17 mai. Jour de naissance de votre interlocuteur. Chaque année, je reviens sur mes films de chevet, des films pour lesquels je voue un culte (pas de satanisme je vous rassure), des essentiels de ma cinéphilie. Bien que la gestation est souvent longue (il est arrivé parfois de travailler dessus jusqu'à 4 heures du matin le jour même de la publication), je prends toujours plaisir à faire ce type d'articles, y compris pour mon anniversaire. Cette année, j'ai opté pour quelque chose de différent. Exit l'Amérique, exit l'Europe, place à l'Asie. Des films asiatiques que j'aime, qui ont une place forte dans ma cinéphilie comme des découvertes récentes que je trouve déjà indispensables dans mon coeur de cinéphile. 24 ans, 24 films, soyez prêt ça va déménager.

  • 1- Pokémon le film de Kunihiko Yuyama (1998)

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Je n'ai pas vu ce film depuis un moment (surement depuis que je l'ai chroniqué dans ces colonnes), comme je n'ai pas vu les deux films suivants depuis Mathusalem. Ce n'est honnêtement pas un film indispensable, ni un grand film. En France, nous ne connaissons d'ailleurs que la version américaine signée 4Kids et distribuée par Warner (comme les deux films suivants). Une société qui aimait bien les animés japonais, mais adoraient les censurer en temps voulu. Parmi leurs victimes, les séries Pokémon (1997-), Yu-gi-oh ! (2000-2004) ou Shaman King (2001-2002). Souvent pour des questions de violence, de dialogues et même parfois d'aspects coquins (ce qui n'empêchait pas Pierre dans Pokémon d'aller draguer à droite et à gauche). Mewtwo contre-attaque n'a pas dérogé à la règle, puisqu'il est passé à la moulinette américaine. Si bien que l'américain Michael Haigney est souvent crédité en plus à la réalisation pour la "traduction anglaise" (idem pour les deux films suivants).

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Musique originale délaissée pour une multitude de chansons en anglais. Mewtwo y perd le plus, la violence du film étant globalement gommée, voire dégagée du montage US. Des éléments de compréhension sont dézingués ou modifiés pour aseptiser le film. Alors pourquoi parler d'un tel film ici ? Tout simplement parce qu'il s'agit de mon troisième film vu au cinéma, qui plus est le premier que j'ai été voir deux fois en salles. A l'époque, je regardais la série à la télévision au point d'acheter les VHS et de collectionner les cartes comme de faire les albums Panini. J'ai été voir les trois films au cinéma (en avril et décembre 2000 et en juin 2001) et j'ai attendu que les autres sortent au cinéma (ils sortiront bien des années plus tard en DVD). En quelques sortes, Pokémon le film a fait partie de mon ouverture vers l'animation japonaise et ainsi il mérite pleinement sa place ici.

  • Séquence culte: Le net faisant bien les choses, plutôt que de vous montrer un extrait de la version ricaine, voici les dix premières minutes du montage japonais, dont il ne reste quasiment rien dans l'autre version. Si ce n'est des plans des explorateurs, Mew qui se balade ou des plans du laboratoire. Tout l'aspect sur la jeunesse de Mewtwo, comme les clones humains comme de pokémons a été supprimé, alors qu'il participe à la compréhension du personnage et de son comportement dans la suite du film. Même la démarche du scientifique en chef prend une résonance différence (il veut ranimer sa fille morte à travers un clone).

  • 2- Une balle dans la tête de John Woo (1990)

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Plus connu dans l'Hexagone pour ses films américains (le plus populaire étant Mission Impossible 2, ce qui n'est pas un compliment), John Woo est un des réalisateurs hong-kongais les plus fous de notre temps. Avant son arrivée aux States avec Chasse à l'homme (1993), il avait déjà une sacrée carrière constituée des deux premiers Syndicats du crime (1986-87), de The Killer (1989) ou d'Une balle dans la tête. Initialement, Woo et Tsui Hark (son producteur à l'époque) devaient produire un troisième Syndicat du crime : une préquelle se situant durant la Guerre du Vietnam avec Mark (Chow Yun Fat). Si le film s'est fait avec Tsui Hark en 1989, Woo et lui se sont brouillés copieusement avant de se retrouver ces dernières années. Woo a gardé l'idée du film sur le Vietnam pour réaliser Une balle dans la tête, ce qui peut occasionner certains aspects communs entre les deux films (des hong-kongais partent pour le Vietnam et se retrouvent confrontés directement à la guerre entre deux crimes). 

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A la différence que la tragédie est plus présente chez Woo que chez Hark (dont honnêtement les événements du film n'ont quasiment aucune incidence dans le premier volet) et pour cause, le réalisateur refait à sa manière The Deer Hunter (Michael Cimino, 1979). Ce qui commence comme un pur film d'amitié va finir en tragédie noire où les liens se coupent jusqu'à atteindre le point de non-retour. Woo signe un film explosif (les scènes de guerre sont impressionnantes), violent et triste qui marque durablement le spectateur. Le réalisateur ne fait aucun cadeau à ses héros, la palme étant pour l'excellent Jackie Cheung. On se remet difficilement de ce voyage au bout de l'enfer, peut-être plus que pour le film de Cimino.

  • Séquence culte (spoilers) : Après des péripéties aussi destructrices, Une balle dans la tête ne pouvait se finir que dans le sang et les flammes. Comme très souvent chez le réalisateur, la pyrotechnie impressionne dans cette poursuite qui dégénère entre deux vieux frères. Mais contrairement à d'habitude, il y a un aspect bouleversant qui prédomine. Une vengeance désespérée qui prend des proportions folles et terribles. 

  • 3- Kung fu hustle de Stephen Chow (2004)

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Stephen Chow n'est pas un réalisateur hong-kongais très connu par chez nous, la faute à des films qui atteignent plus facilement les sites de téléchargement que les rayons vidéo depuis quelques années alors que ses derniers films sont de sacrés succès. A l'image de The Mermaid (2016) et ses 553 millions de dollars de recettes (beaucoup de films américains voudraient faire un tel score). En fait, on le connaît dans l'hexagone surtout pour un seul film : le fameux Shaolin Soccer (2001), remonté par les soins d'Harvey Weinstein (l'ami du cinéma, toussa toussa). Le film suivant du réalisateur n'a pas forcément eu la même visibilité, malgré la présence de Sony à la distribution. Si bien que ses films suivants sont passés par la case direct-to-video (CJ7) ou les voies du net (Journey to the west et The Mermaid). Plus jeune, je ne retenais que les scènes de bastons de Kung fu hustle, au point de passer totalement à côté du récit qui me paraissait assez confus. Les années passant, la vision fut plus claire et précise.

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Kung fu hustle est à l'image du style de son réalisateur : cartoonesque et s'autorisant toutes les excentricités possibles. Il faut se faire un petit peu au style d'humour de Chow (voir Shaolin Soccer avant peut aider), mais une fois fait Kung fu hustle se révèle terriblement fun et même un brin violent. Des gens passent à la casserole dès les premières minutes, ce qui contraste avec les gags délirants de Chow, à l'image de sa poursuite délirante avec Yuen Qiu (que vous avez probablement vu le temps de quelques minutes dans L'homme au pistolet d'or) que n'aurait pas renié Tex Avery. Sans compter un final particulièrement spectaculaire où Chow casse littéralement la baraque et fait voler une flopée d'adversaires. Pied de nez ultime du réalisateur : écraser un ballon en disant "c'est fini le foot". Une manière de mettre les choses au clair en disant que Kung fu hustle n'est pas un "Shaolin Soccer bis"

  • Séquence culte : Voilà un bel exemple de combat frappadingue que l'on peut voir dans Kung fu hustle. D'un côté, Yuen Qiu et Yuen Wah. De l'autre, Leung Siu Lung. 

  • 4- Battle Royale de Kinji Fukasaku (2000)

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Feu Kinji Fukasaku a fait de la figure du yakuza son dada, le montrant moins propre qu'il ne l'était autrefois, à l'image de ce que l'on peut voir dans Guerre des gangs à Okinawa (1971). Mais ce qui semble être son film le plus populaire n'a rien à voir avec les gangsters japonais et est ironiquement son dernier film réalisé entièrement (son fils Kenta a fini le dit "dernier dernier film"). Il s'agit bien entendu de Battle Royale, film adapté du roman de Kôshun Takami (1999), lui-même adapté depuis en manga (Taguchi, Takami, 2000-2005). Un film rapidement devenu culte au point que des allusions de plagiat sont rapidement arrivés en ce qui concerne les romans Hunger Games (Suzanne Collins, 2008-2010) et ses adaptations réalisées par Gary Ross et Francis Lawrence (2012-2015). Un schéma pas si différent (des adolescents sont choisis pour s'entretuer en espérant qu'il en reste un à la fin du jeu), mais aux traitements différents.

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Les romans de Collins jouent davantage sur la critique des médias et leur tendance au paraître et les adaptations contiennent la violence à cause du sacro-saint PG-13Battle Royale se révèle beaucoup plus politique et saignant (ici pas de PG-13, c'est open bar). Fukasaku dévoile une société malade où les adultes font s'entretuer leurs enfants car ils ont peur d'eux. Des adultes symbolisés dans le film par des soldats et surtout par Beat Takeshi en professeur. Rien de mieux qu'un acteur charismatique pour lancer les hostilités. Le réalisateur ne fait aucun cadeau à ses personnages qui voient l'occasion de régler leurs comptes ou de tomber dans la violence la plus gratuite. Les embrouilles de lycée prennent des proportions fantastiques dans un contexte pareil. Les plus faibles partiront les premiers, mais les plus fous ne sont peut-être pas ceux que l'on croit. On assiste finalement impuissant à un exutoire où les survivants seront ceux qui pourront se sauver à temps. Ou il est déjà trop tard. 

  • Séquence culte : Un bel exemple de la sauvagerie que peuvent exercer certains adolescents du film. En apparence discrets, ils montrent leur vraie nature au bout d'un moment. Ici pour un garçon (Tatsuya Fujiwara vu depuis dans les adaptations japonaises du manga Death Note) dont les filles sont toutes amoureuses. Un vrai jeu de massacre.

  • 5- Mind Game de Masaaki Yuasa (2004)

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Affiche réalisée par Eegii Bogii.

Masaaki Yuasa a réalisé plus d'épisodes de séries animées (voire des séries complètes) que de films d'animation, mais quand il arrive vous allez vite le sentir passer. Ceux qui ont vu la récente série DevilMan Crybaby (2018) pourront vous le dire, véritable odyssée de sexe, violence et super-héroïsme sur une dizaine d'épisodes aussi frappadingues que tragiques. Son premier long-métrage m'avait préparé à son visionnage, un certain Mind Game produit par le Studio 4°C à l'origine d'Amer Béton (Michael Arias, 2006) ou de Memories (1995). Il appartient à ces films inracontables ou tout du moins aux films dont vous aurez bien du mal à donner une vision claire. Tout simplement parce qu'il n'y en a pas. Tout part d'un personnage qui retrouve son ancienne petite-amie et se fait tuer suite à une altercation entre un yakuza et un mec qui a couché avec sa fiancée. Dès lors, il a une seconde chance, ce qui amène à un délire qui n'a dès lors plus rien de réaliste. 

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Masaaki Yuasa peut alors partir dans toutes les directions possibles, même les plus dingues. Comme vivre dans un bateau, lui-même dans le gosier d'une baleine. Comme montrer une course entre le héros et Dieu transformé en animal. Le réalisateur en viendra même à citer une des premières techniques d'animation le temps d'une scène. Un des personnages féminins se couvre de diverses peintures en bikini avec des ballons gonflés pour sauter sur un tissu, qui une fois coloré sur toutes ses faces est tourné par les héros, formant ainsi un personnage en mouvement ! Mind Game est un film absolument dingue, variant les types d'animation (traditionnelle comme image de synthèse) pour une ôde foutraque que l'on pourrait croire avoir été réalisée sous drogue. Un ofni à voir au moins une fois et plus si affinité.

  • Séquence culte : Parmi les moments les plus dingos du film, il y a bien sûr la course-poursuite entre le héros et les mafieux à qui appartient la voiture qu'il pilote. Une scène totalement impossible en live-action et Masaaki Yuasa compte bien le prouver tout le long de ces quatre minutes délirantes à l'issue pour le moins cocasse.

  • 6- Flashpoint de Wilson Yip (2007)

Flashpoint

Depuis plusieurs années, Wilson Yip s'est imposé comme un des rois du film d'action hong-kongais, souvent avec la présence de l'acteur Donnie Yen. Une collaboration qui continue encore aujourd'hui avec le quatrième film de la saga Ip Man (2008-). Leur meilleur film ensemble est très certainement Flashpoint qu'un de mes amis (coucou Guillaume) m'a montré lors de mon séjour à Paris. Comme SPL (Yip, 2005), Flashpoint a un scénario assez classique et se situe avant la rétrocession de la ville de Hong Kong à la Chine en 1997. Des policiers confrontés à des gangsters et un affrontement inévitable entre les deux camps en conclusion. Sauf que là où Wilson Yip aurait pu faire un décalque parfait du film avec Sammo Hung cité plus haut, il rajoute un agent infiltré (Louis Koo vu dans pas mal de films de Johnnie To) enjeu de l'action durant la première partie du film, avant de devenir un témoin gênant qu'il faut éliminer par tous les moyens (y compris les plus explosifs).

Flashpoint

Le but est de rendre de plus en plus énervé le personnage de Donnie Yen jusqu'au point de non-retour. Flashpoint est donc l'exemple typique du film d'action mâtiné de film policier au pitch simple, mais à l'exécution nerveuse et terriblement efficace. D'autant que là vous êtes face à un film avec des combats d'arts-martiaux (et quelques gunfights bien sentis) avec un des meilleurs artistes martiaux de notre époque. Une fois cela énuméré, vous êtes sûrs de passer un excellent moment devant ce film d'action génialement bourrin où les acteurs se prennent vraiment les coups. On n'est pas à Hollywood.

  • Séquence culte : J'aurais pu citer le combat final entre Donnie Yen et Collin Chou (l'acteur qui joue Séraphin dans Matrix Reloaded et Revolutions), mais gardons un peu de suspense. S'il y a une séquence d'action encore plus impressionnante c'est celle entre Yen et un des gangsters. Dire que l'ami Donnie massacre son adversaire serait peu dire. En revanche, la prise qu'il effectue à 2'28 de l'extrait est absolument phénoménale. Du genre que vous revoyez plusieurs fois en appuyant beaucoup sur le bouton pause pour voir si c'est bien à vitesse réelle.

  • 7- Crime Story de Kirk Wong et Jackie Chan (1993)

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Kirk Wong n'est pas forcément le plus connu des réalisateurs émergents à Hong Kong entre les 70's et la fin des 90's. Ce qui ne l'a pas empêché comme John Woo ou Ringo Lam d'avoir son quart d'heure de gloire aux USA avec le désopilant The Big Hit (1998). Avant cela, il s'était fait remarqué avec des polars comme Gunmen (1988) et surtout Crime Story. Un film qui lui a causé bien des ennuis car comme le suggère l'intitulé ci-dessus, il a été viré du film en cours de route et la vedette Jackie Chan s'est chargé du reste. La raison est que le film était visiblement trop violent selon l'acteur, ce qui aurait pu ternir son image. Etonnant venant d'un acteur revenu à Hong Kong dans les 2000's avec deux reboots de Police Story revenant à des polars plus violents (2004-2013) ou Shinjuku Incident (Derek Yee, 2009). Mais bon, Jackie Chan n'est pas à une contradiction prêt. Le plus ironique est que Crime Story est probablement son meilleur film en tant qu'acteur en grande partie car il est à contre-emploi.

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Les deux premiers Police Story (Chan, 1985-88) ne faisaient pas de cadeau à son acteur principal, mais il y avait tout de même un aspect comique bien présent. Ici, l'ambiance est clairement celle d'un polar très sérieux. L'acteur incarne un policier confronté à des kidnappeurs qui sont menés par un chef de la police (Kent Cheng que l'on a vu notamment dans... Flashpoint). Un héros confronté à la corruption dont la soif de justice va exploser au fur et à mesure du film. Chan prend les coups, se retrouve dans une course-poursuite où il conduit comme un fou furieux et le climax réserve son lot de combats plus radicaux que d'habitude avec lui. On ne sait pas vraiment ce qui est de Wong ou de Chan, mais le mélange des deux est un polar explosif et divertissant du début à la fin. Ou quand Jackie Chan se la joue Serpico.

  • Séquence culte : Une petite partie du climax du film. Même dans celui de Police Story, les mecs avaient l'air de moins se faire mal. 

  • 8- Audition de Takashi Miike (1999)

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Dans le registre des réalisateurs infatigables, Takashi Miike est probablement un des cas les plus délirants. Du genre où l'on ne compte plus les films, épisodes de séries, téléfilms ou même captations de pièces de théâtre. Des oeuvres qui ne sont pas toutes diffusées en France pour des raisons évidentes (on parle de plus d'une centaine de travaux), mais dont on arrive tout de même à voir ses gros films au moins en vidéo. Au point également de se retrouver avec tout et n'importe quoi. La faute à des productions diverses naviguant entre horreur frontal ou pas, fantastique, procedural, science-fiction, action ou même le western en compagnie de Quentin Tarantino. Un de ses premiers films connus en France (si ce n'est le premier) fut Audition. Il s'agit d'un de ces cas de films où moins vous en savez dessus, plus la découverte sera meilleure. Même l'affiche en dit peut-être un peu trop. Pour rester vague, Audition est un film imprévisible, tout simplement car ce que l'on voit au départ peut difficilement amener à un tel résultat.

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Audition dirige le spectateur vers une apothéose que seul un fou furieux comme Miike pouvait réaliser (son épisode de Masters of Horror n'a pas été interdit de diffusion aux USA pour rien). A cela se rajoute l'excellente performance d'Eihi Shiina qui rend le film encore plus savoureux. 

  • Séquence culte : Pour rester dans le silence le plus complet pour ceux qui ne l'ont pas vu, je me contenterai de cette seule phrase : kili kili kili kili. Ceux qui ont vu le film comprendront où je veux en venir. 
  • 9- Ninja scroll de Yoshiaki Kawajiri (1993)

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A l'image de Kung fu hustle, voici un autre film dont je suis longtemps passé à côté. Comme Akira (Katsuhiro Otomo, 1988) et Ghost in the shell (Mamoru Oshii, 1995), Ninja scroll fait partie de ces films d'animation japonais qui ont émergé dans les 90's grâce à l'éditeur Manga Entertainment. Une époque où l'animation japonaise n'était pas aussi visible qu'aujourd'hui et dont Manga comme les émissions Récré A2 (1978-88) et le Club Dorothée (1987-97) ont fait beaucoup pour son ascension en France. J'ai vu le film de Kawajiri bien après les deux films cités, plus exactement quand il est ressorti en DVD pour ses quinze ans. En fait, je dois bien avouer que bien que je l'ai vu plusieurs fois, je n'avais jamais retenu grand chose du film si ce n'est quelques scènes (dont les plus explicites). Ce n'est que récemment que je lui ai donné une seconde chance bien salvatrice. J'ai toujours quelques réserves sur le film, notamment les passages gourmands et croquants qui sont souvent très gratuits alors que leur utilité laisse à désirer 

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En tête, cette scène grotesque où un général continue de baiser avec une femme alors qu'un de ses soldats vient discuter de la déculotté qui vient d'avoir lieu. Toutefois, Ninja scroll est un chambara (film de sabre avec souvent des samouraïs) passionnant, à la fois ravissant et brutal quand il le faut. Trois personnages cherchent à terminer leur quête, chacun avec un objectif différent. Dakuan veut arrêter les forces du mal en passe de devenir les maîtres du Japon ; Jubei veut en finir définitivement avec son ennemi qu'il pensait avoir tué ; et Kagero souhaite venger ses camarades tués par le même ennemi. Dès lors, Ninja scroll est un récit comptant pas mal de péripéties avant un final enflammé pour un corps-à-corps pas piqué des hannetons. Un indispensable pour les fans de chambara comme d'animation japonaise.

  • Séquence culte : Voilà un petit combat pour se mettre en jambes. Un géant de pierre démolit Jubei avant un retournement de situation. Kawajiri ne ménage pas son héros et ce sera comme ça durant tout le film. 

  • 10- L'été de Kikujiro de Takeshi Kitano (1999)

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On retrouve Beat Takeshi mais cette fois pour parler du réalisateur. Depuis Violent cop (1989), Takeshi Kitano s'est imposé comme un réalisateur capable de passer d'un pur moment de poésie à une scène de violence fracassante (le final d'Hana bi en est la preuve). L'été de Kikujiro intervient après plusieurs oeuvres où Kitano a évoqué les yakuzas et même après, son film suivant étant Aniki mon frère (2000). L'été de Kikujiro apparaît donc comme une bouffée d'air bénéfique entre des films violents. Kitano aurait pu se contenter de faire la même chose que le personnage de yakuza qu'il s'est forgé avec le temps. Pourtant, il décide de jouer sur le repenti qui n'a pour le coup rien à voir avec celui qu'il jouait dans Jugatsu (1990). Dans L'été de Kikujiro, il prend sous son aile un enfant (Yusuke Sekiguchi) qui recherche sa mère qui l'a laissé depuis bien trop longtemps chez sa grand-mère. Kikujiro c'est lui, mais l'enfant est le rôle principal. 

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Kitano incarne un ancien yakuza qui devient en quelques sortes le tonton d'adoption du petit. Il joue du cliché du mafieux, notamment sur le côté bagarreur qui ne lui est pas toujours bénéfique. Dans un sens, Kitano revient au comique qu'il a pu être par le passé et qu'il avait en partie retrouvé dans Kids returns le temps de quelques scènes (1996) ou dans le foutraque Getting Any ? (1995). Qu'importe que le film ne soit qu'un road movie dont la quête ne sera qu'en partie découverte. Ce qui compte à l'écran est la relation entre un enfant qui n'a visiblement pas eu de père (comme de parents plus généralement) et un repenti sans enfant. Le duo fait mouche, touche le spectateur et c'est ce qui rend le film terriblement beau. 

  • Séquence culte : Moment de détente parmi d'autres, voici Takeshi Kitano en train de faire trempette avant de faire une figure dont il a le secret.  

  • 11- Avalon de Mamoru Oshii (2001)

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Mamoru Oshii n'a pas fait que des films d'animation. La preuve avec les films qui ont inspiré le film animé Jin Roh (Hiroyuki Okiura, 1999), The Red Spectacles et Stray dogs (1987-91). Mais son film live-action le plus connu est bien évidemment Avalon. Un opus réalisé entre deux Ghost in the shell (1995-2004) et qui partage plusieurs points similaires. Le premier étant la complexité de son récit. Beaucoup le trouvent difficile à comprendre, toutefois Avalon est un film curieusement plus direct et moins confus qu'Innocence dès lors que l'on comprend où veut en venir Oshii. La raison de cette possible incompréhension est surement due à la structure même du scénario, d'autant que Oshii a l'habitude de laisser le spectateur réfléchir par lui-même, parfois en l'embrouillant volontairement (la scène repeat d'Innocence en est la preuve). Avalon parle également de beaucoup de choses. Tout d'abord de la réalité virtuelle avec des outils pas si éloignés de ceux que l'on a actuellement.

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La réalité virtuelle apparaît comme un exutoire, amenant à un jeu-vidéo où le Graal est d'autant plus symbolique qu'il est directement lié à la quête du Roi Arthur. Le jeu-vidéo montre un monde à peine moins terne que celui de la réalité et l'excitation de ce jeu de guerre n'a rien d'étonnant dans un quotidien où il ne se passe véritablement rien. L'héroïne Ash (Małgorzata Foremniak) en est la preuve, ne trouvant intérêt à la vie qu'à travers le jeu qui l'aide ironiquement à vivre convenablement. Le choc est d'autant plus fort à travers les dernières minutes du film, véritable claque envoyée au spectateur. Avalon est aussi un de ses nombreux films qui parlent très bien du jeu-vidéo sans en adapter un, reprenant certains aspects visuels comme son fonctionnement. Un film ambitieux et même s'il a un peu pris avec le temps, son aspect révolutionnaire prédomine. 

  • Séquence culte : L'ouverture annonce clairement la couleur de ce que montrera le film quand il aborde frontalement le jeu-vidéo. Un jeu de guerre avec une photographie marron, des explosions qui sont des images fixes, des IA ou des avatars qui s'évaporent une fois tués. Le tout dans un environnement pas si éloigné de la Seconde Guerre Mondiale. Pas étonnant puisque Oshii a tourné le film en Pologne avec un casting parlant le polonais. 

  • 12- Mister dynamite de Jackie Chan (1986)

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On parle souvent de Police Story (1985-2013) ou de Rush Hour (Brett Ratner, 1998-2007) lorsque l'on parle de franchises liées à Jackie Chan. Ce serait oublié le dyptique Le marin des mers de Chine (Chan, 1983-87) et la trilogie Armour of god (Chan, 1986-2012). Cette dernière a donné naissance au film que j'évoque maintenant. Il sera suivi d'Opération Condor (1991), film très efficace mais qui s'étirait un peu trop sur la longueur. Puis il y a eu Chinese Zodiac (2012), sorte de reboot qui peine à convaincre à cause d'un ensemble sentant beaucoup trop les cgi, malgré des cascades sympathiques de Jackie Chan. Mister dynamite se révèle être le meilleur du lot et a ironiquement été le film qui a failli coûter la mort à son acteur principal (une mauvaise réception l'a fait atterrir la tête la première sur une chute de dix mètres). 

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Une réponse comme une autre à la trilogie Indiana Jones (Steven Spielberg, 1981-89), permettant à Jackie Chan d'incarner un aventurier s'intéressant particulièrement à l'art ou aux trésors enfouis. Il rajoute un passé de chanteur de groupe à la Beatles à son personnage pour mieux évoquer les relations douces-amères entre l'ami (Alan Tam), son ex-copine devenu la copine de l'autre (Rosamund Kwan vue notamment dans la saga Il était une fois en Chine) et lui, puis l'enjeu principal (retrouver la copine). Une aventure européenne où l'acteur multiplie les combats (la dernière partie dans la grotte en est bourrée à craquer) et on a même droit à une course-poursuite survoltée. Mister Dynamite confirme le goût du risque de l'acteur et une volonté d'aller toujours plus loin dans la cascade. Le film d'aventure apparaissait comme une option évidente. 

  • Séquence culte : Des femmes hypnotisées et entraînées au combat. Jackie Chan qui n'en est plus à une baston prêt dans le film. Une scène qui dit clairement qu'être sur une passerelle de bois avec des talons, ce n'est pas l'idéal. 

  • 13- Dr Wai de Ching Siu Tung (1996)

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Ching Siu Tung a souvent été dans les bons papiers de Tsui Hark, réalisant certaines de ses productions (l'excellente trilogie Histoire de fantômes chinois par exemple) et lui servant même de co-réalisateur parfois. Dr Wai n'est pas si éloigné des Armour of god, puisqu'il s'agit là aussi d'un film d'aventure, jouant d'autant plus sur le côté Indiana Jones du héros puisque l'action se situe aussi dans les 30's. Un aspect souvent exagéré au possible, car Ching ne signe pas vraiment un film d'aventure ou tout du moins uniquement dans sa version internationale. En effet, Dr Wai a eu deux versions : l'originale hong-kongaise qui avait fait un bide à sa sortie et une internationale. Ce qui donne deux films bien différents puisque l'originale est une revisite du Magnifique (Philippe de Broca, 1973). Dès lors, l'aspect parfois grossier ou over the top de la partie aventure n'en devient que plus logique puisque le héros (un écrivain) passe ses nerfs à travers les aventures de son héros.

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Jet Li remplace Jean Paul Belmondo, Rosamund Kwan Jacqueline Bisset, Billy Chow Vittorio Caprioli et autant dire qu'on ne perd pas au change. Le film gagne alors en sous-texte, explorant les contraintes d'un écrivain dans un contexte différent du film de De Broca. Et pour cause, ici on parle davantage de pulp écrit régulièrement, à l'image d'un feuilleton. Une urgence qui sidère Jet Li et qu'il dynamite à travers un personnage n'ayant peur de rien, si ce n'est de perdre celle qu'il aime. De la même manière que l'auteur ne veut pas divorcer de sa femme car il l'aime toujours et déprime à cause de cela. L'éditeur HK Vidéo a donné le choix aux acheteurs avec un DVD comportant les deux versions. A vous de voir si vous préférez l'aventure ou la mise en abyme. 

  • Séquence culte : Ce combat mâtiné de quelques gunfights est l'occasion de rappeler que Jet Li est un excellent acteur martial. D'autant qu'ici il retrouve Billy Chow avec qui il s'était déjà bien bagaré dans l'excellent Fist of legend (Gordon Chan, 1994).

  • 14- Chungking Express de Wong Kar Wai (1994)

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Si Wong Kar Wai est devenu plus discret dorénavant, en raison de la longue gestation de ses derniers films (peut-être trop quand on regarde The Grandmaster), il était plus actif durant les 90's au point parfois d'enchaîner les films. Ce fut le cas quand il se lança dans Chungking Express en plein tournage du wu xia pian Les cendres du temps (1994). En sachant que le projet était beaucoup plus long initialement, puisque son film suivant Les anges déchus (1995) était en fait une partie de Chungking Express. Au regard des deux films, on peut voir le premier comme une face romantique avec de l'espoir, la seconde comme une face plus sombre et violente. Dans les deux cas, on retrouve au moins deux points de vue, ici celui de deux policiers, l'un passant le relais à l'autre à travers le personnage de Faye Wong. Dans un premier temps, on suit Takeshi Kaneshiro (que les gamers connaissent pour avoir donné son visage au héros de la franchise Onimusha) dans ses tribulations nocturnes où il espère trouver l'amour.

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Brigitte Lin et lui apparaissent comme des gens malheureux qui noient leur désespoir dans l'alcool en espérant que cela change. Mais en général, les spectateurs se souviennent surtout de la seconde partie qui met en scène Tony Leung (celui d'Hard Boiled, pas l'Amant de Jean Jacques Annaud) et Faye Wong. Une partie plus romantique et charmante qui semble avoir inspiré un peu beaucoup Jean-Pierre Jeunet. Il y a quelque chose de totalement banal dans les actions des héros du film et pourtant, le romantisme ou sa recherche dans le film apparaît comme un moteur fascinant. Puis il y a la musique. Si la reprise de Dreams (The Cranberries, 1992) par Faye Wong est déjà excellente voire supérieure à l'originale, il vous sera impossible de ne pas retenir une chanson précise du film. Mais pour cela rendez-vous plus bas.

  • Séquence culte : Chungking Express a eu le mérite de passer au moins huit fois la même chanson. Au point que vous allez l'avoir en tête un bon moment. Les Mamas and the Papas. California Dreamin. La première rencontre entre Faye Wong et Tony Leung. Allez chantez avec moi ! All the leaves are brown and the sky is grey ! I've been for a walk on a winter's day ! I'd be safe and warm if I was in L.A. , California dreamin' ! On such a winter's day ! 

  • 15- I saw the devil de Kim Jee Woon (2010)

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Avant son aventure américaine avec Schwarzy plutôt sympatoche (The Last Stand, 2013), Kim Jee Woon avait frappé un bon coup sur le cinéma sud-coréen avec une véritable bombe à retardement. Amateur du changement de genre, Kim s'est fait plaisir dans les 2000's avec le film fantastique à twist (Deux soeurs, 2003), le film de gangsters (A bittersweet life, 2005), le western (Le Bon, la Brute et le Cinglé, 2008) et donc le thriller. Le net étant bien fait, j'avais pu voir I saw the devil en juillet 2011 non pas en salle car il ne passait pas chez moi (les joies de l'exploitation française), mais en streaming. Le plus drôle est que contrairement à pas mal de français, j'ai pu voir la version coréenne que l'on peut en partie différencier de la version internationale (qui est la seule disponible à la vente par chez nous) par... une scène de viol. La version internationale est visiblement plus gore, alors que la coréenne est plus dérangeante.

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I saw the devil est probablement un des meilleurs films sur la vengeance et peut-être celui qui a la meilleure réflexion sur le sujet. Kim passe par un contexte classique (un tueur en série a tué la femme d'un flic) pour virer vers un jeu de chat et de la souris qui ne prend aucun gant. Le personnage de Choi Min Sik est génialement pervert, tuant n'importe qui sur son passage (le scène dans la voiture est génialement glaçante) et violant même la femme d'un de ses potes qui est un boucher pas très net (Kim In Seo et Choi Mu Seong). Quant à Lee Byung Hun, il s'avère tout aussi charismatique en flic devenant aussi dingue que celui qu'il traque. I saw the devil s'impose comme un film choc digne de ce nom et toujours juste dans son discours (la vengeance n'aide pas le deuil, elle le rend encore pire). 

  • Séquence culte (spoilers) : Plus que les scènes de violence ou les affrontements entre Choi et Lee, il y a la dernière scène du film qui marque durablement. Le policier a terminé sa vengeance, mais en soi qu'est-ce qu'il a gagné ? C'est là où Lee impressionne le plus. On ne sait pas s'il rit ou s'il crie tant la subtilité de son jeu ne laisse rien entrevoir des réels sentiments de son personnage. D'autant que Kim a la bonne idée de couper le son et de mettre de la musique dessus. Le policier était un homme seul au début du film, il l'est d'autant plus à la fin. Il n'a rien gagné dans cette tuerie où il a perdu son âme.

  • 16- Full Contact de Ringo Lam (1993)

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Non je ne vais pas parler de Full Contact avec Jean-Claude Van Damme qui est réalisé par Sheldon Lettich et date de 1991. Toutefois, Ringo Lam n'est pas étranger à l'ami belge puisqu'il lui a offert trois de ses meilleurs films (Risque maximum, Replicant et In hell). Mais avant son passage aux USA avec l'acteur, le réalisateur s'était notamment imposé avec le dit Full Contact. Comme souvent avec Ringo Lam, le film commence doucement avant de partir dans un enchaînement violent soudain et fracassant. Full Contact parvient parfaitement à cela en partant d'un banal braquage. Deux bandes où l'on retrouve notamment Chow Yun Fat (qui fait un peu de corps-à-corps, ce qui en général n'est pas trop son fort au contraire des flingues), Simon Yam (gueule omniprésente du cinéma hong-kongais) et Anthony Wong (largement resté en mémoire pour sa prestation dans Ebola Syndrome) en viennent à braquer un camion militaire. Se faisant doubler, Chow en vient alors à formenter sa vengeance.

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Ringo Lam donne un aspect romanesque à cette vengeance, puisqu'en plus de faire honneur à son ami décédé, il veut donner l'argent à une jeune fille malheureusement défigurée au cours du braquage foiré. Un peu comme pour The Killer, mais avec des looks plus punk. Outre la violence, le sexe a également une certaine présence à travers le personnage de Bonnie Fu, régulièrement en pleine orgasme y compris durant des scènes d'action. Sans compter les numéros de danse endiablés de la ravissante Ann Bridgewater. Dès lors, Full Contact est un récit jouissif fait de traîtres, de couteaux dans le dos et riche en sang et explosions. Le tout sous la soleil de la Thaïlande. 

  • Séquence culte : S'il y a bien une scène qui marque peut-être plus que les autres, c'est bien celle du duel au pistolet entre Chow Yun Fat et Simon Yam dans la boîte de nuit. Le principe est classique mais Ringo Lam rajoute ces plans spécifiques à la fête. L'impression d'assister à un bullet time bien avant Blade (Stephen Norrington, 1998) et Matrix (les Wachowski, 1999). On ne dira jamais assez à quel point les réalisateurs hong-kongais et plus généralement asiatiques sont très novateurs. 

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  • 17- Détective Dee : La légende du dragon des mers de Tsui Hark (2013)

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Après en avoir parlé plusieurs fois au cours de cette cuvée, il était temps d'aborder Tsui Hark une bonne fois pour toutes. Réalisateur actuel parmi les plus prolifiques et novateurs, il a fait bouger les choses dans les effets-spéciaux à HK (Zu est considéré comme le premier gros film à effets-spéciaux du cinéma hong-kongais), mais aussi dans l'utilisation de formats spécifiques. Depuis Dragon Gate (2011), Tsui Hark a réalisé tous ses films en 3D, y compris les deux derniers Détective Dee. Une franchise qu'il a lancé en 2010, avant d'enchaîner avec deux films préquelles. Le premier film permettait de voir les relations tourmentées entre Dee alors incarné par Andy Lau (la taupe d'Infernal Affairs) et l'impératrice Wu Zetian (Carina Lau) à travers une affaire de gens brûlés de l'intérieur. L'aspect préquelle du second opus aurait pu paraître douteux, mais curieusement les présentations faites dans le premier film permettent de mieux comprendre les réactions des personnages déjà vus.

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On retrouve Dee (Marc Chao) à ses débuts d'enquêteur, confronté à la concurrence du policier Yuchi Zhenjin (Feng Shaofeng) et accompagné dans ses actions par le médecin Shatuo (Lin Gengxin). Les voilà face à une organisation voulant kidnapper une jeune femme (Angelababy), elle-même protégée par une drôle de créature et à cela se rajoute une créature marine qui détruit tous les bateaux, tous les soleils... Un blockbuster aux effets-spéciaux de toutes beautés, notamment dans un climax exceptionnel. Cette séquelle / préquelle apparaît comme un volet encore plus saisissant et spectaculaire, sorte de mélange entre Sherlock Holmes, Le secret du coffre maudit (Gore Verbinski, 2006) et L'étrange créature du lac noir (Jack Arnold, 1954). De quoi avoir envie d'être au 1er août pour voir La légende des rois célestes.

  • Séquence culte : Commencer un film par une scène spectaculaire et le spectateur sera pris par le film jusqu'au bout. L'ouverture de Détective Dee 2 en est la preuve, annonçant un ennemi colossal que l'Homme aura bien du mal à battre.

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  • 18- Lady Vengeance de Park Chan Wook (2005)

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Après l'avoir fait jouer dans JSA (2000), Park Chan Wook retrouve Lee Young Ae et lui offre le dernier volet de sa Trilogie de la vengeance sur un plateau d'argent. Après Sympathy for Mr Vengeance (2001) et Old Boy  (2003), voilà une conclusion quasi-exclusivement féminine. Les hommes sont bien présents, mais disons que leurs rôles est assez anecdotiques ou alors ce sont de véritables salauds. La preuve avec le personnage de Choi Min Sik, pas très éloigné de celui qu'il tient dans I saw the devil. Lee incarne une femme accusée du meurtre d'un enfant et qui se venge une fois sortie de prison. Park aurait pu faire comme pour Old Boy avec l'emprisonnement montrée sur un court laps de temps avant de passer à une période plus actuelle. Il choisit pourtant de s'attarder pas mal de temps sur l'emprisonnement, dévoilant le quotidien de l'héroïne comme des co-détenues. Ce qui permet de dévoiler le portrait d'un grand nombre de personnages féminins. 

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A l'image de ce couple lesbien débutant dans de la pure soumission avant de devenir un couple d'amour. Mais la prédominante reste notre Lady, adolescente en taule, adulte et mère voulant retrouver sa fille à sa sortie. Lee Young Ae se révèle monumentale dans un rôle de femme brisée et trouvant un moyen de se venger n'ayant rien à voir avec les vengeances présentes dans les deux premiers volets. Lady Vengeance se dévoile surtout comme une ôde à la rédemption et à la justice plus qu'à la loi du talion (élément qui ne réussissait pas vraiment aux "héros" des précédents films). Point intéressant : la version que HK Vidéo a nommé "director's cut" est en fait une version du film où la photographie devient de plus en plus rouge. Un choix judicieux puisque la vengeance de l'héroïne prend progressivement forme au cours du film jusqu'à son apothéose.

  • Séquence culte : On avait quitté Song Kang Ho et Shin Ha Kyun en mauvaise posture dans Sympathy for Mr Vengeance. Les revoilà en adversaires de notre chère Lady. Une scène où le vainqueur n'est pas forcément celui que l'on croit au départ. Sans compter un enjeu supplémentaire.

  • 19- The man from nowhere de Lee Jeong Beom (2011)

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Au début des 2000's, j'ai commencé à m'intéresser au cinéma sud-coréen au point de voir certains films phares qu'il soit réalisé par Park Chan Wook, Bong Joon Ho ou Kim Jee Woon. Parmi eux se trouvait également The man from nowhere, film qui à l'époque avait reçu le Grand Prix du Festival du film policier de Beaune en 2011. Ce qui permettait au film de titiller l'intérêt des spectateurs français malgré une sortie direct-to-video chez TF1. L'affiche (qui est également la jaquette du DVD français) pourrait faire croire à un gros film d'action et pourtant The man from nowhere n'a pas grand chose à voir avec eux, si ce n'est certaines références. Lee Jeong Beom s'est ainsi inspiré de La vengeance dans la peau (Paul Greengrass, 2007) pour une scène où Won Bin passe par une fenêtre et se rattrape en un même plan. La scène dans la boîte de nuit n'est pas sans rappeler l'ambiance de celles qu'a filmé Michael Mann dans Collateral (2004) et Miami Vice (2006).

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Toutefois, le réalisateur sait parfaitement s'en éloigner en partant sur la relation entre le héros et sa voisine (Won Bin et Kim Sae Ron). Un homme mystérieux dont le spectateur saura l'identité au fur et à mesure, notamment par un flashback bien radical. La voisine est la fille d'une toxicomane dont le vol d'un sac de drogue ne passera pas inaperçu. Deux êtres voués à la solitude, lui dans l'horreur d'être seul, elle dans le fait d'être ignorée par sa mère qu'elle aime pourtant. Avant même de partir dans de l'action pure, Lee pose une base touchante et forte qui permettra de rendre la lutte du héros d'autant plus émouvante. A cela se rajoute une intrigue concernant le trafic d'organes particulièrement salace et permettant à The man from nowhere de sortir du lot.

  • Séquence culte : Ce passage n'est pas sans rappeler la scène de la boîte de nuit de Collateral où le tueur quasi-invincible en vient à tabasser du bonhomme en deux temps, trois mouvements. Une scène particulièrement efficace, d'autant qu'il met en scène deux adversaires plus ou moins égaux.

  • 20- Sea Fog de Shim Sung Bo (2014)

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Shim Sung Bo s'était fait connaître avec le scénario de Memories of murder (Bong Joon Ho, 2003). Il est revenu plus de dix ans plus tard avec sa première réalisation. Le film se base lui aussi sur un fait divers (en 2001, des clandestins sont morts d'asphixie dans un bateau de pêche). Une histoire morbide mais pourtant pas si rare au regard de l'actualité qu'adapte en partie Shim. Le réalisateur se focalise tout d'abord sur le quotidien des pêcheurs. Un point de vue pas si éloigné d'En pleine tempête (Wolfgang Petersen, 1999), lui aussi basé sur des faits bien réels malgré que l'on retient surtout la grosse vague. Dans les deux cas, on s'intéresse d'abord aux pêcheurs qui sont un peu dans la bérézina. Dans un premier temps par un rachat inévitable du bateau. Puis par une pêche franchement pas bonne. Arrive alors nos fameux clandestins censés aider financièrement les pêcheurs. Et là comme on dit c'est le drame. 

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Le réalisateur part alors dans une toute autre direction, passant ainsi de la chronique sociale à un survival horrible. On voit venir la tragédie, mais on se dit surement que cela n'arrivera pas. Sea Fog est le type de film où l'on voudrait se tromper sur les agissements des personnages, où l'on se dit que l'âme humaine n'est pas forcément aussi cruelle qu'on ne veut le croire. Sauf qu'à chaque fois Shim enfonce les clous dans l'horreur, au point que la dernière demi-heure finit par être une course pour la survie face à des pêcheurs qui n'ont plus rien de leur profession et sont devenus des cinglés. A l'image d'un capitaine tellement perdu dans ses comptes qu'il en devient malade (Kim Yoon Seok vu dans The Chaser et The Murderer de Na Hong Jin). Au final, une oeuvre choc qui fait peut-être plus peur qu'un film d'horreur classique.

  • Séquence culte (spoilers) : Partie de l'équipage, partie du navire disaient l'équipage du Hollandais Volant dans les Pirates des Caraïbes (2003-). On peut en dire autant du climax de Sea Fog avec le capitaine partant avec son bateau dans les tréfonds des mers. Le peu d'humanité qu'il restait dessus a déjà quitté la navire.

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  • 21- Executioners de Johnnie To et Ching Siu Tung (1993)

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Comme Daniel Lee et Tsui Hark plus tard avec l'excellent Black Mask (1996), Johnnie To s'est essayé au film de super-héros à Hong Kong. A la différence qu'ici les héros sont des femmes et qu'il s'agit d'un dyptique réalisé en compagnie de Ching Siu Tung dont j'ai parlé plus haut. La raison vient du coût des décors du premier film, au point qu'il valait mieux les réutiliser pour un second film tourné juste après. Les deux films sont sortis la même année à quelques mois d'intervalle et visiblement ce n'était pas trop ça au box-office hong-kongais. Le premier volet The Heroic Trio était déjà de qualité, permettant de voir un pur film de super-héroïnes avec les grandioses Michelle Yeoh, Maggie Cheung et la regrettée Anita Mui. Il y a même une allusion délirante à Terminator (James Cameron, 1984). Si j'ai choisi sa suite, c'est parce que je la trouve meilleure et surtout il y a un total changement d'ambiance qui va parfaitement avec le récit super-héroïque.

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Avec Executioners, To et Ching proposent un film post-apocalyptique où la cité qui n'allait déjà pas terrible avant devient encore pire. Les policiers sont encore plus dépassés et les héroïnes sont tombées dans l'anonymat ou sont entrées en résistance contre le pouvoir en place sentant bon la dictature. Très rigolo quand on sait qu'à cette époque Hong Kong était encore loin d'être rattachée à la Chine. Un peu comme dans The Dark Knight Rises plus tard (Christopher Nolan, 2012), les héroïnes apparaissent comme les derniers remparts de justice dans une ville où l'on fait croire que l'eau est polluée pour former un climat de peur et de famine. Les réalisateurs se révèlent même assez radicaux avec les personnages déjà connus, n'hésitant pas à en liquider certains pour des moments forts en émotion. On dit souvent qu'il n'y a pas assez de super-héroïnes dans le cinéma. Il suffit parfois juste de regarder ailleurs qu'aux USA.

  • Séquence culte (spoilers) : Le climax est l'occasion de retrouver à nouveau le trio face à un Anthony Wong grimé de partout et survivant du premier film. Un climax radical et qui ne fait pas de vieux os. Chez les super-héros, ça ne rigole pas tous les jours.

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  • 22- Bedevilled de Jang Cheol Soo (2010)

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On ne compte plus les pépites sud-coréennes atterrissant chez nous depuis le succès d'Old Boy et d'autant plus depuis les 2010's où certains films se font remarquer avec fracas. Bedevilled (ou Blood Island chez nous) fait partie de cette trempe. Malheureusement balancé directement sur le marché vidéo, le film s'était fait remarqué à la Semaine de la critique en 2010 avant de repartir avec le Grand Prix du Festival de Gérardmer l'année suivante. L'ironie veut que le réalisateur a depuis réalisé des comédies alors qu'honnêtement on l'aurait davantage vu continuer dans la veine de son premier film. Mais après tout, Park Chan Wook était bien passé de la Trilogie de la vengeance à Je suis un cyborg (2006) qui est lui aussi une comédie. En tous cas, les films suivants du réalisateurs n'ont rien à voir avec la folie furieuse de Bedevilled, film profondément féministe où ça va couper. Le film commence sur l'exil d'une femme, témoin gênant dans une affaire d'agression (Ji Seong Won).

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Un retour sur ses premiers pas s'impose car personne ne sait ce qu'elle est devenue sur son île natale. Ce qui n'était pas plus mal vu que son ancienne meilleure amie est devenue la souffre-douleur de quasiment toute l'île (Seo Yeong Hie). Tabassages, viols, dénigrement par son mari, son beau-frère et même sa belle-mère. Une situation qui devient intenable pour le personnage comme pour le spectateur qui assiste impuissant à la chose. Même l'héroïne se fout finalement un peu beaucoup du sort de son ancienne amie. Dès lors, la situation devient électrique et vous êtes partis pour un carnage sauvage où tout le monde aura droit à son moment de gloire. Bedevilled apparaît comme un véritable coup de massue, même dans un cinéma sud-coréen pourtant pas avare sur la violence graphique. Un des plus beaux chocs sud-coréens des 2010's avec I saw the devil

  • Séquence culte (spoilers) : Réduite en esclave jusqu'au point de non-retour, la seconde pour ne pas dire la véritable héroïne du film peut désormais assouvir sa vengeance. Y compris de manière aussi inattendue.

  • 23- Champion de Kwak Kyung Taek (2002)

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On ne compte plus les films sur la boxe, sport probablement le plus représenté au cinéma. Les principaux films qui reviennent en tête sont souvent américains, y compris pour évoquer des figures connues. On pense à Raging Bull (Martin Scorsese, 1980) ou Ali (Mann, 2001), mais aussi au symbole qu'est devenu Rocky Balboa depuis 1976 dans l'inconscient collectif. Heureusement, la boxe parle également à d'autres pays comme la Corée du sud. Après Friend (2001), Kwak Kyung Taek retrouve l'acteur Yu Oh Seong pour Champion. Ce film est un biopic se basant sur le boxeur sud-coréen Kim Duk Koo. Une véritable icône locale dont la mort évoquée durant le film a changé le monde de la boxe. Un peu comme celle d'Ayrton Senna avec les mesures de sécurité renforcée en Formule 1. Les rounds sont ainsi passés de quinze à douze pour préserver la santé des boxeurs, le quatorzième ayant été fatal au boxeur sud-coréen.

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Une mort traîtée de manière très philosophique dans le film, évitant le choc émotionnel potentiel pour une scène de mélancolie particulièrement juste. Le film est donc important pour rappeler ce contexte historique dans le monde de la boxe, mais aussi pour mettre en valeur un boxeur peut-être moins connu pour nous occidentaux (bien que son dernier match a eu lieu à Las Vegas face à Ray Mancini). Il est aussi important pour le portrait très intéressant du boxeur, revenant de son enfance dans des quartiers défavorisés à une célébrité un brin soudaine. La nationalité du film permet aussi de voir un contexte différent de ce que l'on voit habituellement. L'ironie veut que le film soit sorti la même année que Ali en France. Deux parcours parfois chaotiques de deux grands boxeurs et dont le traitement des combats n'est pas si éloigné, jouant souvent du point de vue subjectif de l'adversaire.

  • Séquence culte (spoilers) : L'image n'est pas forcément lié à la dites scène, mais c'est le personnage concerné (il est un peu dur de trouver des images ou vidéos intéressantes sur le film). Lee Kyeong Mi (Chae Min Seo) apprend la nouvelle de la mort de son fiancé dans la rue avec les télévisions d'une boutique passant la nouvelle. Le réalisateur montre alors la femme dos aux écrans pleurant en marchant. Il y a une violence peut-être plus forte que de montrer directement la mort du boxeur. Comme d'apprendre la mort d'un proche de la manière la plus banale et donc horrible possible.

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  • 24- Kié la petite peste d'Isao Takahata (1981)

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Il aurait été incongru que je n'évoque pas la seconde tête pensante du Studio Ghibli aujourd'hui. Parti il y a quelques semaines, Isao Takahata n'était pas forcément reconnu à sa juste valeur, quasi-uniquement cité pour la claque monumentale que fut Le tombeau des lucioles (1988), dézinguant au passage l'aura mignonne du Mon voisin Totoro de son ami Hayao Miyazaki sorti la même année. Ce serait oublié que Takahata san était un réalisateur précieux, du genre qui sort des sentiers battus en expérimentant le dessin le plus possible comme avec ses dernières oeuvres, le foutraque Mes voisins les Yamada (1999) et le magnifique Conte de la princesse Kaguya (2013). Revenons à un temps où le Studio Ghibli n'existait pas encore. Takahata san accumulait les travaux sur des séries prestigieuses comme la fameuse Heidi (1974) ou quelques épisodes de la première série Lupin III (1971-72).

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Il avait aussi réalisé quelques films à l'image de Kié la petite peste. Le film est l'adaptation d'un manga d'Etsumi Haruki (1978-97) mettant en scène une enfant vivant avec son bourrin de père et voyant en cachette sa mère partie du domicile conjugale. Takahata dévoile alors le quotidien souvent délirant de l'héroïne, souvent confrontée aux bêtises engendrées par son père. Il peut alors donner vie à une galerie de personnages amusants comme ce vieil homme pas trop fan des magouilles du père et pleurant la mort de son chat (qu'il a empaillé) ou des chats qui parlent comme vous et moi et se foutent sur la gueule. Takahata san mettait en scène l'humain, quitte à se focaliser sur des parcelles de vie, y compris en optant pour des sortes de scénettes du quotidien. On retrouve cela dans Kié la petite peste et c'est pour ce type de détails qu'il nous manquera beaucoup.

  • Séquence culte : Vous avez déjà dû avoir la hantise de la réunion parents-professeurs. Takahata san tourne cela merveilleusement en ridicule avec un père qui déshonore plus sa fille qu'autre chose et un professeur dépassé par les événements. 

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Allez à la prochaine !