Il ne manque que quelques pierres de l'infinité à Thanos pour pouvoir utiliser pleinement son gant de l'infini. Reste à savoir quand...

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Que l'on n'aime ou pas les films du Marvel Cinematic Universe, ils restent des sorties événements dans l'année et ce depuis 2008. Evidemment, Avengers : Infinity War (2018) l'est d'autant plus puisqu'il met en scène non plus les seuls Avengers, mais carrément la plupart des super-héros vus dans le MCU. Un ensemble qui regroupe quand même Iron Man (Robert Downey Jr), Captain America (Chris Evans), Black Widow (Scarlett Johansson), Thor (Chris Hemsworth), Hulk (Mark Ruffalo), War Machine (Don Cheadle), Falcon (Anthony Mackie), les six Gardiens de la galaxie (Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Batista, Bradley Cooper, Vin Diesel et Pom Klementieff), Scarlet Witch (Elizabeth Olsen), Vision (Paul Bettany), Black Panther (Chadwick Boseman), Doctor Strange (Benedict Cumberbatch) et Spider man (Tom Holland).

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Sans compter les personnages annexes comme Nick Fury (Samuel L Jackson), Maria Hill (Cobie Smulders), Loki (Tom Hiddleston), Bucky Barnes (Sebastian Stan), Nebula (Karen Gillan), Wong (Benedict Wong), Okoye (Danai Gurira) ou Shuri (Letitia Wright). Un crossover géant que l'on a jamais vu dans les films super-héros, à part peut-être dans Days of future past (Bryan Singer, 2014) qui mettait en scène un très grand nombre de personnages de la franchise X Men (2000-), parfois deux versions d'un même personnage. Un événement en deux fois (les deux films ont été tourné en même temps), le premier film étant en salle depuis trois semaines, le second encore sans titre (visiblement car ce serait un vilain spoiler) pour avril prochain. Ce troisième Avengers a aussi une nette différence, puisque Joss Whedon laisse sa place aux frères Russo, déjà rôdés dans le MCU avec deux Captain America à leur actif (un bon film et une horreur). Qu'en est-il de la bête après 2h36 de métrage ?

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(attention spoilers) La Phase 3 du MCU fut représentée en deux catégories : les films qui peuvent se voir seuls sans problème de compréhension (Doctor StrangeLes Gardiens de la galaxie vol 2 et Black Panther) et des opus plus sériels où il faut suivre un peu plus (Captain America : Civil War, Spider man Homecoming et Thor Ragnarok). Les oeuvres sérielles seront plus à voir avant de regarder cet Infinity War, Ragnarok (Taika Waititi, 2017) surtout puisque le film des Russo y fait directement suite dès sa première séquence. Le risque principal du film était que le grand nombre de personnages comme les différents univers (celui des Avengers, mais aussi de Strange et des Gardiens de la galaxie) se marient mal à l'écran. Heureusement, les Russo ont semble t-il appris de leurs erreurs sur Civil War (2016). Les personnages apparaissent au fur et à mesure que le récit avance et leur implication devient progressive, les trois phases ayant largement balayé le terrain.

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Des personnages continuent à évoluer, à l'image de Gamora (Saldana) dont l'aspect intime prédomine dans ce film ou Thor redevenant pleinement le Dieu du tonnerre dans le cheminement de Ragnarok. Le plus étonnant reste toutefois Scarlet Witch qui montre un peu plus ses pouvoirs, après deux films ne la mettant pas en valeur. Sa relation même un brin spéciale avec Vision permet ainsi au personnage d'évoluer et de ne plus être un vulgaire second-rôle qui montre ses capacités de temps à autre quand ça arrange les scénaristes. En pleine bataille, sa puissance ne peut être que plus utile et c'est pour cela qu'elle est un peu plus mise en avant. Certains sont moins mis en valeur, voire vite dégagés du récit à raison ou pas (Wong ne sert absolument à rien dans le film au point de se demander pourquoi on lui a donné tant d'importance durant la promotion), mais dans l'ensemble cela passe. Sans compter que l'action du film se déroule en grande partie dans deux lieux précis (la planète Titan et le Wakanda), permettant au spectateur de ne pas trop se disperser. 

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Les quêtes sont évidemment liées à Thanos (Josh Brolin), tantôt pour le combattre (la partie avec Thor, Groot et Rocket Racoon), tantôt pour essayer de protéger les gemmes de l'infinité qu'il n'a pas encore en sa possession. Le suspense du film repose sur ça et sur ce point, on peut dire que cela fonctionne un minimum. Bien que le personnage a été dévoilé dès Avengers (Whedon, 2012) le temps d'une micro-apparition, Thanos n'avait montré son influence qu'à partir des Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014). Le réalisateur de Super présentait un personnage puissant que l'on ose difficilement frustrer, tout en dévoilant ses liens avec les Chitauris (les ennemis d'Avengers) et ses filles Gamora et Nebula (Karen Gillan). Infinity War est l'occasion de développer une bonne fois pour toutes le personnage. Il apparaît ainsi comme un titan charismatique, mettant en pièce la plupart de ses adversaires. L'ouverture fait même assez fort en montrant Hulk impuissant face à Thanos et dont cet affrontement donne lieu à un traitement intéressant sur la relation entre Bruce Banner et son double vert.

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Toutefois, les Russo nuancent le traitement en faisant de Thanos un être épris de remords sur un élément spécifique du film. Ce qui rend curieusement le personnage plus atypique et moins sommaire que les trois quarts des méchants du MCU. Joué en performance capture par Brolin, Thanos est plutôt bien fait et interagit bien avec les autres personnages. Il apparaît moins artificiel qu'un Ultron pourtant lui aussi tout ce qu'il y a de plus numérique. Son plan n'est d'ailleurs pas si éloigné de ceux des méchants des Kingsman (Matthew Vaughn, 2015-2017), surtout celui incarné par Sam Jackson. Son principe était de tuer une partie de la population pour faire baisser la surpopulation de la planète, tout en gardant certains chefs d'Etat et personnalités riches sous le coude. Thanos en revanche ne fait aucune distinction entre riches et pauvres : il fait exécuter la moitié de la population d'une planète qu'il attaque. C'est ainsi qu'il a recueilli Gamora autrefois. Une manière comme une autre de passer pour un bienfaiteur comme pour un génocidaire.

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Ses lieutenants laissent en revanche à désirer. Dans un premier temps car on ne les a jamais vu avant, mais surtout car leurs caractérisations sont cruellement catastrophiques. Au final, ils ne servent même pas à grand chose puisque le patron fait quasiment tout le travail. Sans compter leur aspect visuel (lui plus artificiel), l'un d'entre eux ressemblant pour le coup beaucoup (et ce n'est pas un compliment) à Malthazar, le méchant de la trilogie des Minimoys (Luc Besson, 2006-2010). Autre défaut notable : le ton. Si dans l'ensemble, les enjeux sont bien présents jusqu'à une fin en légitime cliffhanger bien trouvé (merci Jim Starlin), l'humour semble souvent de trop au vue des circonstances. Pas que le film aurait dû s'enfermer dans le sérieux le plus total (quoique...), mais ce qui marche par exemple dans les films de Gunn ne l'est pas forcément dans un film des Russo. Un aspect qu'on avait déjà pu voir dans Ragnarok où l'humour était peut-être trop présent là aussi, même si le côté pince-sans-rire allait bien avec l'univers.

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Trop bavard aussi par moments au point d'entraîner de légères longueurs sur une durée déjà grande. Si les batailles réservent leurs moments de bravoure bien sentis (après tout, on est aussi venu pour ça), certains plans sont illisibles et on a parfois du mal à comprendre ce qui se passe dans une bouillie numérique pas très sympa à regarder. Sans compter que les créatures envoyées par Thanos sont à peine visibles en raison de leur rapidité d'exécution, empêchant de les voir correctement. Malgré un récit de tenue correcte, on reste tout de même en terrain connu. Le cliffhanger laisse entrevoir un affrontement plus difficile, porté par moins de héros. Durant le film, les Russo ont fait mourir certains personnages, permettant ainsi une dramaturgie bienvenue. La fin d'Infinity War est honnêtement logique, mais est prévisible dans un certain sens. Quand un studio balance déjà trois titres de films à venir pour sa Phase 4, on a bien du mal à croire que les personnages en question même partis en fumée ne reviendront pas.

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D'autant plus si l'on se fit à ce qui se passe dans la Trilogie de l'infini (Starlin, Pérez, 1991-93) dont le film et sa suite se basent en grande partie. Reste juste le comment. Mais certaines options sont déjà visibles. Tout d'abord, les Russo jouent sur un symbole en gardant les Avengers d'origine intactes, même si Hawkeye (Jeremy Renner) a été dégagé de ce premier film. Puisque l'on sait qu'il était sur le tournage, on se doute que si Renner n'est pas dans Infinity War, il sera dans sa suite. Il avait été dit que Wasp (Evangeline Lilly) et Captain Marvel (Brie Larson) n'apparaîtraient que dans le second film, puisque le studio voulait d'abord les dévoiler dans leurs films respectifs. Pour la seconde, les Russo optent pour un signal alertant un personnage que l'on découvrira sous la direction de Anna Boden et Ryan Fleck l'an prochain en pleines 90's (d'où un biper un peu old school). Le fait que ce soit Fury qui l'alerte n'a rien d'étonnant, puisqu'il sera également du film.

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Dans le sillon du film de Peyton Reed qui sort en juillet, il était donc logique qu'Ant Man n'apparaisse pas non plus dans Infinity War, mais plutôt aux côtés de sa partenaire. Pour en revenir à la Trilogie de l'infini, un autre petit nouveau devrait se rajouter à la lutte contre Thanos en toute logique, même si l'acteur concerné n'a pas été dévoilé pour des raisons qui semblent évidentes. James Gunn avait cité le personnage le temps d'une des nombreuses scènes post-générique des Gardiens de la galaxie vol 2 (2017). Avec les années, on sait que Marvel ne balance jamais ce type d'indices au hasard, faisant des scènes post-générique de ses films l'occasion d'évoquer des films à venir par un détail. Dans le cas présent, il s'agit d'Adam Warlock principal rempart des Avengers contre Thanos dans Le gant de l'infini. S'il ne s'agit que de supposition bien entendu, l'élément de résolution est trop gros pour ne pas le voir venir. Wait and see... (fin des spoilers)

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Malgré des défauts indéniables, ce troisième Avengers a le mérite de délivrer la marchandise et laisse curieux de sa suite.