Je n'avais pas parlé de séries télévisées depuis très longtemps. Aujourd'hui dans la Cave de Borat, cette erreur est réparée pour évoquer une série complète et terminée. La semaine dernière, nous avons fêté les quinze ans de la fin de la série Dawson, tout comme les vingt ans de son existence en janvier dernier. Quand elle a été diffusé dès 1999 sur TF1, j'étais surement un peu trop jeune pour la regarder (j'allais avoir cinq ans), même si avec le temps il m'est arrivé de tomber sur des épisodes quand la série passait le dimanche ou le samedi (ça dépendait des saisons, la chaîne ayant le chic de déménager des rendez-vous annuels à sa façon). Les récentes photos publiées par le magazine Entertainment Weekly effectuées pour les vingt ans de la série m'ont donné envie de m'y mettre définitivement. Un visionnage intensif de trois semaines pour six saisons globalement composées d'un peu plus de vingt épisodes chacune (sauf la première qui n'en a que treize). 

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Photo publiée dans Entertainment Weekly en mars dernier. De gauche à droite : Kerr Smith (Jack McPhee), Meredith Monroe (Andie McPhee), Katie Holmes (Joey Potter), Michelle Williams (Jennifer Lindley), Busy Philipps (Audrey Liddell), James Van Der Beek (Dawson Leery), Mary Beth Peil (Evelyn Ryan) et Joshua Jackson (Pacey Witter).

Mais au fait, c'est quoi Dawson ? Pour cela revenons dans la seconde moitié des 90's. A cette époque, Kevin Williamson est un peu le roi du pétrole. Fort du succès de Scream (Wes Craven, 1996), le scénariste est partout avec un neo-slasher de plus (Souviens toi l'été dernier de Jim Gillepsie, 1997), la suite du neo-slasher qui l'a lancé (Scream 2 de Craven, 1997), le reboot d'une franchise qui commençait à sentir le sapin (Halloween 20 ans après de Steve Miner, 1998) et une relecture lycéenne de The Body Snatchers (The Faculty de Robert Rodriguez, 1998). En même temps, Williamson pense déjà à autre chose et en association avec le producteur exécutif Paul Stupin, il se met à écrire une série semi-autobiographique Dawson's creek. Une série qui met en scène Dawson, un garçon de 15 ans fan de Steven Spielberg et voulant devenir réalisateur. Sa voisine Joey et Pacey sont ses meilleurs amis et Jennifer Lindley vient se rajouter à la bande dès le premier épisode.

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Kevin Williamson en octobre 2016.

Williamson restera jusqu'à la fin de la seconde saison, partant là encore vers d'autres aventures (moins heureuses cette fois-ci), laissant sa place à Greg Berlanti le futur grand manitou des séries DC, d'Arrow (2012-) à Titans (2018). Un changement qui se ressentira dans la série avec ses bons et ses mauvais côtés. Williamson reviendra pour le double-épisode final de la série, concluant ainsi son bébé avec les scénaristes actuels. La série a été diffusé sur la chaîne The WB qui a donné lieu à la même période à Buffy contre les vampires (1997-2003) et son spin-off Angel (1999-2004), à Felicity (1998-2002), Roswell (1999-2002) ou Charmed (1998-2006). Des séries qui mettaient en scène des adolescents ou des jeunes, soit le lieu parfait pour diffuser Dawson. Un des points forts de la série est certainement le casting. Même si certains personnages sont parfois pénibles à suivre, il faut bien dire que les acteurs sont quand même bons dans l'ensemble.

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Couverture d'Entertainment Weekly (mars 2018).

Ce fut également un véritable tremplin pour certains acteurs... ou pas. James Van Der Beek aurait pu exploser, mais se contentera de séries discrètes ou éphémères (Don't trust the b'''' in Apartment 23 où il jouait son propre rôle et CSI : Cyber). En revanche, il avait donné lieu à une prestation fracassante dans Les lois de l'attraction (Roger Avary, 2002) où il incarnait le rock'n rollesque frère de Patrick Bateman. Katie Holmes a eu un changement radical de vie dès lors qu'elle s'est mariée avec Tom Cruise, ruinant une carrière en pleine ascension (elle venait de jouer dans Batman Begins et aurait dû logiquement reprendre son rôle dans The Dark Knight). Toutefois, il semblerait qu'elle revienne petit à petit sur le devant de la scène, à l'image d'une apparition dans Logan Lucky (Steven Soderbergh, 2017). Kerr Smith a eu sa petite heure de gloire avec Destination finale (James Wong, 2000) et quelques séries où il fut récurrent, mais là non plus ça n'a pas suivi. 

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Couverture d'Entertainment Weekly (mars 2018).

Meredith Monroe a joué elle aussi dans pas mal de séries, dont Esprits criminels (2005-) où elle jouait la femme de l'agent Hotchner (Thomas Gibson). Busy Phillips était revenue à la télévision avec Cougar town (2009-2015) aux côtés de Courteney Cox et a signé le scénario du mémorable Les rois du patin (Gordon, Speck, 2007). Les grands gagnants sont surtout Michelle Williams et Joshua Jackson. La première est devenue une véritable icône du cinéma indépendant américain, tournant au fil des années pour Wim Wenders, Ang Lee, Ridley Scott, Sam Raimi, Martin Scorsese ou Kelly Reichardt. Le second resté à la télévision a eu droit à deux belles propositions : d'abord l'excellente série Fringe (2008-2015), puis The affair (2014-). A y regarder de plus près, la série a également accumulé des guests intéressants. Michael Pitt (Boardwalk Empire) a eu un rôle récurrent durant la troisième saison. 

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Falling, falling...

Jensen Ackles a fait de même pour un rôle quasi-similaire (le petit-ami de Jennifer là aussi), lui qui écumait les séries à l'époque (Dark Angel et Smallville notamment) avant de trouver chaussure à son pied (Supernatural). Chad Michael Murray aussi avant de jouer dans Les frères Scott (2003-2012) et Jason Behr alors qu'il jouait déjà dans Roswell. A une saison prêt, on pouvait voir dans la série deux rescapés de Twin Peaks (1990-2017) : Dana Ashbrook en magnat de la finance et Sherilyn Fenn en gérante de restaurant. Pacey a pour parents John Finn (le patron de Cold Case) et Jane Lynch (le professeur de sport dans Glee). Jennifer Morrison (Dr House, Once upon a time) a joué une des copines de Pacey. Rachael Leigh Cook alors en pleine ascension jouait une pseudo Joey pour le film de Dawson. 

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Jonathan Lipnicki (le fils de Renée Zellweger dans Jerry Maguire) a incarné un enfant dont s'occupait Pacey en tant que tuteur. Le regretté Paul Gleason s'était retrouvé dans la peau d'une sorte de sosie de Roger Corman jubilatoire (une de ses prérogatives, à savoir une scène de nudité toutes les quinze minutes dans un film, vient justement d'une directive de Corman à Scorsese sur Boxcar Bertha). On retrouve même Seth Rogen en conquête d'Audrey ou le groupe No Doubt le temps d'un épisode, jouant sur la captation d'un de leurs concerts (preuve que la série était au top de sa popularité pour se payer un groupe pareil). Si dans l'ensemble Dawson est une série passionnante du début à la fin, elle n'est pas parfaite et a souvent opté pour des choix pas toujours très heureux. (attention spoilers) Il y a tout d'abord le problème du couple Dawson / Joey. Joey a toujours été amoureuse de Dawson et pensait qu'il finirait par s'en apercevoir. Ce qui amène à un cliffhanger en fin de première saison où le couple se forme enfin. 

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Le problème étant que les scénaristes ont par la suite tellement refait le coup sur au moins quatre saisons (on se quitte, on se remet ensemble pour se requitter etc) que l'effet est devenu aussi redondant que pénible. A croire que Joey est toujours collée aux basques de Dawson (et vice versa). Le comportement agaçant de Dawson a commencé à exploser à partir du moment où il n'accepte pas que son ex (donc Joey) et meilleure amie finit dans les bras de son meilleur ami qui est Pacey. La logique voudrait qu'il soit heureux pour eux, mais non. Durant la fin de la troisième saison et le début de la quatrième, on devra se taper le regard inquisiteur de monsieur Leery sur son ami, le premier ne digérant pas que le second puisse trouver l'amour avec sa voisine historique. Ce qui a d'ailleurs donné naissance à un mème mémorablement ridicule où Van Der Beek a eu droit à une prise aussi savoureuse que la mort de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises (Christopher Nolan, 2012). 

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Quand les autres se rajoutent à l'inquisition, cela devient encore plus gênant. La troisième saison est d'ailleurs objectivement la plus faible de la série, jouant beaucoup trop sur des automatismes. Ils insistent tellement sur la nouvelle relation entre Joey et Pacey qu'on se dit que cela finira par arriver inévitablement. Une fois formé, le couple deviendra véritablement intéressant dans la quatrième saison car les sentiments entre les personnages paraissent plus concrets. Williamson voyait Dawson finir avec Joey, mais la direction prise par Berlanti au fil du temps a fini par jouer en la faveur du couple Joey / Pacey. Un cheminement logique au final. Outre cela, la troisième saison sentait le changement de direction dû à l'arrivée de Berlanti qui a fini par trouver ses marques sur la saison suivante. Andie devenait particulièrement irritable, d'autant que le couple qu'elle formait avec Pacey s'effondrait dès le premier épisode. Le personnage perdait en intérêt et ne le retrouvera qu'au début de la quatrième saison avant un départ vers l'Italie. 

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Au fil des saisons, on a pu également constater que Jennifer pouvait parfois être dégagée des scénarios, notamment au cours des deux dernières saisons. On voit que les scénaristes avaient un peu fait le tour, jouant sur des intrigues sentimentales de plus en plus répétitives. Toutefois, les scénaristes on tout de même réussi sa sortie, mais on y reviendra. De même pour Audrey qui est vite mise de côté vers la fin de la sixième saison, au point d'être à peine évoquée dans l'épisode final. Un personnage arrivé tardivement dans la série, mais qui a permis aux personnages de se dévergonder un peu plus ou d'évoquer la dépendance à l'alcool dans des conditions explosives. Joey a également eu une relation avec le barman écrivain Eddie (Oliver Hudson) qui a pris une tournure tellement ridicule que je n'y croyais plus au bout du deuxième retour à la charge. Outre ces éléments pas toujours heureux, il faut bien dire que Dawson est une série terriblement attachante et qui n'a pas tant vieilli que ça.

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Alors oui il y a les styles vestimentaires qui ont peut-être pris dans la tronche. Oui des musiques spécifiques font très pop 90's-début 2000's. En revanche, les sujets de société qu'elle évoque n'ont absolument pas changé. Le regard sur l'homosexualité et en particulier chez les jeunes est toujours aussi pertinent. Arrivé au début de la seconde saison avec sa soeur Andie, Jack découvre son attirance pour les hommes au cours de sa relation avec Joey. Un tabou aussi bien pour des adolescents que pour le père du jeune garçon (feu David Dukes) qui fait ainsi un coming-out fracassant. Par la suite, ce même tabou sera creusé dans le cadre universitaire quand Jack deviendra membre d'une fratrie. Là aussi, on ne le dit pas forcément mais le fait qu'il soit gay fait peur aux gens un peu comme s'ils avaient un "malade" avec eux. De même, pour des pères qui finiront par le virer d'une équipe de football pas forcément pour le fait d'imposer une petite fille en gardien de but, mais parce qu'évidemment il y a ce bon vieil adage "homosexuel=pédophile". 

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Les scénaristes sont allés assez loin sur le sujet et ils ont toujours été juste, montrant un personnage se battant pour ce qu'il est au détriment de ce que pense les autres. Ils ont également évoqué la question de l'homoparentalité à une époque où on n'osait pas vraiment en parler. Un autre aspect intéressant est le traitement de sa soeur au cours de la seconde saison. Andie est comme sa mère traumatisée par la mort de leur frère aîné. Elle voit le fantôme de son frère quand ça ne va pas et en vient même à retrouver sa chevelure brune qu'elle avait avant l'accident de voiture. C'est là où l'on peut voir à quel point Pacey est peut-être le meilleur personnage du show, sachant toujours être utile même dans les pires situations et surtout à l'écoute des autres. Le couple qu'il formait avec Andie dans la seconde saison était attachant car chacun s'aidait mutuellement et il instaurait une certaine dynamique. Pour revenir au cas Pacey, il s'agit de mon personnage préféré du show car c'est celui qui est le plus touchant. 

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C'est un personnage toujours en plein doute de ses capacités, parasité par un entourage familial qui ne l'a jamais mis en valeur et si c'est le cas, très tardivement. Sa relation avec son père a souvent nourri les scénarios, le fils détestant un père qui le critique systématiquement et le fait passer pour un raté. Ce qui amène des pétages de plomb inévitables et une émotion qui n'a rien de gnan-gnante. Pacey a une évolution fascinante, devenant non pas un étudiant mais un jeune travailleur émérite prenant ses responsibilités quand il le faut. Cela arrive lorsqu'un professeur harcèle Jack, puis quand il juge immorales les méthodes de ses patrons. Le facteur humain est toujours au centre de sa réflexion. Autre personnage très intéressant que Jennifer, fille trop vite entrée dans l'âge adulte, lâchée par ses parents et aux côtés d'une grand-mère qui n'approuve pas forcément ses choix au départ, mais finit par les accepter. Les éléments qui l'ont mené à son exil forcé seront évoqués au fil des saisons, montrant une jeune femme qui a un peu trop vécu dans le malheur comme le confirme également l'épilogue dévastateur de la série. 

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Les scénaristes n'ont jamais vraiment fait de cadeau à l'héroïne, mais ce double-épisode a donné le coup de grâce. Il est déjà dur de quitter des personnages que l'on s'est habitué à voir durant six longues saisons (revenir à des saisons de plus de vingt épisodes quand on est désormais habitué aux saisons courtes, ce fut rude), mais quand cela se passe ainsi c'est plutôt radical. Un double-épisode qui arrivait après un autre qui servait déjà en soi de conclusion et se déroulait quelques années plus tard, au point de le voir comme une saison à lui seul. Les scénaristes ont décidé de miser sur l'émotion et la brutalité des faits, comme il l'avait fait par le passé avec les morts de deux personnages clés. En effet, ils avaient dans un premier temps confronté les lycéens à la mort d'une de leurs camarades (Monica Keena).

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Puis avec le père de Dawson (John Wesley Shipp) décédé dans un accident de voiture au cours de la cinquième saison, engendrant un épisode terriblement touchant et juste qui n'était pas sans rappeler la crédibilité de Buffy, qui avait opté pour à peu près la même démarche dans sa saison 5. L'épisode final retrouve cette même gravité, montrant des héros qui ont perdu leur amie dans la bataille mais restent plus soudés que jamais à cette fameuse crique. Le personnage de Dawson n'est pas forcément le plus intéressant, mais malgré ses aspects problématiques il reste sympathique et son parcours à Hollywood à partir de la cinquième saison est plutôt amusant. Les scénaristes semblent avoir jouer sur leur vécu ou des anecdotes spécifiques. On se doute que l'idée du clippeur qui devient réalisateur de cinéma plus ou moins raté ne vient pas de nulle part, surtout quand on voit que certains ont émergé et sont devenus des stars (coucou Michael Bay et David Fincher). 

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A cela se rajoute également tout l'aspect parodique que l'on peut trouver dans la série, à l'image de ces épisodes pastichant Usual Suspects (Bryan Singer, 1995) et Le projet Blair Witch (Sanchez, Myrick, 1999) avec saveur ou le premier film de Dawson (un hommage à L'étrange créature du lac noir de Jack Arnold). (fin des spoilersDawson est une série qui a réussi à montrer des personnages qui évoluent avec le temps, passant du monde de l'adolescence à l'âge adulte. Les personnages ne font pas des choses extraordinaires, mais les scénaristes ont toujours réussi à aborder des sujets durs (l'alcool, la drogue, la famille, le deuil, les désillusions etc) à travers eux. Une preuve que la série n'a pas tant vieilli est que la série a su me parler alors que je suis maintenant un grand gaillard de 24 ans et que je me suis retrouvé dans cette bande d'adolescents devenus des adultes. Une période pas si éloignée certes, mais déjà un peu passée.

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Un des points qui me rappelait l'existence de la série, plus que les acteurs, a toujours été la chanson I don't want to wait (Paula Cole, 1996) qui servait de générique. Une chanson que j'aimais déjà beaucoup avant de voir la série et que j'aime d'autant plus maintenant car elle entretient mon souvenir de la série. C'est sur elle que je clôture cette cuvée consacrée à Dawson. A la prochaine !