Mildred est en deuil et veut des réponses. Pour cela, elle remet en cause la police à travers trois panneaux publicitaires. L'occasion de donner un coup de pied dans la fourmilière...

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Depuis janvier, les films nommés aux cérémonies à récompenses fourmillent dans les cinémas français et un film revient régulièrement à l'esprit. Three Billboards outside Ebbing, Missouri (2017), le nouveau film du réalisateur Martin McDonagh que l'on connaît pour Bons baisers de Bruges (2008) et Sept psychopathes (2012). Si le film n'a pas été le grand vainqueur des Oscars (coucou The shape of water), il a tout de même récolté les Oscars des meilleurs actrice et second-rôle masculin pour Frances McDormand et Sam Rockwell. Sans compter les récompenses aux Golden Globes, à Venise ou à Toronto. Three Billboards a donc largement fait parler de lui, titillant ainsi l'intérêt du spectateur (plus de 823 000 entrées en France), et ce n'est pas peu mérité. Three Billboards est un grand film, d'autant plus dans une actualité brûlante où les abus sur les femmes sont révélés à foison. Tout part du viol et du meurtre d'une adolescente. Il se trouve que depuis plus d'un an, le coupable n'a pas été trouvé et sa mère compte bien taper du poing. Frances McDormand marque l'écran dès les premières minutes par son visage dur et déterminé qui annonce sa démarche à suivre.

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Durant 1h56, l'actrice va dézinguer tout sur son passage avec la froideur que cela implique. Un dézingage qui va commencer à base de panneaux et va devenir de plus en plus spectaculaire. L'actrice pourrait être la seule à porter le film que ce ne serait pas démérité. Elle incarne une révolte légitime dans une Amérique qui se veut propre sur elle, alors que si on creuse un peu elle se fissure de plus en plus. La misogynie, la violence, le racisme, l'homophobie, le refoulement et évidemment l'injustice. Mildred (McDormand) incarne cette bombe à retardement, une face oubliée et que certains voudraient faire taire. Comme dit plus haut, McDormand n'est pas la seule à tenir le film. Woody Harrelson trouve encore un rôle fascinant en la personne du shérif malade. La ville voudrait que Mildred et lui soient en conflit, que sa seule nomination sur les panneaux soit un uppercut trop fort pour cet homme sur le départ. Pourtant, c'est peut-être lui qui comprend le mieux Mildred et son combat. Harrelson livre une interprétation poignante qui alimente la longue lignée de grands second-rôles qu'il joue depuis plusieurs années.

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Pour contrebalancer, il fallait bien Sam Rockwell dans un rôle difficile et qui aurait pu vite tomber dans le mauvais goût si l'écriture de McDonagh n'était pas aussi bonne. Il incarne l'électron un peu trop libre de la police locale, celui qui dépasse trop de limites y compris dans un plan-séquence fracassant. Le réalisateur-scénariste lui offre une tournure cocasse en cours de film, permettant de confronter le personnage à sa propre bêtise et à l'amener petit à petit vers une forme de rédemption. L'acteur n'en est pas à son premier rôle à contre-emploi, mais il excelle toujours là-dedans. Dans un casting irréprochable, on peut aussi noter la présence de Samara Weaving (vue dans Ash vs Evil Dead et The Babysitter). L'actrice n'a qu'un petit rôle (celui de la petite-amie très jeune de l'ex-mari de Mildred joué par John Hawkes) et pourtant chacune de ses apparitions est l'occasion d'un fou-rire instantané. Le personnage est toujours en décalage avec les événements difficiles où elle interagit. 

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Au delà du propos brûlant et d'une galerie de personnages savoureuse, l'autre énorme point fort est l'écriture même du film. McDonagh réussit quasiment à chaque fois à provoquer l'hilarité et le malaise dans une même scène. (attention spoilers) Lors d'une scène de flashback (la seule du film car importante), Mildred et sa fille (Kathryn Newton) se disputent. On comprend petit à petit que c'est la dernière fois qu'elles se sont vues et que les répliques au départ amusantes vont vite devenir des poids jusqu'à une dernière réplique malheureuse. Cette scène symbolise à elle seule le changement de ton qui peut s'opérer d'un moment à l'autre dans une même scène. Ces scènes font clairement du bien, car égratigne un politiquement correct qui ronge souvent les studios hollywoodiens. Dans Three Billboards, personne n'est totalement blanc ou totalement noir. Des gens se battent physiquement ou pas, leurs idées ne sont pas toujours les meilleures, ni leurs actions.

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Même Mildred comme exposée plus haut ou même à travers d'autres scènes n'est pas exempte de défauts. McDonagh aurait pu montrer certains personnages comme totalement pourris jusqu'à la moelle. Il choisit plutôt la nuance, quitte à provoquer ou faire réagir le spectateur. Le final est peut-être le seul endroit où le réalisateur pèche un peu. A vouloir faire dans la fin ouverte, il laisse un peu le spectateur en plan, ne parvenant jamais à lui donner une réponse claire à un aspect du film qui aurait mériter une meilleure réflexion, notamment en ce qui concerne la loi du talion. Peut-être pour évoquer ces millions d'affaires de meurtres ou enlèvements qui n'ont pas de coupable ou définitivement sans suite, provoquant ainsi un malaise de plus. Ou tout simplement un traitement de la vengeance qui n'atteint pas les sommets d'un Death Sentence (James Wan, 2007) qui allait au contraire de Three Billboards beaucoup plus loin dans son raisonnement. Une question de traitement tout simplement. (fin des spoilers)

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En dehors d'un final qui laisse un peu trop sur sa fin, Three Billboards est un sacré film poil à gratter, égratignant tout et tout le monde et bénéficiant d'un casting au top.