BONNE ANNÉE ! 

Cinq jeunes découvrent une base extraterrestre et doivent s'entraîner pour combattre celle qui a décimé les Power Rangers...

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Affiche réalisée par Artlover67.

Sentaï signifie "escadron de combat" en japonais. C'est aussi un genre à part entière de la pop-culture japonaise apparu vers la fin des 60's. Des séries télévisées globalement, avec une équipe de personnes aux costumes colorés et affrontant diverses créatures. Une fois battus, les ennemis deviennent plus grands et les héros l'affrontent dans un robot géant. En France, nous connaissons quelques sentaïs (souvent avec le mot "super" devant) au moins de nom comme Kamen rider (1971-). Le plus connu est Bioman (1984-85) largement popularisé par le Club Dorothée. Mais le phénomène prend une autre ampleur avec Haim Saban. Ce dernier rachète la série Kyoryu Sentai Zyuranger (1992-93) dans le but d'utiliser les scènes de combat, de les doubler et faire retourner le reste avec des acteurs américains. Vous avez certainement reconnu les Power Rangers. Encore aujourd'hui, la série continue avec le même fond de commerce (Saban rachète des séries japonaises régulièrement) et les jouets se vendent encore chaque année. Pas fou non plus et prêt à exploiter le filon jusqu'au bout, Saban avait déjà tenté l'expérience du cinéma en 1995 (avec succès) et en 1997 (un bide). 

Power Rangers : Photo Becky G, Dacre Montgomery, Ludi Lin, Naomi Scott, RJ Cyler

Deux immondices avec des CGI dégueulasses même pour l'époque et même pas capable de divertir un minimum pour en faire des nanars. Des productions qui sentaient tellement la radinerie que les effets-spéciaux des sentaïs japonais sont plus agréables à regarder. Alors quand le camarade Saban décide de relancer un peu la machine, il n'y a rien d'étonnant. Un petit reboot au cinéma c'est l'occasion de chercher l'appui d'Hollywood. Lionsgate espérait un petit young adult movie de plus après le fiasco de la franchise Divergente (la fin sera un téléfilm, si elle arrive un jour). Finalement, Power Rangers (Dean Israelite, 2017) fut un beau pétard mouillé au box-office (142 millions de dollars de recettes pour 100 de budget) et Saban se contentera encore un peu de la télévision, à moins d'aller chercher des investisseurs chinois (c'est tendance en ce moment). Fait amusant, en juin dernier le réalisateur s'est plaint du classement PG-13 qui serait responsable selon lui du flop commercial de son film. Ce dernier précisait alors qu'"un enfant de 7 ans pouvait avoir peur, mais d'une bonne manière" (*). Il aurait ainsi préféré que le film soit classé PG

Power Rangers : Photo Becky G, Elizabeth Banks

Que le réalisateur pense que son film peut être montrer à des enfants c'est une chose, qu'il pense que le flop de son film vient de la classification fait en revanche beaucoup rire. Depuis au moins le Batman de Tim Burton (1989), les films de super-héros sont en général classés PG-13. Ce n'est pas une sanction visiblement pour eux, puisqu'ils rameutent les foules. La trilogie The Dark Knight (Christopher Nolan, 2005-2012) en est la preuve avec plus de 2 milliards de dollars de recettes, alors que ce sont des films qui parlent de terrorisme. Donc l'excuse du classement qui empêche les enfants de moins de 13 ans accompagnés tient difficilement. L'autre point amusant est que selon lui le film n'est pas trop intense pour les enfants, en gros "il est violent mais ça passe". Power Rangers commence avec des morts, plusieurs personnes sont tués au cours du film, un personnage fort manque de mourir, les héros se retrouvent dans un accident qui manque de les tuer... Mais sinon le film n'est pas intense pour des enfants. En voulant défendre son film, Israelite a exposé une défense qui peine à convaincre. Si son film n'a pas attiré, c'est peut-être parce qu'il est très mauvais et qu'il reboote une franchise qui honnêtement n'attire plus grand monde.

Power Rangers : Photo Bryan Cranston

Power Rangers s'impose comme un film de super-héros de plus, n'ayant pas grand chose à dire au point d'en devenir aussi obsolète que superficiel. L'origin story qui sert de moteur au film dure une bonne heure et demie. Les origines de l'univers, les personnages comme Alpha et Zordon (Bill Hader et Bryan Cranston), les cinq héros qui ne se connaissent pas et deviennent amis, leur découverte de la base qui rappelle Chronicle (Josh Trank, 2012). Le nerd afro-américain harcelé (RJ Cyler). Le quaterback qui veut que son père lui donne plus d'attention, alors il fait des conneries (Dacre Montgomery). La jolie fille qui a fait une belle vacherie à une de ses camarades et culpabilise (Naomi Scott). Le jeune asiatique qui aide sa mère au lieu d'aller en cours (Ludi Lin). La jeune latino qui débarque dans un coin paumé (Becky G). La méchante qui veut anéantir l'Amériq... le monde (Elizabeth Banks). Tout est mécanique, au point de regarder le film d'un oeil désintéressé. Certes, le cinéma continue de produire des origin stories pour ses super-héros, mais en général le personnage utilisé véhicule un intérêt qui permet de passer outre ces clichés de base.

Power Rangers : Photo Becky G, Dacre Montgomery, Ludi Lin, Naomi Scott, RJ Cyler

C'est le cas de Spider-man (Sam Raimi, 2002), où les spécificités et éléments cruciaux du personnage sont présentés afin que le réalisateur puisse aborder un héros qui a des responsibilités vis à vis d'autrui. Ici, Israelite couche chaque cliché dans le cahier des charges du genre, y compris lors de sa dernière partie qui n'est ni plus, ni moins que l'équivalent d'un épisode classique de la série avec des CGI plus chères. Même sur ce passage phare, le réalisateur ne fait que dévoiler un combat pauvre en intérêt, ne parvenant même pas à être du niveau d'un Pacific Rim (Guillermo del Toro, 2013). La méchante est tellement grotesque et ridicule que l'on comprend à peine son but (à part dézinguer des gens parce qu'elle ne les aime pas) et ce n'est pas mieux dans les intentions de Zordon (même les Power Rangers ont peine à le croire). Quant aux Rangers eux-mêmes, on sent que le Ranger Noir et le Ranger Jaune ne représentent pas beaucoup d'intérêts pour le réalisateur au point de ne mettre en valeur que les trois autres. Alpha est probablement un des personnages les plus laids réalisés en CGI ces dernières années. On aurait presque préféré retrouver un mec en costume comme dans la série télévisée. Enfin, le film coche également la case fan-service avec une allusion dans une scène post-générique évoquant une suite qui ne verra probablement jamais le jour. Quand ça veut pas...

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Alpha dans la série télévisée et dans le film. 

Pas grand chose dans le moteur de ce reboot qui colle tellement aux basques du genre super-héroïque qu'il en est inintéressant. 


* Voir http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18665201.html