jigsaw

Genre : horreur, gore, thriller (interdit aux moins de 16 ans) 
Année : 2017
Durée : 1h32

Synopsis : Après une série de meurtres qui ressemblent étrangement à ceux de Jigsaw, le tueur au puzzle, la police se lance à la poursuite d'un homme mort depuis plus de dix ans. Un nouveau jeu vient de commencer... John Kramer est-il revenu d'entre les morts pour rappeler au monde qu'il faut sans cesse célébrer la vie, ou bien s'agit-il d'un piège tendu par un assassin qui poursuit d'autres ambitions ? 

La critique d'Alice In Oliver :

On s'en doutait, on le pressentait, on le renâclait même sur le bout des narines. Si Saw 3D : Chapitre Final (Kevin Greutert, 2010) devait sonner la dernière absoute d'une saga en sept épisodes (une heptalogie...), les producteurs cupides et mercantiles n'ont jamais caché que la franchise renaîtrait, un jour ou l'autre, de ses cendres. A maintes reprises, les amateurs de la franchise les ont exhortés. Saw devait tirer sa révérence... Mais la requête n'a pas été ouïe par les intéressés...
Depuis les débuts frénétiques de la saga, via un premier opus en apothéose et signé par les soins de James Wan en 2004, les essais suivants se contenteront de marcher dans le sillage et le continuum de ce chapitre instigateur. Qu'ils se nomment Darren Lynn Bousman (Saw 2, Saw 3 et Saw 4), David Hackl (Saw 5), ou encore Kevin Greutert (Saw 6 et Saw 3D : chapitre final), tous ces réalisateurs d'infortune tenteront de mimer le thriller et le huis clos horrifique de James Wan.

Une hérésie. A défaut de réitérer l'uppercut asséné par Saw premier du nom, les épisodes subalternes se fourvoieront dans des fariboles à coup de successeur ou de digne héritier à l'oeuvre morbide et méphitique du Tueur au Puzzle, alias Jigsaw. Une chimère. Toujours la même ritournelle... La franchise érubescente se transmutera alors en une sorte de Luna Park de l'horreur, le sociopathe étant suffisamment sagace et habile pour poser une myriade de pièges et d'instruments tortueux sous le nez et la barbe de la police et même du FBI. Surtout, prière de ne pas s'esclaffer !
A vrai dire, on n'y croyait plus. Pas la firme Lions Gate qui décide de relancer benoîtement les animosités via un huitième chapitre. Rassurez-vous, cette fois, point de chiffrage improbable, les producteurs voulant éviter un hypothétique Saw 8

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Que soit. De prime abord, cette huitième aventure doit s'intituler Saw : Legacy pour être, in fine, rebaptisé Jigsaw. Contre toute attente, James Wan accepte de participer au tournage du film, mais seulement en tant que producteur délégué. En l'occurrence, ce sont Michael et Peter Spierig qui sont chargés de diligenter les opérations et surtout la réalisation de ce huitième chapitre, finalement sorti en 2017. Ces deux metteurs en scène australiens ont débuté leur carrière cinématographique à l'orée des années 2000, avec le bien nommé Undead (2003). 
Viennent également s'agréger Daybreakers (2010) et Prédestination (2014). A fortiori, les deux frangins se distinguent des tâcherons habituels qui ont dévoyé la saga vers un insondable précipice. Michael et Peter Spierig possèdent un certain raffinement de par leur érudition et leur acuité derrière une mise en scène affûtée. 

Avec ces deux-là, la franchise doit retrouver sa nonchalance et sa jubilation de jadis. Hélas, Jigsaw se soldera par un bide commercial, non seulement au box-office américain, mais aussi en France (ameutant péniblement les 500 000 spectateurs dans l'hexagone). La saga ne passionne plus les foules depuis des temps immémoriaux... Enfin, immémoriaux... J'exagère beaucoup... Puisque le dernier épisode (donc Saw 3D : chapitre Final, au cas où vous n'auriez pas suivi...) date de 2010. Mais depuis, les thuriféraires du cinéma horrifique se sont laissé appâter par la saga Conjuring et sa pléthore de succédanés. Le torture porn est désormais suranné. 
Jigsaw a visiblement souffert de cette apathie généralisée, d'autant plus que ce huitième épisode tente de réitérer les fulgurances du premier volet en s'acoquinant avec le huis clos et le thriller.

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La distribution du film se compose de Matt Pasmore, Callum Keith Rennie, Clé Bennett, Hannah Emily Anderson, Mandela Van Peebles, Laura Vandervoort, Paul Braunstein et Tobin Bell. Attention, SPOILERS ! Après une série de meurtres qui ressemblent étrangement à ceux de Jigsaw, le tueur au puzzle, la police se lance à la poursuite d'un homme mort depuis plus de dix ans. Un nouveau jeu vient de commencer... John Kramer est-il revenu d'entre les morts pour rappeler au monde qu'il faut sans cesse célébrer la vie, ou bien s'agit-il d'un piège tendu par un assassin qui poursuit d'autres ambitions ? Autant l'annoncer de suite. Jigsaw n'était pas spécialement attendu avec un grand engouement ou même une certaine impatience. La faute incombe aux six précédents chapitres qui se sont largement chargés d'exhumer la saga au plus profond de sa sépulcre.

Il aurait donc fallu un miracle pour ressusciter cette effervescence de naguère. En outre, Jigsaw ne commet point de prodige. Toutefois, à défaut de renouer avec cette tonitruance d'antan, Michael et Peter Spierig tentent d'insuffler une certaine componction à ce huitième chapitre. Les adulateurs de gore et de tripailles risquent d'être sérieusement désappointés par les directions spinescentes de ce huitième volet. Jigsaw est probablement l'épisode le plus policé de la franchise à cause ou grâce (vous choisirez) à cette volonté farouche de s'accointer avec une enquête policière. 
John Kamer étant décédé depuis belle lurette, qui peut se tapir derrière le masque ébouriffé de Jigsaw ? Telle est la genèse de ce huitième méfait. Mais pas seulement. Michael et Peter Spierig ont de réelles velléités derrière la mise en scène.

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Indubitablement, Jigsaw se démarque de ses tristes devanciers. Les différents protagonistes éprouvés par les jeux machiavéliques du Tueur au Puzzle sont beaucoup plus travaillés qu'à l'accoutumée. Certes, les deux cinéastes ne s'appesantissent pas vraiment sur leur psyché, mais derechef, l'intérêt se polarise sur le climax et sur une enquête parcimonieuse. Hélas, Jigsaw peine réellement à convaincre sur la durée, la faute à un schéma rébarbatif qui vise, avant tout, à désigner l'héritier de Jigsaw. Franchement, on s'y attendait. En résulte un long-métrage hybride et protéiforme qui tergiverse sans cesse entre l'hommage appuyé au premier volet et cette volonté inébranlable de se distinguer, voire même de se renouveler. Mais la cure de jouvence se révèle, au mieux, chimérique. 
A aucun moment, Michael et Peter Spierig ne parviennent à transcender leur récit. A l'aune de ce Jigsaw, on se demande même pourquoi Lions Gate n'a pas songé à transmuer cette franchise avide et fastidieuse en série télévisée... Bref, ce huitième opus écope d'une mention passable. Le film n'est ni spécialement honteux, ni forcément médiocre par ailleurs. Il se dégage alors comme une curieuse impression d'archaïsme, d'innocuité et de frivolité. Impression qui rendrait ce Jigsaw presque sympathique... mais aussitôt oublié...