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Genre : science-fiction 
Année : 2018
Durée : 1h42

Synopsis : Après un accident avec un accélérateur à particules, une station spatiale américaine découvre que la Terre a disparu. Les résidents de la station vont alors être confrontés à l'étrange présence d'une autre station spatiale tout près de leur position. 

La critique :

Comme un mauvais présage... A vrai dire, on le pressentait, on le renâclait même à plein nez... Après un second chapitre, intitulé 10 Cloverfield Lane (Dan Trachtenberg, 2016), la créature gargantuesque et dévastatrice devait se transmuter en une saga cupide et mercantile, via un inévitable troisième épisode, soit The Cloverfield Paradox, réalisé par les soins de Julius Onah en 2018. Petite piqûre de rappel. En 2008, sous les précieuses instigations de J.J. Abrams, le futur démiurge de Star Wars - Chapitre 7 : Le Réveil de la Force (2015), Matt Reeves se lance dans un projet ambitieux et pharaonique, sobrement intitulé Cloverfield. A l'origine, ce premier opus est un curieux maelström entre le found footage et le kaiju eiga, s'inspirant à la fois de Le Projet Blair Witch (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, 1999) et de Godzilla (Ishiro Honda, 1954).

A travers les pérégrinations d'une bande de bambocheurs dans un New York tuméfié et anéanti par d'étranges créatures, Matt Reeves réinvente le film de monstre. Pour le cinéaste et J.J. Abrams, la menace surgit du vide et d'un néant béant et indicible. A la base, cette idée ingénieuse provient justement d'ultras sons enregistrés dans l'Océan Pacifique dans les années 1990 et dont l'origine reste toujours énigmatique. Malicieux, les deux comparses réalisent plusieurs trailers élusifs. 
Toutes ces bandes annonces mystérieuses concourent à ériger la notoriété de Cloverfield sur les réseaux sociaux. A défaut d'estourbir durablement les persistances rétiniennes, Cloverfield premier du nom possède de solides arguties dans sa besace. Toutefois, sur le fond, Matt Reeves et J.J. Abrams n'ont rien inventé et se contentent d'ânonner la recette éculée des vieux films de science-fiction des années 1950, un peu à la manière de Jack Arnold avec Tarantula ! (1955).

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Impression corroborée par la sortie de 10 Cloverfield Lane huit ans plus tard. Cette fois-ci, point de found footage ni de cité anéantie par une sorte de pachyderme provenant de nulle part. Sur la forme, 10 Cloverfield Lane s'apparente à un épisode de la série télévisée La Quatrième Dimension (en outre, L'Abri, saison 3, épisode 37). Dubitatif, le spectateur avalait tout de même l'habile subterfuge. Néanmoins, on pouvait légitimement se demander ce qu'allait nous narrer The Cloverfield Paradox. Pour l'anecdote, le long-métrage n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles de cinéma. A l'instar de nombreuses séries B impécunieuses, le film a été diffusé sur la chaîne Netflix.
Le projet échoit finalement entre les mains de Julius Onah. Le cinéaste n'est pas totalement inconnu au bataillon puisqu'on lui doit des films tels que Porcelain § Diamonds (2009), Big Man (2012) ou encore The Girl is in trouble (2015).

Quant à J.J. Abrams, le metteur en scène cérémonieux officie en tant que producteur de ce troisième chapitre. Lors d'une interview, J.J. Abrams annonce péremptoirement que The Cloverfield Paradox ne partagera presque aucune accointance avec ses deux illustres devanciers. Contrairement aux précédents épisodes, The Cloverfield Paradox ne bénéficie d'aucune promotion marketing, comme si J.J. Abrams avait conscience lui-même de l'inanité et de la vacuité d'une telle pellicule.
De surcroît, le métrage essuie un véritable camouflet lors de sa première diffusion. Les critiques circonspectes et sarcastiques agonisent le film d'injures. The Cloverfield Paradox s'apparenterait donc à une immense arnaque, profitant de la réputation et surtout du buzz orchestré par le premier volet. Reste à savoir si The Cloverfield Paradox mérite de telles acrimonies. 

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Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Daniel Brühl, Elizabeth Debicki, Aksel Hennie, Gugu Mbatha-Raw, Chris O'Dowd, John Ortiz et David Oyelowo. A noter aussi la participation vocale de Simon Pegg dans le rôle d'un homme à la radio... Attention, SPOILERS ! (1) 2028. La Terre souffre en raison d'une crise d'énergie majeure. Tous les regards et espoirs sont tournés vers une mission à bord d'une station spatiale internationale nommée Cloverfield. À son bord, l'accélérateur de particules Shepard est testé. 
Après une tentative de lancement de la machine, une surcharge se produit. Suite à cet incident, les scientifiques de la mission découvrent que la Terre a disparu. D'autres événements étranges vont alors se produire au sein de la station, mettant en danger l'ensemble de l'équipage (1).

Bien que diffusé sur Netflix, The Cloverfield Paradox n'est pas cette production désargentée que ce film laisse inaugurer. Visiblement, la chaîne s'est emparée du phénomène Cloverfield pour un budget avoisinant tout de même les 45 millions de dollars, une somme plutôt conséquente pour une série B... Corrélativement, un quatrième chapitre est d'ores et déjà annoncé... pour le meilleur mais surtout pour le pire. On crie au supplice... Car autant l'annoncer de suite. 
A ce jour, The Cloverfield Paradox est l'épisode le plus faible et aussi le plus médiocre de la franchise ; à tel point que l'on finirait presque par regretter les atermoiements et la superficialité de 10 Cloverfield Lane. Certes, sur la forme, The Cloverfield Paradox est censé expliquer la genèse de la créature cyclopéenne et protéiforme. 

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Pourtant, factuellement, le film ne raconte rien, si ce n'est un paradoxe temporel qui entraîne un aéropage d'astronautes dans une autre dimension parallèle. Dans ce multivers, la Terre a disparu du système solaire. Hébété, un des membres de l'équipage parle "d'une déchirure dans la membrane spatio-temporelle". En outre, l'écorchure concerne davantage le scénario, pour le moins fuligineux et amphigourique. Dès lors, The Cloverfield Paradox se transmue en un huis clos spatial, un peu à la manière d'un Gravity (Alfonso Cuaron, 2013), la sagacité et l'érudition en moins. 
Pour ceux qui s'attendent à voir poindre ou surgir des créatures voraces, merci de quitter gentiment leur siège et de retourner dans leurs pénates. The Cloverfield Paradox s'apparente à un film de science-fiction intellectuel qui psalmodie ses interminables logorrhées afin de mieux farder sa bêtise abyssale. Voilà une diatribe qui résume parfaitement cet objet filmique non identifié. Certes, Julius Onah tente bien d'obliquer vers des thématiques spinescentes, comme le voyage dans le temps, les paradoxes temporels, les accélérateurs de particules capables de défier l'espace et le temps, ou encore la théorie quantique qui modifierait notre perception de la réalité. 
Mais rien n'y fait... The Cloverfield Paradox brille avant tout par sa nonchalance, son oisiveté et sa fastidiosité. Cette fois-ci, plus de doute. La saga Cloverfield est définitivement inhumée et vient de prononcer sa dernière absoute, confinant au "naveton" avarié.