Ces dernières semaines nous avons perdus deux monstres sacrés de la chanson française. Deux artistes que tout le monde connaît, même inconsciemment par la fameuse bande FM qui diffusent leurs titres au moins une fois par jour. Qui plus est deux chanteurs réunis par une même personne, un autre chanteur nommé Michel Berger. Réunir Johnny Hallyday et France Gall dans une même cuvée n'a rien d'anodin. Tous les deux ont même chanté la même chanson : Diego libre dans sa tête (1981), texte dur sur la repression des dictatures en Amérique du sud qui deviendra peut-être plus porteur sur la voix de Johnny Hallyday. Cette nouvelle excursion dans la Cave de Borat sera donc un hommage à ces deux artistes que je connais depuis que je suis enfant. On dit parfois que la musique est une question d'époque, que les goûts changent avec le temps. Pourtant, ces deux là ont bien prouvé que leurs chansons avec leurs propres rythmiques et nos joies sont des indémodables. Commençons avec celui que l'on considère comme le "King  Français", le dieu des stades français aussi. Une bête de scène par excellence, capable de remplir des stades et de diverses folies (la fameuse main géante, le délire Mad Max, l'entrée en hélicoptère, l'arrivée emportée par la foule). 

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Même de faire un duo fumeux avec le Ministère A.M.E.R. (pour les plus jeunes, le groupe de rap formé par Passi, Stomy Bugsy ou Doc Gynéco) ou de faire un hymne à l'Equipe de France de football parmi les plus jubilatoires de tous les temps. Je n'aime pas toutes les périodes de sa carrière, celle que je connais le mieux (soit les vingt-trois années de mon existence) n'étant d'ailleurs pas souvent très intéressantes (Ma religion dans son regard par Kyo olalala). En revanche, ce ne sont pas les tubes en puissance qui manque. Que ce soit pour allumer le feu ou crier toute la musique qu'il aime, Johnny était une vraie rock star qui voulait qu'on lui donne l'envie, l'envie d'avoir envie. Michel Berger l'avait bien compris en lui signant un album entier (1985) où il pouvait faire exploser sa rock'n roll attitude. Lutter pour toutes sortes de causes et ne jamais rester chez soi avec ses certitudes. Il lui a offert un magnifique plaidoyer avec Le chanteur abandonné, ce qui ne lui est jamais arrivé quand on y pense. Si je ne dois retenir qu'un seul titre de Johnny, ce serait Quelque chose de Tennessee, magnifique déclaration d'amour au dramaturge à l'origine d'Un tramway nommé désir (1947). Un registre plus dramatique qui sied parfaitement à l'idole des jeunes. Un cri du coeur diront certains.

En tant qu'acteur, je dois avouer n'avoir pas été trop coutumier des films de Johnny. Reste quelques expériences vues ici et là. Une apparition borgne dans le piteux Les rivières pourpres 2 (Olivier Dahan, 2004). Une autre animée par Zep dans son adaptation de Titeuf (2011). Jean-Philippe (Laurent Tuel, 2006) et son délire qui ne fonctionne pas sur la longueur. Vengeance (Johnnie To, 2009) où il s'en sortait plutôt bien en tueur perdant progressivement la mémoire. Puis bien évidemment l'impayable Terminus (Pierre William Glenn, 1987), Mad Max franco-allemand alignant les bizarreries en tous genres jusqu'à faire de Johnny un conducteur de camion manchot (c'est même son nom) et parlant à une sorte de copie de Krang des Tortues Ninja. Puis accessoirement, Johnny avait servi de marionnette historique aux Guignols de l'info (1988-2015) au même titre que PPD. Comme pour le montrer un peu bébête en concert ou en enregistrement. Ou bien avec son ex-épouse Adeline Blondieau qu'il ne parvenait pas à faire passer par la porte. Mais surtout avec les mythiques boîtes à coucou et la réplique "Ah que coucou !" (voir https://www.dailymotion.com/video/x3xzocm). Ce qui nous amène improbablement à France Gall.

Terminus

On ne se remet pas facilement de Terminus, Johnny non plus visiblement.

Là aussi une sacrée bête de scène qui s'est un peu ignorée pendant un temps (les 80's aideront). Une voix claire qui n'atteindra son potentiel artistique qu'en s'éloignant des textes bon-enfant et des coquineries du beau Serge. Avec Michel Berger, elle formait un couple complémentaire, chacun inspirant l'autre. Un peu plus de deux décennies où la chanteuse va accumuler les tubes en puissance, dont un semble prédominer. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant qu'elle l'a choisi pour le titre de la comédie-musicale en hommage aux chansons écrites par son défunt mari. Résiste. Un hymne universel pour ceux qui veulent exister et chercher le bonheur partout. Un titre fort, des paroles qui n'ont pas vieilli et une mélodie qui reste en mémoire rapidement. France Gall c'était ça. Des titres dont le refrain revient quasi-instantanément en tête dans un élan pop souvent très présent. Il n'y a qu'à prendre pour exemple Ella, elle l'a (1987), bel hommage à la chanteuse Ella Fitzgerald dont le ton entraînant n'est plus à prouver, à l'image de l'artiste particulièrement déchaînée dans le clip de Bernard Schmitt. Idem pour Babacar (1987), plus rock'n rollesque et qui cogne dans la tête dès les premières secondes du titre jusqu'à atteindre un rythme effréné.

Des tubes dynamiques qui côtoyaient également des titres mélancoliques tout aussi mémorables. C'est bien sûr le cas d'Evidemment (1987) écrit en réaction à la mort de Daniel Balavoine. Une chanson magnifique où le "mais pas comme avant" chanté par France Gall évoque quelque chose de brisé, qui restera comme une blessure béante. Dans le même lot, on citera Cézanne peint (1984) où l'instrumentalisation donne un ton maussade peut-être plus radical que sur Evidemment. Il est bon de souligner que France Gall fut la première interprète de Cristal dans Starmania lors de la première version en 1979. France part rejoindre Michel et sa petite Pauline dans le paradis blanc. Quant à Johnny, il paraît qu'il fait en ce moment un petit boeuf avec Elvis Presley et Chuck Berry. A la prochaine.