En 2049, l'agent K découvre un élément qui pourrait changer beaucoup de choses dans le monde des Hommes et des Répliquants...

Blade Runner 2049 : Affiche

Cela faisait plusieurs années que Ridley Scott cherchait à revenir à Blade Runner (1982). L'adaptation du roman des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques électriques a peut-être été un flop commercial aux USA, mais il a acquis un certain statut culte dès sa sortie vidéo. Si le projet s'avère nébuleux durant les 2000's, il l'est bien moins dans la décennie suivante. Dans le sillon du retour de la franchise Alien (1979-), Scott annonce la mise en chantier d'un Blade Runner 2. Il finit par laisser sa place de réalisateur, s'impliquant toutefois dans la production et le scénario. Le candidat pour le remplacer n'en reste pas moins prestigieux. Déjà bien établi au Canada avec des films comme Incendies (2010), Denis Villeneuve s'est fait une place considérable à Hollywood par des projets intéressants et sortant du lot. Celui qui s'apprête à toucher à un défi aussi grand (adapter Dune de Frank Herbert) s'attaque à un mastodonte du cinéma, mais a déjà fait ses preuve dans la science-fiction. Arrival (2016) fut un des plus beaux chocs émotionnels de ces dernières années, l'occasion pour le réalisateur de confronter le spectateur à de la science-fiction pas si éloignée de la réalité. Le voir sur un projet aussi fort que Blade Runner 2049 (2017) n'en devient que plus logique.

Blade Runner 2049 : Photo Ana de Armas, Ryan Gosling

Dès ses premières minutes, on comprend que Villeneuve ne va pas jouer à rendre son film plus dynamique que Blade Runner. Scott avait fait un film de science-fiction contemplatif, à peine plus dynamique dans ses phases d'action. C'est la même chose dans sa suite et ce malgré sa durée de 2h44. L'ambiance est contemplative, jouant souvent sur les sensations que peut éprouver le spectateur à travers les décors ou des scènes clés. Blade Runner 2049 prend son temps pour dévoiler son intrigue comme pour dézinguer la mise en place rapide de pas mal de blockbusters (ce qu'est cette séquelle à 150 millions de dollars de budget) et ce malgré quelques prévisibilités. (attention spoilers) Il faut peu de temps pour comprendre que les ossements retrouvés par l'agent K (Ryan Gosling) sont ceux de Rachel (Sean Young) partie avec Deckard (Harrison Ford) à la fin du premier film. Comme il ne faut pas longtemps au spectateur pour comprendre que Deckard et Rachel ont eu un enfant et qu'il est finalement l'enjeu du film. Reste à savoir de qui il s'agit. C'est là où Villeneuve se veut assez amusant et titille le spectateur en le plongeant dans une idée qui va le tenir en haleine durant un moment, avant de le surprendre en dernière instance.

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Comme pour dire que rien n'est dit et que le spectateur a encore des choses à découvrir. De la même manière, l'intrigue paraît classique au premier abord (comme son aîné), mais ses thématiques sont riches et complémentaires à celles de l'original. Contrairement à Deckard dont le mystère autour de ses origines est toujours un brin flou, K est rapidement identifié comme un réplicant et par la même manière comme un Blade Runner. C'est un personnage qui est en quête de lui-même, au point de croire en quelque chose qui n'est pas vrai. Comme Rachel autrefois, K apparaît comme une coquille vide dans laquelle on a incorporé des souvenirs trop envahissants. Villeneuve contrebalance l'idée du premier opus de confronter un policier face à un antagoniste plus humain que lui en faisant cette fois l'inverse. K semble très humain, voire autant qu'un homme (son comportement avec Joi montre un homme épris d'une femme ou d'un fantasme spécifique), là où la réplicante Luv est une machine à tuer qui ne laisse quasiment rien transparaître. Sylvia Hoeks fait d'ailleurs merveilleusement peur et fait partie des belles découvertes offertes par Blade Runner 2049

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Puis on a aussi l'intelligence artificielle Joi (Ana de Armas) qui se rajoute à la fête. Imaginez que Samantha la Siri bis de Her (Spike Jonze, 2013) prenne une forme holographique et vous aurez une certaine image de Joi. Villeneuve va même plus loin que Jonze en reprenant le principe du modèle qui fusionne avec l'hologramme afin que K puisse avoir une relation charnelle avec Joi. Dit comme cela, on pourrait presque crier au plagiat. Pourtant Villeneuve parvient à reprendre le concept en le rendant encore plus étrange et sensuel. Le spectateur comme K assistent à la transformation de Mackenzie Davis en Ana de Armas dans un rendu aussi troublant que crédible. Un charme hypnotique qui se perpétue par la performance folle d'Ana de Armas, parvenant à incarner un fantasme terriblement réaliste et sinistre. La scène où K se retrouve devant un hologramme grandeur nature de Joi en encore plus sexy est aussi brutale que triste. Le personnage comprend que son amour est un fantasme formaté selon ses propres goûts (comme quoi, même un réplicant peut avoir des sentiments amoureux spécifiques), que rien n'est réel sauf sa propre idée de l'amour. Un point de vue fataliste qui renforce la quête identitaire terrible d'un être artificiel. Soit un point de vue pas si éloigné d'AI (Steven Spielberg, 2001) et son robot voulant à tout prix retrouver sa "maman".

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On a beaucoup vanté la prestation de Ryan Gosling dans La la land (Damien Chazelle, 2016) l'an dernier, mais ici il est bien plus intéressant. Totalement juste en réplicant aux émotions explosives, il trouve certainement un de ses rôles les plus émouvants. Mais qu'en est-il de Deckard dans cette affaire ? Comme l'avait suggéré Ridley Scott durant la production du film, il arrive très tard dans le film, un peu comme Mark Hamill dans The Force Awakens (JJ Abrams, 2015) avec toutefois une pleine présence dans le dernier acte. Harrison Ford reprend son personnage avec saveur, en nettement plus bourru cette fois. On peut regretter que Villeneuve n'aborde pas plus la rebellion qui se profile vers la fin du film, tout comme il survole complètement le personnage de Neander Wallace, d'autant que Jared Leto peine à convaincre. (fin des spoilers) Pour ce qui est de la réalisation et du visuel, Villeneuve et le directeur de la photographie Roger Deakins signent un des blockbusters les plus beaux des 2010's. Ils réussissent à retranscrire l'univers déjà existant, sans le singer et en lui permettant d'autres tours de force. Il y a ainsi plus de scènes de vol, une pollution plus forte et les écrans sont moins présents pour laisser place à des hologrammes de toutes beautés. On peut regretter l'éviction du compositeur fétiche de Villeneuve Johann Johannsson au profit d'Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch à la dernière minute. Au final, on se retrouve avec la bande-originale de Vangelis en moins bien.

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Blade Runner 2049 ne semble pas avoir trouvé son public dans les salles comme son aîné à son époque. Gageons que comme ce dernier il finisse par devenir aussi mythique en tant que séquelle réussie.