B Landon), il ne fait que du neo-slasher en mode réchauffé et en bien trop sage. Sans compter la morale autour de l'héroïne qui devient de plus en plus agaçante au fil du film. Votre cher Borat a également fait quelques séances de rattrapages ces derniers jours, ce qui n'a pas toujours été propice à de bonnes découvertes. Love Hunters (Ben Young, 2016) s'avère intéressant, mais un brin survendu et beaucoup trop long. Resserrer le film sur la seule vie dans la maison aurait été un peu plus immersif. Les intentions des personnages ne sont pas non plus toujours très claires. Life (Daniel Espinosa) ne s'embête pas à cacher qu'il est un rip-off quasi-complet d'Alien (Ridley Scott, 1979) : la bande-annonce donnait déjà le ton. Mêmes étapes narratives, mêmes manières de faire de l'extraterrestre une menace progressive, mêmes types de personnages fonctionnels (les membres d'une station spatiale avec leurs différents status). Heureusement que le final est un peu différent ! Pas que Life soit réellement mauvais, mais il n'a aucune identité et s'oublie très rapidement.

Life - Origine Inconnue : Photo Jake Gyllenhaal

Un peu meilleur qu'Happy Birthdead car un peu plus amusant, The Babysitter (McG) n'en reste pas moins très convenu et semble un peu avoir inventé l'eau chaude alors que pas du tout. Après, c'est probablement le film le plus correct que votre interlocuteur a vu de McG, réalisateur des Charlie's angels (2000-2003) et de Terminator Renaissance (2009). Power Rangers (Dean Israelite) s'impose comme une belle casserole. Pas que votre interlocuteur se faisait des illusions sur le contenu, mais là on est plutôt bien servi. Une origin story superhéroïque durant près d'1h30 qui coche toutes les étapes (héros faillibles, univers à instaurer, groupe à former, la découverte des pouvoirs...), avant de passer à l'épisode classique des Power Rangers avec bastons courtes et dézinguages avec megazords. Tellement calibré que le film en est inintéressant et visuellement ce n'est pas ça non plus. Si The Lego Batman Movie (Chris Mckay) s'est avéré intéressant, ce n'est pas trop le cas de The Lego Ninjago Movie. La faute à un scénario ramassé qui n'a pas grand chose à dévoiler. L'animation ne peut pas tout sauver. 120 battements par minute (Robin Campillo) est un film intéressant, mais comme certains films évoqués plus haut a parfois du mal à savoir où se mettre. 

LEGO Ninjago : Le Film : Photo

La caméra portée et les séances d'assemblées ont tendance à évoquer le documentaire, alors que l'on est dans une fiction se basant sur des activités existantes. Sans compter que le film blablate pas mal, avant de devenir réellement intéressant dans sa dernière partie plus sensible. Free fire (Ben Wheatley, 2016) et Message from the king (Fabrice du Welz, 2016) sont des films d'action sympathiques, mais il en faut un peu plus pour retenir autre chose que des films du samedi soir. Battle of the sexes (Dayton, Faris) a eu une publicité plutôt mensongère, capitalisant sur le duo Emma Stone / Steve Carell alors qu'il prend surtout le point de vue de Stone, laissant clairement de côté le ténor de la série The Office. Sans compter le traitement du tennis ou plutôt de l'événement en question qui est assez pauvre. Sur le même type de sujet, on préférera Borg McEnroe (Janus Metz Pedersen), là aussi un duel entre tennismen mais bien plus captivant et mieux filmé. Il est maintenant temps de s'attaquer au Top 10 de votre cher Borat sur son année cinématographique 2017. Prêt ?

  • 10- The hunt for wilderpeople (Taika Waititi, 2016)

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Vu que les distributeurs et éditeurs ne se pressent pas et plutôt que de citer le sympathique Thor Ragnarok (2017), citons l'avant-dernière réussite de Taika Waititi. Inédit en France peut-être, mais visible sur le net et puisque le film est très bon, il serait bien bête de ne pas citer Hunt for the wilderpeople dans ce top 10. Waititi signe un film d'aventure savoureux et tendre, où le réalisateur évoque comme souvent la famille dans un aspect un brin dysfonctionnel. Ici, un homme et le gamin placé chez lui depuis peu. Les deux personnages doivent faire face au deuil de la matriarche dans un contexte de voyage passionnant en terres néo-zélandaises (certains diront du milieu). L'occasion pour Sam Neill de jouer un rôle rude mais terriblement touchant face à un jeune Julian Dennison plein de panache. Le réalisateur s'offre même une course-poursuite frappadingue comme climax, comme un test avant le blockbuster asgardien.  

  • 9- Star Wars : The Last Jedi (Rian Johnson)

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

Après le premier opus d'une nouvelle trilogie très / trop introductif (JJ Abrams, 2015) et un spin-off guerrier (Gareth Edwards, 2016), Star Wars est revenu avec un épisode VIII qui ne plaît pas à tout le monde. Si le film a des défauts indéniables (on pense à un passage précis dans l'Espace), le film réussit à instaurer de nouvelles idées afin de renouveler l'univers. Luke Skywalker (Mark Hamill) fait son retour avec un portrait moins élogieux, celui d'un vieil homme qui s'est un peu perdu en chemin. De l'autre, on a la nouvelle génération qui s'affronte avec l'éternel dilemme de la Force et du Côté Obscur. Un épisode qui sème le trouble, faisant basculer les personnages dans leurs pires retranchements et qui osent certaines choses. Il rappelle que le pouvoir de la Force ne vient pas forcément des gênes d'une même famille, que des gens lambdas peuvent l'utiliser. Puis en terme de spectacle, Rian Johnson offre dans l'ensemble de très jolies scènes, à l'image d'une séquence dans une chambre rouge. Rian Johnson a réussi à signer un opus pivot et on espère que JJ Abrams reprendra la patate chaude avec autant de dextérité.

  • 8- Shin Godzilla (Anno, Higushi, 2016)

Godzilla 2016 (2)

Encore un bel exemple de film qui n'a pas eu de sortie française, même s'il a été diffusé au PIFFF ce mois-ci. A force d'attendre, le spectateur finit par voir ailleurs. Godzilla n'était plus réapparu au Japon depuis 2004 et il était temps qu'il revienne au bercail. Si Legendary continue à croire en son Monster Universe (au moins deux films prévus à l'avenir, dont un affrontement entre le lézard et le roi des singes), le reboot US de Gareth Edwards (2014) avait laissé un goût amer. En cause, un Godzilla qui disparaissait et réapparaissait à volonté, avant d'enfin se dévoiler pleinement. Pour son reboot japonais, Godzilla est là et dézingue tout sur son passage. Hideaki Anno et Shinji Higuchi ont signé un véritable film catastrophe, n'ayant pas peur de multiplier les dialogues pour poser un contexte politique fort. Sans compter que cette fois, quand Godzilla apparaît, il n'est pas coupé sans cesse dans son élan par des flashs informatifs ou des coupes au montage. Ce qui rend les scènes avec Godzilla d'autant plus spectaculaires et effrayantes, n'étant pas sans rappeler le film d'Ishiro Honda (1954). D'autant que les effets-spéciaux sont à la hauteur du projet. Une réussite monstrueuse. 

 

  • 7- Les Gardiens de la galaxie vol 2 (James Gunn)

Les Gardiens de la Galaxie 2 : Photo Zoe Saldana

On reproche assez à Marvel de ne pas avoir de direction artistique, alors quand quelques uns de leurs films sortent du lot, on en profite. Les Gardiens de la galaxie (Gunn, 2014) avait permis à Marvel d'offrir enfin un film beau à voir et surtout un space-opera de qualité qui permettait d'attendre sagement le retour d'une saga lointaine très lointaine. Avec ce second volume, le réalisateur offre une séquelle plus fun, mais également plus intime. Le fait de recentrer le film sur une intrigue personnelle permet à ses personnages d'évoluer et d'aborder leurs liens familiaux. Peter (Chris Pratt), son père (Kurt Russell dans un des personnages les plus mémorables du Marvel Cinematic Universe) et son père de substitution Yondu (Michael Rooker) ; Gamora (Zoé Saldana) avec sa demi-soeur Nébula (Karen Gillan) ; et le groupe lui-même. Même les chansons ont un impact plus fort, car les choix sont plus raccords aux thèmes du film. Puis il y a Howard the duck pour une apparition désopilante et rien que cela, ça n'a pas de prix. 

  • 6- The girl with all the gifts (Colm McCarthy, 2016)

The Last Girl – Celle qui a tous les dons : Photo Sennia Nanua

Si le bon Grave (Julia Ducournau, 2016) a marqué les esprits à Gérardmer cette année, il y avait pourtant mieux. On peut citer The autopsy of Jane Doe (André Ovredal, 2016), mais surtout The girl with all the gifts. Alors que le cinéma de zombies à tendance à tomber dans la parodie ou à raconter un peu toujours la même chose, The girl with all the gifts permet un certain vent frais dans la production actuelle. Il cite Le jour des morts-vivants (George A Romero, 1985) avec ses zombies plus intelligents, tout en modifiant la mythologie même du zombie à travers des êtres hybrides. Finalement, l'être le plus sensible est une enfant mi-humaine, mi-zombie (l'excellente Sennia Nanua) face à des humains pas toujours très fiables sur leurs intentions. A cela se rajoute un casting excellent allant de Paddy Considine à Glenn Close. L'autre réussite est visuelle puisqu'avec un budget qui n'a rien à voir avec une production hollywoodienne, The girl with all the gifts a le mérite de dévoiler une direction artistique folle qui n'est pas sans rappeler le jeu-vidéo The last of us (2013). Une réussite peut-être moins remarquée que 28 jours plus tard (Danny Boyle, 2002) à son époque, mais bien plus intéressante.

  • 5- Jim and Andy : The Great Beyond (Chris Smith)

Jim et Andy : Photo

Personne ne s'attendait à voir Jim Carrey, un acteur en général très discret sur sa vie privée, se livrer autant dans un documentaire. Le plus inhabituel est qu'initialement Jim and Andy est un documentaire sur le tournage de Man on the moon (Milos Forman, 1999), ce qu'il est bien évidemment mais pas que. Jim Carrey y évoque le tournage d'un film où il s'est donné à fond, peut-être trop au point de perdre pied à la fin du tournage et de ne plus savoir qui il est. Puis le film mute petit à petit vers l'évocation de son parcours, ce comique venu du Canada qui a galéré pendant plus de dix ans avant d'exploser durant l'année 1994. Un homme traumatisé par le fait que son père n'a pas pu devenir un artiste et ayant tout fait pour ne pas finir comme lui. Quitte à devenir les rôles qu'il incarne et de laisser une part de lui-même de côté. Vous ne verrez probablement pas mieux que Jim and Andy ces derniers temps en tant que portrait d'un artiste et la relation qu'il entretient avec son art. 

  • 4- Blade Runner 2049 (Denis Villeneuve)

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Alors que Ridley Scott continue à saboter son propre univers (chose que votre interlocuteur pensait bien avant la sortie d'Alien Covenant qu'il n'a toujours pas envie de voir), revoici Blade Runner à travers la suite qu'il produit. Un défi risqué au vue de ce qu'est devenu le film de Ridley Scott depuis 1982 : un film sans cesse réévalué et vénéré comme un saint graal de la science-fiction. Alors passer après dans une époque faites de revival de films sortis durant les 80's faisait un peu peur. Denis Villeneuve signe une séquelle qui a son propre style (le film est peut-être plus froid encore que son aîné) et surtout ses propres thématiques. Il interroge sur l'intelligence artificielle à travers des réplicants plus émotifs et des objets plus troubles encore. Deckard (Harrison Ford) n'est finalement qu'une bribe dans un récit fascinant où Ryan Gosling et Ana de Armas explosent complètement dans des rôles complexes. Le film s'impose également comme une réussite graphique incroyable, en faisant un des plus beaux blockbusters des 2010's. De par son exigence dans son propos et dans son visuel, Blade Runner 2049 s'impose comme une excellente séquelle.

  • 3- Tunnel (Kim Seong-Hoon, 2016)

Tunnel : Photo

Le genre catastrophe est globalement dominé par le cinéma hollywoodien, s'enfonçant toujours dans la destruction massive et un héroïsme exacerbé, alimenté par des stars bien mises en valeur. Par exemple, San Andreas (Brad Peyton, 2015) avec The Rock secouriste, pilote d'avion, pilote d'hélicoptère, pilote de bateau... Dieu quoi. Le réalisateur d'Hard Day ne va pas dans cette direction et signe un, si ce n'est le meilleur film catastrophe du moment. Le film met l'accent sur l'humain, l'expérience tragique d'un gars lambda qui se retrouve dans une situation affreuse. Un film à hauteur d'homme en quelques sortes et qui ne joue jamais sur le spectaculaire à la Daylight (Rob Cohen, 1996). De l'autre côté, Seong-Hoon dézingue les pouvoirs en place (alors que le gouvernement de son pays allait s'effondrer) de par leur cynisme et leur manque d'humanité. Le film est magnifiquement porté par Ha Jeong Woo, acteur essentiel du cinéma sud-coréen actuel. Sa performance vaut à elle seule le déplacement. A cela rajouter la toujours excellente Doona Bae.

  • 2- Trainspotting 2 (Danny Boyle)

T2

La suite de Trainspotting n'a pas plu à tout le monde, y compris aux fans du film de Danny Boyle (1996). Beaucoup lui ont reproché une trop grande nostalgie. Pour votre interlocuteur c'est plutôt son moteur. Le film interroge la nostalgie, quitte à effectuer un retour en arrière. Boyle revisite sa mise en scène, revenant à ce qu'il a fait autrefois tout comme à des techniques qu'il exécute désormais dans son cinéma. Certaines scènes répondent à celles de l'original, à l'image de la poursuite entre Mark Renton (Ewan McGregor) et Begbie (Robert Carlyle) renvoyant à celle qui ouvre le film de 96. Boyle a fait la paix avec McGregor, comme Renton essaye de se faire pardonner auprès de ses vieux amis. Il interroge même le spectateur au cours d'une séquence de boîte de nuit, en montrant des jeunes comme les joyeux Renton et Sick Boy (Jonny Lee Miller) en train de chanter Radio Gaga (Queen, 1984) comme si c'était le dernier tube du moment. La nostalgie est partout qu'elle soit vecteur de rédemption ou de regard actuel sur quelque chose d'antérieure. C'est là tout le côté tragique et beau de Trainspotting 2. Puis votre cher Borat ne remerciera jamais assez Danny Boyle pour lui avoir fait découvrir le groupe Wolf Alice. 

  • 1- Logan (James Mangold)

Logan

Le genre super-héroïque est décrié depuis quelques années à cause de son omniprésence. Que ce soit les films Marvel, DC, Fox, Sony ou autres. Pourtant les films intéressants continuent à sortir. C'est le cas de Logan qui s'impose comme un sacré coup de grâce. Pas seulement à cause de sa classification Restricted qui lui permet d'être encore plus radical que les précédentes saillies du glouton (Hugh Jackman), mais surtout car il permet une fin de cycle impressionnante de noirceur, de violence et de démythification. Mangold montre un héros qui n'est plus que l'ombre de lui-même, gangrené par un mal qui le ronge. Idem pour le Professeur Xavier (Patrick Stewart) devenu un danger public à lui tout seul. C'est aussi la révélation Dafne Keen, jeune actrice réussissant à être parfaitement crédible dans un rôle sauvage et triste. On attendait davantage de bouleversements d'X Men Apocalypse (Bryan Singer, 2016), c'est finalement Logan qui a offert le film du renouvellement, amenant la franchise à aller dans d'autres directions et à se permettre des prises de risques de ce type. 

Sur ce, passez un bon réveillon chers lecteurs et je vous souhaite la bonne année en citant mes différents coups de coeur de l'année. A l'année prochaine ! 

  • Nocturnal animals (Tom Ford, 2016)
  • A monster calls (JA Bayona, 2016)
  • Billy Lynn's Long Halftime Walk (Ang Lee, 2016)
  • The Lego Batman Movie (Chris McKay)
  • A cure for wellness (Gore Verbinski)
  • Loving (Jeff Nichols, 2016)
  • Split (M Night Shyamalan, 2016)
  • Grave (Julie Ducourneau, 2016)
  • The lost city of Z (James Gray)
  • The edge of seventeen (Kelly Fremon Craig, 2016)
  • Après la tempête (Hirokazu Kore Eda, 2016)
  • Get out (Jordan Peele)
  • Voyage of time (Terrence Malick, 2016)
  • Wonder Woman (Patty Jenkins)
  • Okja (Bong Joon Ho)
  • Baby Driver (Edgar Wright)
  • Dunkerque (Christopher Nolan)
  • Cars 3 (Brian Fee)
  • War for the Planet of the apes (Matt Reeves)
  • American made (Doug Liman)
  • Ça Chapitre 1 (Andrés Muschietti)
  • Gerald's game (Mike Flanagan)
  • Kingsman The Golden Circle (Matthew Vaughn)
  • Zombillenium (Arthur de Pins, Alexis Ducord)
  • 1922 (Zak Hilditch)
  • Borg / McEnroe (Janus Metz Pedersen)
  • Santa et cie (Alain Chabat)
  • Colossal (Nacho Vigalondo)
  • On l'appelle Jeeg Robot (Gabriele Mainetti, 2015)
  • Mary (Marc Webb)
  • The Hitman's bodyguard (Patrick Hughes)
  • Au revoir là haut (Albert Dupontel)
  • The autopsy of Jane Doe (André Ovredal, 2016)