Après la mort de son père, T'challa s'apprête à devenir le Black Panther, roi du Wakanda. Mais une menace venu de l'intérieur pourrait changer le visage du pays...

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S'il y avait bien un ou deux éléments qui ressortaient de Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016), c'était bien Black Panther incarné par Chadwick Boseman. L'acteur était plutôt bon dans le rôle et son background suffisamment intéressant pour vouloir aller plus loin avec lui (son père était tué dans un attentat, ce qui amenait le personnage à lutter aux côtés des divers Avengers). Environ deux ans plus tard, le voilà propulsé à la tête de son propre film. Aux commandes, un énième réalisateur issu du circuit indépendant américain et passant petit à petit à des productions plus grosses des studios. Après le vraiment bon Creed (2015), Ryan Coogler s'attaque à un personnage fort car il est un super-héros africain. A l'heure où Marvel patine à amener ses personnages de couleurs autrement que pour des second-rôles dans son Cinematic Universe (sans compter les rôles féminins mais on y reviendra), Black Panther (2018) ne fait clairement pas de mal.

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Luke Cage avait déjà fait le travail, mais dans des séries Marvel / Netflix. Les super-héros noirs au cinéma ne sont pas nouveaux. Wesley Snipes a incarné le chasseur de vampires Blade dans une trilogie (1998-2004). Michael Jay White était devenu Spawn en 1997 dans le film de Mark Dippé (1997), tout comme Michael B Jordan la Torche Humaine dans Fantastic Four (Josh Trank, 2015). Sans compter le super-héros Hancock joué par Will Smith dans le film éponyme de Peter Berg (2008) et l'impayable Steel (Kenneth Johnson, 1997) avec Shaquille O'Neal. Là où Black Panther va plus loin est que le Blanc en général est rare et que le film se situe globalement en Afrique avec une communauté noire omniprésente. Black Panther avait d'autant plus marqué l'inconscient lors de sa création par Stan Lee et Jack Kirby par l'arrivée peu de temps après du mouvement du même nom. Un aspect politique qui se ressent jusque dans le comic-book puisque T'challa est le souverain de son propre pays. 

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Avec une telle aura, Ryan Coogler n'avait pas intérêt à se rater. Comme la globalité des films de qualité de la Phase 3 du MCU (donc pas Civil War, ni Spider-man Homecoming), Black Panther réussit à se sortir de l'aspect continuité à base de guests qui n'ont rien à faire là et d'allusions à des films précédents donnant l'impression d'assister à une série télévisée. Ici les seuls guests vus autrefois (soit les personnages d'Andy Serkis et de Martin Freeman, aperçus dans Avengers : Age of Ultron et Civil War) servent l'intrigue car ils sont directement concernés par elle. Ce n'est pas comme Faucon (Anthony Mackie) qui débarque en plein Ant Man (Peyton Reed, 2015) pour une séquence qui vous sort totalement du film car elle n'a rien à faire là (et lui non plus). Serkis incarne un des ennemis phares de Black Panther et le fait qu'il soit un voleur de vibranium en fait un criminel recherché par le Wakanda. Le revoir ici pour conclure son axe narratif n'en est que plus logique. Freeman sert de miroir pour le spectateur en découvrant comme lui le Wakanda, sa civilisation et sa technologie. Il n'est pas là pour faire de la figuration. 

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Durant un peu plus de deux heures (le film dure 2h15 mais comme tout le monde le sait, les génériques des films Marvel durent trois plombes), vous restez dans un même univers. Captain America ? On s'en fout ! Tony Stark ? Encore plus ! Le ragnarok ? Jamais entendu parler. Vous restez au Wakanda ou avec le peuple wakandais et c'est probablement la principale qualité du film. Mais bon, c'est bien beau de rester dans un même univers, encore faut-il des fondations solides. Alors que le studio a souvent eu bien du mal à caractériser ses personnages (il a fallu attendre trois films solo pour que Thor se retrouve avec une histoire solide, idem pour Iron Man), ici tout est clair. On vous présente toute une civilisation, ses coutumes (notamment les rites pour devenir roi), sa technologie que l'on peut qualifier d'afro-futuriste et Coogler joue même de l'ironie du statut du Wakanda aux yeux du reste du monde, passant pour un pays du Tiers Monde alors qu'on est bien loin du compte au delà de la façade invisible.

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C'est alors que Coogler choisit de confronter deux hommes aux mentalités différentes. D'un côté, nous avons donc T'challa héritier du trône essayant de faire son deuil, tout en prenant ses fonctions. Son but est de laisser le Wakanda prospérer dans un premier temps. Son point de vue va un peu changer quand il sera confronté à Erik Stevens (Michael B Jordan), autre possible héritier et cousin de T'challa. Au contraire de lui, Erik n'a pas vécu dans une cage dorée et voit le Wakanda comme un pays qui l'a laissé tomber. C'est aussi un pays qui ne s'ouvre pas assez aux autres selon lui. Là où T'challa est dans une optique pacifiste, Erik est davantage un homme de guerre, prêt à sortir les armes du Wakanda pour préparer une guerre éventuelle. Coogler cite bien évidemment Martin Luther King et Malcolm X, figures politiques afro-américaines déjà largement citées dans la saga X Men (2000-) à travers Charles Xavier et Erik Lehnsherr. Black Panther et Killmonger symbolisent exactement la même chose au Wakanda. Il est rare de trouver des méchants charismatiques ou intéressants dans le MCU mais avec Killmonger, Marvel a touché le ponpon.

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Sa démarche est toujours légitime, quand bien même elle est excessive. (attention spoilers) L'ouverture du film peut paraître dans un premier temps accessoire, pourtant elle exprime pleinement le problème à venir en ce qui concerne Erik et la logique de son raisonnement. C'est un enfant qui a grandi dans un mensonge et qui veut se venger de ce qui est arrivé à son père (Sterling K Brown). Le fait que Coogler en fasse un personnage plus violent que T'challa dans ses actes est bénéfique et on est même assez étonné de voir autant de sang couler au cours du film (Black Panther est un PG-13 comme les autres films de l'univers). Cela permet même une scène miroir à la scène du combat rituel, permettant de voir un affrontement qui n'a rien à voir dans les enjeux, ni dans les coups que se portent les adversaires. Au point de penser que la première séquence était un jeu d'enfants. Même les adieux du personnage laisse place au plus beau plan du film et un de ceux qu'on retiendra le plus dans le MCU.

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T'challa a offert une mort digne à son adversaire et en exécute aussi certains préceptes en conséquence (celui d'ouvrir le Wakanda un peu plus au monde). (fin des spoilers) L'autre gros point fort du film est qu'il met largement en avant des personnages féminins. Les personnages féminins forts sont très rares dans le MCU, se contentant souvent de personnages très secondaires ou à la limite de la potiche. Même un personnage comme Black Widow (Scarlett Johansson) est rarement traitée à sa juste valeur. Ici en un film, Coogler réussit à établir au moins quatre rôles féminins forts : la mère et la soeur de T'challa (Angela Bassett et Letitia Wright), l'amie espionne Nakia (Lupita N'yongo) et la chef de la garde nationale (les Dora Milaje, toutes des femmes), Okoye (Danai Gurira). Toutes incarnent des femmes qui prennent des initiatives, sont même des expertes dans ce qu'elles font (Shuri est la scientifique phare du Wakanda) et n'ont pas besoin de Black Panther pour se battre ou exister. En un film, Coogler a clairement réussi là où Marvel galère depuis dix ans et on ne peut que l'en remercier.

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D'autant qu'il bénéficie d'un casting exemplaire. On peut difficilement trouver que le réalisateur de Fruitvale station n'essaye pas des choses dans la mise en scène. La scène du casino en est un bon exemple, même si les coupes du plan-séquence sont assez flagrantes. De la même manière, l'affrontement final entre wakandais est plutôt bien rythmé et permet un moment épique. La direction artistique (que ce soit les costumes ou le travail sur l'univers) est vraiment une des plus approfondies du MCU au même titre que l'univers des Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014-2017). Malheureusement, le réalisateur est floué dans ses ambitions par plein d'effets-spéciaux de piètre qualité, encore plus avec un budget compris entre 150 et 250 millions de dollars. On remarque très souvent les doublures numériques en tous genres et cela se reflète souvent sur des scènes clés comme le final. Au même titre que le premier combat de Black Panther est illisible tant les CGI sont mauvais et l'obscurité accentue cela. Dommage au vue du film en question.

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Un film plus que solide et bénéfique, bien écrit et dévoilant un univers et des personnages intéressants. Non vous ne rêvez pas, on parle bien d'un film de super-héros Marvel.